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Posté Dim 11 Juin - 21:41
Tracer son chemin parmi les démonsxxx & SerindëUn bruit de fracas, quelques pas désordonnés et des devantures craquant sous le poids de gens passant ici et là; à la recherche de quelques mets ou bien ... à la recherche d'un but. Hasmal, ville au bord de la rivière Minanter vit et subit les foules acerbes et avides de pièces aux reflets dorés. Depuis un temps, celle-ci se retrouve ravagée autant par les guerres intestines se déroulant à Starkhaven que par l'assaut quotidien de réfugiés devenus bien plus nombreux depuis le dernier Enclin. Et qui dit réfugiés en grand nombre, dit contrebande et affaires dont même Andrasté la grande rougirait à vue. Les rues salies de boue et de déchets rendent encore plus insupportables les maisons attenantes à la porte Sud. On y voit des nobles de bas lignage cacher leur nez avec leurs tissus aussi chers qu'une hache de bonne facture, ainsi que des réfugiés devenir malades avec la puanteur ambiante. C'est dans cet univers sale et malfamé que Serindë et sa bande ont décidé de poser pied; où ils le peuvent tout du moins. Ils ont été dépêchés suite à l'insurrection des mages de la ville, sur demande des templiers de la ville, avec en extra un complément sonnant et trébuchant sur une tentative d'assassinat sur une marquise orlésienne venue faire affaires avec des templiers soupçonnés dissidents.

Ce n'est pas de gaieté de coeur qu'elle remet son épaulière ce matin. Aucune fierté ne fuse dans son regard ou dans sa posture quand enfin, on l'appelle pour prendre audience avec cette satanée marquise; Serindë a et aura toujours en horreur ces orlésiens et leur accent sorti tout droit d'un balais enfoncé dans le fondement. Mais il faut savoir se taire car comme on dit, ce n'est pas la haine du riche qui amène de quoi manger dans l'assiette du pauvre. Pauvre, elle ne l'est pas, assurément; elle ne tient pas à le devenir. Et ces gars non plus. Alors elle fonce tête baissée dans ce bureau qu'on lui ouvre avec tous les honneurs dus à la réputation qui la précède. Sa poing se pose sur son coeur et elle s'incline de la manière qui incombe aux épéistes de son rang. Applaudissements. Elle croit rêver, mais non, ce sont bien quatre paires de mains qui sont en train de l'applaudir comme un phénomène de foire.
"Quelle prestance ! Quelle audace dans le mouvement ! Quel dommage que vous ne soyez pas un homme, vous auriez bon train de par chez nous."
Gloussements, et regards aussi vulgaires qu'un bronto en chaleur. Leur parfum est à la hauteur même de l'adjectif qui les décrit le mieux : insupportables. Serindë serre les dents, gardant bien caché le début d'un sourire narquois sous sa frange.
"Nous ne faisons que notre travail, moi ... et mes hommes.
- Ce n'est pas d'eux dont j'ai besoin, mais de vos talents, Ser Elisung. C'est bien ce titre qui vous incombe sur nos terres, n'est-ce pas ?
- Officieusement, oui.
- Ce soir, je dois rencontrer le second du chevalier capitaine de Hasmal. Il s'agira de se retrouver durant une réception donnée au palais de l'archiduc et j'ai bien entendu fait mander votre présence. Tout ce que je vous demanderai, c'est de paraître la moins féminine possible.
Serindë fronce les sourcils. Encore ces histoires de bienséance féminine, assurément. Cette peur de découvrir que la femme peut égaler à l'épée un chevalier et prendre titre et terres en les gérant bien mieux que lui a le don de dresser les cheveux poudrés de ces pignoufs dorés.
- Très bien. Mais à une seule condition."
La marquise tournoie et se retourne vers sa protectrice, heureuse et soulagée de voir qu'elles ont trouvé un terrain d'entente.
"Vous suivrez à la lettre mes ordres."

◊ ◊ ◊

La fête bat son plein sous une lune tout aussi pleine. Vin et victuailles vont et viennent entre des convives exaltés et peu regardant de ce qui se trame plus loin, derrière les murs de cette ville. Danses à petits pas chassés et rires font un contraste acerbe quand l'on sait que de pauvres hères traînent leurs bottes usées pour ramener de leur faibles bras un sac de blé bien léger pour la semaine à venir. Alors qu'ils virevoltent, boivent et parlent politique, des chevaliers armés restent immobiles dans quelques coins de la salle aménagée pour ce bal. Le discours de la marquise a été applaudit quelques minutes plus tôt, sous l'oeil attentif de son garde du corps qui dans le fond, serait bien aise de la laisser planter là dans toute sa verve alcoolique. Cependant, il faut rappeler les choses telles qu'elles sont : le rendez-vous les attendait. D'une prise ferme et authentique sur l'épaule frêle de l'avinée, le garde au visage caché par ce heaume de chasseur de dragons l'interpelle :
"Le rendez vous."
La marquise semble sortir de sa bulle, regardant un moment le plafond avant d'offrir des yeux écarquillés à son garde. Elle tape la main de fer avant de la repousser nonchalamment.
"Je sais bien ! Mais pour qui me prenez vous voyons !"
Le fait qu'elle se mette en colère rend son visage déjà fardé de trop encore plus ignoble que lorsqu'elle se donne la peine de sourire aux proches de l'archiduc. Le garde soupire avant de se positionner de telle sorte qu'il puisse protéger les arrières de cette dinde prête à être cuite. Chair tendre, un peu farinée tout de même. Les voilà donc loin des fastes et beautés d'une nuit de frivolités, marchant à pas rapides dans les rues moribondes de Hasmal afin de se rendre à la Porte du Créateur. Cachée sous sa cape noire, la marquise ne semble pas montrer un quelconque signe de faiblesse, mais en réalité, au fond de son coeur de cupide malsaine, elle est morte de peur. Quelle idée a-t-elle eu de faire affaire avec ces templiers ? Tout ça pour quoi ! Pour quelques contrats de marchandises, et une légitimité en Nevarra pour sa famille, évidemment. Les broutilles de la famille Vael servent leurs intérêts à la perfection. Mais par moments, la marquise se dit que cela semble fou, suicidaire; sans doute l'effet secondaire de ce vin Antivan. La voilà qui presse le pas, obligeant son protecteur à accélérer de même, malgré le poids de son équipement. Plus d'odeurs putrides, plus de visions ignobles d'une vie de pauvre quand l'on court; tout est plus beau, plus orlésien ...


Les voilà sur le lieu de rendez-vous. Les alentours de la porte sont diablement vides, ce qui a le don de mettre le protecteur sur ses gardes, mains prêtes à dégainer sa célèbre épée et mettre en place le bouclier. Toujours rien. Si, un fracas se fait entendre à trente pas de là, dans l'ombre. La marquise commence à trembler des jambes et ne plus sentir ses doigts et ses lèvres tant elle est prise de panique. On l'attrape à la taille et elle manque de crier à gorge déployée. C'est son protecteur qui l'arrête dans son envolée. Elle ne voit pas ses yeux sous ce heaume effrayant, mais elle devine parfaitement qu'un sentiment apparenté à la colère trône derrière tout ce métal.
"Ces templiers. Sont-ils ralliés à la cause de l'apaisement ?
- Non !
- Ont-ils un quelconque lien avec les rumeurs concernant la disparition de réfugiés ?
- Je ... je ne sais pas. Tout ce qu'ils ont promis ... ils ont promis ! ... à-à-à moi, mon père ... par le créateur je protégez moi, Ser Elisung ... !"
Sifflement. Le chevalier pivote sur ses deux pieds et met en place son bouclier de façon à couvrir le buste de son détracteur. Fracas contre le métal. Une flèche tombe à terre ainsi qu'un homme plus loin. Un templier. Le Ser dégaine en suivant son épée, tranchant avec une dextérité impressionnante la gorge de l'agresseur qui se trouvait à trois pas de lui. La marquise crie à la vue du sang, au point qu'elle se casse un ongle qu'elle s'apprêtait à ronger.
"À bon entendeur. Mais vous devrez me payer le double. Maintenant, allez dans la rue à votre gauche. On vous emmènera."
Le protecteur n'était pas dupe. Il avait bel et bien été renseigné sur les agissements en cours dans le camp de réfugié. Un homme avait décidé de faire la peau à ces templiers, ainsi qu'à ses complices. Pourquoi ? ça lui importe peu sur le moment; deux hommes viennent haches et épées en main à sa rencontre. Coup de bouclier avec une charge impressionnante sur la main faible d'un des assaillants qui alors vacille. Esquive de la hache visant sa nuque et riposte directe d'une tranche de la lame dans le flan. Lui, il ne risque pas de mourir comme la marquise, maintenant en lieu sûr car gardée par deux des meilleures lames du Ser. Lui, il ne fera qu'une bouchée de ces imbéciles se croyant tout puissants avec une épée dans les mains. La preuve est que sans vergogne, il enfonce sa lame en plein milieu de la cage thoracique pour crever à jamais les battements du coeur de l'un des assaillants. Un autre arrive, arc bandé en main. Le chevalier répond par un fracas de son bouclier sur son armure à cette menace. Le bougre abdique et sort alors son épée.

"Cochards à diarrhée."
Maugrée-t-il, avant que tous les deux ne se décident à charger. L'un dans le le plus grand des silences, et l'autres, hurlant avec ferveur "VIVE LES MAGES ! VIVE LA LIBERT-". Oui, il n'a pas eu le temps de finir. Le chevalier le regarde, cet homme hagard. Cet homme qui se tient l'épaule, maintenant nue de tout bras. Et il hurle et pleure de douleur avant de se recevoir le coup de grâce. Le sang gicle sur l'armure, lui donnant des teintes rouges et marron de boue souillée. Puis le silence se fait. Plus personne, à première vue. Le menu fretin a rendu son dernier souffle, et le chevalier peut enfin se permettre de respirer un peu, en relevant son heaume. Ses lèvres sont pulpeuses, mais un peu desséchées sous l'effort, ses yeux sont bleus et puissants et son visage, bien trop fin pour être masculin perle de transpiration.
"Ces hommes. Dès qu'on leur retire de la puissance, ils chouinent comme des singes."
Serindë vient de montrer une nouvelle fois ses talents de femme à la face de quatre hommes maintenant bien morts. Elle crache sur le cadavre suite à sa phrase puis soudain, tend l'oreille en regardant ça et là près des abords de la porte. Cela lui semble trop facile. Quelque chose cloche. Elle remet son heaume en place et reprend ce qu'elle peut en souffle. Quelque chose cloche. Elle le sent.

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