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Posté Sam 15 Juil - 15:03
Maladies humainesMorrigan & Serindë Voilà maintenant que l'on chuchote dans les rues les dernières nouvelles gratinées concernant la noblesse. Entre deux livrées de fruits, on se met à parler du dernier tour de force de tel vicomte, du mariage d'alliance entre deux familles pour renforcer puissance et richesses. Des bavardages dignes des pauvres hères qui se complaisent à rêver de ces vies pourtant bien plus souillées que la leur. Le marché va bon train sur la place principale de la fastueuse cité qui, plus bondée que d'habitude à cause d'une troupe de voyageurs ambulants, ainsi que l'annonce des dernières nouvelles concernant cette Brèche apparue maintenant dans le ciel, semble ressembler à une fourmilière. Cela fait un mois que Serindë est attelée à la tâche de garde du fils de Dame Morrigan. Elle reste toujours aussi époustouflée par la grandiloquence que peut avoir le jeune Kieran, se prêtant même parfois à palabrer sur des sujets bien plus pointus que ceux de la Guerre et des armes. La voilà qui se met à s'intéresser à la politique. Andrasté nous protège. Ce mois passé a aussi été sujet à deux tentatives d'assassinat bien vites étouffées dans l'oeuf grâce à Serindë et ses compagnons. On pourrait même dire que l'oeuf a tout bonnement été écrasé, répandant son contenu à même le sol. La première dans les jardins de la résidence de la famille. La deuxième dans les rues de Val Royeaux. Kieran avait d'ailleurs assisté à ce carnage où trois hommes se sont retrouvés tripes pendant hors de leur ventre, ou mâchoire déformée sous un coup d'épée courte bien placée. Depuis, les rumeurs concernant la présence des Vents Hurleurs auprès de la conseillère devinrent de l'histoire ancienne : tous les nobles savaient que l'épéiste n'avait pas fait preuve d'hypocrisie envers leur ennemie viscérale.
"Vivica est dans les parages pour nous aider en cas de besoin."
Son ton se fait sec, autant que les cliquetis de ses épaulières en pierre de serpent et pierre estivale. Autour d'eux, la foule va et vient dans les rires et les babillages que l'on lui connaît. Par moments les marchands hurlent, vantent un produit ou une réduction quelconque. Des hurlements qui ne font ni chaud ni froid à la femme. Et pourtant, l'un d'eux en est venu à lui proposer un collier (cliquez ici) assez particulier, disant qu'il ne représente ni féminité, ni masculinité. Juste puissance et fierté à son porteur. C'est la seule fois où la femme aux cheveux roses a failli craquer, avant de tout bonnement tourner le talon quand Kieran s'est empressé de se diriger vers un autre stand.

"Pour une fois, je sens que cette journée va être relativement calme."
Elle s'adresse cette fois à la mage en la regardant droit dans les yeux, toujours grave en attitude cependant. Relâcher la pression est impossible avec ce ventrebleu de monde gigotant à tout va. Donc, dire que la journée est calme n'est sûrement pas approprié. Il suffit que quelqu'un lui tape son épaulière ou vienne s'amuser à regarder son armure de cuir (ici) et la commenter en suivant pour que Serindë lâche quelques soupirs. Surtout quand ces remarques sont suivies par des "quel dommage que vous ne portiez pas la robe" ou "vous ne semblez pas réellement féminine". Toujours dans le jugements, ces abrutis de roitelets aux plumes enfoncées dans le fondement. Ils s'avancent jusqu'aux rues menant au port, un Kieran allant au devant avec une Serindë lui emboîtant comme elle peut le pas. C'est toujours assez cocasse à voir, car le jeune garçon le fait exprès. Mais jamais bien longtemps car sa protectrice se met souvent à grogner fortement quand cela commence à lui taper sur les nerfs.

◊ ◊ ◊

La mercenaire rattrape enfin son protégé et jette un coup d'oeil presque avenant à sa mère qui, malheureusement, a des charmes qui ne laissent personne indifférent. Pas même Ser Elisung. Voir une dame avec ce genre de prestance, épier de ses yeux dorés la population sans jamais montrer signe de manque d'assurance a pour effet de rendre fébrile quelques instants le coeur de sa trop loyale et puissante main armée. Mais alors que Serindë se complait à l'admirer, on entend au loin des cris et des agitations parlant d'un homme ensanglanté, l'air désabusé, tenant dans sa main une énorme tête de bête ignoble. Coupée dans ses contemplations, elle se renfrogne immédiatement, fronçant fortement ses sourcils et prenant à l'épaule Kieran  pour lui éviter tout remous de cette foule soudainement plus compacte et bruyante.
"Qu'est-ce que ..."
Le petit groupe peut enfin voir cet homme aux cheveux noirs bouclés s'avancer d'un pas sec commun aux soldats ou mercenaires, regard froid n'indiquant rien de bon; surtout en voyant que son épée est sortie du fourreau. Serindë le suit du regard, pose sa main sur son pommeau car l'individu se dirige droit dans leur direction. La puanteur que dégage la tête fait grimacer les nobles ou même Kieran, pas vraiment habitués à ce genre de ... spectacle. Mais pas la mercenaire. Ses sens sont en éveil, l'odeur de sang tourné la rend même encore plus alerte. Il ne passe finalement pas près d'eux, se dirigeant vers l'un des escaliers menant aux nombreuses résidences de nobles. Kieran semble montrer un certain enthousiasme, demandant à ses deux accompagnantes d'aller voir de plus près ce qu'il se passe là haut, comme certains nobles bien trop curieux. L'épéiste regarde alors Morrigan en soufflant quelques injures sans que l'enfant puisse les entendre.
"Qu'en pensez-vous ? Devons-nous nous y rendre ? Même si je ne suis pas pour voir un mercenaire réclamer son dû de cette manière."
Après tout, elle aurait attendu la nuit pour mettre la dérouillée nécessaire à son employeur avant de lui enfoncer la tête dans ce qu'il reste des organes de la bête.


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Posté Lun 17 Juil - 0:35
Kieran a beau renfermer l'âme d'un Ancien Dieu il demeure un enfant de quelques années encore curieux du monde qui l'entoure, semblant le découvrir sans cesse. Il faut dire que, le sachant sous la protection de la Brodeuse, Morrigan s'est permise de lui laisser la corde au cou et de lâcher la bride. Il faut dire que Serindë a su prouver, en très peu de temps, son efficacité en tant que garde du corps faisant, des assassinats qu'elle a déjoué, des exemples qui ont du dompter les moins récalcitrants.

Aujourd'hui était dédiée à promener au sein de Val Royeux, de ses commerces éphémères s'étant établis le temps d'un marché – ce que l'on aurait nommé foire à Ferelden et qui aurait senti bien moins bon, quelque chose se rapprochant plus de la sueur rance que de l'épice. Kieran s'y jetait à corps perdu, véritable abeille butinant de fleur en fleur sans prendre même le temps de véritablement se poser. Telles deux lionnes, Serindë et Morrigan l'observaient de loin, marchant à leur rythme sans pour autant lâcher l'enfant du regard. Il était aisé pour un être de son acabit de se faire happer par la foule et, surtout, par des mains peu scrupuleuses.

La foule se faisait soudainement plus pressante, se densifiant en un point, véritable organisme agissant de concert à l'approche d'un élément extérieur. Morrigan se rencogna auprès de la mercenaire qui avait déjà pris Kieran sous son aile. Les échanges de voix étaient si denses qu'ils en devenaient inintelligibles, tout juste si Morrigan arrivait à discerner quelques mots énigmatiques, dont le sens prit forme lorsqu'elle vit le mercenaire. Le voir suffisait à faire comprendre qu'il n'était pas homme à prendre le thé. Massif, trapu, sa figure peu amène dominait la foule donnant l'illusion que son visage flottait au-dessus de ses specacteurs.

L'odeur du sang rance, généreusement répandu, imprégnait ses vêtements et sa chair le suivait sur son sillage à l'image d'une trace laissée par le passage d'un prédateur. Loin d'être effrayé par une telle vision qui aurait renvoyé plus d'un de ses camarades dans les jupons de leur mère, Kieran était curieux d'approcher cet inconnu. De connaître son histoire. De découvrir la bête qu'il avait abattu et dont le faciès demeurait encore inconnu, à demi dissimulé par les vêtements de l'homme. Curiosité avide de l'enfant ou de l'Ancien Dieu ? Morrigan elle-même n'aurait su répondre à cette question. Serindë renâclait à obéir à la demande de Kieran, néanmoins elle n'était guère en position de s'opposer si Morrigan abondait en ce sens. Ce qu'elle fit, toute aussi curieuse que son fils.

« Qui sait ce que nous pourrions apprendre. J'aimerais bien voir quelle bête a subi le courroux de cet homme. Si c'est une engeance, ma foi, elle n'a eu que ce qu'elle méritait. »
« Vous pensez que c'est un dragon, Mère ? »
« Fort petit, alors, un dragonneau. Non, les trophées de dragons sont bien plus imposants. »

Laissant Serindë assurer leur avancée, Kieran et sa mère suivirent le chemin emprunté par le mercenaire marchant dans ses pas. Sous leurs semelles le sol se mit à produire un tout autre son plus mélodieux, faute aux pavés bien différents de ceux que l'on apposait sur les voies communes comme pour mieux souligner la fracture entre les riches et les pauvres. L'architecture orlésienne en ces quartiers nobles explosaient en extravagances où, Morrigan était persuadée, la magie avait place pour permettre ces envolées défiant parfois la gravité.

Une tension dans l'attitude du mercenaire qu'ils suivaient fit comprendre à Morrigan que l'homme en avait assez d'être ainsi poursuivi. La mage se posta auprès de son fils qui s'était mis en première ligne, par réflexe défensif maternel, tout en laissant latitude à Serindë d'agir si besoin est.

« Monsieur. Excusez la curiosité de mon fils et de moi-même. Nous voulions juste connaître la bête que vous avez occis. »
« C'est une Engeance ? » se hasarda Kieran, approchant d'un pas, tendant le cou pour discerner un quelconque faciès au sein de la masse de chair sanguinolente. « Un ogre ? »

Il plissa les yeux pour mieux jauger la bête avant de se rendre à l'évidence qu'il ne trouverait pas sans l'aide de l'homme.
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Posté Jeu 27 Juil - 14:40
Maladies humainesMorrigan & Serindë Elle n'a pas les bras ballants, mais elle n'en est pas loin. Serindë marche au pas, imperturbable de faciès mais rudement moins au niveau du corps. Ses épaules se redressent et un léger soupir pincé passe par la commissure de ses lèvres, tandis que la famille s'avance vers le lieu des dernières curiosités orlésiennes. Cela ne l'empêche pas, malgré le brouhaha ambiant et les soudains mouvements de jeter quelques oeillades ici et là, montrant à certains nobles trop curieux que cette fois, il ne valait mieux pas venir lui demander comment ses cheveux étaient devenus "pâles comme la plus frêle et innocente des roses". Sachant que, ce genre de compliments ne sont en rien le fort de l'épéiste mercenaire. Même le plus ardu des soupirants du jour a déclaré forfait au vu des creux profonds apparus entre les sourcils de "sa dulcinée", qu'il n'avait bien sûr pas encore abordé. Impressionnante même dans un attirail en cuir quelque peu raffiné, elle intimide, rempart crispant les plus zélés des combattants; dans n'importe quelle catégorie.

Et soudain, le mercenaire se retourne, son trophée de tête toujours suintant de liquides bons pour faire vomir les plus fragiles de Val Royeaux; qui sont en majorité tous fragiles. Elle reconnaît soudain le type de bête chassée, crispant sa mâchoire et ses doigts sur son pommeau.
"C'est un troll."
Troll. Une saloperie sans nom et aussi bête qu'un cochard. Sauf qu'un cochard ne peut pas vous écraser; ou vous fiche une claque telle que vous ne pourrez jamais vous en relever. Une foutue saloperie que les nobles d'ici s'amuse à faire chasser aux mercenaires qu'ils pensent inexpérimentés ou tout bonnement idiots. Après tout quand vous savez utiliser vos mains, vous ne savez pas utiliser votre tête.
"Jeune vu la taille du tour de tête. Mais assez imposant pour vous mettre à terre.
- Que me voulez vous."
Cette fois, le mercenaire leur fait face, relâchant un peu sa prise sur son gagne pain, jaugeant par le même coup la demi-elfe. De son côté, Serindë sent déjà ses oreilles siffler et ses lèvres se retrousser légèrement pour étouffer son grognement.

"Ils veulent simplement que tu répondes à leurs questions."
Son ton se fait beaucoup plus sec qu'à l'accoutumée, le ton qu'elle prend quand elle parle à un ennemi ou à ce qu'elle considère comme un égal. Un ton de mercenaire : intransigeant, puissant, intimidant. Aussi intéressant que puisse paraître l'homme, attirant sous certains aspects. Cheveux noirs bouclés, barbe datant de quelques jours aux épaules bien formées. Le loup l'accompagnant se met à grogner, babines retroussées et par réflexe Serindë s'avance d'un grand pas pour faire face à la bête. Leurs regards se croisent, aussi sauvages l'un que l'autre, jusqu'à ce que d'une frappe du pied la bête recule devant les iris peu rassurants de son adversaire. L'homme reste interdit, s'approchant de Serindë en ne laissant que quelques centimètres de distance entre eux. Et du même coup, l'odeur du cadavre devient bien plus puissante et persistante lors de chaque inspiration.
"Je n'ai pas le temps de répondre à des questions. Tant qu'on ne me paie pas."
Un fin sourire apparaît, crispé, mais présent. Cette fois sa curiosité est attisée. L'homme tourne les talons et reprend sa route jusqu'à une demeure avec un jardin fort bien entretenu qu'il ne se gêne pas pour souiller avec les restes encore potables du troll. Serindë se retourne, relève sa main, pose ses dents sur le gant et tire sauvagement pour le remettre en place. Signe qu'elle est prête au combat. Elle regarde Kieran et Morrigan de cette lueur qu'ils n'ont jamais pu voir auparavant, celle qui veut dire tellement de choses, celles où compassion et douceur n'ont que peu de place ... celle qui veut dire "tuer".
"Je retire ce que j'ai dit ultérieurement : cette journée fait bien de ne pas être calme."
Et le fils comme la mère vont voir pourquoi.

◊ ◊ ◊

Les mercenaires ont ça dans le sang. Un instinct, quelque chose qui peut paraître primaire pour ceux qui se targuent de la race des raisonnés, une soif qui peut être traitée vulgairement de putride attitude désinhibée par les plus hauts paysans élevé aux côtés de leurs maîtres. Chez beaucoup, l'attitude change, au point qu'on pourrait les croire redevenus des bêtes. En réalité, ils oublient un pan de leur lucidité, se laissent aller à leur adrénaline et n'en sont que plus efficaces; pour occire l'adversaire. Serindë ne s'arrête pas, hume l'air et tend l'oreille comme lors des quelques tentatives d'enlèvement des dernières semaines. Elle passe la première l'entrée de la demeure et voit l'autre mercenaire soulever un noble qui, se débat des ses jambes pour espérer se sortir de cette inconvenante situation. Serindë arque les sourcils et reconnaît immédiatement le fameux noble : c'est l'un de ceux qui ont un grief contre Morrigan. Elle sort enfin son arme, la observant avec attention les mouvements du compagnon de cet homme neutre d'expression, mais prêt à briser la nuque fragile de cet imbécile. Le loup cette fois protège de son corps son maître, n'impressionnant pas pour autant Serindë.
"Ça t'apportera bien plus de le laisser vivre que de le crever, loup solitaire."
L'homme essaie de hocher la tête bien qu'il s'asphyxie légèrement sous la pression grandissante de cette main le retenant prisonnier. La mercenaire reste campée sur sa position, toujours surveillée par ce loup blanc à l'arrêt. Elle dit alors d'un ton à la limite du sarcasme cinglant.
"Monsieur De Ruthie. Pardonnez-nous cette inopinée visite mais il m'est à penser que vous avez quelque affaire urgente à régler avec la Dame ici présente, et son fils."
Elle pousse violemment du pied la tête de troll après avoir haussé les épaules, ce qui oblige l'agresseur du noble à se tourner. Bien, il est à nouveau parmi eux; ou tout du moins à moitié.
"Ma dame. Kieran ..."
Serindë lève sa main où se trouve ce petit bouclier juste bon à retenir quelques coups d'épée à frappe moyenne. Et si l'homme charge, ce sera pour elle impossible d'encaisser de front. Alors elle attend, attend les ordres, brûlant d'envie d'en découdre. Car l'on peut autant que l'on le veut domestiquer une wyverne, son instinct reprendra le dessus. Violemment.

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Posté Jeu 3 Aoû - 20:28
« Oh. » Kieran plissa la bouche semblant presque déçu en apprenant l'identité de la tête tranchée sanguinolente. Il rêvait bien trop de dragons pour apprécier la vue d'un troll. Néanmoins l'enfant se permit de l'observer en s'approchant de quelques pas tandis que les deux mercenaires se jaugeaient avec la mine de deux prédateurs prêts à se jeter à la gorge de l'autre. Le grondement sourd du loup obligea Kieran à se reculer, non sans fixer son regard dans celui de l'animal – clair, imperturbable, jaugeant l'animal. Le départ de son maître brisa la scène – pour un temps. Kieran pouvait sentir l'envie de sa protectrice de se mesurer à l'homme – aussi palpable qu'une onde de chaleur émanant d'un feu de cheminée. Morrigan l'avait senti elle aussi. À force de côtoyer la Brodeuse elle avait appris à discerner certains signaux, à comprendre le langage muet qui se dissimulait dans l'attitude de la mercenaire.

« Suivons-le. » glissa la mage ne faisant que formuler, à voix haute, une décision qu'ils avaient prises, chacun, sans avoir à se concerter.

En entrant au sein de la demeure du comte De Ruthie, Morrigan put constater qu'une rixe avait eu lieu. Des chaises étaient renversées brandissant leurs quatre pieds en l'air, des dorures accusaient des coups – le clinquant de cette demeure orlésienne était écaillé, érodé par le passage de quelqu'un ne prêtant guère attention à ce type de détails ; quelqu'un plus habitué à se mouvoir au sein d'une taverne où les poutres et les briques étaient apparentes. Le mercenaire jurait dans ce décor à l'image d'un paysan crasseux au sein d'un boudoir de noble. D'une sauvageonne tenant un miroir doré entre ses mains. Le dallage était marqueté par les humeurs qui se déversaient de la tête de troll qui exhibait ses chicots en une grimace grotesque.

Kieran brisa le silence qui s'était instauré dans la pièce, coupant net le fil qui suspendait tout mot et geste. Le garçon planta son regard sur le mercenaire, sans même une lueur de crainte, les deux bien plantés au sol.

« Serindë va vous transformer en hachis de cochard. N'est-ce pas ? » feignit-il de demander à la concernée, un grand sourire aux lèvres. Il avait foi en sa championne. Il l'avait vu mettre à terre des hommes qui la dépassaient de plus d'une tête et il l'avait vu – sur la lice – dominer le duel. Le loup ? Une bagatelle voyons !

Ce qui n'était pas le point de vue de Monsieur de Ruthie qui tenta de se faire entendre, noble d'allure flasque et au teint pâle (remercions la poudre de riz importée). L'homme se glissa auprès de Morrigan évitant, d'un grand mouvement, les deux fauves qu'étaient les mercenaires. S'il se retrouvait entre eux il était mort – ou dans un état proche de la mort. Le noble agrippa le bras de la sorcière qui se raidit, montrant les dents avec l'instinct du chat prêt à feuler.

« Ma dame, faites quelque chose. »
« Lâ-chez moi. Tout. De. Suite. »

D'un geste sec la mage se dégagea de l'étreinte. Les humains et leurs habitudes si grotesques de se palper l'un l'autre – elle ne s'y ferait jamais, par Andrasté. Et puis ce geste était déplacé venant de la part d'un individu qui, habituellement, ne se gênait pas pour critiquer sa position de conseillère et sa nature même de sorcière. Morrigan le soupçonnait fortement d'avoir quelques liens, fort proches, avec les tentatives d'assassinats commanditées contre son fils. Quelque chose du loup sembla briller dans le regard de la mage alors qu'elle dévoilait ses dents dans un rictus. Le loup gronda auprès de son maître, ses prunelles se tournant vers la sorcière. Sentait-il en elle cette nature que la mage avait si souvent pris durant son enfance ? Morrigan n'y preta pas attention, ses prunelles fixées sur de Ruthie.

« En soit rien ne me force à vous aider à vous extirper de cette situation où vous vous êtes, vous même, fourvoyé. »
« Je vous en prie... Ma Dame... »
« Sauf si vous me retournez la faveur, et elle sera chèrement payée. »

L'homme fronça les sourcils, plissa la bouche comme s'il venait de croquer dans un plat dans lequel on aurait vidé la salière.

« Combien ? »
« Pas d'argent. La protection de mon fils. La paix. »
« Et m'emprisonner dans une de vos combines, sorcière ? Jamais. »

Morrigan se retourna vers Serindë sans même un soupir, ni un haussement de sourcils. L'homme avait choisi, les dés étaient jetés.

« Amusez-vous Ser. Mais ne touchez pas au loup. J'y tiens. »

Les animaux n'avaient pas à payer le prix de l'entêtement stupide des humains.
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Posté Ven 4 Aoû - 15:30
Maladies humainesMorrigan & Serindë  Il n'en faut pas plus. Cette phrase de celle à qui elle a juré fidélité pour que son corps soit parcouru d'un étrange frisson redressant et ses poils jusque là recourbés et faisant écarquiller ses yeux jusque là inexpressifs. Kieran observe chaque once de ce qu'il se passe, comme subjugué par cette soudaine décharge courant du ciel vers ce sol finement travaillé. Comme si, d'un instant à l'autre celui-ci allait craquer sous le poids qu'impose sa protectrice. Le cliquètement du métal et le crissement du cuir rendent la scène d'autant plus grisante car tous les sens sont amenés à être stimulés, à la différence des estrades à assises où l'on ne fait que ressentir de façon très diffuse les courants du combat et du sang. Le jeune garçon boit, mange avec un appétit qu'ont les curieux sages ce que ressent la demi-elfe. Et cette même demi-elfe reçoit les signes d'excitation de son protégé. Elle tuera. Pour Kieran, mais surtout pour Morrigan. Car rien n'est plus horrible que de ne pas réussir à protéger celle que vous aimez; d'un amour inconditionnel et chaste, où se mêle admiration et profond respect. Se battre pour autre chose qu'un monstre fardé fait presque d'elle l'excellence de la chevalerie.

"Très bien."
D'un geste preste, l'épéiste remonte le bouclier vers sa poitrine en taillant de son épée chargée soudain de courants électriques l'air chaud et étouffant du lieu. Elle le fend comme elle fendrait d'une taille précise le ventre rond du bedonnant noble. D'ailleurs le noble hurle un nom et un homme apparaît armé d'une longue lance, l'air confiant face à cet adversaire qu'il a le plaisir de découvrir. Il se permet de rire, oubliant tout de même qu'un autre accompagné d'un loup se trouve sur sa droite. Celui qui s'appelle donc Loras s'apprête à venir piquer vers l'aine du jeune garçon se trouvant toujours dans cette nouvelle zone de combat pour au final sentir son arme craquer sous la pression immense exercée par ce bras normalement féminin. L'incompréhension règne dans son regard comme celle de son maître et il sent au final que l'allongement de son propre bras, fait de métal et de bois vient de le transpercer à la cuisse. Hagard, il regarde soudain l'autre mercenaire qui avance et lui tranche finalement sa jambe. Un hurlement s'en fait suivre, ignoble, de désespoir et de douleur. Puis s'ensuit la dernière chose qu'il voit : une femme aux cheveux roses fonçant droit sur lui, épée levée vers son visage. C'est la fin.

◊ ◊ ◊

Le craquement de la boîte crânienne est sec mais assez long au vu du plaisir que prend la demi elfe à retourner la pointe enfoncée entre les deux yeux. Le sang qui a giclé sur son visage ne la fait même pas tiquer, elle est habituée à le sentir couler que ce soit sur elle ou sur le sol, d'entendre les os se briser et vomir des amas de chair et d'organes maintenant libres de pourrir. Il n'aurait pas dû attaquer Kieran. Il en a payé le prix fort, sonnant et trébuchant. Encore un tour de pointe et quelques morceaux blancs tâchés de sang sortent par cette bouche ouverte en grand que Serindë a aussi pris plaisir à ouvrir. Elle ne sait si il est toujours vivant, car il lui est déjà arrivé de voir des corps se mouvoir sans tête ou des gens bouger malgré leur crâne à moitié fracassé d'un coup de pierre. Ses lèvres se rapprochent d'une de ses oreilles ensanglantées et elle chuchote :
"J'espère que là où tu seras, les femmes cracheront sur ton minois maintenant écrasé. Enfant de catin."

La mercenaire retire enfin la lame, laissant le corps glisser contre le mur dans un sillage de sang et de restes de cervelle jusqu'au dallage blanc comme le plus pur des laits. L'autre mercenaire semble indifférent, plutôt occupé à chercher de quoi compenser ses pertes qu'à venir batailler contre on ne sait quel bouffon du noble. Elle se retourne, balayant du revers de la main quelques gouttes de suintant sur son nez avant de s'avancer vers un De Ruthie tremblant de tout ses membres, à tel point qu'il s'agenouille en joignant ses mains qui se secouent d'elles-mêmes sous ses spasmes d'angoisse.
"Je vous promets plus. Plus qu'elle Ser.
- Vraiment."
Elle se penche vers lui, marchant cette fois d'un pas plus gracieux et félin, tel le prédateur jaugeant sa proie acculée.
"Oui. Oui ! Beaucoup d'argent.
- Vous avez dit quoi tout à l'heure. Que c'était une ... ?"
- Une ... euh. Voyez-vous ... une ...
- ... ?"
Le noble balbutie encore quelques instants, intimidé par ces yeux azurs qui le plantent sans que rien ne cille. Puis dans un renflement de son orgueil de sa fierté déjà bien brisée, il pointe de l'index Morrigan en la fixant avec haine.
"Une ... SORCIÈRE C'EST UNE SORCIRE ! CATIN ! SORDIDE ! ELLE SUCE L'ÂME DE NOTRE LUMIÈRE ! CRÈVE CHIENNE ! QUE TON ÂME SE ..."
CRRRRK. C'est le bruit qui survient soudain quand il comprend que le pied de Serindë écrase de sa chausse ses genoux fragiles. Bientôt, il sent l'os sortir de son articulation et ploie plus qu'il ne l'est déjà, le souffle coupé. Il voudrait s'enrouler sur lui-même et pleurer, mais rien ne vient; la peur l'emprisonne, l'empoisonne. Serindë se baisse alors, alors que le loup grogne et que le mercenaire observe cette fois la scène avec attention. Elle prend entre ses doigts les cheveux au parfum de fleurs et les tire pour l'obliger à se redresser et sentir son genou disloqué. Leurs visages se font face, il tremble se mord la joue tandis qu'elle, récupère dans la poche, le dernier des papiers qu'il devait envoyer avec une infinie délicatesse.
"Maintenant, vous allez vous faire soigner et comprendre que la prochaine fois, ce ne sera pas votre genou qui se retrouvera dans cet état. Mais bel et bien votre nuque. Ma personne de confiance s'en fera une joie."
Elle le relâche, il éclate en sanglots et sans attendre la lionne de l'Emprise s'avance vers Kieran et Morrigan, en lisant le papier.
"Je laisse ce mercenaire et son loup en vie. Je ne tue pas les bêtes intelligentes."
Les regardant tout deux avec une certaine surprise, face à leurs visages à la fois déconcertants et gênants, elle hausse fortement les sourcils et dit en tendant le papier à sa détractrice :
"De Chalons. Cela vous dit quelque chose je me trompe ? Et le soleil aussi."
Encore des complots. À croire qu'ils ne se lassent jamais ces fientes rampantes. Même avec le cul ridé et la bouche tombante, ils arriveraient à venir vous planter leurs cros noirs de pourriture dans la peau. Malheureusement, les mercenaires sont là pour ça. On les achète pour que de ces crocs ensuite arraché, se déverse la lie et tombe le démon que peut-être l'humain. Ce sont leurs armes.

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Posté Jeu 10 Aoû - 23:45
Sang, sueur et tripailles – parfum d'un champ de bataille, l'incarnat du sang se mêlant à celui du vin renversé. L'expression dubitative du mercenaire au loup décrocha un sourire à la mage. L'on aurait dit cet idiot de Alistair lorsqu'on lui avait annoncé qu'il était bâtard du roi Maric. On aurait pu glisser une tranche de reblochon dans sa bouche béante. Néanmoins le sourire de la mage s'étiola pour s'affermir en un pli rigide lorsque Serindë mentionna De Chalons.

« Qui ne le connaît pas à Orlaïs ? »

De Chalons était intimement lié à l'impératrice Celene de Valmont de par les liens du sang et du mariage faisant d'eux des cousins. Si Celene n'avait pas été choisie pour succéder au trône, cela aurait été Gaspard. Et nombreux avaient été ceux qui soufflaient que ce changement n'avait guère plu à l'intéressé. L'Histoire en avait apporté la preuve. Dès l'instant où Celene avait décidé de faire preuve de clémence auprès des ostracisés que sont les elfes et les mages, la révolte avait grondé, les dents avaient grincé dont celles de Gaspard qui s'était fait porte-parole de ces rebelles.

Morrigan saisit le papier avec une appréhension grandissante. Sûr que le cousin ne devait guère apprécier de la voir tourner dans l'entourage de Celene avec l'allure d'un corbeau. La mage eut un soupir nasal à la lecture de la missive.

« L'impératrice va être ravie d'apprendre que son cher cousin veut ma peau. Et celle de Kieran. Les mots sont clairs et, ma foi, fort fleuris. » Morrigan eut un claquement de langue réprobateur lorsque De Ruthie geignit, l'obligeant à stopper sa lecture. « Souffrez en silence. Je reprends. Débauchée des terres sauvages. Manipulatrice. Tourne la tête à l'impératrice. Saphique. Ils pourraient varier leurs insultes. Ça devient redondant. »

La mage replia la lettre en quatre et la glissa dans une poche secrète de sa robe là où aucun gentleman n'irait glisser sa main. Prenant garde à ne pas marcher dans une éclaboussure, la mage tourna dos à la scène où gisait désormais le cadavre du garde ainsi que son maître au visage défait et au genou explosé.

« Je ne dirais pas non à une visite à ce cher Gaspard de Chalons. » lança Morrigan avec le ton d'une noble proposant d'aller prendre le thé avec une de ses connaissances. La mage avait franchi la porte de la résidence et avait clamé le tout sans même chercher à se cacher. « Mais ce serait risqué... Ce vieux grigou voudra mener un duel et je ne suis pas douée en la matière. Et, ne vous en déplaise Ser... » reprit-elle en jaugeant Serindë de bas en haut. « … mais il refusera de se mesurer à vous. Cet homme a le code de la chevalerie ancré au corps. Il refusera d'affronter quelqu'un qui ne soit pas membre de cet ordre ancestral. »

Morrigan eut un soupir exprimant là toute sa pensée. Ah la chevalerie, une pensée désuète à laquelle elle ne comprenait rien. Dans la réalité, face à l'ennemi, on ne se targuait pas de principes et d'équité dans les combats. On tâchait de survivre aux dépends des autres s'il le fallait. Il n'y avait que Kieran dans son entourage proche pour y porter du crédit. Erreur de jeunesse pardonnable. Il changerait rapidement d'avis en grandissant et en voyant la réalité de l'existence en face. Les jupes de la mage glissèrent sur les pavés du quartier noble.

« Au moins j'en parlerais à l'impératrice et je couvrirais vos faits si besoin est, Ser. Après tout cet homme allait tuer Kieran. Ce n'était que légitime défense. »

Bon soit la défense avait peut-être légèrement exagéré. Mais il y avait eu aussi outrage auprès d'une des conseillères de l'impératrice et l'honneur se lavait dans le sang. N'est-ce pas ?
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Posté Sam 12 Aoû - 14:17
Maladies humainesMorrigan & Serindë Jamais elle n'utiliserait ces choses pour torcher le cul des nobles. La politique, tant qu'on ne trempe qu'un doigt de pied dedans, c'est acceptable. Voilà ce que pense Serindë en voyant ce noble geindre sur sa condition ou quand Morrigan lui parle de l'étalage presque trop connu des frasques de la famille De Chalons. Elle en pousse même de tout coeur un grognement de désapprobation bien appuyé, levant les yeux au ciel pour sans doute retenir une insulte peu propre pour les oreilles d'un enfant comme Kieran. Bras croisés et mine renfrognée, l'épéiste aux cheveux roses se permet de sortir une phrase disons ... plus tolérable par les bonnes moeurs orlésiennes.
"Qui ne connaît pas les membres de sa famille."
Là, elle fait référence à Florianne et sa mère Melissande de Valmont. Deux femmes complotant pour obtenir la plus haute place dans l'aristocratie orlésienne, à savoir Empereur. Les deux rares fois où Serindë eut l'occasion de croiser la dite Duchesse Florianne, elle eut envie de lui arracher son masque et sa langue; car cette petite ordure se faisant passer pour la plus belle des colombes est celle qui fut soupçonnée d'avoir attenté à la vie d'un des employeurs des Vents Hurleurs. Puis sa manière de parler, comme si le miel sort de sa bouche, se vomit, exaspère au plus haut point la mercenaire. Encore plus en entendant avec quel langage fleuri, lorsque le public n'est point là pour les faire rayonner. Elle ne retient pas son petit rire moqueur à l'entente des colifichets, mais l'annonce faite par Morrigan la laisse soudainement de marbre. Pas qu'elle ne la soutient pas dans ses plans qui sont on ne peut plus justes. Non, il s'agit plutôt de se confronter de suite à De Chalons et sa soeur aussi perfide qu'une de ces saloperies d'araignée géante. La suivant sans dire mot jusqu'à la sortie de la demeure tandis qu'elle pose sa main sur l'épaule d'un Kieran soudainement inquiet, Serindë décroche enfin quelques mots, à vois basse, bien sûr.

"Si je puis me permettre une suggestion. Il vaudrait mieux vous préparer à un sévère coup d'éclat. Le dernier en date a obligé Célène à quitter la Cour et tous les De Chalons s'en sont donnés à coeur joie. On m'a d'ailleurs rapporté qu'elle a dû avec le concours de Ser Michel libérer un démon pour reprendre un certain avantage."
L'une des dernières lettres qu'elle a reçu de sa mère, l'elfe la plus butée et tenace se trouvant dans la région. Elle s'en est donné à coeur joie sur les insultes concernant la perte du clan dalatien; un de ses partenaires privilégiés de troc. Serindë croise à nouveau les bras. Son regard se fait plus dur, plus tranchant et électrique que la lame qu'elle porte, comme portée, galvanisée par ces intenses réflexions.
"Ainsi que de la trahison de son amante. Il y a des mots qui se perdent entre soldats et mercenaires, Ma Dame. Ce que je vous propose donc est d'attendre. Il y a des mots qui font concernant un certain Conclave. Voyez ce qu'il en retournera. Mon intuition me le dit.
- C'est incroyable.
- Hm ? lâche-t-elle en jetant un coup d'oeil interrogateur au jeune garçon
- C'est la première fois que je vous entends parler stratégie. Pourquoi n'avez-vous jamais pensé à devenir soldat ? Chevalier ? Ou commandant !
- J'ai mes raisons."

Kieran ne semble pas satisfait de la réponse, mais sa protectrice ne semble pas non plus encline à dévoiler les détails de son passé. Et parler de sa haine envers la noblesse orlésienne en plein Val Royeaux, ou bien de ses implications dans un des putschs en région dalatienne contre des armées de Gaspard, n'est définitivement pas le meilleur vin que l'on puisse boire.

◊ ◊ ◊

Le soir s'est installé. Depuis leur retour, Kieran n'a eu de cesse de demander à Serindë de lui apprendre quelques coups à l'épée, et bien qu'il se soit retrouvé quatre fois les fesses par terre lors du combat qui a suivi les quelques échauffements, le jeune garçon arborait un grand sourire. Vint ensuite le moment du dîner, où il fut appelé et emmené malgré ses réprobations. Serindë, elle, n'a pas envie de manger. Elle reste là, à regarder le ciel étoilé, une bouteille à la main et dans l'autre une missive dépêchée lors de son retour dans ses quartiers. Cela concerne un homme qu'elle a rencontré deux semaines avant sa prise de service auprès de Dame Morrigan : Fenris. Il paraît que celui-ci est toujours à sa recherche et qu'un des bleus avait eu le malheur de croiser son chemin. Tant pis. Ce n'était qu'un bleu en qui ils n'avaient pas une confiance profonde. La demi-elfe se cale mieux sur ce qui lui sert d'assise, à savoir le rebord de la fenêtre et boit deux grandes gorgées avant d'expirer bruyamment. Sous la lumière lunaire, son teint devient plus blanc, baignée d'une innocence qu'elle dit ne plus contenir depuis bien des années.
"Il y a au moins une chose belle en Val Royeaux. Les ciels dégagés alliés aux douces fragrances de plantes et d'eau."
Sa tête se tourne vers Morrigan, elle tire légèrement sur l'écharpe vert foncé cachant sa nuque sous son haut à manches longues pour respecter son interlocutrice qui comme d'habitude la rend admirative face à cette alliance de sauvagerie de regard mais de douceur féminine dans toute sa gestuelle.
"Je dois vous avouer, Ma Dame, que vous allez me manquer, vous et Kieran."
Dans dix jours, elle devra partir, laissant aux soins de Vivica la protection de ces deux personnes aussi atypiques qu'intéressantes.
"Je n'aurai plus l'occasion d'admirer avec quelle prestance vous essoufflez vos ennemis. Sachant que pour moi, tous les bons nobles sont morts. Seul règnent des monstres que ... j'aime tuer tant que l'argent est au bout du chemin."
Rien n'est plus plaisant que la vision d'un homme comme De Ruthie, en train de geindre ses pertes, alors qu'il a lui-même fait en sorte de les organiser. Et de surcroit, qu'un autre mercenaire se soit chargé de le détrousser et lui cracher à la figure avant de reprendre sa route est tout bonnement grisant. Ces nobles ne comprennent toujours pas qu'ils sont des bêtes intelligentes. Que ce qu'ils rebutent à faire, les mercenaires le feront toujours. Sans une once d'état d'âme. Comme lorsque cet abruti d'elfe a oublié malencontreusement de tuer un des enfants mages esclaves. Soit on tue, soit on blesse, mais on ne laisse pas le champignon empoisonné grandir; on le coupe.

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Posté Mer 16 Aoû - 13:07
Il fallut que Serindë le lui rappela pour que Morrigan se rendit compte que ce soir était la dernière qu'elle passait en compagnie de la mercenaire. Pourtant elles avaient été claires : la Brodeuse ne séjournerait jamais éternellement à Val Royeaux. Elle n'avait été que de passage au sein du cercle intime de la mage, mais quel passage. La mercenaire avait apporté plus d'excitation et d'aventures que toutes ces années que Morrigan avait passé à Orlaïs. Elle en était presque à demander à la mercenaire de rallonger son séjour mais n'en fit rien. On ne garde pas un animal sauvage en cage. Morrigan le savait. Elle avait beau se vêtir de velours et s'être coulé dans le moule des nobles orlésiens, son cœur demeurait ancré aux terres sauvages. Elle alla s'accouder auprès de Serindë. De là elles avaient une vue plongeante sur la cité – les remerciements revenaient à Celene qui avait accordé des appartements somptueux à sa conseillère.

« Kieran ne va cesser de demander de vos nouvelles. Attendez-vous à crouler sous les missives. S'il avait été plus âgé, je crains qu'il n'aurait tenté de vous demander en mariage, Ser. Au risque de finir défiguré lors d'une joute contre vous. »

Le rire au bord des lèvres, Morrigan se tourna vers la demi-elfe, son regard glissant sur la missive tenue en main. Elle la désigna d'un mouvement de tête.

« Une affaire importante, je présume. D'ailleurs... » La mage leva une main. « Je refuse que vous me fassiez des adieux. Le Conclave, ces nœuds politiques qui nourrissent les nœuds de vipères... Tout porte à croire qu'il va y avoir du mouvement. Peut-être même la guerre, qui sait. Autant d'opportunités qui font que nous nous reverrons prochainement. Alors... Dites-nous simplement au revoir, car cela revient à dire qu'il y a une prochaine fois. »

Serindë n'était pas seulement une femme aux compétences martiales tendant à l'admiration, ni celle qui avait protégé son fils mieux que ne l'aurait fait un quelconque garde. Elle était devenue une amie, une comparse avec qui la mage pouvait parler d'égal à égal sans avoir à s'empêtrer dans ce Grand Jeu qui faisait la fierté d'Orlaïs. Elle pouvait se montrer conseillère et sorcière des terres sauvages, à la fois. Elle pouvait confier ses inquiétudes de mère sans être tournée en ridicule, ou résumée à ce simple statut.

Se détachant du balcon, la mage frappa des mains pour y ramener de la chaleur et briser cet instant de recueillement où elle se sentait aussi godiche qu'une jeune servante elfe lors de sa première journée de travail.

« Trêve de larmoiements, nous allons festoyer ! Nous allons boire ensemble, Ser, et ce jusqu'au petit matin. Le vin aide à faire passer les mauvais moments et ceux qui sont trop larmoyants. À moins que vous n'ayez besoin de repos pour votre départ demain ? »

Le regard en coin de la mage sous-entendait clairement qu'elle espérait une approbation.

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Posté Dim 20 Aoû - 14:15
Maladies humainesMorrigan & Serindë Quelque part en son coeur, Serindë se dit qu'en réalité, elle qui un jour avait failli devenir chevalier, si Morrigan avait été une noble orlésienne et qu'elle, cherchait son seigneur, elle l'aurait trouvé. Et, sans aucune honte devant toute une assemblée de pies vicieuses à Halamshiral, des pies piaillant devant cette scène qui les ferait jalouser ou même crier au scandale, la demi-elfe aurait ployé le genou et donné ses voeux de loyauté entière à cette femme exceptionnelle. Mais la vie, et ses péripéties incessantes ont fait qu'elle ne prendrait jamais ce chemin; au grand plaisir d'un Tal-Vashoff. Quand à Kieran, ce garçon exceptionnel, l'évocation de son nom et de ses aspirations pour sa personne font lâcher un rire à la mercenaire.
"Il ne sait pas dans quoi il s'embarquerait avec moi. Et puis si nous avions eu le même âge aujourd'hui, il aurait pris peur en me voyant sauter hors de la neige, pester et tuer les butins de ma chasse."
Elle se rappelle d'ailleurs de la missive envoyée à l'Emprise du Lion. Est-elle arrivée à bon port sans que ces abrutis de coursiers ne boivent piquette durant le trajet, en laissant tomber quelques paquets ? Et comment va cette vieille elfe à la voix tranchante qui l'a mise au monde ? Serindë ferme les yeux à l'évocation de ce passé qu'elle a laissé vivre sans elle, nostalgique mais sans regretter ses décisions. Pas même celle de ne plus apprendre auprès de Ser Jean.

Morrigan est maintenant face à elle et pointe la missive concernant l'un de ces problèmes qui donneraient le tournis à Kieran si, comme évoqué, ils avaient eu des âges respectables pour se marier. Cela a le don de décrocher un sourire à l'épéiste, suivi d'un petit rire qu'elle évite au mieux de laisser aller.
"Importante, mais pas vitale. Ce n'est qu'une épine qui essaie tout bonnement de s'acharner à se mettre sous mon pied."
Avec sa grande épée et ses tatouages luisants. L'évocation de ce sujet à le don de la rendre encore plus enflammée que jamais. Ah si seulement elle pouvait raconter à Morrigan ces histoires avec cet elfe damné et aussi buté qu'un âne. Mais âne il reste, ne faisant point peur à la lionne. Serindë range le parchemin dans sa sacoche. Les mots qui suivent la touchent, et cela ne fait que confirmer ses premières pensées : si elle avait pu, elle serait son chevalier, sa main armée et elle serait morte sans regrets pour cette femme et son fils. Morrigan est de ces femmes que vous admirez en silence, non sans frémir du coeur à chacune de leurs apparitions, portés par des sentiments capables de vous faire trancher un Qunari à vif si cela doit être fait. Elle lui sourit, non sans garder la contenance qui sied à sa condition donc ce sourire se transforme en grimace.
"Vous avez raison. Alors je vous dis au revoir. Et je me fais la promesse que si jamais nous nous retrouvons, je serai à nouveau votre épée et votre bouclier."

Serindë boit un dernier coup dans cette bouteille de vin amenée par l'un de ces émissaires de nobles en recherche de faveurs, avant de s'en séparer en la posant sur la petite table pour rejoindre silencieusement celle que maintenant, elle se doit bien de considérer comme l'une de ses personnes de confiance; une amie. Cela lui évoque Kiril, même si le barbu chauve n'avait rien d'aussi gracieux et impressionnant en des conditions nobles. C'était juste un grigou bon vivant mais capable de vous faire surmonter les foutues tempêtes de problèmes qu'une attaque de caravane pouvait soulever.
"Je préfère passer mes dernières heures en votre compagnie, ma Dame. De toutes manières je devrai faire l'inventaire avec mes hommes dans l'après-midi."
Et ainsi, elles partent plus loin dans le salon de la demeure, s'installant sur les assises confortables en buvant du bon vin. Serindë ourdit dans ses conversations le fameux problème qu'elle a dû assommer ainsi que la dérouillée mise à une faction de soldats appartenant à De Chalons sur le chemin pour rejoindre la conseillère. Leur participation à la guerre entre Célène et son affilié avait été certes légère, mais dévastatrice pour les flancs et renforts côté est de ses troupes. Et aussi combien elle détestait cette noblesse qu'elle ferait en sorte de pendre par les pieds en place publique, si elle en avait le pouvoir. Morrigan lui conte de son côté quelques unes de ses péripéties avec le héros de Férelden, faisant écho aux sentiments de la mercenaire. Elles en rient, se moquent mutuellement l'une de l'autre, et boivent jusqu'à ce que la bouteille soit vide. Et tel le sablier ayant écoulé ses sables pour sonner la fin du temps, elles se retirent en se serrant une dernière fois la main pour la première fois.

◊ ◊ ◊

Le lendemain matin, pas un bruit ne fuse d'entre les murs. Serindë est déjà partie. Mais avant, elle est allée dans la chambre du jeune Kieran, le regardant dormir avec ce sourire empli de sérénité qu'elle connaît désormais. Elle s'est agenouillée face au lit, touchant quelques mèches brunes pour l'entendre ronchonner légèrement dans son sommeil non sans étouffer un rire. Puis, délicatement, elle est venue poser ses lèvres sur son front encore frais.
"Prenez soin de vous, petit seigneur."
C'est ainsi qu'elle s'en est allée, laissant la maisonnée se réveiller sans que ne cliquète encore aujourd'hui l'armure rutilante, sans que l'on ne l'entende de sa voix grave prononcer un bonjour sec quand un domestique vient ouvrir les rideaux dans les chambres de Kieran et Morrigan. Elle est déjà repartie en cette après-midi, hurlant avec force à ses hommes que la paie sera bonne sur leur prochaine mission et qu'ils vont botter des culs encore longtemps, qu'il y ait des elfes assassins, des mages du sang ou des nains. Personne ne les arrêterait. Boren lève sa nouvelle hache à deux mains et tranche d'un coup sec la jambe du dernier assassin qu'ils ont capturé. La victime hurle sa douleur, mais n'a pas le temps de faire plus de bruit sur le chemin menant à Val Firmin. Il s'est reçu une dague entre les deux yeux. Ils lâchent le corps dans une vallée et repartent, couverts de sangs, mais heureux et gaillards. Ils n'ont peur de personne et tel une brassée de divers vents hurlant leur haine, ils tuent ces êtres un peu trop cons qui ont décidé de se mettre en travers de leur chemin.

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