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Posté Jeu 28 Déc - 21:20
Écartant les pans de toile de sa tente, Siha sort sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller son frère. Ses yeux se plissent pour mieux discerner où il va, pour voir à travers le voile sombre qui a englouti tout Fort Céleste. Dans le petit coin qui a été mis à disposition pour les Dalatiens à côté de l'infirmerie, tout le monde dort déjà à poings fermés. Quelques ronflements discrets se font même entendre parfois, au grand dam des quelques soldats qui montent la garde en bâillant aux corneilles, à la faible lueur des torches. Le voyage jusqu'au quartier général de l'Inquisition a été éreintant pour eux qui ne sont point habitués à un climat si peu clément, donc le sommeil les a gagnés rapidement.

Pourtant Siha n'arrive pas à faire comme eux, même après avoir pris le thé qui tiendrait ses rêves hors de l'Immatériel depuis une bonne heure déjà. Ses pensées sont chaotiques et éparses, son esprit demeure troublé par les enjeux d'une entrevue diplomatique, son corps chargé d'adrénaline refuse de trouver le repos.
Prenant une grande inspiration, l'archiviste sent le froid mordant emplir ses poumons, et l'air humide de neige traverser les mailles fines de sa tunique. Ses cheveux noirs retombent mollement sur ses yeux alors que sur le chemin il salue un soldat, présente son bâton à tête d'aigle pour preuve de son identité, puis monte les marches menant au bâtiment principal. Heureusement, on lui a accordé l'accès à la bibliothèque afin de poursuivre ses recherches sur les failles.
L'androgyne espère que la tranquillité des lieux lui offre un peu de paix, et peut-être avec un peu de chance finirait-il par être assez fatigué. Du moins si une excitation enfantine ne prenait pas le dessus face à tant d'ouvrages et de connaissances réunis au même endroit.

Le silence extrême donne des airs fantomatiques au fort, qui apparaît intimidant voire angoissant pour quelqu'un qui comme Siha, n'a pas l'habitude de rester longtemps enfermé entre quatre murs. Néanmoins il faut bien avouer que la température est bien plus agréable à l'intérieur et c'est un confort non négligeable. Se frottant les bras il frissonne un peu, mais poursuit son ascension selon les directives reçues d'un domestique plus tôt dans la journée. Marchant à pas de velours, il s'insinue jusqu'à l'étage de la bibliothèque avec une bougie à la main, espérant de tout cœur ne pas rencontrer un autre insomniaque, ou un shemlen qui le foutrait dehors sans sommation.
Surpris par la forme circulaire de cette tour, il se penche brièvement par-dessus la rambarde et regarde vers le haut. C'est différent des autres forteresses qu'il avait pu visiter, dans le monde réel comme dans l'Immatériel. Fasciné, il reste planté là pendant plusieurs minutes, distrait par le crépitement des torches et les croassements provenant des cages accrochées au niveau le plus haut.

L'espace est heureusement désert, alors il prend la liberté de sillonner les diverses étagères en décryptant les titres qu'il parcourt parfois du bout des doigts. La lumière est faible et crée une ambiance feutrée qui l'absorbe rapidement dans sa soif de savoir. C'était l'occasion où jamais de rafraîchir ses connaissances en littérature shem.
Caché dans un recoin reculé garni de tomes sur l'Histoire et sur la poésie, Siha s'oublie longuement entre ces pages parcourues avec révérence. Il en oublie même de s'asseoir et reste là, debout sous la lumière pâle du cierge mural, s'adonnant secrètement à sa passion pour les bouquins que les siens avaient pour habitude de mépriser.
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Posté Ven 29 Déc - 11:09
Alda se retournait dans son lit, le sommeil lui échappant. Elle avait mal aux jambes. Chaque mouvement la tiraillait. L’immobilité était bien pire encore. Les muscles de ses jambes lui faisaient l’effet d’une vieille viande mal dégrossie. En somme, elle avait trop forcé la veille. Et, pour une fois, ce n’était pas sur la boisson mais sur ses capacités physiques. Avec un grognement, elle s’assit sur son lit après avoir repoussé les draps d’un geste rageur. En temps normal, elle aurait enfilé quelques vieux habits et serait partie pour un footing matinal. Seulement, vu le programme qui l’attendait pour la journée à venir, il lui faudrait se ménager un peu. Elle resta donc un moment, la tête entre les mains à réfléchir sur son sort. Pourquoi le sommeil la désertait-il de cette manière ?

La Dalatienne finit par se lever complètement. Après un brin de toilette, elle enfila une tenue civile relativement sobre sur laquelle elle attacha l’insigne de l’Inquisition. C’était devenu un geste tout aussi machinal que la tresse qu’elle faisait chaque fois qu’elle sortait du lit. Une fois préparée, elle prit sa ceinture à laquelle pendait sa longue date et sortit de la chambre en la fermant derrière elle. L’aube naissante baignait le fort d’une lumière blafarde, lui conférant des allures fantomatiques. Elle déambula un instant dans la cour principale. Le fort était assoupi et seuls quelques bruits tranchaient dans le silence matinal. Au sein de l’Inquisition le quotidien de la jeune femme se résumait aux entraînements martiaux mais lorsqu’elle n’était affairée à la formation des nouvelles recrues, elle consacrait son temps à l’étude des vestiges Dalatiens. Ainsi ses pas la menèrent vers la haute tour de la bibliothèque, lieu qu’elle hantait ponctuellement, veillant à se montrer aussi discrète que possible. L’heure matinale était donc propice à ses déambulations, elle poussa la porte de la tour et entreprit d’en gravir les marches.

Elle s’était installée en tailleur à même le sol, un énorme livre posé sur les jambes. Les doigts posés en dessous des lignes qu’elle tentait de déchiffrer, elle marmonnait en silence ses traductions. Butant sur un mot, elle fronça les sourcils et se redressa. Elle le connaissait, elle l’avait déjà entendu. Comme elle fouillait dans ses souvenirs pour tenter d’en trouver l’origine, elle replongeait vers un passé lointain. Le temps de l’innocence.

*
**

- Tu ne m’écoutes pas.

La remontrance avait fait mouche. L’enfant avait baissé la tête, coupable. L’homme avait alors sourit doucement, oubliant un instant d’être l’Archiviste qui enseignait à une recrue récalcitrante pour redevenir le père aimant. Il l’avait alors invité d’un large geste circulaire à admirer les fresques qui les entouraient.

Les temps anciens.

Ar Var Alda.


Elle avait fixé les fresques sans cligner des yeux, suivant les différentes scènes de vie qu’elles représentaient. Progressivement, il lui semblait pouvoir les voir prendre vie. Puis tout s’était brouillé. Une lumière d’un vert aveuglant avait effacé les contours d’un passé qu’elle croyait avoir laissé derrière elle. Des cris lui parvinrent. De la souffrance, de la rage aussi. Et ce vert qui ne cessait de croître, omniprésent. Il l’enveloppait, menaçait de l’étouffer. Et l’enfant qui était désormais un soldat accompli se débattait. D’impuissance elle voulait crier mais la brume épaisse étouffait les sons.

Le nouvel enclin.

Comme elle sentait la menace croître et la panique s’emparer d’elle, elle rassembla toute sa volonté et la projeta en avant.

*
**

Alda s’était éveillée, le souffle court, l’esprit encore embrouillé. Il lui avait fallu quelques secondes pour accommoder, se souvenir du lieu où elle se trouvait. Elle jetait quelques regards autour d’elle. Avait-elle crié ? Le livre avait glissé sur le côté, se refermant sur la page qu’elle lisait lorsqu’elle s’était assoupie.

- Un mauvais rêve, c’était juste un mauvais rêve, marmonna-t-elle.

Les yeux plissés, elle rassemblait ses idées. Les souvenirs du rêve étaient tenaces, les sensations ne voulant la quitter complètement. Lorsqu’elle avait vu son père et les fresques, il lui avait semblé approcher de la vérité. Elle avait proche de trouver ce qu’elle cherchait, tout proche. La jeune femme ferma les yeux, repoussa le sentiment de frustration qui gagnait en ampleur et observa les alentours. Un frisson la parcourut alors qu'une certitude s'emparait d'elle.

Elle n’était pas seule.
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Posté Sam 30 Déc - 17:54
C'était littéralement une mine d'or, un gisement de véridium, de pierre d'aurore... tout cela à la fois. Les yeux écarquillés sur les trésors de connaissance qui s'étendaient partout entre ces pages jaunies, Siha ne sait où donner de la tête ou par où quel ouvrage commencer. Son regard ambré était un métronome déréglé, allant et venant d'une couverture de cuir à l'autre, d'un titre à moitié effacé au suivant. Voir tant de savoir rassemblé en un seul endroit, c'était émouvant. Il y avait de quoi en avoir le tournis.
Un défi à toutes les prérogatives, un merveilleux doigt levé au vœu du secret autour de l'écriture et de l'érudition. Les elfes avaient tant de choses à redécouvrir sur leur passé perdu et pourtant les autres archivistes s'évertuaient à jalousement protéger le patrimoine culturel, quitte à le dissimuler au peuple. C'était bien l'une des seules traditions qui ne trouverait jamais son approbation, ni aujourd'hui, ni jamais.

Depuis qu'il avait quitté le confort familier du clan, son regard avait entièrement changé. Depuis qu'il avait cessé d'apercevoir la robe de leurs forêts et les courbes de leurs collines, tout avait été mis sans dessus-dessous. Siha avait quitté la Dalatie pour mieux la protéger... et ce qui se trouvait au-delà de ses frontières défiait toute imagination. Son départ avait initialement été un coup de tête opportuniste, une bravade envers leur enfermement toujours plus prononcé, une tentative désespérée de trouver des réponses. La plupart ne comprendrait jamais... Mais leur approbation importait peu si cela garantissait leur survie ne fusse qu'un jour de plus.

Animé d'une nouvelle détermination, le mage leva un instant le nez de son bouquin sur l'Histoire des Enclins. Se noyant littéralement sous les références à étudier, Siha fit une grande pile de ceux qui avaient attiré son attention en premier, puis les souleva prudemment dans ses bras. Néanmoins après quelques secondes il s'arrêta brusquement, retenant son souffle. Dans son dos, il lui semblait avoir entendu comme un murmure indistinct, une légère perturbation du flux magique ? Tendant l'oreille, il frémit de peur d'être pris pour un voleur.
C'est à peine perceptible et pourtant c'était là, tel un bourdonnement persistant et oppressant dans un coin de son crâne. Un peu inquiet il se toucha le front, les mains moites. Se pouvait-il que la fatigue lui joue des tours ? Sourcils froncés, il serra ses précieux livres un peu plus fort et les cala sous son menton pour ne pas qu'ils tombent. Sur la pointe des pieds il fait alors le tour des étagères et s'engage plus profondément dans la bibliothèque.

La surprise lui fit soudainement lâcher un petit hoquet. Sursautant à la vue d'une personne dormant à poings fermés, il comprit enfin. C'était l'intensité de son rêve qui l'avait irrésistiblement attiré, en dépit de sa sensibilité presque anesthésiée par les herbes. Un soupir de soulagement quitta ses lèvres et il se préparait déjà à rebrousser chemin ni vu ni connu, lorsque la tête argentée se releva tout à coup en poussant un cri.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine et sous la panique il faillit en lâcher son trésor. Par miracle il réussit toutefois à se rattraper et les sauver de la catastrophe.

« Par les corbeaux de Dirthamen... » Il marmonne tout bas, sa main libre posée sur son palpitant affolé. Heureusement il ne tarde pas à réaliser que la femme qu'il venait sans doute de réveiller était aussi une elfe. Un poids invisible quitta ses épaules. S'il tolérait relativement bien les shemlens, l'inverse était moins vrai. La regardant donc en face, Siha grimace.

« Pardon, je ne voulais pas vous déranger. Je m'en vais de ce p... » Il se tut, intrigué par ce visage. Confus par ces yeux d'un gris métallique, il remonte le temps. Il connaissait cette personne, c'était une certitude qu'il ne pouvait réprimer. Mais d'où ? Perdu et statufié, il ne se rendit même pas compte qu'un de ses livres était tombé à terre en rompant le silence religieux.
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Posté Lun 1 Jan - 11:56
Alda sentit un frisson remonter le long de son échine tandis que son regard croisait celui d’un visiteur. Les lèvres pincées, les mâchoires crispées, elle resta quelques secondes à l’observer sans un mot. Et lorsqu’il se mit à s’excuser, visiblement tout aussi surpris et gêné qu’elle, elle s’extirpa alors de son immobilité. La Dalatienne secoua légèrement la tête, chassant les dernières brumes du sommeil puis se leva prestement. Avec une grâce consommée, elle déplia ses jambes, glissant son propre livre sous son aisselle et se releva tout en attrapant au passage le livre que le Dalatien venait de faire tomber. Comme elle se redressait, elle fit légèrement rouler ses épaules et balança la tête de côté pour repousser les dernières traces de léthargie. A présent, elle était bien éveillée. Et, tandis qu’elle dévisageait sans gêne le Dalatien qui lui faisait face, une étrange impression s’emparait d’elle. Alda finit par lui tendre son livre et inclinant légèrement la tête. Un sourire dansait sur ses lèvres, légèrement amusée d’avoir été ainsi surprise.

- C’est moi, je suis désolée. Je crois bien avoir rompu la quiétude de ce lieu en me réveillant.

Lorsque l’inconnu récupéra son livre, elle passa une main sur sa tempe en plissant légèrement les yeux.

- Il semblerait que je me sois endormie, avoua-t-elle d’un air coupable.

Et comme la Dalatienne était désormais complètement réveillée, elle sentit une pointe de panique la gagner. Jusqu’ici, elle s’était toujours arrangée pour se montrer la plus discrète possible lors de ses déambulations dans la bibliothèque. Elle prenait toujours soin de croiser le moins de personne possible et, si possible, qu’aucun ne puisse deviner la nature de ses lectures. A cette pensée, elle passa une main instinctivement sur le livre qu’elle tenait sous son bras. Non seulement elle avait été surprise dans le secteur qui traitait de l’ancienne Dalatie mais elle s’y était endormie !

- Je devrais au moins me présenter, j’en oublie les manières.

Toujours déboussolée, Alda ne parvenait toujours pas à identifier l’étrange impression que lui inspirait le Dalatien.

- Alda Ar Var, Maître d’armes de l’Inquisition.

Elle passa une main dans ses cheveux, dansant d’un pied sur l’autre. Maintenant elle n’était plus du tout en mesure de dissimuler sa gêne.

- Et accessoirement squatteuse de la bibliothèque, rajouta-t-elle le regard fuyant.

Heureusement pour elle, son teint d’ivoire n’avait jamais été enclin au rougissement car, en cet instant, elle aurait certainement affichée une couleur proche de l’écarlate.
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Posté Jeu 4 Jan - 0:17


Born in the Hunter's Season

"Acte III"

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Siha expira plus léger dès qu'il entendit la réponse dépourvue d'hostilité de l'inconnue. C'est vrai qu'une bibliothèque n'était pas le meilleur des endroits pour piquer un somme, mais après tout qui était-il pour juger ? Le manque de gêne l'aurait également peu étouffé dans son envie de mener un raid aux cuisines, s'il n'encourait pas la bévue diplomatique en se faisant prendre. À chacun sa tentation, finalement.
Récupérant son livre d'un sourire gêné, le mage s'incline en retour en guise de remerciement. Avec intérêt il zieute au passage l'ouvrage sur lequel elle avait jeté son dévolu, et même s'il ne fait pas de remarques, son visage s'illumine d'amusement. La jeune femme semblait gênée de quelque chose dépassant l'endroit de sa sieste, aussi il serait sûrement malvenu de fureter plus loin. Néanmoins la curiosité avait toujours été l'un de ses plus vilains défauts, et cela ne s'était pas arrangé avec les années.

Après s'être refait de sa frayeur, Siha gagnait en assurance et faisait face à la charmante dormeuse la tête haute. Ses yeux dorés, peut-être en devinant une alliée capable de garder son infiltration secrète, se posaient avec plus d'attention sur Alda. Ses traits étaient durs et fatigués mais ses prunelles d'un gris presque argenté, lui rappelaient quelque chose. L'archiviste se mord la lèvre inférieure sous le contact visuel intense, se demandant tout à coup s'il était le seul à se poser des questions. Sans doute le penserait-elle indélicat, à force de la fixer de la sorte.
Il l'écoute avec scepticisme, ne reconnaissant pas la voix.

Cependant le nom qu'elle lui donne lui fait doucement hausser un sourcil et sourire en coin. Les temps anciens. Les citadins avaient pour habitude de se choisir des noms elfiques en dépit de leur vraie signification, par manque de connaissances de la langue. Cela donnait parfois un maladroit patchwork de noms aléatoires qui se voulaient respecter leur culture... Mais ça, c'était différent. Les mots employés dérivaient des récits anciens, le genre d'expression qu'un dalatien classique n'aurait jamais rencontré de sa vie à moins d'être fort instruit. C'était très joli à vrai dire, mais... il serait prêt à parier sur un pseudonyme.
À nouveau il garda le silence, ne sachant trop quelle réaction récolterait un cours de linguistique au beau milieu de la nuit, d'autant plus que ce serait déplacé de juger sans savoir. Au lieu de ça il répondit calmement, attendant de voir si son nom provoquerait un changement d'attitude. Au moins un petit indice...

« Sihan'diel... Bellanaris. Archiviste. »

Les corpulences et les âges semblaient correspondre avec ses souvenirs et son imagination. À quel pouvait-on changer en vingt ans ? Pourtant avec la faible lumière et son esprit embrumé par la fatigue, impossible d'être certain. Se pouvait-il qu'en face de lui se tienne une ombre de son passé ? Pouvait-il réellement croire que le destin lui ramenait un être cher, comme la marée amène les débris d'une épave depuis longtemps coulée ? Ses doigts se crispèrent d'impatience et d'émotion autour de la colonne de livres.
D'ailleurs Siha est si dérouté qu'il finit par les poser prudemment aux côtés de son bâton sur la table la plus proche, de peur de finir par tout lâcher et réveiller la moitié du fort. Enfin il se retourna avec hésitation, avançant silencieusement vers l'inconnue, d'un pas après l'autre. Au pire elle le prendrait pour un énième taré avec de drôles de lubies, et ce ne serait ni la première ni la dernière fois. Il devait en avoir le cœur net. Fronçant les sourcils pour y voir dans la presque pénombre, Siha cède. Sa voix n'est qu'un murmure.

« Liv... c'est toi n'est-ce pas ? » Il tend une main, plus par nervosité que pour saisir quoi que ce soit.
« Tu... Tu te souviens de moi ? On a hm... grandi ensemble et puis un jour... Tu as disparu. » Pourquoi disait-il toutes ces choses sans même être sûr qu'il parlait à la bonne personne ? Soudainement paniqué, il noie sa main dans son épaisse crinière corbeau. Pourquoi avait-il fallu qu'il ouvre sa grosse bouche...
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Posté Jeu 4 Jan - 11:35
Il avait suffi d’un mot, d’un seul, pour lui couper le souffle. Comme la jeune femme effectuait un mouvement de recul, abasourdie, elle se sentit comme happée par le passé. Ses oreilles bourdonnaient, captant à peine la suite des paroles. Il lui fallut plusieurs secondes pour rassembler ses esprits. Alda prit une grande inspiration et fronça les sourcils, remarquant tout juste la main qu’avait avancé l’elfe avant de la retirer rapidement. Sans plus aucune gêne, elle le dévisageait. Les souvenirs venaient s’agencer d’eux-mêmes, remettant de l’ordre dans ses pensées qui n’avaient été qu’un amas incohérent jusqu’ici.

Face au doute qu’elle lisait dans son regard, la jeune femme fut tentée un instant de nier d’un bloc. Fuir lui parut une alternative plausible, plus agréable qu’affronter les ombres du passé en tout cas. Au moment même où elle le réalisait, elle repoussait l’idée. Les yeux légèrement plissés, elle finit par passer une main dans ses cheveux puis devant ses yeux avant de pousser un long soupir. Ultime aveu.

Liv, depuis combien de temps n’avait-elle plus entendu ce prénom ?

- Je n’ai pas disparu. J’ai été enlevée et vendue comme esclave.

Les mots étaient rauques, un déchirement de l’âme pourtant aucune douleur ne transparaissait sur son visage. Le teint livide, elle finit par relever le regard et croiser celui de Siha. Après tout ce temps, après toutes ces vies, elle n’aurait jamais pu la reconnaître. Si la Dalatienne s’était toujours comportée en garçon manqué lorsqu’elles étaient enfant, son genre semblait être devenu plus flou encore avec le temps. Alda contemplait désormais une Dalatienne au visage noble et androgyne dont les attitudes ne manquaient certainement pas de grâce. Dans un détail, il lui semblait entrevoir l’enfant avec qui elle avait tant partagé et puis dans un regard ou un mot l’impression disparaissait.

Quelle image pouvait-elle bien lui renvoyer elle-même ?

Alda n’était pas dupe. Si ses gênes Dalatiens retranscrivaient fidèlement la grâce et la beauté d’une race ancienne, le temps avait considérablement durci ses traits. Et même si son corps svelte et taillé par un entraînement âpre et régulier n’avait rien entaché de sa souplesse naturelle, il avait oublié toute la grâce propre à ceux de son sang. Alda n’était plus qu’un personnage mal équarri, à peine dégrossi. Face au regard délicat et emprunté de celle qui avait été son amie d’enfance, elle ne pouvait qu’admettre les différences qu’avaient creusées leur vie respective. La jeune femme haussa les épaules, un sourire amer étirant ses lèvres.

- Archiviste, hein ?

Les mots étaient âpres, la réalité impitoyable. Siha n'avait pas endossé le rôle d'Archiviste du clan dont elle était issue mais la révélation avait eu le même impact sur la jeune femme. Pour la première fois de son existence, Alda réalisait non sans amertume que la vie du clan avait continué après sa disparition. Sans vraiment s’être penchée sur la question, elle avait simplement mis de côté cette part de son passé. Par nécessité avant tout mais aussi pour s’en protéger. La façon dont le passé la rattrapait à présent éveillait chez elle une foule de sentiments contradictoires.

- Et bien le hasard nous joue parfois de drôles de tour, finit-elle par lâcher avec sarcasme, que fais-tu donc à Fort Céleste, Siha ?

Enfant, esclave enchaînée au sort des Corbeaux, elle avait souvent songé à son amie d’enfance. Lors de brefs moments de répit, elle aimait à se rappeler des tours qu’elles avaient joué ensemble et de toutes les confidences qu’elles s’étaient faites. Des instants chargés de promesses réduits à néant par un coup du sort. Aujourd’hui Alda contemplait une ombre du passé, douloureuse et implacable. Instinctivement, elle s’était raidit et avait resserré les bras autour d’elle. Le teint livide, elle se sentait vulnérable face à ce regard qui la renvoyait à ce qu’elle aurait pu devenir.
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Posté Jeu 4 Jan - 18:08


Born in the Hunter's Season

"Acte IV"

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Siha ne savait que penser de l'immense tempête qui s'était soudainement levée sur le visage de l'inconnue. Ses yeux clairs étaient devenus un tumultueux océan d'émotions conflictuelles où elle était perdue à la dérive. Fallait-il en juger que cela lui donnait raison ou bien que c'était une erreur?  
Son trouble éveillait en lui ce vieil instinct protecteur et tactile qui le mettait si souvent dans le pétrin. Mais c'était trop tôt, beaucoup trop tôt pour rompre cette barrière là. Par contre cette confusion, ce malaise... le touchaient plus qu'il ne pourrait le dire.

« Comment ? » sa voix était étouffée d'incrédulité.

Lorsque Alda... Liv prit enfin la parole ce fut pour confirmer ses soupçons, il ne sut que dire. Toutes ces années, les questions étaient restées muselées dans un coin de sa tête, tapies dans une boîte de Pandore qu'il n'avait pas eu le luxe d'ouvrir. Ou plutôt le courage, pour être honnête. Jamais il n'avait pu oublier cette disparition qui avait assombri et atteint le clan tout entier, et lui en particulier.
Leurs recherches avaient duré des jours et n'avaient malheureusement abouti à rien, même après avoir été étendues jusqu'aux ruines les plus dangereuses. Après quelques semaines d'échec le clan eut pour consigne d'arrêter afin de préserver ses forces déjà minces. Au début Siha s'était indigné contre tout le monde de se résigner aussi facilement, révolté contre le silence obstiné dans lequel se drapait l'archiviste désormais méconnaissable. Il voulait savoir, il avait besoin de savoir. Son frére et lui les avaient incessamment pressés de questions, sans résultat.

Rapidement l'Aravel avait dû reprendre son chemin et sa vie normale. Après quelques mois de deuil le nom de Liv était devenu tabou, une sorte de secret commun que personne ne pouvait prononcer de peur de s'attirer les foudres de l'archiviste. Ce dernier devint une personne solitaire, austère et aigrie... mais c'était un père en deuil avant tout. Avec le recul Siha réalisait parfaitement à quel point il avait pu être détestable à tous points de vue, un enfant  rebelle refusant d'accepter une réalité d'adultes et remuant sans cesse le couteau dans la plaie.

Il était alors trop jeune pour comprendre que protester et haïr ne ramènerait pas son amie. En outre petit à petit cette colère ainsi que son don manifeste pour la magie poussèrent l'archiviste à le transférer aux bons soins des Bellanaris. Aujourd'hui encore Siha soupçonnait que des raisons personnelles avaient motivé cette décision un peu cruelle, mais in fine ça avait sans doute été la meilleure décision pour tout le monde.
Mais tout ça, toutes ces ratures dans leur histoire... elles s'étaient produites parce qu'il n'avait jamais eu la moindre idée de ce qui était advenu de Liv. Peut-être l'archiviste savait-il ce qui s'était passé et n'avait rien pu faire, peut-être l'ignorait-il et s'était-il noyé dans son impuissance. Dans tous les cas cela n'avait aucune importance, plus maintenant.

Les mots de la jeune femme étaient si simples et pourtant si tranchants, qu'ils lui firent l'impression de coups de poings dans l'estomac. En un instant Siha comprit que les réponses qu'il avait si ardemment cherchées toutes ces années... Il n'était pas prêt. Il ne le serait jamais.
Sa tête se mit à tourner si fort qu'il dût s'équilibrer en prenant appui sur une des chaises. Une nausée le prit à la gorge dès qu'il s'imagina ce que Liv avait pu vivre dans ces années de calvaire. Pourtant une curiosité presque malsaine subsistait. Comment était-elle passée d'esclave à Maître d'Armes de l'Inquisition ? C'était bizarre rien que de l'imaginer avec une arme à la main, et pourtant il suffisait d'un regard pour comprendre qu'elle avait irrémédiablement changé.
Sa silhouette longiligne et légèrement émaciée était plus athlétique et légère que la plupart des guerriers dalatiens. Sa peau pâle et vierge du tatouage rituel était peut-être chargée de sillons de batailles, mais l'étincelle dans son regard n'en avait pas diminué, au contraire. En vérité elle semblait incarner une rage de vaincre qu'il ne lui avait jamais connue. De toute évidence Liv n'était plus une petite enfant chétive, elle était une femme accomplie, maîtresse de sa destinée.

« Nous... nous avons cherché autant que possible. J'ai essayé pendant des mois, mais... » Siha déglutit avant que ça voix ne se brise. Il n'avait pas le droit. « Pardon, je n'ai rien pu faire. Personne n'a pu. » Réalistement il n'était de toute façon qu'un braillard avec le rêve lointain de devenir chasseur, rien de plus. Mais le fait est qu'il se sentait quand même responsable, au fond. Il regarde Liv en face malgré la culpabilité, parce qu’il lui devait bien ça.

« Personne n'a jamais voulu me dire quoi que ce soit, j'ai toujours pensé que tu étais... » Il ne pouvait pas le dire. « Que tu avais été surprise par un animal, un ours, je ne sais pas... Mais l'esclavage...? »


Tout était plus facile à accepter que l'enlèvement, tout était plus facile que de concevoir qu'elle ait été privée de sa liberté. Son cœur se serre douloureusement et il poursuit, répondant à sa question en même temps.

« À peu près un an après ta disparition, alors que je pressais -encore- ton père de bien vouloir nous laisser te chercher, nous nous sommes disputés. J'étais si hors de moi que j'ai... » Une de regret se lisait dans sa voix. Ses yeux se posent sur sa paume, qui ne tarde pas à se refermer en poing.
« J'ai tout envoyé valser avec ma magie. Je l'ai sérieusement blessé en lui balançant tout à la figure, mais étrangement il ne m'a pas bâni. » Lui qui avait si souvent jalousé avoir un père ne pouvait plus s'entendre avec la seule figure paternelle dans son entourage... c'était ironique. « J'crois que certains ont espéré qu'on m'envoie au Cercle après ça, mais j'ai finalement été transféré au clan Bellanaris, afin d'être instruit correctement, afin ne plus blesser les autres. Et accessoirement pour arrêter de m'obstiner, mais ça, ça n'a jamais vraiment marché. »

Siha s'approche encore à pas de félin jusqu'à être face à elle, faisant usage de toute sa volonté pour ne pas simplement la prendre dans ses bras sans crier gare. Ils étaient redevenus comme deux enfants qui réapprennent à s'apprivoiser. Lorsque Liv l'appelle par son surnom il ne peut retenir un frisson, ses yeux brillants d'émotion contenue. Dieux, qu'elle lui avait manqué.

« J'ai décidé de voir le monde par moi-même plutôt que de laisser les Dalatiens dans l'ignorance et le confort de leurs Aravels. » C'était la version mille fois raccourcie, mais ça ferait l'affaire pour le moment. Il y avait bien des choses plus importantes dont ils devraient discuter... « Et toi, comment as-tu fini ici, à l'Inquisition ? Pourquoi ne pas avoir donné signe de vie? » Ce n'était pas tant un reproche, plutôt une sincère incompréhension. Dire qu'il avait si longtemps cru qu'elle était morte...
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Posté Jeu 4 Jan - 18:41
Alda avait l’impression de jouer un numéro d’équilibriste. Il lui semblait évoluer sur un fil ténu, prête à sombrer dans un maelstrom d’émotions. Tant de souvenirs et de regrets si longtemps enfouis refaisaient surface. Et plus son amie d’enfance s’exprimait, plus il lui paraissait difficile de les ignorer. Une seconde elle ferma les yeux. La gorge nouée, elle respirait avec difficulté. Elle revoyait les membres de son clan, les visages et les noms familiers qui pleuraient sa disparition, séchaient leur larme, vieillissaient et sombraient dans l’oubli. Lorsqu’enfin Siha évoqua des éléments par rapport à son propre passé, elle s’y accrocha et repoussa les remords qui l’assaillaient. La jeune femme le fixait intensément, le regard rivé dans le sien. Lorsqu’il s’était approché, elle n’avait pas esquissé le moindre geste. Leur proximité était autant la source de tension que de soulagement. Emotionnellement, Alda oscillait sans savoir à quoi se fixer. Comme l’Archiviste posait une dernière question, elle s’y accrocha.

- Parce que j’étais morte.

Elle fut envahie par une soudaine lassitude. Un sourire amer étirait ses lèvres tandis qu’elle soupirait. Ses yeux dérivèrent sur les mains de Siha, suivant les contours fins et délicats.

Mage alors ?

Le destin ne pouvait pas les avoir plus éloignés. Et comme la jeune femme réalisait le gouffre qui s’était creusé entre eux, elle fut saisie par un violent sentiment de révolte.

- Pour les Corbeaux d’Antiva, Liv était morte.

Elle avait détaché chaque mot, les prononçant avec lenteur comme pour peser le poids de chacun d’eux. Les yeux mi-clos, elle les laissa s’élever entre elle et Siha. Avec un soupir, la jeune femme relâcha enfin toute la tension accumulée jusqu’ici et releva le visage pour croiser de nouveau son regard.

- J’en ai assez de tricher et je crois que je ne supporterai pas de te servir le tissu de mensonges qui constitue mon existence actuelle mais c’est une longue histoire, Siha.

Sa voix s’était légèrement brisée lorsqu’elle avait prononcé son surnom. Alda ne s’était jamais imaginé renouer un jour avec le passé, encore moins en la personne de Sihan’diel. Lentement, par peur de briser ce qui venait de se créer de nouveau, elle avança une main et la leva à hauteur de son visage. Elle effleura du bout des doigts son épaule puis y posa sa main, légère et hésitante. Comme elle raffermissait son geste, elle inclina la tête vers l’avant tout en soutenant son regard.

- Vieil ami.

D’anciens mots pour une relation qui défiait le temps, comme un rappel envers une vieille promesse qu’elles s’étaient faites à une autre époque. La main toujours posée sur son épaule, Alda soutenait son regard tout en retenant sa respiration. Elle venait de faire le premier pas vers le gouffre qui s’était ouvert sous elle au moment même où son véritable nom avait été prononcé.
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Posté Dim 7 Jan - 23:28


Born in the Hunter's Season

"Acte V"

Image fond RP



La tension reliait les deux elfes en un fil invisible et tendu au maximum, prêt à rompre au moindre faux pas. Les mots défilent rares et lourds, ponctuant leurs retrouvailles nocturnes de souvenirs et de regrets. Les mains fines et calleuses de Sihan'diel n'étaient plus que deux boules comprimées d'impuissance, dernier rempart de sa pudeur.
Les corbeaux... Une organisation dont il ne connaissait pratiquement que le nom et la mauvaise réputation.

Chaque petite information venait ajouter une autre teinte de tragique à ce tableau déjà sombre, de telle sorte qu'il était très difficile de trouver les mots. Rien de ce qu'il pourrait dire n'effacerait ce qui s'était passé, ni ne ferait disparaître le chagrin des traits abattus de Liv. Son talent d'orateur lui était inutile face à un tel désarroi car aucune consolation ne pourrait changer la réalité. Seules demeuraient des excuses à présenter, encore et encore, pour ce qu'il avait fait et surtout pour ce qu'il n'avait pas pu faire.

« La nuit est jeune et j'ai tout mon temps. »

Siha déglutit avec peine, sentant son cœur se serrer de plus en plus. Néanmoins il sourit doucement comme il avait si souvent l'habitude de le faire, encourageant son amie à lui en dire plus. C'était un murmure imperceptible et doux, ersatz des nombreux secrets qu'ils avaient jadis partagés. Retrouver Liv c'était une aubaine inattendue, une chance qu'il saisirait becs et ongles.

« J'ai tant de choses à te dire, moi aussi... »

Son sourire se fit un peu plus sincère à la mention de son surnom, bien que la nervosité soit toujours apparente dans son regard incertain. Ses prunelles erraient toujours sur les traits de la jeune femme avec l'inconstance d'un papillon attiré par la lumière. Toutefois lorsque cette dernière posa une main sur son épaule, Siha retint instinctivement sa respiration. Un silence de mort régna suite à ces mots chargés d'une affection défiant le temps, et ce fut comme si toute à coup la digue de sa retenue venait de céder, explosant aussitôt que le rejet fut recalé au rang de cauchemar.

Liv fit un pas, il suivit d'un bond. Avant même de réfléchir, il parcourut la distance qui les séparait d'un pas volontaire. Un de ses bras entoura la taille de Liv tandis que l'autre ceignit gentiment sa nuque, dans une étreinte prompte et serrée. Sa main se perdit dans la chevelure enneigée, qu'il berça comme une enfant. Beaucoup de choses avaient changé en vingt ans. D'enfant affectueux et expressif il était devenu un adulte calme et réservé, souvent accablé par le poids des responsabilités. Néanmoins ce soir-là sa façade parfaite s'écroulait comme un château de cartes sous l'émotion. Il avait cessé d'être archiviste pour n'être plus qu'une boule se sentiments nus et crus, un gamin prisonnier d'un corps trop vieux. Sa voix est rauque, un maigre souffle contre l'oreille de Liv.

« Ça a été dur sans toi. » Leurs joues sont l'une contre l'autre. Siha soupire enfin de soulagement, caressant gentiment les épaules musclées de la combattante. « Tu m'as manqué. » Dit-il simplement. Les mots lui paraissaient terriblement superflus.


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Posté Lun 8 Jan - 20:30
Rien ne l’avait vraiment préparé à cette rencontre. Alda ne s’était certainement pas attendue à ce que le passé ressurgisse de cette manière et avec autant de brutalité. Elle en avait encore le souffle coupé. Le corps pressé contre celui de Siha, ainsi tenue entre ses bras, elle se trouvait complètement déboussolée. Au tout début, elle accueillit le geste avec appréhension puis, comme elle sentait l’étreinte des bras qui l’entouraient, elle finit par abaisser sa méfiance. La main perdue dans ses cheveux, le souffle tout près du sien, il lui semblait retrouver une sensation oubliée depuis trop longtemps.

- Oh Siha…furent les seuls mots qu’elle parvint à articuler, la voix brisée.

La tension quitta alors complètement ses épaules. Un soupir et elle enfouissait son visage dans la chevelure de l’elfe. Elle demeura quelques secondes ainsi, les yeux fermés et les sens bouleversés. Il lui semblait enfin retrouver cette part d’elle-même qu’elle avait dû abandonner. De sa main libre, elle lui enlaçait les épaules. Resserrant une seconde son étreinte, elle retira son bras et recula doucement. Ses gestes étaient délicats, plein d’hésitation tant elle avait peur de briser le privilège de l’instant. Comme elle rompait d’un pas, elle passa une main dans ses propres cheveux et les repoussa en arrière. Elle soupira une nouvelle fois, le souffle un peu saccadé.

Manquerait plus que je me mette à rougir comme une donzelle, songea-t-elle.

Le regard légèrement fuyant, elle finit par sourire en haussant les épaules.

- Faudrait pas qu’on me surprenne ainsi, j’ai une réputation à préserver tu comprends.

Elle roulait des épaules, la voix chargée d’ironie. Loin de jouer les instructeurs patibulaires, Alda veillait tout de même à soigner son image auprès des recrues et des partisans de l’Inquisition. Pour la plupart d’entre eux, elle n’était qu’un officier chargé de la formation des soldats. Jusqu’ici, elle avait toujours veillé à se montrer discrète lors de ses déambulations littéraires.

- C’est quand même incroyable, d’ordinaire je m’arrange pour ne pas attirer l’attention quand je vais étudier ici et il faut non seulement que je sois surprise en train de dormir et qu’il s’agisse de mon plus vieil ami !

Elle avait secoué la tête d’un air fataliste puis haussé les épaules. Elle s’était ensuite rapproché de Siha et de la table et y avait déposé le livre qu’elle tenait toujours sous le bras. Relevant la tête, elle croisa de nouveau son regard et marqua une légère hésitation. Après toutes ces années, elle aurait été incapable de reconnaître l’elfe. Pourtant dès que son prénom avait été prononcé, elle avait tout de suite su de qui il s’agissait.

- J’imagine que j’ai bien changé moi aussi, souffla-t-elle, avouant à demi ses pensées puis elle se redressa complètement, une étincelle curieuse brillant dans le regard, viens, assied-toi je crois que nous avons beaucoup de chose à échanger toi et moi.

D’un geste ample de la main, elle lui désignait le sol et les étagères contre lesquelles s’adosser, ignorant ostensiblement les chaises autour de la table de lecture. Sans plus attendre et pour inviter son ami à faire de même, elle s’accroupit à même le sol, reprenant sa place initiale.
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