Dragon Age : Les Légendes de Thédas

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Posté Jeu 28 Déc - 21:20
Écartant les pans de toile de sa tente, Siha sort sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son frère. Ses yeux se plissent pour mieux discerner où il va, pour voir à travers le voile sombre qui a englouti tout Fort Céleste. Dans le petit coin qui a été mis à disposition pour les Dalatiens à côté de l'infirmerie, tout le monde dort déjà à poings fermés. Quelques ronflements discrets se font même entendre parfois, au grand dam des quelques soldats qui montent la garde en bâillant aux corneilles, à la faible lueur des torches. Le voyage jusqu'au quartier général de l'Inquisition a été éreintant pour eux qui ne sont point habitués à un climat si peu clément, donc le sommeil les a gagnés rapidement.

Pourtant Siha n'arrive pas à faire comme eux, même après avoir pris le thé qui tiendrait ses rêves hors de l'Immatériel depuis une bonne heure déjà. Ses pensées sont chaotiques et éparses, son esprit demeure troublé par les enjeux d'une entrevue diplomatique, son corps chargé d'adrénaline refuse de trouver le repos.
Prenant une grande inspiration, l'archiviste sent le froid mordant emplir ses poumons, et l'air humide de neige traverser les mailles fines de sa tunique. Ses cheveux noirs retombent mollement sur ses yeux alors que sur le chemin il salue un soldat, présente son bâton à tête d'aigle pour preuve de son identité, puis monte les marches menant au bâtiment principal. Heureusement, on lui a accordé l'accès à la bibliothèque afin de poursuivre ses recherches sur les failles.
L'androgyne espère que la tranquillité des lieux lui offre un peu de paix, et peut-être avec un peu de chance finirait-il par être assez fatigué. Du moins si une excitation enfantine ne prenait pas le dessus face à tant d'ouvrages et de connaissances réunis au même endroit.

Le silence extrême donne des airs fantomatiques au fort, qui apparaît intimidant voire angoissant pour quelqu'un qui comme Siha, n'a pas l'habitude de rester longtemps enfermé entre quatre murs. Néanmoins il faut bien avouer que la température est bien plus agréable à l'intérieur et c'est un confort non négligeable. Se frottant les bras il frissonne un peu, mais poursuit son ascension selon les directives reçues d'un domestique plus tôt dans la journée. Marchant à pas de velours, il s'insinue jusqu'à l'étage de la bibliothèque avec une bougie à la main, espérant de tout cœur ne pas rencontrer un autre insomniaque, ou un shemlen qui le foutrait dehors sans sommation.
Surpris par la forme circulaire de cette tour, il se penche brièvement par-dessus la rambarde et regarde vers le haut. C'est différent des autres forteresses qu'il avait pu visiter, dans le monde réel comme dans l'Immatériel. Fasciné, il reste planté là pendant plusieurs minutes, distrait par le crépitement des torches et les croassements provenant des cages accrochées au niveau le plus haut.

L'espace est heureusement désert, alors il prend la liberté de sillonner les diverses étagères en décryptant les titres qu'il parcourt parfois du bout des doigts. La lumière est faible et crée une ambiance feutrée qui l'absorbe rapidement dans sa soif de savoir. C'était l'occasion où jamais de rafraîchir ses connaissances en littérature shem.
Caché dans un recoin reculé garni de tomes sur l'Histoire et sur la poésie, Siha s'oublie longuement entre ces pages parcourues avec révérence. Il en oublie même de s'asseoir et reste là, debout sous la lumière pâle du cierge mural, s'adonnant secrètement à sa passion pour les bouquins que les siens avaient pour habitude de mépriser.
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Posté Ven 29 Déc - 11:09
Alda se retournait dans son lit, le sommeil lui échappant. Elle avait mal aux jambes. Chaque mouvement la tiraillait. L’immobilité était bien pire encore. Les muscles de ses jambes lui faisaient l’effet d’une vieille viande mal dégrossie. En somme, elle avait trop forcé la veille. Et, pour une fois, ce n’était pas sur la boisson mais sur ses capacités physiques. Avec un grognement, elle s’assit sur son lit après avoir repoussé les draps d’un geste rageur. En temps normal, elle aurait enfilé quelques vieux habits et serait partie pour un footing matinal. Seulement, vu le programme qui l’attendait pour la journée à venir, il lui faudrait se ménager un peu. Elle resta donc un moment, la tête entre les mains à réfléchir sur son sort. Pourquoi le sommeil la désertait-il de cette manière ?

La Dalatienne finit par se lever complètement. Après un brin de toilette, elle enfila une tenue civile relativement sobre sur laquelle elle attacha l’insigne de l’Inquisition. C’était devenu un geste tout aussi machinal que la tresse qu’elle faisait chaque fois qu’elle sortait du lit. Une fois préparée, elle prit sa ceinture à laquelle pendait sa longue date et sortit de la chambre en la fermant derrière elle. L’aube naissante baignait le fort d’une lumière blafarde, lui conférant des allures fantomatiques. Elle déambula un instant dans la cour principale. Le fort était assoupi et seuls quelques bruits tranchaient dans le silence matinal. Au sein de l’Inquisition le quotidien de la jeune femme se résumait aux entraînements martiaux mais lorsqu’elle n’était affairée à la formation des nouvelles recrues, elle consacrait son temps à l’étude des vestiges Dalatiens. Ainsi ses pas la menèrent vers la haute tour de la bibliothèque, lieu qu’elle hantait ponctuellement, veillant à se montrer aussi discrète que possible. L’heure matinale était donc propice à ses déambulations, elle poussa la porte de la tour et entreprit d’en gravir les marches.

Elle s’était installée en tailleur à même le sol, un énorme livre posé sur les jambes. Les doigts posés en dessous des lignes qu’elle tentait de déchiffrer, elle marmonnait en silence ses traductions. Butant sur un mot, elle fronça les sourcils et se redressa. Elle le connaissait, elle l’avait déjà entendu. Comme elle fouillait dans ses souvenirs pour tenter d’en trouver l’origine, elle replongeait vers un passé lointain. Le temps de l’innocence.

*
**

- Tu ne m’écoutes pas.

La remontrance avait fait mouche. L’enfant avait baissé la tête, coupable. L’homme avait alors sourit doucement, oubliant un instant d’être l’Archiviste qui enseignait à une recrue récalcitrante pour redevenir le père aimant. Il l’avait alors invité d’un large geste circulaire à admirer les fresques qui les entouraient.

Les temps anciens.

Ar Var Alda.


Elle avait fixé les fresques sans cligner des yeux, suivant les différentes scènes de vie qu’elles représentaient. Progressivement, il lui semblait pouvoir les voir prendre vie. Puis tout s’était brouillé. Une lumière d’un vert aveuglant avait effacé les contours d’un passé qu’elle croyait avoir laissé derrière elle. Des cris lui parvinrent. De la souffrance, de la rage aussi. Et ce vert qui ne cessait de croître, omniprésent. Il l’enveloppait, menaçait de l’étouffer. Et l’enfant qui était désormais un soldat accompli se débattait. D’impuissance elle voulait crier mais la brume épaisse étouffait les sons.

Le nouvel enclin.

Comme elle sentait la menace croître et la panique s’emparer d’elle, elle rassembla toute sa volonté et la projeta en avant.

*
**

Alda s’était éveillée, le souffle court, l’esprit encore embrouillé. Il lui avait fallu quelques secondes pour accommoder, se souvenir du lieu où elle se trouvait. Elle jetait quelques regards autour d’elle. Avait-elle crié ? Le livre avait glissé sur le côté, se refermant sur la page qu’elle lisait lorsqu’elle s’était assoupie.

- Un mauvais rêve, c’était juste un mauvais rêve, marmonna-t-elle.

Les yeux plissés, elle rassemblait ses idées. Les souvenirs du rêve étaient tenaces, les sensations ne voulant la quitter complètement. Lorsqu’elle avait vu son père et les fresques, il lui avait semblé approcher de la vérité. Elle avait proche de trouver ce qu’elle cherchait, tout proche. La jeune femme ferma les yeux, repoussa le sentiment de frustration qui gagnait en ampleur et observa les alentours. Un frisson la parcourut alors qu'une certitude s'emparait d'elle.

Elle n’était pas seule.
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Posté Sam 30 Déc - 17:54
C'était littéralement une mine d'or, un gisement de véridium, de pierre d'aurore... tout cela à la fois. Les yeux écarquillés sur les trésors de connaissance qui s'étendaient partout entre ces pages jaunies, Siha ne sait où donner de la tête ou par où quel ouvrage commencer. Son regard ambré était un métronome déréglé, allant et venant d'une couverture de cuir à l'autre, d'un titre à moitié effacé au suivant. Voir tant de savoir rassemblé en un seul endroit, c'était émouvant. Il y avait de quoi en avoir le tournis.
Un défi à toutes les prérogatives, un merveilleux doigt levé au vœu du secret autour de l'écriture et de l'érudition. Les elfes avaient tant de choses à redécouvrir sur leur passé perdu et pourtant les autres archivistes s'évertuaient à jalousement protéger le patrimoine culturel, quitte à le dissimuler au peuple. C'était bien l'une des seules traditions qui ne trouverait jamais son approbation, ni aujourd'hui, ni jamais.

Depuis qu'il avait quitté le confort familier du clan, son regard avait entièrement changé. Depuis qu'il avait cessé d'apercevoir la robe de leurs forêts et les courbes de leurs collines, tout avait été mis sans dessus-dessous. Siha avait quitté la Dalatie pour mieux la protéger... et ce qui se trouvait au-delà de ses frontières défiait toute imagination. Son départ avait initialement été un coup de tête opportuniste, une bravade envers leur enfermement toujours plus prononcé, une tentative désespérée de trouver des réponses. La plupart ne comprendrait jamais... Mais leur approbation importait peu si cela garantissait leur survie ne fusse qu'un jour de plus.

Animé d'une nouvelle détermination, le mage leva un instant le nez de son bouquin sur l'Histoire des Enclins. Se noyant littéralement sous les références à étudier, Siha fit une grande pile de ceux qui avaient attiré son attention en premier, puis les souleva prudemment dans ses bras. Néanmoins après quelques secondes il s'arrêta brusquement, retenant son souffle. Dans son dos, il lui semblait avoir entendu comme un murmure indistinct, une légère perturbation du flux magique ? Tendant l'oreille, il frémit de peur d'être pris pour un voleur.
C'est à peine perceptible et pourtant c'était là, tel un bourdonnement persistant et oppressant dans un coin de son crâne. Un peu inquiet il se toucha le front, les mains moites. Se pouvait-il que la fatigue lui joue des tours ? Sourcils froncés, il serra ses précieux livres un peu plus fort et les cala sous son menton pour ne pas qu'ils tombent. Sur la pointe des pieds il fait alors le tour des étagères et s'engage plus profondément dans la bibliothèque.

La surprise lui fit soudainement lâcher un petit hoquet. Sursautant à la vue d'une personne dormant à poings fermés, il comprit enfin. C'était l'intensité de son rêve qui l'avait irrésistiblement attiré, en dépit de sa sensibilité presque anesthésiée par les herbes. Un soupir de soulagement quitta ses lèvres et il se préparait déjà à rebrousser chemin ni vu ni connu, lorsque la tête argentée se releva tout à coup en poussant un cri.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine et sous la panique il faillit en lâcher son trésor. Par miracle il réussit toutefois à se rattraper et les sauver de la catastrophe.

« Par les corbeaux de Dirthamen... » Il marmonne tout bas, sa main libre posée sur son palpitant affolé. Heureusement il ne tarde pas à réaliser que la femme qu'il venait sans doute de réveiller était aussi une elfe. Un poids invisible quitta ses épaules. S'il tolérait relativement bien les shemlens, l'inverse était moins vrai. La regardant donc en face, Siha grimace.

« Pardon, je ne voulais pas vous déranger. Je m'en vais de ce p... » Il se tut, intrigué par ce visage. Confus par ces yeux d'un gris métallique, il remonte le temps. Il connaissait cette personne, c'était une certitude qu'il ne pouvait réprimer. Mais d'où ? Perdu et statufié, il ne se rendit même pas compte qu'un de ses livres était tombé à terre en rompant le silence religieux.
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Posté Lun 1 Jan - 11:56
Alda sentit un frisson remonter le long de son échine tandis que son regard croisait celui d’un visiteur. Les lèvres pincées, les mâchoires crispées, elle resta quelques secondes à l’observer sans un mot. Et lorsqu’il se mit à s’excuser, visiblement tout aussi surpris et gêné qu’elle, elle s’extirpa alors de son immobilité. La Dalatienne secoua légèrement la tête, chassant les dernières brumes du sommeil puis se leva prestement. Avec une grâce consommée, elle déplia ses jambes, glissant son propre livre sous son aisselle et se releva tout en attrapant au passage le livre que le Dalatien venait de faire tomber. Comme elle se redressait, elle fit légèrement rouler ses épaules et balança la tête de côté pour repousser les dernières traces de léthargie. A présent, elle était bien éveillée. Et, tandis qu’elle dévisageait sans gêne le Dalatien qui lui faisait face, une étrange impression s’emparait d’elle. Alda finit par lui tendre son livre et inclinant légèrement la tête. Un sourire dansait sur ses lèvres, légèrement amusée d’avoir été ainsi surprise.

- C’est moi, je suis désolée. Je crois bien avoir rompu la quiétude de ce lieu en me réveillant.

Lorsque l’inconnu récupéra son livre, elle passa une main sur sa tempe en plissant légèrement les yeux.

- Il semblerait que je me sois endormie, avoua-t-elle d’un air coupable.

Et comme la Dalatienne était désormais complètement réveillée, elle sentit une pointe de panique la gagner. Jusqu’ici, elle s’était toujours arrangée pour se montrer la plus discrète possible lors de ses déambulations dans la bibliothèque. Elle prenait toujours soin de croiser le moins de personne possible et, si possible, qu’aucun ne puisse deviner la nature de ses lectures. A cette pensée, elle passa une main instinctivement sur le livre qu’elle tenait sous son bras. Non seulement elle avait été surprise dans le secteur qui traitait de l’ancienne Dalatie mais elle s’y était endormie !

- Je devrais au moins me présenter, j’en oublie les manières.

Toujours déboussolée, Alda ne parvenait toujours pas à identifier l’étrange impression que lui inspirait le Dalatien.

- Alda Ar Var, Maître d’armes de l’Inquisition.

Elle passa une main dans ses cheveux, dansant d’un pied sur l’autre. Maintenant elle n’était plus du tout en mesure de dissimuler sa gêne.

- Et accessoirement squatteuse de la bibliothèque, rajouta-t-elle le regard fuyant.

Heureusement pour elle, son teint d’ivoire n’avait jamais été enclin au rougissement car, en cet instant, elle aurait certainement affichée une couleur proche de l’écarlate.
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Posté Jeu 4 Jan - 0:17


Born in the Hunter's Season

"Acte III"

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Siha expira plus léger dès qu'il entendit la réponse dépourvue d'hostilité de l'inconnue. C'est vrai qu'une bibliothèque n'était pas le meilleur des endroits pour piquer un somme, mais après tout qui était-il pour juger ? Le manque de gêne l'aurait également peu étouffé dans son envie de mener un raid aux cuisines, s'il n'encourait pas la bévue diplomatique en se faisant prendre. À chacun sa tentation, finalement.
Récupérant son livre d'un sourire gêné, le mage s'incline en retour en guise de remerciement. Avec intérêt il zieute au passage l'ouvrage sur lequel elle avait jeté son dévolu, et même s'il ne fait pas de remarques, son visage s'illumine d'amusement. La jeune femme semblait gênée de quelque chose dépassant l'endroit de sa sieste, aussi il serait sûrement malvenu de fureter plus loin. Néanmoins la curiosité avait toujours été l'un de ses plus vilains défauts, et cela ne s'était pas arrangé avec les années.

Après s'être refait de sa frayeur, Siha gagnait en assurance et faisait face à la charmante dormeuse la tête haute. Ses yeux dorés, peut-être en devinant une alliée capable de garder son infiltration secrète, se posaient avec plus d'attention sur Alda. Ses traits étaient durs et fatigués mais ses prunelles d'un gris presque argenté, lui rappelaient quelque chose. L'archiviste se mord la lèvre inférieure sous le contact visuel intense, se demandant tout à coup s'il était le seul à se poser des questions. Sans doute le penserait-elle indélicat, à force de la fixer de la sorte.
Il l'écoute avec scepticisme, ne reconnaissant pas la voix.

Cependant le nom qu'elle lui donne lui fait doucement hausser un sourcil et sourire en coin. Les temps anciens. Les citadins avaient pour habitude de se choisir des noms elfiques en dépit de leur vraie signification, par manque de connaissances de la langue. Cela donnait parfois un maladroit patchwork de noms aléatoires qui se voulaient respecter leur culture... Mais ça, c'était différent. Les mots employés dérivaient des récits anciens, le genre d'expression qu'un dalatien classique n'aurait jamais rencontré de sa vie à moins d'être fort instruit. C'était très joli à vrai dire, mais... il serait prêt à parier sur un pseudonyme.
À nouveau il garda le silence, ne sachant trop quelle réaction récolterait un cours de linguistique au beau milieu de la nuit, d'autant plus que ce serait déplacé de juger sans savoir. Au lieu de ça il répondit calmement, attendant de voir si son nom provoquerait un changement d'attitude. Au moins un petit indice...

« Sihan'diel... Bellanaris. Archiviste. »

Les corpulences et les âges semblaient correspondre avec ses souvenirs et son imagination. À quel pouvait-on changer en vingt ans ? Pourtant avec la faible lumière et son esprit embrumé par la fatigue, impossible d'être certain. Se pouvait-il qu'en face de lui se tienne une ombre de son passé ? Pouvait-il réellement croire que le destin lui ramenait un être cher, comme la marée amène les débris d'une épave depuis longtemps coulée ? Ses doigts se crispèrent d'impatience et d'émotion autour de la colonne de livres.
D'ailleurs Siha est si dérouté qu'il finit par les poser prudemment aux côtés de son bâton sur la table la plus proche, de peur de finir par tout lâcher et réveiller la moitié du fort. Enfin il se retourna avec hésitation, avançant silencieusement vers l'inconnue, d'un pas après l'autre. Au pire elle le prendrait pour un énième taré avec de drôles de lubies, et ce ne serait ni la première ni la dernière fois. Il devait en avoir le cœur net. Fronçant les sourcils pour y voir dans la presque pénombre, Siha cède. Sa voix n'est qu'un murmure.

« Liv... c'est toi n'est-ce pas ? » Il tend une main, plus par nervosité que pour saisir quoi que ce soit.
« Tu... Tu te souviens de moi ? On a hm... grandi ensemble et puis un jour... Tu as disparu. » Pourquoi disait-il toutes ces choses sans même être sûr qu'il parlait à la bonne personne ? Soudainement paniqué, il noie sa main dans son épaisse crinière corbeau. Pourquoi avait-il fallu qu'il ouvre sa grosse bouche...
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Posté Jeu 4 Jan - 11:35
Il avait suffi d’un mot, d’un seul, pour lui couper le souffle. Comme la jeune femme effectuait un mouvement de recul, abasourdie, elle se sentit comme happée par le passé. Ses oreilles bourdonnaient, captant à peine la suite des paroles. Il lui fallut plusieurs secondes pour rassembler ses esprits. Alda prit une grande inspiration et fronça les sourcils, remarquant tout juste la main qu’avait avancé l’elfe avant de la retirer rapidement. Sans plus aucune gêne, elle le dévisageait. Les souvenirs venaient s’agencer d’eux-mêmes, remettant de l’ordre dans ses pensées qui n’avaient été qu’un amas incohérent jusqu’ici.

Face au doute qu’elle lisait dans son regard, la jeune femme fut tentée un instant de nier d’un bloc. Fuir lui parut une alternative plausible, plus agréable qu’affronter les ombres du passé en tout cas. Au moment même où elle le réalisait, elle repoussait l’idée. Les yeux légèrement plissés, elle finit par passer une main dans ses cheveux puis devant ses yeux avant de pousser un long soupir. Ultime aveu.

Liv, depuis combien de temps n’avait-elle plus entendu ce prénom ?

- Je n’ai pas disparu. J’ai été enlevée et vendue comme esclave.

Les mots étaient rauques, un déchirement de l’âme pourtant aucune douleur ne transparaissait sur son visage. Le teint livide, elle finit par relever le regard et croiser celui de Siha. Après tout ce temps, après toutes ces vies, elle n’aurait jamais pu la reconnaître. Si la Dalatienne s’était toujours comportée en garçon manqué lorsqu’elles étaient enfant, son genre semblait être devenu plus flou encore avec le temps. Alda contemplait désormais une Dalatienne au visage noble et androgyne dont les attitudes ne manquaient certainement pas de grâce. Dans un détail, il lui semblait entrevoir l’enfant avec qui elle avait tant partagé et puis dans un regard ou un mot l’impression disparaissait.

Quelle image pouvait-elle bien lui renvoyer elle-même ?

Alda n’était pas dupe. Si ses gênes Dalatiens retranscrivaient fidèlement la grâce et la beauté d’une race ancienne, le temps avait considérablement durci ses traits. Et même si son corps svelte et taillé par un entraînement âpre et régulier n’avait rien entaché de sa souplesse naturelle, il avait oublié toute la grâce propre à ceux de son sang. Alda n’était plus qu’un personnage mal équarri, à peine dégrossi. Face au regard délicat et emprunté de celle qui avait été son amie d’enfance, elle ne pouvait qu’admettre les différences qu’avaient creusées leur vie respective. La jeune femme haussa les épaules, un sourire amer étirant ses lèvres.

- Archiviste, hein ?

Les mots étaient âpres, la réalité impitoyable. Siha n'avait pas endossé le rôle d'Archiviste du clan dont elle était issue mais la révélation avait eu le même impact sur la jeune femme. Pour la première fois de son existence, Alda réalisait non sans amertume que la vie du clan avait continué après sa disparition. Sans vraiment s’être penchée sur la question, elle avait simplement mis de côté cette part de son passé. Par nécessité avant tout mais aussi pour s’en protéger. La façon dont le passé la rattrapait à présent éveillait chez elle une foule de sentiments contradictoires.

- Et bien le hasard nous joue parfois de drôles de tour, finit-elle par lâcher avec sarcasme, que fais-tu donc à Fort Céleste, Siha ?

Enfant, esclave enchaînée au sort des Corbeaux, elle avait souvent songé à son amie d’enfance. Lors de brefs moments de répit, elle aimait à se rappeler des tours qu’elles avaient joué ensemble et de toutes les confidences qu’elles s’étaient faites. Des instants chargés de promesses réduits à néant par un coup du sort. Aujourd’hui Alda contemplait une ombre du passé, douloureuse et implacable. Instinctivement, elle s’était raidit et avait resserré les bras autour d’elle. Le teint livide, elle se sentait vulnérable face à ce regard qui la renvoyait à ce qu’elle aurait pu devenir.
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Posté Jeu 4 Jan - 18:08


Born in the Hunter's Season

"Acte IV"

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Siha ne savait que penser de l'immense tempête qui s'était soudainement levée sur le visage de l'inconnue. Ses yeux clairs étaient devenus un tumultueux océan d'émotions conflictuelles où elle était perdue à la dérive. Fallait-il en juger que cela lui donnait raison ou bien que c'était une erreur?  
Son trouble éveillait en lui ce vieil instinct protecteur et tactile qui le mettait si souvent dans le pétrin. Mais c'était trop tôt, beaucoup trop tôt pour rompre cette barrière là. Par contre cette confusion, ce malaise... le touchaient plus qu'il ne pourrait le dire.

« Comment ? » sa voix était étouffée d'incrédulité.

Lorsque Alda... Liv prit enfin la parole ce fut pour confirmer ses soupçons, il ne sut que dire. Toutes ces années, les questions étaient restées muselées dans un coin de sa tête, tapies dans une boîte de Pandore qu'il n'avait pas eu le luxe d'ouvrir. Ou plutôt le courage, pour être honnête. Jamais il n'avait pu oublier cette disparition qui avait assombri et atteint le clan tout entier, et lui en particulier.
Leurs recherches avaient duré des jours et n'avaient malheureusement abouti à rien, même après avoir été étendues jusqu'aux ruines les plus dangereuses. Après quelques semaines d'échec le clan eut pour consigne d'arrêter afin de préserver ses forces déjà minces. Au début Siha s'était indigné contre tout le monde de se résigner aussi facilement, révolté contre le silence obstiné dans lequel se drapait l'archiviste désormais méconnaissable. Il voulait savoir, il avait besoin de savoir. Son frére et lui les avaient incessamment pressés de questions, sans résultat.

Rapidement l'Aravel avait dû reprendre son chemin et sa vie normale. Après quelques mois de deuil le nom de Liv était devenu tabou, une sorte de secret commun que personne ne pouvait prononcer de peur de s'attirer les foudres de l'archiviste. Ce dernier devint une personne solitaire, austère et aigrie... mais c'était un père en deuil avant tout. Avec le recul Siha réalisait parfaitement à quel point il avait pu être détestable à tous points de vue, un enfant  rebelle refusant d'accepter une réalité d'adultes et remuant sans cesse le couteau dans la plaie.

Il était alors trop jeune pour comprendre que protester et haïr ne ramènerait pas son amie. En outre petit à petit cette colère ainsi que son don manifeste pour la magie poussèrent l'archiviste à le transférer aux bons soins des Bellanaris. Aujourd'hui encore Siha soupçonnait que des raisons personnelles avaient motivé cette décision un peu cruelle, mais in fine ça avait sans doute été la meilleure décision pour tout le monde.
Mais tout ça, toutes ces ratures dans leur histoire... elles s'étaient produites parce qu'il n'avait jamais eu la moindre idée de ce qui était advenu de Liv. Peut-être l'archiviste savait-il ce qui s'était passé et n'avait rien pu faire, peut-être l'ignorait-il et s'était-il noyé dans son impuissance. Dans tous les cas cela n'avait aucune importance, plus maintenant.

Les mots de la jeune femme étaient si simples et pourtant si tranchants, qu'ils lui firent l'impression de coups de poings dans l'estomac. En un instant Siha comprit que les réponses qu'il avait si ardemment cherchées toutes ces années... Il n'était pas prêt. Il ne le serait jamais.
Sa tête se mit à tourner si fort qu'il dût s'équilibrer en prenant appui sur une des chaises. Une nausée le prit à la gorge dès qu'il s'imagina ce que Liv avait pu vivre dans ces années de calvaire. Pourtant une curiosité presque malsaine subsistait. Comment était-elle passée d'esclave à Maître d'Armes de l'Inquisition ? C'était bizarre rien que de l'imaginer avec une arme à la main, et pourtant il suffisait d'un regard pour comprendre qu'elle avait irrémédiablement changé.
Sa silhouette longiligne et légèrement émaciée était plus athlétique et légère que la plupart des guerriers dalatiens. Sa peau pâle et vierge du tatouage rituel était peut-être chargée de sillons de batailles, mais l'étincelle dans son regard n'en avait pas diminué, au contraire. En vérité elle semblait incarner une rage de vaincre qu'il ne lui avait jamais connue. De toute évidence Liv n'était plus une petite enfant chétive, elle était une femme accomplie, maîtresse de sa destinée.

« Nous... nous avons cherché autant que possible. J'ai essayé pendant des mois, mais... » Siha déglutit avant que ça voix ne se brise. Il n'avait pas le droit. « Pardon, je n'ai rien pu faire. Personne n'a pu. » Réalistement il n'était de toute façon qu'un braillard avec le rêve lointain de devenir chasseur, rien de plus. Mais le fait est qu'il se sentait quand même responsable, au fond. Il regarde Liv en face malgré la culpabilité, parce qu’il lui devait bien ça.

« Personne n'a jamais voulu me dire quoi que ce soit, j'ai toujours pensé que tu étais... » Il ne pouvait pas le dire. « Que tu avais été surprise par un animal, un ours, je ne sais pas... Mais l'esclavage...? »


Tout était plus facile à accepter que l'enlèvement, tout était plus facile que de concevoir qu'elle ait été privée de sa liberté. Son cœur se serre douloureusement et il poursuit, répondant à sa question en même temps.

« À peu près un an après ta disparition, alors que je pressais -encore- ton père de bien vouloir nous laisser te chercher, nous nous sommes disputés. J'étais si hors de moi que j'ai... » Une de regret se lisait dans sa voix. Ses yeux se posent sur sa paume, qui ne tarde pas à se refermer en poing.
« J'ai tout envoyé valser avec ma magie. Je l'ai sérieusement blessé en lui balançant tout à la figure, mais étrangement il ne m'a pas bâni. » Lui qui avait si souvent jalousé avoir un père ne pouvait plus s'entendre avec la seule figure paternelle dans son entourage... c'était ironique. « J'crois que certains ont espéré qu'on m'envoie au Cercle après ça, mais j'ai finalement été transféré au clan Bellanaris, afin d'être instruit correctement, afin ne plus blesser les autres. Et accessoirement pour arrêter de m'obstiner, mais ça, ça n'a jamais vraiment marché. »

Siha s'approche encore à pas de félin jusqu'à être face à elle, faisant usage de toute sa volonté pour ne pas simplement la prendre dans ses bras sans crier gare. Ils étaient redevenus comme deux enfants qui réapprennent à s'apprivoiser. Lorsque Liv l'appelle par son surnom il ne peut retenir un frisson, ses yeux brillants d'émotion contenue. Dieux, qu'elle lui avait manqué.

« J'ai décidé de voir le monde par moi-même plutôt que de laisser les Dalatiens dans l'ignorance et le confort de leurs Aravels. » C'était la version mille fois raccourcie, mais ça ferait l'affaire pour le moment. Il y avait bien des choses plus importantes dont ils devraient discuter... « Et toi, comment as-tu fini ici, à l'Inquisition ? Pourquoi ne pas avoir donné signe de vie? » Ce n'était pas tant un reproche, plutôt une sincère incompréhension. Dire qu'il avait si longtemps cru qu'elle était morte...
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Posté Jeu 4 Jan - 18:41
Alda avait l’impression de jouer un numéro d’équilibriste. Il lui semblait évoluer sur un fil ténu, prête à sombrer dans un maelstrom d’émotions. Tant de souvenirs et de regrets si longtemps enfouis refaisaient surface. Et plus son amie d’enfance s’exprimait, plus il lui paraissait difficile de les ignorer. Une seconde elle ferma les yeux. La gorge nouée, elle respirait avec difficulté. Elle revoyait les membres de son clan, les visages et les noms familiers qui pleuraient sa disparition, séchaient leur larme, vieillissaient et sombraient dans l’oubli. Lorsqu’enfin Siha évoqua des éléments par rapport à son propre passé, elle s’y accrocha et repoussa les remords qui l’assaillaient. La jeune femme le fixait intensément, le regard rivé dans le sien. Lorsqu’il s’était approché, elle n’avait pas esquissé le moindre geste. Leur proximité était autant la source de tension que de soulagement. Emotionnellement, Alda oscillait sans savoir à quoi se fixer. Comme l’Archiviste posait une dernière question, elle s’y accrocha.

- Parce que j’étais morte.

Elle fut envahie par une soudaine lassitude. Un sourire amer étirait ses lèvres tandis qu’elle soupirait. Ses yeux dérivèrent sur les mains de Siha, suivant les contours fins et délicats.

Mage alors ?

Le destin ne pouvait pas les avoir plus éloignés. Et comme la jeune femme réalisait le gouffre qui s’était creusé entre eux, elle fut saisie par un violent sentiment de révolte.

- Pour les Corbeaux d’Antiva, Liv était morte.

Elle avait détaché chaque mot, les prononçant avec lenteur comme pour peser le poids de chacun d’eux. Les yeux mi-clos, elle les laissa s’élever entre elle et Siha. Avec un soupir, la jeune femme relâcha enfin toute la tension accumulée jusqu’ici et releva le visage pour croiser de nouveau son regard.

- J’en ai assez de tricher et je crois que je ne supporterai pas de te servir le tissu de mensonges qui constitue mon existence actuelle mais c’est une longue histoire, Siha.

Sa voix s’était légèrement brisée lorsqu’elle avait prononcé son surnom. Alda ne s’était jamais imaginé renouer un jour avec le passé, encore moins en la personne de Sihan’diel. Lentement, par peur de briser ce qui venait de se créer de nouveau, elle avança une main et la leva à hauteur de son visage. Elle effleura du bout des doigts son épaule puis y posa sa main, légère et hésitante. Comme elle raffermissait son geste, elle inclina la tête vers l’avant tout en soutenant son regard.

- Vieil ami.

D’anciens mots pour une relation qui défiait le temps, comme un rappel envers une vieille promesse qu’elles s’étaient faites à une autre époque. La main toujours posée sur son épaule, Alda soutenait son regard tout en retenant sa respiration. Elle venait de faire le premier pas vers le gouffre qui s’était ouvert sous elle au moment même où son véritable nom avait été prononcé.
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Posté Dim 7 Jan - 23:28


Born in the Hunter's Season

"Acte V"

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La tension reliait les deux elfes en un fil invisible et tendu au maximum, prêt à rompre au moindre faux pas. Les mots défilent rares et lourds, ponctuant leurs retrouvailles nocturnes de souvenirs et de regrets. Les mains fines et calleuses de Sihan'diel n'étaient plus que deux boules comprimées d'impuissance, dernier rempart de sa pudeur.
Les corbeaux... Une organisation dont il ne connaissait pratiquement que le nom et la mauvaise réputation.

Chaque petite information venait ajouter une autre teinte de tragique à ce tableau déjà sombre, de telle sorte qu'il était très difficile de trouver les mots. Rien de ce qu'il pourrait dire n'effacerait ce qui s'était passé, ni ne ferait disparaître le chagrin des traits abattus de Liv. Son talent d'orateur lui était inutile face à un tel désarroi car aucune consolation ne pourrait changer la réalité. Seules demeuraient des excuses à présenter, encore et encore, pour ce qu'il avait fait et surtout pour ce qu'il n'avait pas pu faire.

« La nuit est jeune et j'ai tout mon temps. »

Siha déglutit avec peine, sentant son cœur se serrer de plus en plus. Néanmoins il sourit doucement comme il avait si souvent l'habitude de le faire, encourageant son amie à lui en dire plus. C'était un murmure imperceptible et doux, ersatz des nombreux secrets qu'ils avaient jadis partagés. Retrouver Liv c'était une aubaine inattendue, une chance qu'il saisirait becs et ongles.

« J'ai tant de choses à te dire, moi aussi... »

Son sourire se fit un peu plus sincère à la mention de son surnom, bien que la nervosité soit toujours apparente dans son regard incertain. Ses prunelles erraient toujours sur les traits de la jeune femme avec l'inconstance d'un papillon attiré par la lumière. Toutefois lorsque cette dernière posa une main sur son épaule, Siha retint instinctivement sa respiration. Un silence de mort régna suite à ces mots chargés d'une affection défiant le temps, et ce fut comme si toute à coup la digue de sa retenue venait de céder, explosant aussitôt que le rejet fut recalé au rang de cauchemar.

Liv fit un pas, il suivit d'un bond. Avant même de réfléchir, il parcourut la distance qui les séparait d'un pas volontaire. Un de ses bras entoura la taille de Liv tandis que l'autre ceignit gentiment sa nuque, dans une étreinte prompte et serrée. Sa main se perdit dans la chevelure enneigée, qu'il berça comme une enfant. Beaucoup de choses avaient changé en vingt ans. D'enfant affectueux et expressif il était devenu un adulte calme et réservé, souvent accablé par le poids des responsabilités. Néanmoins ce soir-là sa façade parfaite s'écroulait comme un château de cartes sous l'émotion. Il avait cessé d'être archiviste pour n'être plus qu'une boule se sentiments nus et crus, un gamin prisonnier d'un corps trop vieux. Sa voix est rauque, un maigre souffle contre l'oreille de Liv.

« Ça a été dur sans toi. » Leurs joues sont l'une contre l'autre. Siha soupire enfin de soulagement, caressant gentiment les épaules musclées de la combattante. « Tu m'as manqué. » Dit-il simplement. Les mots lui paraissaient terriblement superflus.


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Posté Lun 8 Jan - 20:30
Rien ne l’avait vraiment préparé à cette rencontre. Alda ne s’était certainement pas attendue à ce que le passé ressurgisse de cette manière et avec autant de brutalité. Elle en avait encore le souffle coupé. Le corps pressé contre celui de Siha, ainsi tenue entre ses bras, elle se trouvait complètement déboussolée. Au tout début, elle accueillit le geste avec appréhension puis, comme elle sentait l’étreinte des bras qui l’entouraient, elle finit par abaisser sa méfiance. La main perdue dans ses cheveux, le souffle tout près du sien, il lui semblait retrouver une sensation oubliée depuis trop longtemps.

- Oh Siha…furent les seuls mots qu’elle parvint à articuler, la voix brisée.

La tension quitta alors complètement ses épaules. Un soupir et elle enfouissait son visage dans la chevelure de l’elfe. Elle demeura quelques secondes ainsi, les yeux fermés et les sens bouleversés. Il lui semblait enfin retrouver cette part d’elle-même qu’elle avait dû abandonner. De sa main libre, elle lui enlaçait les épaules. Resserrant une seconde son étreinte, elle retira son bras et recula doucement. Ses gestes étaient délicats, plein d’hésitation tant elle avait peur de briser le privilège de l’instant. Comme elle rompait d’un pas, elle passa une main dans ses propres cheveux et les repoussa en arrière. Elle soupira une nouvelle fois, le souffle un peu saccadé.

Manquerait plus que je me mette à rougir comme une donzelle, songea-t-elle.

Le regard légèrement fuyant, elle finit par sourire en haussant les épaules.

- Faudrait pas qu’on me surprenne ainsi, j’ai une réputation à préserver tu comprends.

Elle roulait des épaules, la voix chargée d’ironie. Loin de jouer les instructeurs patibulaires, Alda veillait tout de même à soigner son image auprès des recrues et des partisans de l’Inquisition. Pour la plupart d’entre eux, elle n’était qu’un officier chargé de la formation des soldats. Jusqu’ici, elle avait toujours veillé à se montrer discrète lors de ses déambulations littéraires.

- C’est quand même incroyable, d’ordinaire je m’arrange pour ne pas attirer l’attention quand je vais étudier ici et il faut non seulement que je sois surprise en train de dormir et qu’il s’agisse de mon plus vieil ami !

Elle avait secoué la tête d’un air fataliste puis haussé les épaules. Elle s’était ensuite rapproché de Siha et de la table et y avait déposé le livre qu’elle tenait toujours sous le bras. Relevant la tête, elle croisa de nouveau son regard et marqua une légère hésitation. Après toutes ces années, elle aurait été incapable de reconnaître l’elfe. Pourtant dès que son prénom avait été prononcé, elle avait tout de suite su de qui il s’agissait.

- J’imagine que j’ai bien changé moi aussi, souffla-t-elle, avouant à demi ses pensées puis elle se redressa complètement, une étincelle curieuse brillant dans le regard, viens, assied-toi je crois que nous avons beaucoup de chose à échanger toi et moi.

D’un geste ample de la main, elle lui désignait le sol et les étagères contre lesquelles s’adosser, ignorant ostensiblement les chaises autour de la table de lecture. Sans plus attendre et pour inviter son ami à faire de même, elle s’accroupit à même le sol, reprenant sa place initiale.
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Posté Mer 10 Jan - 17:44


Born in the Hunter's Season

"Acte VI"

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Les émotions à vif et l'adrénaline incendiée, Siha avait un peu de mal à redescendre sur terre. Son regard observait chaque geste de Liv avec la persistance d'un oiseau de proie, principalement dans une peur viscérale que quelqu'un ou quelque chose le prive à nouveau de son amie. La chaleur de cette dernière sembla envelopper son corps de longues secondes après qu'ils se séparent, un peu à regret.
Encore un peu bouleversé, l'archiviste ne releva pas l'ironie et interpréta tout au premier degré. C'est vrai qu'il ne savait rien de la nouvelle vie de Liv, aussi il devrait faire attention à ce qu'il dirait en public. Non seulement les souvenirs devaient être douloureux, mais en plus la révélation de leur lien risquait de compromettre sa carrière. Il soupira imperceptiblement. Ce serait très difficile de se contenir ou pire, de faire semblant de ne pas la connaître.

« Je ferai attention à ce que je dis, c'est promis. Je comprends qu'être surprise avec un homme au milieu de la nuit puisse donner la mauvaise impression. » Ses lèvres se pincent de dépit envers la situation plutôt qu'envers la perception d'autrui. Les gens le prenaient pour un homme le plus souvent, surtout lorsque Sehariel était alentour. Avaient-ils seulement tort de penser ça, de toute façon ? Difficile à dire, honnêtement. « Mais pourquoi est-ce un problème que tu sois vue en train d'étudier, est-ce interdit? »

Siha appuya sa main sur le dossier de la chaise, un peu surpris. En dépit de sa présence à Fort Céleste il ne connaissait presque rien de l'Inquisition. Néanmoins cela restait intriguant étant donné que l'accès à la bibliothèque avait été accordé à un Dalatien, sans une longue attente ou interminable démarche administrative. À sa grande surprise, d'ailleurs.
Le mage s'installa en tailleur à même le sol à côté de Liv, comme ils en avaient si souvent l'habitude dans leur enfance, afin de pouvoir bavarder tout en écoutant les leçons du hahren. Seulement les histoires de cette nuit seraient bien différentes, il en avait conscience. Adossé contre l'étagère, Siha sentait son cœur retrouver un rythme normal, petit à petit.

« C'est vrai que tu as beaucoup changé. Tu es... plus forte et plus confiante que je ne l'avais imaginé. Plus grande aussi. » Il lui jette une œillade en coin et sourit en repensant aux vieilles taquineries. « J'ai toujours cru que je serais plus grand que toi, par fierté sans doute. Et je crois que je gagne toujours de quelques pouces... Même si actuellement tu me mettrais une rouste avec un bras attaché dans le dos. » Il lui met un léger coup d'épaule, ne se prenant pas au sérieux. « Comment t'es devenue maître d'armes, d'ailleurs ? »
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Posté Mer 10 Jan - 18:45
Alda n’avait pas manqué la façon dont Siha parlait d’elle…ou de lui. A un moment, elle faillit hausser un sourcil et en faire la remarque puis se ravisa, bien plus intéressée par le reste des propos de son ami. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Siha avait toujours fait preuve d’une certaine ambiguïté sur son genre. La question ne semblait donc pas avoir évolué outre mesure au fil des années et, la jeune femme devait bien le reconnaître, Siha ne manquait pas de charme dans ses attitudes androgynes. Enfant, Alda ne s’était jamais réellement penchée sur la question. Elles étaient simplement amies et, bien qu’elle se sentît plus proche de Siha, elle avait toujours traité de la même manière les jumeaux.

La jeune femme n’eut guère l’occasion de s’appesantir davantage sur le sujet car son ami la bombardait à nouveau tant d’informations que de questions. Elle attendit qu’il vienne la rejoindre au sol, accroupie à côté d’elle. Elle sentit un légèrement pincement au cœur, la scène trouvant écho dans les souvenirs de leur enfance commune. Comme elle répondait doucement au coup d’épaule de Siha, elle lui glissa un regard en coin avec un sourire. Elle posait alors les mains à plat sur ses cuisses et se laissait aller contre l’étagère. Son épaule frôlait celle de l’Archiviste. Ce dernier s’était toujours montré relativement tactile et si Alda ne l’était pas outre mesure, elle ne semblait pas vraiment gênée par leur proximité. Il lui semblait, au contraire, renouer avec de vieilles habitudes. Elle aimait la façon dont Siha parlait d’elle, comme si rien ne les avait jamais vraiment séparés. Elle sentait une douce chaleur monter dans sa poitrine à l’idée que c’était peut-être bien le cas.

- C’est justement parce que je suis maître d’armes que je tiens à rester discrète sur mon penchant pour la littérature, finit-elle par lâcher avec amusement, comme je te l’ai dit, j’ai une image à préserver et, crois-moi, la vie de guerrier est suffisamment bourrée de clichés comme ça.

Elle leva ses mains et les regarda un instant, les retournant à plusieurs reprises. Elles étaient couvertes de cales et la peau laissait entrevoir par endroits le souvenir de vieilles entailles. Malgré les marques qu'y avaient laissé le temps et l’exercice, elles demeuraient fines et agiles. Alda pouvait au moins se targuer de posséder tous ses doigts et toutes ses phalanges. C’était là un fait relativement remarquable lorsque son existence entière tournait autour de la mort et des combats.

- Je suis jeune, une femme et une elfe, énuméra-t-elle avec cynisme, c’est suffisant pour qu’on ne veuille pas me prendre au sérieux alors imagine si en plus on savait que j’étudie d’anciens écrits à mes heures perdues !

Alda ne s’était jamais réellement plainte de sa situation mais elle avait conscience de la tendance que les gens avaient à la sous-estimer. Son supérieur hiérarchique en était un bon exemple d’ailleurs : ce dernier semblait avoir bien peu de considération à l’endroit de son extraction et de sa formation et ne manquait pas de le faire ressentir dans la façon dont il lui parlait. Quant aux recrues, c’était encore une autre affaire et elle avait fini par apprendre le meilleur moyen de gagner leur attention et leur respect. La jeune femme se pencha légèrement vers son ami et lui glissa un sourire en coin. Elle avançait exagérément la mâchoire, le regard sombre.

- Alors je compte bien sur toi pour préserver mon image d’instructeur bourru et peu commode.

Elle se redressa un peu puis soupira, fermant les yeux une seconde, s’imprégnant de la présence de son ami à ses côtés. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, son sourire s’était un peu fané.

- Pour te parler de mon rôle dans l’Inquisition, je devrais peut-être commencer par le début…

Sa voix mourut, hésitante, puis elle se reprit en levant un doigt pour empêcher Siha de reprendre la parole.

- Mais d’abord, qu’est devenu ton frère ? Il est ici ?

Elle s’était tournée à demi vers Siha, plongeant son regard dans le sien. Les jumeaux avaient toujours été inséparables et à la façon dont elle avait parlé de lui plus tôt, elle avait l’intime conviction qu’il ne pouvait en être autrement. Comme la facilité avec laquelle elle avait toujours réussi à les distinguer l’un de l’autre, elle avait toujours eu le nez pour ce genre de chose. Ou peut-être cela relevait-il plus du pressentiment ? Pour ce genre de chose, Alda ne faisait guère la différence. Elle avait appris depuis longtemps que l’instinct pouvait s’avérer parfois le plus efficace des talents.
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Posté Jeu 11 Jan - 15:30


Born in the Hunter's Season

"Acte VII"

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La surprise retombait progressivement comme un ciel qui se dégage après la pluie, et avec elle Siha retrouvait le contrôle de son palpitant. Néanmoins bien que ses yeux soient moins humides et ses mains moins tremblantes, dans sa poitrine couvait encore une excitation enfantine. Il avait retrouvé une partenaire de jeu, une partenaire de vie. C'était terrifiant et en même temps grisant de voir que les années et les différences de leurs parcours n'avaient pas effacé leur complicité. C'était différent d'avant, bien sûr... mais tout aussi fort.
Un sourire espiègle était coincé sur ses lèvres fines, aussi constant mais bien plus sincère que celui qu'il arborait au quotidien. Celui-ci n'était ni une façade ni un rôle, c'était simplement le reflet du plaisir simple des retrouvailles et d'une affection immuable. L'archiviste appuya pensivement sa tête contre l'étagère, légèrement basculée en arrière, comme si elle pesait très lourd. Ses yeux vagabondaient dans la semi-pénombre sans rien voir de précis, tandis qu'il prêtait son entière attention à Liv.

Siha n'était pas idiot ni complètement aveugle, il savait bien que la vie des elfes hors des caravanes était loin d'être rose, néanmoins il n'avait pas l'arrogance de prétendre connaître leur souffrance. Il n'avait jamais eu à composer avec les stéréotypes des shemlen ni les sacrifices nécessaires à prouver sa valeur parmi leurs sociétés. Son existence quoique frugale et difficile avait été jusque là relativement privilégiée. Pour les elfes hors de la Dalatie, c'était différent. Leur liberté n'était jamais vraiment acquise, et ceux qui avaient la chance d'en bénéficier étaient victimes de toutes sortes de préjugés. Au final dans un cas comme dans l'autre, leur peuple était destiné à une lutte permanente pour la survie.
Son regard se voila de regret. En tant que guide spirituel il pensait souvent à ces choses-là, sans jamais trouver de solution à la hauteur. C'était... pénible de comprendre que Liv en faisait également les frais, en dépit de sa position. Néanmoins cette discussion relevait d'autres questions complexes, et pas mal d'incompréhension. Parfois Siha se faisait l'impression d'un enfant trop curieux pour son propre bien, découvrant enfin le monde dont il avait littéralement rêvé depuis si longtemps. Et à de multiples égards ce n'était pas si loin de la vérité.

« Je vois ce que tu veux dire. Ça ne doit pas être facile de vivre de se sentir seule contre le monde entier, constamment jugée. »

Doucement il posa une main dans la sienne et dessina les contours de sa paume du bout des doigts. Sa dextre était certes fine, mais presque aussi caleuse que celle de la guerrière. Dans le clan tout le monde endossait plusieurs casquettes, ce qui le recalait souvent aux soins des hahls une fois que les bipèdes se portaient bien. Par ailleurs l'interminable chevauchée jusqu'à Fort Céleste avait laissé ses traces, les rênes ayant fini par brûler sa peau.

« Tu sais, je doute que montrer de l'intérêt pour le passé ou l'érudition de ton peuple doive être un secret honteux, ou une raison de perdre en crédibilité. » Naturellement il commence à murmurer afin de ne pas attirer l'attention, ce qui conjugué à l'ambiance feutrée de la bibliothèque lui donne l'impression d'être hors du temps.

« Je... J'veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, ni impliquer que tu fuis tes origines. Seulement ta valeur réside dans ton travail et ton engagement, pas dans ton genre ou la forme de tes oreilles. En te pliant à leur cliché tu ne leur donnes plus tort... et surtout tu te fais du mal en étant une personne que tu n'es pas. » C'était une leçon que son androgynie lui avait appris à la dure. Sa grande main recouvre celle de Liv avant de la tapoter gentiment. Après quelques secondes de silence son sourire se fait un peu amer. « Désolé, je suis trop habitué à donner conseil alors je finis toujours par jouer le donneur de leçons. »

La chaleur de l'épaule de Liv, toute proche, lui apportait un peu de réconfort. Ce n'était pas évident de s'adapter au monde hostile en dehors des Tombes d'Émeraude, c'était difficile d'apprendre à interagir avec tant de gens aussi différents. Ce n'étaient pas juste les shem, non... c'était bien plus complexe que des différences raciales et des siècles de croisades. Voyager ainsi était une éternelle découverte, aussi merveilleuse que brutale.
Absorbé, Siha ne se rendit pas tout de suite compte du changement de sujet pourtant peu subtile. Voyant le visage si proche de son amie, il fut soudainement tiré de sa torpeur et sursauta.

« Hein... Oh, Sehariel ? Oui bien sûr, il est venu aussi. J'ai espéré un instant que je pourrais prendre des vacances hors de l'aile de monsieur papa poule, mais il m'a pas laissé le choix. » Il grimaça pour plaisanter, n'en pensant pas un traître mot. Son jumeau avait été son ancre le long de toutes ces années, son seul confident après la disparition de Liv. Et s'il est vrai que parfois ils se disputaient à cause de sa tendance à la surprotection, globalement ils étaient toujours très proches. Autant que le permettaient des opinions très divergentes sur ce voyage et leur vision des shem en particulier. « Il est devenu maître de guerre et mène les guerriers et chasseurs Bellanaris d'une main de fer. Un vrai tyran, j'sais pas comment ils le supportent. »

Se sentant un peu embarrassé par le regard insistant Siha ne savait pas trop comment fuir, acculé qu'il était entre le mur et la jeune femme. Aussi il continue de bavarder dans l'espoir que cette drôle de sensation finisse par passer. Ses joues prennent toutefois quelques couleurs.

« D'ailleurs je doute que ça arrive après tout le travail que tu as fourni et ça ne t'intéresse sans doute aucunement, mais... » Il lève enfin le regard pour lui faire face, tout à coup très sérieux. « Si jamais les choses tournent mal, si tu as besoin de prendre l'air ou même si tu en as simplement envie... Tu es et seras toujours la bienvenue chez toi, en Dalatie. Nous t'accueillerons tous les bras ouverts. En tant que Liv, en tant que Alda. »

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Posté Jeu 11 Jan - 16:32
Alda n’avait pu retenir un frisson lorsque la main de l’elfe était venue recouvrir la sienne. Décontenancée, elle détourna cligna deux fois des yeux avant de reprendre contenance, se focalisant sur les paroles de son ami. Elle ne pouvait s’empêcher pourtant de se sentir électrisée par ce simple contact. Puis le trouble disparut pour laisser place à cette sensation d’apaisement qui l’enveloppait depuis qu’ils s’étaient assis l’un à côté de l’autre. Si la jeune femme n’avait jamais été véritablement habituée à ce genre d’attention, elle n’y demeurait pas moins sensible. En dehors des coups et accolades fraternelles que pouvaient s’échanger les soldats, en dehors des ébats enivrés dans lesquels elle avait pu se lancer, elle ne connaissait rien de ce genre d’affection. Dans le monde où elle avait évolué, derrière chaque geste se cachait une intention bien précise. Ici, la main qui recouvrait la sienne n’avait d’autre but que d’accompagner les paroles de l’elfe.

A ce sujet, Alda n’avait pu s’empêcher de baisser les yeux, à la fois touchée et gênée par celles-ci. Elle en saisissait le sens et en reconnaissait la pertinence mais elle en éprouvait inévitablement de la confusion. Bien que l’Archiviste n’ait jamais vraiment eu à partager une situation similaire à la sienne, elle devinait la justesse et l’expérience qui suintait dans chacun de ses mots. Lentement, elle avait relevé les yeux, cherchant à capter son regard, puis elle avait souri. Et lorsqu’il s’était excusé, la jeune femme avait simplement secoué la tête, toujours silencieuse. Lorsque Siha évoqua son jumeau, d’un ton bien plus léger, elle se remit à sourire. En cet instant, il lui semblait réchapper à la fatigue et la tension qui agitaient sans cesse son esprit. Et enfin, lorsque l’invitation tomba, elle ferma les yeux une seconde. Un sourire amusait étirait ses lèvres tandis qu’elle rouvrait les yeux et posait son regard dans le sien.

- Je l’entend, mon ami, et j’en suis touchée. Quand tout sera terminé peut-être…

Inspirant lentement, elle referma délicatement ses doigts sur la main de Siha. Comme elle reprenait la parole, elle leva légèrement les yeux et quittait son regard.

- A l’instar de ton frère, je suis une guerrière et j’ai trouvé une cause pour laquelle me battre, son regard s’était légèrement assombri, l’avenir devant nous s’annonce incertain, c’est probable que les choses tournent mal mais je veux être présente à ce moment-là, je veux prendre part à ce combat.

Les mâchoires serrées, les lèvres pincées, elle marqua une brève pause. Elle plissait les yeux, s’efforçant de relâcher la tension qui regagnait du terrain.

- J’ai vu le Conclave disparaître sous mes yeux, j’étais à Darse également. J’ai combattu des engeances, j’ai cru mon esprit s’effondrer en les affrontant, j’ai vu ce que je n’aurais jamais cru possible. J’ai trouvé une cause pour laquelle me battre, répéta-t-elle avec plus de conviction.

Alda n’avait pas lâché sa main, la serrant toujours doucement. Elle soupira tout en baissant la tête, ses épaules s’étaient légèrement affaissée.

- Il est temps que j’arrête d’être cette personne que je ne suis pas, comme tu dis, elle fronçait les sourcils, avec toi au moins. Tu es la première personne à entendre ce récit qui va suivre.

Les lèvres légèrement pincées, la Dalatienne prit le temps de rassembler ses pensées et de formuler ses mots puis elle se plongea dans les souvenirs, s’ouvrant à son ami. Elle lui conta brièvement son enlèvement puis le moment où elle avait été vendue aux Corbeaux d’Antiva et le nom que lui avait donné l’organisation criminelle. Elle ne s’attarda pas sur la formation qu’elle y reçut ni les meurtres qu’elle avait commis en son nom. Les souvenirs étaient certes pénibles mais, par-dessus tout, elle ne tenait pas troubler davantage son ami. Elle évoqua ensuite l’embuscade dans laquelle elle était tombée et où elle avait bien failli perdre la vie. Sans vraiment s’en rendre compte, elle avait porté la main libre à son côté, à l’endroit où s’était fichée la lame. Elle parla ensuite des hommes qui l’avaient sauvé et pris sous son aile, de la manière dont elle était devenue une combattante professionnelle. Elle parla rapidement des voyages et des expériences, de la montée en grade et des tâches qu’on lui avait confié. Enfin, elle s’arrêta sur l’explosion du Conclave. A ce moment, elle relâcha sa main et la fit glisser pour rompre le contact, la portant alors à son propre visage pour remettre une mèche de cheveux derrière son oreille. Ce fut donc avec un haussement d’épaule détaché qu’elle mit fin à son récit.

- Le reste tu as dû en entendre parler. Et voici comment Liv, fille d’Archiviste est devenue Alda, maître d’armes de l’Inquisition.

Voici comment j’ai appris à combattre et tuer efficacement, rajouta-t-elle pour elle-même. Le regard qu’elle lançait alors à Siha parlait de lui-même, résigné. Un sourire triste étirait ses lèvres.

- Maintenant, parle-moi de Siha, l’amie d’enfance qui est devenue l’Archiviste du clan Bellanaris s’il te plait.
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Posté Lun 15 Jan - 14:14


Born in the Hunter's Season

"Acte VIII"

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Maintenant que son audacieuse offre avait été faite, il ne lui parut pas sage d'insister. Il se devait d'être sincère avec Liv et lui montrer que même après toutes ces années, les dalatiens veillaient après les leurs, qu'elle avait toujours sa place si elle le désirait. Néanmoins des instincts primaires murmuraient dans un coin de sa tête, lui soufflant à quel point son envie de prendre son amie sous le bras et de se barrer en courant, de quitter cette 'Inquisition' à laquelle il ne faisait pas encore confiance à la première occasion... était égoïste. Et les deux étaient vrais. Les idées s'entrechoquaient derrière son expression calme et son regard chaleureux, en dépit de son respect pour la liberté et les convictions de la maîtresse d'armes. Siha n'en ferait évidemment rien, mais il n'en pensait pas moins.

Lorsque la guerrière développa ses motivations, l'archiviste se fit drôlement silencieux. Il sentait bien que le sujet lui tenait à cœur et ne voulait surtout pas la dissuader de parler librement. Avec patience il écouta Liv lui parler de l'explosion du conclave et de l'attaque à Darse, des épisodes qui à en juger son regard avaient été très durs, mais avaient également renforcé sa détermination. Ses talents seraient un atout non négligeable pour l'Inquisition, à n'en pas douter. Pourtant il se sentait coupable de ne pouvoir s'en réjouir totalement, honteux des intentions moins nobles qui germaient dans sa poitrine.

En un sens c'était épouvantablement triste de voir la vie emporter Liv de plus en plus loin des Aravels, de réalistement sentir que sa proposition ne serait jamais acceptée. Son regard se durcit ostensiblement, fuyant son interlocutrice. Il était cependant plus important de prêter sa totale attention à son récit que de s’apitoyer sur ses démons. Siha sentit son cœur retomber dans son estomac au fur et à mesure que le récit arrivait à sa fin. Parfois il posait quelques questions afin de mieux comprendre, mais tout cela ne faisait que le renvoyer à son ignorance du monde extérieur.
Quand Liv détacha leurs mains le mage n'eut plus le courage de bouger ou prolonger le contact bien qu'il en brûle d'envie. Il ne voulait pas l'oppresser de sa présence, il préférait réapprendre à la connaître petit à petit, se glisser dans les espaces concédés volontairement. Son rêve immédiat était qu'ils réapprennent à s'apprivoiser, comme ils l'avaient fait enfants. Peut-être le mériterait-il, en temps voulu. Un silence s'installa une fois les confidences terminées et il se fit pensif. Cela faisait beaucoup à intégrer en un coup, et déjà il était question qu'il raconte ce qui s'était passé de son côté. Une saveur amère s'étira sur sa langue.

« Ce sera bien ennuyeux comme histoire, j'en ai bien peur. Le voyage qui m'a amené dans ces montagnes est mon premier en dehors de la Dalatie. » La nuque appuyée sur l'étagère, Siha contemplait le plafond comme il contemplerait le ciel étoilé, un habitude qui lui manquait beaucoup depuis qu'il était à Fort Céleste.

« Tu sais déjà comment et pourquoi j'ai été forcé de quitter notre clan, sans mon frère cela dit, parce que son absence les priverait d'un futur chasseur. » Son ton est neutre, son expression beaucoup moins. Ce n'était pas son genre de parler de lui, de rouvrir de vieilles blessures.

« Comme tu le sais Sehariel et moi avons été élevés par notre mère. Nous n'avons jamais connu notre père et si manifestement il était un elfe, je doute qu'il soit Dalatien. » Il inspire profondément, expliquant où il voulait en venir. « Sehariel voulait venir avec moi, mais il a dû rester pour veiller sur elle et pour continuer son apprentissage. J'ai fini par me faire une raison, je pensais que la séparation quoique difficile à vivre, serait le mieux pour eux. Je voulais apprendre à me maîtriser avant de peut-être demander à réintégrer mon clan d'origine, une fois que je serais sûr de ne jamais les mettre en danger. » Il fait une pause, avant de finalement poursuivre.

« Néanmoins ma mère est décédée de la longue maladie qui la rongeait, une paire d'années après mon transfert chez les Bellanaris. Ce n'est que suite à sa perte que ton père a accepté que Sehariel me rejoigne, afin de vivre avec sa seule famille restante. » Siha replie ses genoux contre sa poitrine, l'air ailleurs. Sa voix était toujours très calme.

« J'étais encore un bleu, je commençais tout juste à contrôler ma magie sous les regards protecteurs des autres. Ils ne m'ont jamais rien dit ni concernant mes sautes d'humeur, mes... extravagances » Son androgynie n'avait jamais été du goût des plus conservateurs. « ...à mes blagues ou les circonstances de ma venue, mais je suspecte que tous savaient pourquoi j'étais là. Je n'ai pourtant jamais été mis de côté et quand Sehariel est venu à son tour, il a également été accepté comme l'un des leurs. Le reste est... notre vie n'a pas été bien passionnante. Pendant que Sehariel prononçait ses vœux à Andruil, l'archiviste a fait de moi son apprenti et m'a appris tout ce qu'il savait. Il a su voir au-delà de ma rébellion et faire preuve d'une infinie patience. Eluthel a été le père que je n'ai jamais eu. » Un sourire mélancolique suivit ses paroles. Puisse-t-il reposer en paix.

« Je suis devenu archiviste à sa suite, après qu'il soit tombé aux mains des engeances il y a presque trois ans. » La vie, la mort, le recommencement d'un clan... l'éternelle roue Dalatienne. Siha s'arrêta soudainement de parler, comme s'il en avait déjà trop dit.

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Posté Ven 19 Jan - 13:28
Le dos bien droit, légèrement appuyé contre la bibliothèque, et le visage tourné vers son ami, Alda écoutait sans la quitter des yeux. Elle ne l’interrompit pas à un seul instant. A quelques moments, il lui semblait perdre le fil pour se replonger vers quelques-uns de ses propres souvenirs. Tandis que Siha parlait, il lui semblait retrouver l’innocence qui l’avait habitée pendant ces temps anciens. Elle retrouvait la quiétude des convois, la méfiance à l’égard des autres peuples et, par-dessus tout, l’enchantement des forêts qu’ils traversaient. C’était un sentiment qu’elle avait retrouvé à quelques reprises lors d’expéditions au compte de l’Inquisition auprès de ruines Dalatiennes. De cette manière, elle retrouvait une partie des racines qu’on lui avait arrachées.

De temps à autres, elle hochait la tête pour appuyer les propos de Siha. Quelques réflexions la renvoyaient à de vieux souvenirs qui lui tiraient de temps en temps quelques sourires. Au terme de son récit, la jeune femme poussa un léger soupir comme si elle avait retenu son souffle trop longtemps. Elle cligna des yeux à deux reprises, légèrement décontenancée, puis se composa un sourire un peu triste. Ses mains, jusqu’ici serrées l’une contre l’autre, s’agitaient légèrement.

- Tu as donc rencontré des engeances ?

Avant le Conclave et bien avant d’avoir rejoint l’Inquisition, Alda ne s’était jamais doutée de l’existence de telles créatures. Bien entendu, elle avait eu vent des histoires à leur propos. Elle connaissait suffisamment l’histoire des différents enclins pour savoir qu’il ne s’agissait pas d’une invention extirpée d’un esprit malade. Seulement elle n’avait jamais pensé connaître un nouvel Enclin de son vivant. La jeune femme serra un peu plus fort ses mains puis les détacha avec raideur. Comme elle plongeait son regard dans celui de Siha, lui souriant toujours, elle reprit possession de sa main et la garda dans la sienne sans la serrer véritablement.

- Je n’aurais jamais pensé te retrouver. Ni maintenant, ni ici.

Elle ferma un instant les yeux, le reste de ses paroles refusant d’être prononcé. Elle ne savait pas vraiment comment expliquer la joie et la mélancolie qu’évoquaient leurs retrouvailles. A son contact, elle retrouvait une part d’elle-même qu’elle pensait avoir oublié, faisant ressurgir une foule de sentiments et de souvenirs. Tous n’étaient pas aussi agréables qu’elle ne l’aurait voulu mais, pour la première fois, elle renouait avec le passé. Comme elle rouvrait les yeux, ses mâchoires se crispèrent légèrement. L’indécision transparaissait dans le regard qu’elle lui jetait.

- Et que fais-tu exactement à Fort-Céleste ?

Sa voix n’avait été qu’un murmure. Elle fronçait désormais les sourcils, perplexe.

- Tu es arrivée quand ? Tu comptes y rester combien de temps ?

Dans ses mots perçait une note d’urgence qu’elle ne parvenait pas à réfréner complètement. Alors qu’elle venait de retrouver son ami d’enfance, elle songeait déjà au moment où elle risquait de la perdre de nouveau. A cette pensée, Alda se fustigea intérieurement. Toute sa vie durant, elle s’était axée sur l’instant présent et avait refusé de se projeter plus en avant que la journée à venir. Cela ne lui ressemblait vraiment pas.
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Posté Lun 22 Jan - 2:47


Born in the Hunter's Season

"Acte IX"

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L'expression grave éveillée par le récit du passé disparut graduellement pour céder sa place à une moue sereine, si caractéristique de Siha. Cela aurait été bien plus plaisant d'avoir d'autres aventures et des histoires moins tragiques à raconter, néanmoins il se voyait mal mentir à son amie dans le seul de préserver les apparences. En outre à la mention des engeances son regard se durcit ostensiblement, une tension certaine envahissant son visage. Son corps entier sembla réagir par la répulsion, comme si on venait de subitement presser un gros bouton rouge. La mâchoire crispée et les membres raides, il lui fallut quelques secondes pour se reprendre et parvenir à répondre normalement.

« Oui, en effet. L'Aravel était à peine arrivé aux Tombes que le mauvais temps nous a forcés à trouver refuge. La foudre était trop dangereuse au milieu de tous ces arbres et nos hahls étaient trop effrayés pour reprendre la route. Nous avons dû nous abriter dans de vieilles ruines elfiques à l'est de la forêt, un endroit que je connaissais mal à l'époque. Les éclaireurs n'ont pas trouvé d'animaux ni des esprits malveillants, alors nous nous pensions en sécurité. » Siha était alors un apprenti extatique envers la magie de l'endroit, trop curieux et naïf pour correctement jauger le danger. Comme tous les autres il avait baissé sa garde et le clan en avait payé le prix. « Les engeances ont surgit des entrailles de la terre pendant la nuit, creusant une espèce de tunnel depuis les tréfonds. Le clan a vaillamment combattu mais hélas deux de nos membres ont péri de leurs blessures. »

En dépit de son attitude d'ordinaire accessible et décontractée, l'archiviste n'était pas du genre à se laisser submerger par les émotions. S'il ne prenait pas souvent la peine de feindre ce qu'il n'éprouvait pas, il n'en restait pas moins une personne réservée. Très peu de situations étaient assez intenses pour parvenir à le tirer de son calme olympien et il abhorrait le mensonge sous toutes ses formes. Le sujet des hurlocks et autres engeances par contre, avaient le don de lui mettre les nerfs en pelote en un temps record, les souvenirs le hantant de culpabilité. La haine dans ses yeux métalliques était inimaginable chez l'enfant enthousiaste et tumultueux qu'il avait été. Ses mains se refermèrent en poings serrés, ses ongles se fichant dans sa chair jusqu'à y laisser des traces en demi-lune. 'C'est derrière mois, désormais.' essaya-t-il de se convaincre. Tout n'était pas négatif, heureusement.

« Moi non plus. Je ne sais pas quel caprice du destin nous a réunis si loin de tout, mais je le bénis mille fois. » Une œillade en coin glissa en direction de Liv, envers qui il se sentait redevable de cet opportun changement de sujet. Cela dit la question qui suivit le laissa pensif, à la recherche d'une explication qui serait à la fois pertinente et simple. C'était plus compliqué qu'il n'y paraissait, aussi il commença par le début. « Nous sommes arrivés il y a deux jours et je ne sais pas encore quand nous repartirons. Ça dépend des tractations avec votre état-major et le temps que l'on mettra à m'accorder une entrevue avec l'inquisitrice. J'ai cru comprendre qu'elle est fort sollicitée par les temps qui courent. »

Il haussa les épaules avec auto-dérision, s'attendant intérieurement à ce que son tour puisse être indéfiniment repoussé, ou même ne vienne jamais. Il suffirait que leur requête tombe entre les mains d'un officiel ou autre diplomate ayant une dent contre les elfes, et toutes les diverses formalités s'en retrouveraient passablement compliquées. L'opportunité d'exposer son plan d'entrée de jeu au commandant Rutherford avait certes été une aubaine, mais cela ne garantissait absolument pas que le clan soit prit au sérieux.
D'un autre côté la réalité de la situation sembla soudainement claquer au visage de Siha. L'amitié enfantine qui le liait encore à Liv risquait de passer au second plan aussitôt les intérêts de leurs groupes respectifs en jeu. Interprétant ces questions comme une curiosité professionnelle plutôt que comme une crainte d'être séparés, il haussa un sourcil. Plusieurs raisons l'avaient motivé à braver les traditions et à se retrouver là, certaines pragmatiques et d'autres moins. Certaines évidentes et d'autres abstraites. Néanmoins les choses étaient plus claires depuis que le commandant et son second avaient partagé certaines informations. Rien que pour cela, son voyage avait pris du sens.

« Les Tombes sont devenues dangereuses suite à l'apparition de shemlens. Les réfugiés ne sont pas vraiment dangereux et tant que nous restons à distance ils ne nous cherchent pas de noises. Par contre les étrangers... » Il se tourna vers Liv, les mains posées à plat sur ses genoux. « Des Venatori. Il y a des Venatori sur nos terres et je n'ai pas la moindre idée de ce qu'ils y fabriquent. À l'ouest il y a des guerriers devenus fous, aussi. Rutherford les appelle des templiers rouges. »

Siha soupire, encore incertain sur ce que demain représenterait pour le clan. Ces hantises, ces nombreuses inconnues étaient directement liées à son insomnie et son escapade dans la bibliothèque cette nuit. Mais au moins avait-il retrouvé Liv. D'un léger sourire il se penche et remet affectueusement une mèche argentée derrière l'oreille de cette dernière, dans un contraste flagrant avec la gravité de ses paroles.

« Je ne sais pas encore si leurs présences sont liées mais si c'est le cas, nous n'avons pas la moindre chance de les affronter. L'Inquisition est déjà sur les lieux également, alors je me suis dit que peut-être... Peut-être que nous devrions nous allier contre un ennemi commun afin de minimiser les pertes. Le commandant n'a pas été des plus réceptifs au début, mais j'ai bon espoir de lui faire entendre raison. Tu le connais, est-il digne de confiance ? C'est un grand gars blond, une armure tape à l'oeil, l'air noble et distingué. Plutôt bel homme... mais qui pue les préceptes chantristes par tous les pores. »


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Posté Lun 22 Jan - 12:06
Alda avait souri, d’abord touchée par les paroles de son ami puis son geste, plein de douceur, lorsqu’il avait remis une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle avait fermé les yeux une seconde, gravant la sensation dans sa mémoire. C’était un geste tendre et détaché, comme il en venait naturellement entre deux âmes liées depuis des temps immémoriaux. Pourtant, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, la Dalatienne ne s’était jamais laissée approchée de la sorte. Rien dans le geste de Siha n’avait pourtant éveillé sa méfiance. A ses côtés, elle se sentait étrangement sereine. Une partie de ses sens s’en trouvaient émoussé mais elle n’en ressentait aucune gêne. C’était un sentiment grisant et dangereux. Avec un frisson, elle se ressaisit. L’évocation des templiers rouges ainsi que de son supérieur hiérarchique eurent tôt fait de lui remettre les idées en place.

Ainsi Siha avait fait la rencontre du Commandant. C’était sans doute inévitable pour tout délégation se présentant à Fort-Céleste mais la jeune femme n’y avait tout simplement pas pensé. Elle se plut à imaginer la rencontre entre l’Archiviste et l’ancien Templier. Nul doute qu’avec ce mélange de rigueur et de maladresse qui caractérisait le Commandant, l’entrevue avait dû être assez exotique. La description que lui en fit sommairement Siha lui tira un sourire, confirmant quelques scénarios qu’elle avait en tête. A tous les coups le Commandant n’avait pas su comment s’adresser à l’Archiviste, ne sachant déterminer son genre. C’était tout à fait le genre de considération qui aurait pu dérouter et bloquer l’ancien Templier. Avec un sourire amusé, Alda finit par acquiescer.

- Je vois tout à fait. C’est mon supérieur direct d’ailleurs…même si on n’est pas vraiment sur la même longueur d’onde.

La jeune femme avait levé les yeux au ciel, retenant une grimace en repensant à leur dernière entrevue. Soigneusement conforté dans ses habitudes et ses positions, le Commandant s’était montré relativement irrévérencieux et maladroit à son égard. Il s’était contenté de la juger sans véritable fondement, certain de ses positions. Et Alda qui n’était pas réputée ni pour sa patience, ni pour sa tolérance, n’avait pas laissé passer l’affront qui lui avait été fait. Ainsi, la relation avec le Commandant et l’instructrice était des plus tendues, chacun veillant à rester dans son domaine de compétence sans empiéter sur l’autre. Dans le domaine du possible, bien entendu. Après tout, Alda resterait toujours l’obligée du Commandant, de par leurs fonctions et leur grade.

- C’est un homme droit et loyal, tu peux te fier à ce qu’il te dit. Il n’est pas cependant le seul décisionnaire à Fort-Céleste donc il faudra concilier avec les autres têtes de l’Etat-Major…en plus d’emporter l’adhésion de l’Inquisitrice cela s’entend.

Alda n’avait jamais été attirée par les questions politiques et son entrée dans l’Inquisition n’y avait pas fait exception. Elle tâchait de se tenir éloignée de toutes ces considérations autant qu’il lui était possible. En cet instant, elle n’enviait absolument pas la position de Siha et, parallèlement, éprouvait un certain respect à son égard. L’Archiviste évoluait sur un chemin périlleux en équilibre entre les traditions Dalatiennes et les changements qu’imposaient la situation actuelle. Quoiqu’on en dise, face à l’apparition d’un nouvel Archidémon, les peuples ne pouvaient pas rester indifférent. Chaque Enclin avait apporté son lot de changements sur la géopolitique et les sociétés.

- L’Inquisition s’intéresse justement à certains traités dalatiens et aux vestiges de notre peuple qui pourraient renfermer des réponses à propos des brèches et de l’Archidémon. J’ai été emmenée à mener quelques études et à participer à des expéditions de d’exploration pour le compte de l’Inquisition à ce propos. S’il y a bien une chose dont je suis sûre, c’est que l’appui des clans pourrait nous aider considérablement dans cette tâche.

Alda désigna d’un coup d’œil le livre posé à ses côtés, celui qu’elle tenait en main lorsque Siha l’avait surprise en train de dormir.

- Quand je ne suis pas occupée à former les troupes ou à explorer des ruines dalatiennes, j’essaie d’éplucher ici tous les écrits qui pourraient me donner des informations supplémentaires sur l’existence des brèches et la capacité qu’avait notre peuple à voyager entre les dimensions.
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Posté Mer 24 Jan - 2:19


Born in the Hunter's Season

"Acte X"

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« Oh ? »

La surprise et la curiosité perçaient dans cette onomatopée peu explicite lorsque Siha se pencha pour mieux écouter. Le sujet était tout à fait sérieux mais l'approche informelle ainsi que l'ambiance de la bibliothèque rendaient le tout étrangement intime. C'était comme s'ils étaient à nouveau deux enfants partageant impunément complots et ragots sous le nez d'intimidants adultes, blottis ensemble dans l'abri de leur univers secret. Ses joues s'animèrent de rouge, son regard brillant d'excitation. C'était intéressant de voir ce que Liv pouvait penser du commandant, de comparer son impression provenant d'un angle personnel. Un collègue devait sûrement avoir une opinion mieux construite et plus juste, même si cela risquait de manquer d'objectivité. Qu'à cela ne tienne.
Pour Siha cet homme était simplement un étranger occupant une position hiérarchique importante et leur interaction avait jusque là été strictement formelle. Il était d'ailleurs peu probable que cela vienne à changer, de par leur appartenance à des groupes différents mais aussi étant donnée la rectitude presque psychorigide du militaire. C'était donc d'autant plus important d'en apprendre plus afin de prendre les bonnes décisions dans les jours à venir, surtout que ces informations ne venaient pas de n'importe qui. Pour une raison qui lui échappait son instinct refusait de se montrer réticent envers le jugement de Liv, et ce malgré les nombreuses années qui les avaient séparés.

« C'est... rassurant, j'imagine. » Sa confiance en son amie était entière, mais le même n'était pas encore applicable à l'Inquisition dans son entièreté. Les traumas avaient la dent dure mais au moins Siha était-il disposé à leur donner une chance, ce qui était davantage que n'importe quel autre archiviste de sa connaissance.

« Je n'ai encore rien décidé ni tiré de conclusions définitives sur votre groupe, c'est trop tôt pour ça. Cela veut dire que notre séjour sera prolongé pour un temps indéterminé et aussi que je vais devoir garder un œil sur Sehariel. Il est... beaucoup moins enclin à la tolérance depuis que des 'hommes libres' hostiles se sont faits plus présents sur notre territoire. Être entouré de shemlens à l'intérieur de leur quartier général, dépendre de leur hospitalité, devoir être contraint d'attendre une audience... J'ai conscience que je lui en demande beaucoup. Si tu en as l'occasion tu devrais lui parler, peut-être que cela lui fera voir les choses avec plus de recul. »

Siha était réellement navré de devoir bousculer son frère, de causer une de leur premières disputes sérieuses en toutes ces années de cohabitation. Néanmoins leurs débats houleux n'avaient pas amoindri sa conviction de passer à l'action, ils n'avaient pas pu effacer le sentiment d'urgence qui l'avait poussé à prendre tous ces risques. Plus que jamais, sa détermination était inflexible.

« Je suis du même avis. Les clans devraient au moins envisager de s'allier à la seule institution qui ait montré ne fusse que l'envie d'essayer de combattre les démons. J'ai entendu des échos au sujet de la marque de l'Inquisitrice, mais je ne sais pas quel crédit y prêter. Tu l'as déjà vue à l’œuvre, c'est vrai qu'elle contrôle les brèches ? »

C'était tellement difficile à croire qu'un individu seul possède un tel pouvoir. Réparer les fissures dans le Voile c'était une capacité fascinante, surtout pour une non mage. En fait Siha était terrifié à l'idée que cela puisse être vrai, paralysé rien qu'en imaginant ce que cela pourrait impliquer. D'autre part il avait suffisamment entendu les soldats de Fort-Céleste et autres civils scander le nom de la Messagère d'Andrasté, invoquant son don comme la preuve de sa nature divine. C'était complètement déraisonnable, intriguant et très dangereux. Combien de fous furieux risquaient encore de se lancer dans une croisade religieuse et idéologique, justifiant génocide et conquête par seule Mythal savait quelles théories scabreuses ? L'Histoire dalatienne et ses Marches Exaltées avaient tendance à clairement lui pointer la seule direction possible. Son expression se fit grave, hermétique.

« J'ai également mené des recherches sur la magie qui a pu créer ces failles, sans jamais trouver d'éléments concluants. Je sais juste que l'Immatériel en est profondément chamboulé car la barrière naturelle qui le sépare de notre monde est très fragilisée à proximité des failles... C'est comme un énorme trou dans une tapisserie complexe. » Ses mains s'agitent en l'air, Siha gesticulant en même temps qu'il parle. Il tente cependant d'expliquer les choses simplement.

« C'est pourquoi désormais certaines entités voyagent très facilement entre les deux. Démons et esprits se bousculent et passent aisément de notre côté, tandis que les mages voient leur lien avec la magie grandir en parallèle à la tentation. C'est aussi grisant que périlleux. » Il se mordit la lèvre avant de continuer, s'exprimant sur des sentiments contradictoires, souvent mal interprétés. « Parfois j'ai l'impression que je n'ai plus besoin de rêver pour me projeter, certaines nuits c'est comme s'il suffisait d'une pensée, d'un seul pas... Comme ce soir. »

Un rictus amer remonte la commissure de ses lèvres. Il y avait une certaine ironie dans le fait que Liv aborde l'existence des Rêveurs, ces gardiens qui jadis faisaient la fierté des elfes. Nombre de légendes couraient à leur sujet, sur leur rôle dans la société, leur sommeil sans fin, leur art millénaire. C'était assez douloureux de savoir qu'ils étaient vus aujourd'hui comme un mythe alambiqué, une énième lubie d'un peuple en crise d'identité. Siha sourit avec un brin de sarcasme, confessant une chose que la maître d'armes ne savait pas encore à son sujet.

« Je n'ai clairement pas la volonté ou le savoir des Immortels d'Elvhenan, les fabuleux dormeurs pratiquant l'uthenera aux côtés des dieux. Néanmoins je suis de ceux dont tu parles, un mage capable de passer de l'autre côté et d'arpenter les prémices de la Cité Éternelle. »

Délicatement il posa sa main sur le livre que tenait la guerrière, curieux de savoir ce que cette dernière avait pu trouver. D'autre part il n'avait jamais envisagé que sa sensibilité puisse avoir un lien ou un impact direct avec les failles. Pensif, il se redressa en regardant dans le vide pendant un moment. Peu de gens connaissaient l'existence de son don, notamment parce que les créatures de l'autre côté étaient irrésistiblement attirées par lui. Siha ne dormait jamais au même droit que le reste du clan, seulement ce que les autres prenaient pour une énième excentricité et un besoin de solitude avait en réalité une raison d'être très concrète. De nombreuses dispositions étaient prises pour éviter le pire, et depuis l'apparition des brèches un thé quotidien l'empêchait de voyager.
De plus la dernière chose que voulait l'archiviste c'était d'être soit adulé soit craint pour ce pouvoir dont il n'avait jamais fait la demande. En cela il avait un point commun avec l'Inquisitrice... qu'il n'enviait absolument pas. Le poids d'un clan était suffisamment lourd à porter, alors celui de tout Thédas... Il grimaça. Quel foutoir.

« Tu as trouvé quoi que ce soit d'intéressant dans ces livres ? J'ai beau être un Rêveur je ne sais presque rien sur ce que je suis. Mon prédécesseur m'a transmis des vieux écrits décrivant des plantes qui favorisent ou inhibent mes capacités, mais c'est à peu près tout. Tu crois que des réponses pourraient se trouver dans des ruines ? »

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Posté Mer 31 Jan - 16:38
Alda avait acquiescé doucement tout en détournant légèrement le regard à la question concernant l’Inquisitrice. Elle avait effectivement vu le don de l’ancienne templière à l’œuvre et, pendant de longues semaines, n’avait su qu’en penser. Jusqu’ici, la Dalatienne n’avait nourri qu’un intérêt très lointain au culte du Créateur et de son épouse. La découverte de la marque et du don qui en découlait avait ébranlé son indifférence, la forçant à essayer de trouver des réponses. Mais où beaucoup s’étaient sagement rangés dans la croyance d’un don divin, Alda y avait vu la possibilité d’une magie ancienne et oubliée à l’œuvre. Depuis, elle avait consacré la plupart de son temps libre à l’étude des vestiges de son peuple à la recherche d’éléments de réponses.

Lorsque Siha se mit à évoquer son expérience de l’Immatériel et des chamboulements qu’elle y ressentait, Alda avait porté sur son ami un regard empli de fascination et d’appréhension. Devant sa propre absence de don pour la magie, elle ressentait une ignorance profonde sur de tels sujets. Les termes évoquaient quelques connaissances obscures et sans doute superficielles, la plongeant dans une profonde perplexité. Il lui semblait manquer les outils pour aborder complètement les notions évoquées. Comme elle fronçait les sourcils, elle se mit à secouer la tête lorsque son ami d’enfance se mit à évoquer des dons de Rêveurs. Cette fois-ci, elle leva la main comme pour l’interrompre et se figea, n’osant lui couper la parole de peur de perdre de précieuses informations.

Les questions qui suivirent la laissèrent sans voix. Observant Siha les sourcils froncés et les lèvres pincées, elle conserva un moment le silence. Les propos de son ami avaient éveillé quelques souvenirs lointains, réveillant de vieux échos de leur passé commun.

- Tu es un Rêveur ? avait-elle soufflé avec un mélange de fascination et de respect.

Ses traits se détendirent légèrement tandis qu’elle plissait les yeux. Elle se souvenait de cette forme de magie rare et privilégiée sans véritablement la nature.

- Qu’est-ce que ça veut dire au juste ? finit-elle par admettre, elle se reprit aussitôt en enchaînant rapidement, je me souviens qu’il s’agit d’une magie rare et presque oubliée, que c’est un véritable privilège mais je ne comprends pas bien, tu peux arpenter l’Immatériel pendant ton sommeil ? Tu peux entrer dans les Rêves ?

Comme elle pressait son ami de question, elle s’était légèrement penché vers Siha, les yeux de plus en plus plissés. Réalisant alors son impudeur, elle recula un peu vivement et serra ses mains l’une contre l’autre. Ses yeux dérivèrent alors sur le livre qu’elle avait posé à ses questions. Siha l’avait interrogé sur le sujet. Les yeux toujours posés sur la couverture dont le temps avait effacé les dorures, elle soupira.

- Pardon, glissa-t-elle, je cherchais un peu au hasard au début, parcourant les écrits pour essayer d’y trouver des allusions aux brèches et à la manière de voyager physiquement vers l’Immatériel. J’ai fini par tomber sur le terme d’Eluvian. Il semblerait que notre peuple ait été capable de voyager entre les mondes.

Elle avait haussé les épaules tout en grimaçant, peu convaincue par les termes qu’elle employée.

- Je dois avouer que j’ai du mal à aborder ces notions. Je ne comprends pas très bien ces histoires d’Immatériel et de voyage entre les réalités. Hum, pour reprendre la question sur les vestiges, j’ai trouvé beaucoup d’allusions aux Eluvian et au savoir qu’ils renfermaient. Je crois qu’il est possible de trouver des réponses dans les vestiges de notre civilisation.
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Posté Sam 10 Fév - 5:49


Born in the Hunter's Season

"Acte XI"

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Siha acquiesça à plusieurs reprises d'un air grave, jaugeant prudemment la meilleure approche. Il avait conscience que ce domaine ésotérique était à la frontière de terres inconnues pour les mages, alors ce n'était pas du tout surprenant que les non initiés soient perdus en cours de route. Lui-même était très loin de tout comprendre et pourtant il était le premier concerné.

« Je suis ce qu'on appelle aujourd'hui un Rêveur, oui. »


Il baissa pensivement le regard, ses mains sagement entrelacées sur ses genoux. Certaines nuits c'était difficile de faire preuve d'optimisme. Parfois la fierté d'un héritage millénaire était noyée sous les inconvénients d'une fatigue inévitablement cumulée, par les contraintes d'un don qui était une source d'angoisse. Siha ne connaissait personne capable de lui apprendre quoi que ce soit de nouveau. Eluthel était mort sans lui transmettre des connaissances approfondies dans ce domaine, de toute façon un mystère pour tout le monde. Au moins quelques anciens écrits leur étaient parvenus sur les herbes à infuser afin de faciliter le passage dans l'immatériel ou au contraire, l'inhiber complètement. Il fallait s'en contenter, s'estimer heureux de ne pas avoir fini dans un Cercle quelconque pour une singularité méprise pour une menace. Un sourire amer dansa sur ses lèvres fines tandis qu'il tenta d'expliquer les choses de façon imagée.

« Mettons que notre monde et l'Immatériel soient deux pièces contiguës séparées par un mur opaque, le Voile. Les habitants de l'un n'aperçoivent que très rarement les habitants de l'autre et s'il est possible de franchir cette barrière, cela reste difficile et dangereux pour ceux qui ne savent pas se guider. Humains comme esprits risquent de rester coincés du mauvais côté, sans savoir comment revenir d'où ils viennent. Ajoutons à cela que les esprits ont bien plus de facilité à passer cette frontière et l'on comprend mieux la raison des préjugés sur leur nature. Les ignorants persistent à les classifier comme malveillants et démoniaques, à tort. Bien sûr je mentirais en disant que cela n'existe pas... mais cela n'en fait pas la norme. Pourtant ce sont des erreurs communément répétées par la doctrine chantriste, qui s'évertue à diaboliser la magie. » Ses mains se tortillent instinctivement en réfléchissant aux dizaines de théories complexes qui visaient à expliquer le phénomène. Néanmoins il s'en tenait aux faits plutôt qu'aux postulats théologiques tenant du terrain miné de l'éthique.

« Tout mage puise sa puissance dans l'Immatériel, c'est de ce lien que provient la magie telle que nous la connaissons. Néanmoins bien que je sois le premier à approuver un encadrement strict lors de l'apprentissage, je ne cautionnerai jamais les méthodes de confinement employées par les shemlen. » Il se rendit compte que son discours dérapait sur une problématique bien différente et soupira en dodelinant de la tête.

« Pardon, ce n'est pas le sujet. » Il sourit doucement à Liv, penchée de plus en plus près. Cela ne semblait pas le gêner le moins du monde au contraire, cette présence lui apportait une chaleur depuis longtemps oubliée. Du bout de l'index il toucha le bout du nez de la jeune femme, poursuivant en dépit de l'interlude espiègle. « Les Rêveurs sont des mages ayant un lien particulièrement fort avec l'Immatériel. De ce fait ils ne sont pas dépendants du lyrium et n'en ont pas besoin pour traverser le Voile. Je peux donc arpenter l'Immatériel et je suis sensible aux songes d'autrui, bien que des raisons morales m'empêchent d'y faire irruption sans une très bonne raison. »

Siha avait un peu peur de la réaction de Liv et c'était clairement écrit sur son visage tendu. Ce n'était pas une idée brillante d'aborder une confession aussi lourde le soir de leurs retrouvailles. Non seulement c'était insensible de monopoliser la conversation, mais en plus il risquait de commettre un impair en l'assommant d'informations délicates. Qui sait ce qu'elle pouvait penser des mages, après tant d'années de séparation ? Certes elle avait l'air intéressée par le passé dalatien, mais de là à prendre sa tolérance pour acquise,  il y avait un énorme pas à franchir.

« Habituellement je bois un thé qui m'ancre solidement dans ce monde de façon à pouvoir me reposer la nuit, cependant... depuis que les brèches sont apparues, par endroits le Voile est devenu si fin que cela ne fait pas toujours effet. Le rideau est déchiré, fragilisé. De la même façon que des créatures se précipitent sur Thédas, je me sens attiré... comme aspiré vers l'autre côté. »

En lumière de son empathie, l'idée que les elfes de jadis aient été capables de voyager entre les mondes ne lui paraissait pas du tout insensée. D'après ce qui lui avait dit son mentor, bien que rare, le don des Rêveurs avait autrefois été bien plus courant. C'était l'emprise du temps et le génocide de leur civilisation qui avaient changé les choses. Mais à quel point ? Rien que d'y penser, il en avait le tournis.

« Désolé, ce n'est pas évident à expliquer sans traîner en longueur. J'espère que ce n'est pas trop ennuyeux. »

Posant une main sur celles de la guerrière, Siha agissait sans réfléchir. Toutefois il était très intéressé par les recherches de Liv sur ces fameux Eluvian, et ses yeux en regagnaient des lueurs enfantines. Sa main se resserra d'enthousiasme et il se tourna vers elle. « Je n'en ai jamais entendu parler, qu'est-ce que c'est ? Tu as des pistes concrètes ? »
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Posté Mer 14 Fév - 14:31
Alda n’avait pas manqué un mot des explications de son ami, suspendue à ses lèvres. Elle le fixait sans ciller, même lorsqu’il vint frôler son nez d’un geste anodin et joueur. Parfois, un tressaillement agitait ses lèvres quand une question l’assaillait mais à aucun moment elle ne l’interrompit. La Dalatienne avait conscience de toucher un domaine pour lequel elle ne possédait aucune connaissance et, par-dessus tout, qui pouvait répondre à un bon nombre d’interrogations. Ses recherches sur le passé de son peuple l’avaient emmenées à frôler les limites de la magie et de sa compréhension du Voile. Comme Siha terminait ses explications, elle finit par hocher la tête en murmurant une vague approbation.

Les informations s’accumulaient et elle n’était pas certaine d’être en mesure de les analyser correctement. Elle en rangea donc un certain nombre dans sa mémoire ainsi que les questions qui allaient avec. Les deux elfes auraient certainement d’autres occasions de revenir sur le sujet. Et, pour l’heure, elle avait besoin de digérer toutes ces informations. Si Alda n’était pas vive d’esprit, elle avait au moins l’humilité de le reconnaître. Une moue agitait des lèvres tandis qu’elle posait une nouvelle fois son regard sur le livre qu’elle lisait un quart d’heure plus tôt. Avec un soupir, enfin, elle consentit à répondre aux dernières questions de son ami. Les sourcils légèrement froncés, elle semblait hésiter.

- Je ne sais pas exactement, le terme est vague et ne donne pas beaucoup d’explications. Un objet qui serait en lien avec l’Immatériel ou du moins qui permettaient à nos ancêtres de se déplacer en utilisant ce lien.

La jeune femme fronçait toujours les sourcils, visiblement en proie à un certain agacement. Elle touchait du doigt les limites de sa propre compréhension.

- Des écrits plus récents parlent du fait qu’ils auraient pu être corrompus et signer le déclin de notre peuple, finit-elle par lâcher d’une voix blanche.

Comme elle se redressait et croisait de nouveau le regard de l’Archiviste, elle serra sa main dans la sienne. Le contact l’apaisait.

- Je pourrais te dresser une liste des ouvrages intéressants à lire ici si tu veux, elle grimaça puis haussa les épaules, enfin ceux qui m’ont aidé dans mes recherches.

Elle lâcha alors sa main et s’ébroua, secouant légèrement la tête. Quelques tresses balançaient gracieusement dans le mouvement.

- Mais pour l’heure, sortons un peu.

D’un mouvement fluide, elle se releva puis tendit la main pour inviter son ami à en faire de même.

- As-tu déjà pris le temps de visiter Fort-Céleste ? Il y a un lieu à ne pas manquer !

Comme elle prenait sa décision, elle saisit la main de son ami et l’entraîna derrière elle, posant au passage son livre sur la table de lecture la plus proche. Une volée de marche plus tard et une lourde porte poussée, une bourrasque d’air frais les saisissait. Alda marqua un temps d’arrêt et jeta un regard aux alentours. Pas une âme errait dans les cours du Fort. Avec un sourire, elle entraîna Siha dans son sillage : direction les bains de l’Inquisition.
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Posté Mar 20 Fév - 10:33


Born in the Hunter's Season

"Acte XI"

Image fond RP


Les mystères de cet étrange 'Eluvian' avaient de quoi intriguer et apeurer à la fois. Pour y être constamment confronté individuellement, Siha n'était que trop conscient de la perdition immente que représentait la soif de découverte dès qu'elle tombait dans la démesure. D'autre part les objets magiques -surtout les reliques elfiques- étaient souvent d'un pouvoir défiant l'imagination, particulièrement difficiles à contrôler étant donné les nombreuses lacunes dans leur Histoire. Par conséquent même s'ils venaient à trouver l'Eluvian un tas d'autres problèmes ne tarderait pas à se soulever... et ces derniers seraient sûrement d'une toute autre gravité. Néanmoins l'utilisation du pluriel ne lui disait rien qui vaille. S'il existait plusieurs répliques de cette même arcane, le danger était encore plus réel.

« Si ces choses ont le moindre lien avec le déclin de nos ancêtres, il est impératif de poursuivre les recherches. Ce serait une aide inestimable de savoir où commencer à chercher, merci ma vhenan. »

Serrant la main de la guerrière en retour, il tenta tant bien que mal de relativiser ce qui venait d'être dit. L'un comme l'autre avaient besoin de temps pour tout digérer toutes ces informations, sans parler du choc émotionnel de ces étranges retrouvailles. Dès le lendemain Siha devrait rentabiliser son temps à l'Inquisition afin de couvrir le plus de terrain possible, profitant de cette bibliothèque extraordinaire pour saisir ses chances tant qu'elles se présentaient encore. Qui sait quand il serait finalement obligé de partir à l'autre bout du monde, après tout ?
Quoique pensif, l'archiviste acquiesça. Cette nuit il serait éloigné de ses obligations... au moins encore quelques heures de liberté. Sans même prendre la peine de demander à Liv où ils allaient il lui emboîta le pas, amusé. Sa confiance était presque aveugle même si la curiosité n'était pas bien loin. Entrelaçant ses doigts aux siens, il sembla un peu confus par cette soudaine bougeotte mais la suivit juste après avoir repris son bâton. Se sentir à nouveau un enfant sur le point de faire une bêtise faisait vibrer une vieille corde de son cœur...

« Non, je ne suis pas admis à l'intérieur sauf pour la bibliothèque. J'ai un peu fait le tour de la cour, les écuries,... » Il hésita, le regard espiègle. « les remparts, les cuisines... » Son sourire trahit ses pensées. « Les quartiers du com... Ahem. »

Espérant sincèrement que le grincement de la lourde porte en bas des escaliers avait couvert sa voix, Siha agit comme s'il n'avait rien dit du tout. Se mordant la langue il s'en voulut instantanément de ne pas savoir se taire. Afin de ne pas être découvert il changea rapidement de sujet, profitant de son manque de sens de l'orientation pour esquiver le sujet fatidique.

« Et quel est ce fameux lieu, alors ? »

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Posté Lun 26 Fév - 18:54
La suite du rp se déroule par ici : L'art de savoir prendre un bain
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