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Posté Ven 16 Mar - 14:46
Ansburg, Forteresse de la Garde des Ombres, 12 Drakonis, 41 de l'Âge des Dragons

Karlan n'aimait pas la neige. Cette fantaisie de la nature était en réalité une atrocité sans nom, et il ne pouvait pas comprendre, malgré tous les efforts du monde, celles et ceux qui s'émerveillaient devant quelques les flocons portés par la brise, ou face au timide manteau blanc qui recouvrait désormais les toits de la ville. Qui pouvait bien aimer se faire recouvrir de glace molle et collante ? Un froid tardif, signe disait-on d'un bel été à venir. A vrai dire, ce genre de préoccupations étaient loin de celles qui empêchaient le Garde de trouver le sommeil.
Cela faisait quelques semaines qu'Alarell était partit pour sa dernière bataille, et qu'il avait hissé Karlan au rang de Commandeur. Il ne comprenait pas ce choix, et se retrouvait surtout paralysé par une responsabilité qu'il ne se sentait pas d'assumer. Les effectifs d'Ansburg n'avaient pas été aussi bas depuis des années, et une trentaine de Gardes n'était pas assez pour assurer une vigilance constante et efficace d'un territoire aussi grand. Et puis, il y avait les relations avec les Gardes voisines à gérer, ce qui n'était pas forcément évident, et les rapports à envoyer à Weisshaupt. De nature maussade, il l'était devenu encore plus, et évitait autant que possible ses frères et sœurs d'armes dans la limite du possible.
L'après-midi était déjà bien avancée quand le nain franchit les portes de la grande cour, après une grande balade qui lui avait permit de réfléchir. Il salua de la tête Enya et Gwarell et la traversa d'un pas vif pour rejoindre son bureau, en haut d'un gigantesque escalier de pierres noires maculé de neige, dans une tour un peu à l'écart du reste de la forteresse. D'un geste vif, il se défit de son manteau de fourrure et le jeta sur une chaise, puis épousseta la glace sur son uniforme. Il ouvrit les rideaux nombreux rideaux aux motifs de son Ordre, et quand la lumière fut suffisante dans la petite pièce arrondie, s'installa à son bureau. Une pile conséquente de courrier y était posée avec soin, et il poussa un profond soupir. Le travail n'attendait jamais, disait-on.

Le Commandeur-Garde était absorbé par une missive à destination d'un des très nombreux convois qui demandaient l'aide de la Garde pour aller explorer les Tréfonds quand on frappa lourdement à la porte. Cette dernière grinça lourdement, et une naine fit irruption dans son bureau. Keira, une jeune recrue naine, la dernière en date, et seule représentante du petit peuple avec lui. « Commandant, une Garde de Férelden vient de se présenter dans la Cour et elle demande à vous voir en personne. Elle apporte avec elle une missive, dit-elle. » Il haussa les sourcils. Reyner ne faisait pas passer de missives par des Gardes, et la venue de leurs camarades Féreldiens avait diminué ces dernières années. « Merci Keira, fais la rentrer. Ah, et demande lui de se débarrasser d'un maximum de neige avant. J'ai assez froid comme ça ici. » La naine hocha la tête d'un air entendu et referma la lourde porte. D'un regard rapide, Karlan s'assura qu'une chaise était libre, soit non ensevelie sous son habituel bordel, et il retourna à sa lettre. Il aurait peut-être le temps de la finir d'ici là.
Quelques minutes plus tard, probablement moins, quelqu'un frappa à nouveau à la porte et le Commandeur-Garde éleva à nouveau la voix pour faire rentrer leur visiteuse. Quand la silhouette sombre se dessina plus clairement dans la pièce – qui s'assombrissait à vue d’œil – Karlan lâcha sa plume, un large sourire se dessinant sur son visage, souvenir improbable d'un temps plus heureux. Il ouvrit la bouche pour la salue, mais les mots se transformèrent en insultes quand, d'un geste maladroit, il renversa son encrier sur son travail du jour. « ET MERDE, QUEL CON ! QUEL PUTAIN DE CON ! » Déjà, l'encre noire coulait au sol. Le nain recula vivement, retira ses pages imbibées pour les poser ailleurs, puis, tout en cherchant quelque chose pour éponger sa maladresse, se reprit pour saluer dignement une amie qu'il avait trop rarement vue. « Content de te voir Ailis, installe-toi. Fais pas gaffe au bordel. »
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Posté Ven 16 Mar - 20:03

- Tu aurais franchement pu choisir une autre saison pour nous quitter, Cainwen.

Après plusieurs jours enfermée dans la cabine du bateau qu'elle avait emprunté pour traverser la mer jusqu'aux Marches Libres, voilà qu'elle marchait depuis quatre jours dans la neige pour rejoindre Ansburg, alors même que le trajet aurait dû lui en prendre moins de trois. Elle aurait pu prendre un cheval, mais elle ne faisait pas confiance à quelconque bête pour l'amener à destination par ce temps. Elle avait l'impression que l'humidité s'insérait partout dans son armure, malgré les épais tissus qu'elle portait dessous et les fourrures d'animal sur ses épaules. Elle ne rêvait que d'un lit confortable et de vin chaud bien épicé pour la réchauffer. Heureusement, à la fin du quatrième jour, elle arriva enfin à la forteresse des Gardes des Ombres. Revoir ce grand bâtiment de pierre lui fit un pincement au cœur. Cainwen avait passé la majeure partie de sa vie entre ces murs. Elle était soulagée d'avoir obtenu la permission de venir jusqu'ici porter la nouvelle de son départ. Elle ne se voyait pas annoncer de telles choses dans un courrier. De plus, passer un peu de temps loin de Fort Bastel lui permettait de faire son deuil plus aisément, alors même que les premiers jours avaient été terribles. Elle n'avait jamais perdu quiconque, elle était toujours partie la première.

A l'entrée de la forteresse, elle fut accueillie par une jeune Garde naine qu'elle n'avait jamais vue. Probablement une nouvelle recrue. Ailis demanda à voir Karlan Rurin, pour lui porter une nouvelle de Fort Bastel. La naine la dévisagea quelques secondes avant de partir demander au Commandeur-Garde s'il était disposé à la recevoir.

- J'irai saluer Alarell plus tard, j'aimerais voir Karlan avant.
- Karlan Rurin est Commandeur-Garde à présent... Il vous expliquera.

La jeune recrue partit presque en courant, laissant Ailis hébétée par la nouvelle. Qu'était-il arrivé pour que Karlan se retrouve en charge de la Garde des Marches Libres ? En attendant le retour de la naine, la Garde de Ferelden en profita pour faire quelques pas dans la cour enneigée. Des souvenirs lui revenaient en regardant autour d'elle. Cainwen et elle avaient passé plusieurs semaines dans cette forteresse, et elle se souvenait parfaitement des entraînements réalisés dans cette cour, ainsi que des discussions à la belle étoile, certaines nuits d'été. Si le fait que les Gardes soient bien moins nombreux ici qu'à Fort Bastel posait sûrement des problèmes, elle avait trouvé ce nombre réduit très agréable à vivre au quotidien. Les Gardes se connaissent mieux entre eux et ils étaient plus accueillants. Elle allait se diriger vers deux têtes connues quand la jeune recrue revint, et lui fit signe de la suivre. Elle reporta ses salutations et traversa la cour à sa suite avant de grimper des escaliers recouverts de neige. Arrivée en haut, la jeune naine lui dit quelques mots qu'elle n'entendit pas et fit demi-tour. Ailis inspira longuement, le bruit de ses pensées occultant tout le reste. Comment lui annoncer la nouvelle ? Finalement, elle décida d'être directe, ce qu'elle savait faire de mieux, et elle frappa à la porte. On lui cria d'entrer, et elle poussa la porte.

Derrière, elle découvrit Karlan, assis dans la pénombre à un bureau sur lequel s'entassait une conséquente pile de courriers. L'intégralité de la pièce semblait envahie par des tas d'affaires diverses éparpillés à droite et à gauche. Le visage du nain se fendit d'un sourire en la voyant, ce qui lui réchauffa quelque peu le cœur. Elle s'attendait à ce qu'il la salue quand il cracha une flopée d'insultes. Elle sursauta et s'approcha, découvrant derrière la pile de courriers l'encrier renversé du Garde. Il se releva en déplaçant quelques documents et tandis qu'il regardait autour de lui, il la salua enfin.

- Content de te voir Ailis, installe-toi. Fais pas gaffe au bordel.

L'ensemble de la situation firent lâcher ses nerfs à vif depuis plus d'une semaine. Elle éclata de rire. Elle trouva la chaise la plus proche et s'y laissa choir en riant à gorge déployée, les larmes aux yeux. Elle mit plusieurs minutes à se calmer, et s'essuya les yeux en reprenant son souffle.

- Désolée Karlan, c'est une drôle de manière de te saluer après tout ce temps.

Elle se redressa pour retirer les fourrures qu'elle portait sur son armure, sa besace en cuir et ses dagues qu'elle portait dans son dos. Plus à l'aise, elle se rassit et constata qu'elle avait mit plein de neige sur le sol du bureau.

- Et désolée pour la neige, je suppose.

Elle se tint droite et le regarda, redevenant d'un coup très sérieuse. Elle prit dans ses mains la dague laissée par Cainwen pour se donner du courage, et plongea son regard dans les yeux bleus de Karlan. Elle y cherchait du soutien, de la compréhension. Mais il ne savait pas, pas encore. Elle inspira longuement, une dernière fois, en serrant la poignée de sa dague.

- Avant tout, je dois t'annoncer quelque chose. Cainwen a entendu l'Appel. Elle est partie.

Elle expira, chassant ses émotions superflues. Elle avait assez pleuré, il était temps d'avancer.

- J'ai préféré venir te l'annoncer en personne. J'ai ramené du Brandy de West Hill, au cas où boire pouvait aider. En tout cas, moi ça m'aiderait.

Elle sortit la bouteille de sa besace, sans lâcher sa dague, et la posa sur le bureau de Karlan. Elle se souvenait de sa descente d'alcool. Une bouteille ne serait peut-être pas suffisante.
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Posté Ven 16 Mar - 22:13
L'encre noire coulait au sol et maculait le tapis ancestral avec une méticulosité déconcertante. Le rire mélodieux de la Féreldienne emplissait la pièce grisonnante d'une atmosphère étrange, trop peu entendu en ces lieux, et les pierres lui répondaient comme avides de cette nouveauté, de cette fraîcheur qui ne devait rien au temps hivernal. En d'autre compagnie, le Commandeur-Garde aurait probablement continué de râler, et cet accident l'aurait mis d'humeur maussade pour des jours et des jours, car une telle maladresse annonçait bien des déboires en perspective. Mais cela faisait un sacré moment qu'il n'avait pas vu la jeune Garde des Ombres en ces lieux, et sa simple présence lui réchauffait le cœur. Plus encore, elle semblait seule, événement inédit, ce qui signifiait qu'elle prenait enfin son envol des ailes protectrices de Cainwen. Karlan finit d'éponger ce qu'il put, et il en profita pour ranger l'encrier à un endroit où il ne pourrait pas faire d'autres dégâts : dans son tiroir, avec ses bouteilles d'encre.
« Désolée Karlan, c'est une drôle de manière de te saluer après tout ce temps. ». Le nain s'assit plus confortablement dans son imposante chaise et haussa les épaules, un maigre sourire sur les lèvres. C'était au contraire tout ce dont il avait besoin à ce moment précis. Ses frères et sœurs d'armes le toisaient maintenant avec un respect et une dévotion qu'il ne méritait pas encore, et beaucoup étaient passés sans faire attention au vouvoiement de mise pour les gradés, ce qui le dépitait tout autant. L'avantage avec ses connaissances extérieures, c'est qu'elles ne se sentaient pas souvent obligées de faire preuve de la même courtoisie. « Et désolée pour la neige, je suppose. » ajouta-t-elle rapidement, visiblement légèrement embarrassée. Ses yeux se posèrent sur la neige brunâtre qui maculait désormais l'entrée de son bureau, et ses yeux bleus pétillèrent d'un amusement contenu. « T'en fais pas pour ça, j'étais justement en train de refaire la déco. » D'un bref mouvement e tête, il désigna l'énorme tâche qui maculait le griffon argenté à leurs pieds. Le nain s'accouda au bureau de bois clair – mais noirci lui aussi – et se pencha vers la Féreldienne. « Assez parlé de futilités. Comment vas-tu, et quel bon vent t'amène ? »
Ce qu'il vit alors dans les yeux de son amie l'inquiéta. Du doute, de la douleur, de la peur aussi, et des questions. Les nouvelles n'étaient pas bonnes de toute évidence. Le nain patienta, figé, dans l'attente d'un coup qui, finalement, ne serait pas d'augure à illuminer sa soirée. « Avant tout, je dois t'annoncer quelque chose. Cainwen a entendu l'Appel. Elle est partie. J'ai préféré venir te l'annoncer en personne. J'ai ramené du Brandy de West Hill, au cas où boire pouvait aider. En tout cas, moi ça m'aiderait. » Il la regarda sortir une bouteille de son sac pour la poser sur le bureau, tandis que les mots prenaient forme dans son esprit, muaient lentement le réel pour qu'il réalise leur ampleur. Son cœur manqua quelques battements sous son visage toujours impassible, et il se renfrogna dans son fauteuil. Il était si tassé qu'on aurait eu l'impression d'y voir un vieillard. Cainwen était... Elle avait été une des premières Gardes à l'avoir accueilli à Ansburg. Elle l'avait aidé, à sa manière bien à elle, et il avait grandi avec elle. Un profond respect mêlé d'une admiration sans faille les liait l'un à l'autre, et son cœur s'était brisé une première fois quand elle était partie pour Fort-Bastel afin d'y renforcer les rangs. Bien sûr, il l'avait revue, elle passait régulièrement ici. Son départ sonnait la fin d'une partie de sa vie, une nouvelle page à tourner, et il avait l'impression que tous ses mentors disparaissaient en quelques mois pour le laisser porter un fardeau bien trop gros pour lui. Il aurait bien eu besoin des conseils de Cainwen. La peine, cette peine, devait être encore plus vive pour Ailis, à qui elle avait tout appris. La recrue qui avait tenté de l'assassiner. Il y avait beaucoup d'assassins malchanceux dans leur Ordre, ça oui.
Karlan se ressaisit finalement et sortit deux verres d'un second tiroir. Sans dire un mot, il ouvrit la bouteille et versa une bonne rasade ambrée dans chacun d'eux. Il tendit le premier à Ailis puis leva le sien sans plus de cérémonie. « A Cainwen ». L'alcool lui racla la gorge, et il toussa légèrement, mais resservit aussitôt les verres. « C'est malheureusement la fin qui attend les plus talentueux des nôtres. » Il ne savait trop que dire à celle qui l'avait si bien connue, et dont elle ne tarissait d'ailleurs pas d'éloges. Il sortit de sa poche un carnet, à la couverture de cuir usé, et dont les pages gondolaient sous l'humidité. Son carnet. Le nain l'ouvrit et feuilleta rapidement les pages noircies d'encre. Il s'arrêta à la première page quasi-vierge et le tendit à la Garde. « C'est là où je note les noms de ceux qui sont partis trop tôt. Mes frères, mes sœurs, celles et ceux dont le nom ne doit pas être oublié... » Sa voix se cassa. Il se racla la gorge et reprit. « Que je m'efforce de ne pas oublier, en tout cas. » Le dernier nom en haut de la page était celui d'Alarell, un autre mentor et ami lui aussi. « Ça me permet de les garder avec moi, aussi. » Il ne croyait pas en Andrasté et dans les réthoriques chantristes, mais portait en lui le doux chant de la Pierre et la vénération des ancêtres et des Hauts. Ses camardes étaient ses Hauts à lui, et s'il s'en trouvait blasphémateur, cela l'aidait à se tenir debout, au moins.
« Tu te souviens de son visage avant ton Union ? Elle était tendue comme pas possible, prête à exploser à la moindre secousse. 'C'est ma recrue, mon assassin à moi, et qu'ils soient maudits si ils l'emportent ! Qu'ils soient maudits Karlan !' Et moi je me tenais là, impassible, et je répondais inlassablement 'Cainwen, calme toi, les nobliaux sont les derniers à partir...' »
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Posté Sam 17 Mar - 12:57
Elle regarda longuement Karlan réagir à la nouvelle du départ de Cainwen. Son visage était impassible, mais elle pouvait lire de la peine dans ses yeux. Enfoncé dans son siège, elle pouvait presque imaginer ses pensées. Ses souvenirs de la Garde qui les avait fait tous les deux grandir. Cainwen parlait souvent du nain d'Ansburg, avec de l'admiration, du respect, de l'affection. Elle serait fière de lui, aujourd'hui Commandeur-Garde, bien que cela signifiait probablement qu'un autre de ses amis et frères d'armes s'en était allé. Après quelques minutes dans ses pensées, Karlan sortit deux verres, se saisit de la bouteille et les servit tous les deux. Elle prit celui qui le tendait, et le leva en miroir du nain.

- A Cainwen.
- A Cainwen.

Elle ferma les yeux tandis que l'alcool lui brûlait la gorge. Karlan la resservit, et elle vida immédiatement le second verre. Elle devrait patienter quelques minutes avant d'en ressentir les effets, mais elle attendait avec impatience que la boisson embaume son cœur et ses pensées.

- C'est malheureusement la fin qui attend les plus talentueux des nôtres.

Elle hocha la tête, lointaine. Elle trouvait profondément injuste que les Gardes soient condamnés à disparaître, après avoir passé la majeure partie de leur vie à protéger Thédas des engeances et des Enclins. Ses yeux se perdirent dans le vide, et l'encre noire qui entachait le griffon argenté la frappa. Elle y vit une allégorie de la noirceur qui grandissait en chacun d'eux pour finalement les emporter dans les Tréfonds. Elle secoua doucement la tête, chassant ses pensées un peu trop déprimantes à son goût. Quand elle releva les yeux vers Karlan, elle vit le carnet qu'il lui tendait.

- C'est là où je note les noms de ceux qui sont partis trop tôt. Mes frères, mes sœurs, celles et ceux dont le nom ne doit pas être oublié... Que je m'efforce de ne pas oublier, en tout cas. Ça me permet de les garder avec moi, aussi.

Elle tendit la main vers lui et glissa ses doigts sur la page gondolée à laquelle il était ouvert. Elle y lut des noms qu'elle ne connaissait pas, et puis le dernier, Alarell. Cela expliquait que l'ancien Commandeur-Garde ait laissé sa place à Karlan. Elle se demanda un instant si le nain avait les épaules pour supporter le poids d'une telle responsabilité. Il était très certainement en mesure d'effectuer toutes les tâches qui lui incombaient, mais c'était un titre qui isolait. Après avoir passé une dizaine d'années au milieu des autres gardes d'Ansburg, comment réagissait-il à la distance de ces derniers et à la solitude qui devait à présent faire partie de son quotidien ? Peut-être allait-elle rester plus longtemps dans les Marches Libres, finalement. Elle éloigna sa main du carnet, imaginant le nom de Cainwen s'ajouter à la liste, à la suite de celui d'Alarell. Au moins elle ne serait pas seule, mais avec un de ses compagnons de longue date. Elle resservit des verres de Brandy, et vida le sien dans la foulée.

- Tu te souviens de son visage avant ton Union ? Elle était tendue comme pas possible, prête à exploser à la moindre secousse. 'C'est ma recrue, mon assassin à moi, et qu'ils soient maudits si ils l'emportent ! Qu'ils soient maudits Karlan !' Et moi je me tenais là, impassible, et je répondais inlassablement 'Cainwen, calme toi, les nobliaux sont les derniers à partir...'

Un rire triste s'échappa de la bouche d'Ailis. Elle avait évité les interminables discussions nostalgiques qui avaient suivi le départ de sa mentor, à Fort Bastel. Les souvenirs lui avaient semblé si superficiels, leur connaissance de Cainwen tellement incomplète. Mais ce souvenir là, lui, définissait parfaitement celle qu'avait été la Garde. Sous son masque sérieux et impassible, elle était extrêmement sensible et attachante. Ailis ne s'en était rendue compte que le jour de son Union. Un sourire étira les lèvres de la jeune femme. Il était temps de la laisser partir.

- Elle était intenable, ce jour-là. Heureusement que tu étais là, tu imagines si j'avais dû moi-même la rassurer ? C'était tout de même ma vie, qui était en jeu ! Et pourtant, c'est elle qui angoissait pour nous deux. Sans elle, je ne sais pas où je serais aujourd'hui...

Sûrement dans la rue, toujours. Ou dans une quelconque bande de mercenaires. Peut-être même en prison. Cainwen lui avait offert une nouvelle vie, en lui imposant la Conscription. Et depuis, elle n'avait pas cessé de l'aider, de la faire grandir, mais aussi de la sauver.

- Et est-ce que tu te souviens de cette expédition il y a quatre ans dans les montagnes, où des engeances avaient été repérées ? J'avais été assez idiote pour te lancer ce défi qui a failli nous tuer. Si Cainwen n'avait pas été là, on serait encore ensevelis sous la neige ! Je crois qu'elle s'était sérieusement inquiétée de ne pas nous voir revenir. J'entends encore ses remontrances !

Ailis se leva, déposant la dague de Cainwen qu'elle tenait encore dans ses mains sur le bureau de Karlan, et marcha jusqu'à la fenêtre derrière lui. Elle glissa sa main sur le rebord de pierre, regardant la forteresse qui s'étendait sous ses yeux, éclairée par quelques torches. La nuit était tombée rapidement, mais la lune et les étoiles se cachaient derrière les nuages. La neige tombait encore. Ses yeux se perdirent dans l'immensité sombre. Quand elle parla, sa voix était lointaine.

- Elle a été un véritable modèle... Et je pense qu'elle garde encore un œil sur nous, aux côtés du Créateur.

Les premiers verres commençaient à se faire sentir, enrobant comme prévu ses pensées dans un nuage de douceur. Elle se tourna vers Karlan, s'appuyant sur le rebord de la fenêtre, un léger sourire fendant son visage.

- Même si tu es un nain !
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Posté Sam 17 Mar - 21:39
L'Union n'était un souvenir agréable pour personne. Il s'agissait même de quelque chose de douloureux pour la plupart des Gardes, et l'Union ne les quittait jamais, hantant même leurs rêves des années après. Et cette soirée n'était pas plus plaisante pour celles et ceux qui devaient la faire subir aux nouvelles recrues. Alors les Gardes décompressaient comme ils pouvaient avant et après, souvent à grand renfort de blagues et de verres d'alcool. Le nain avait déjà assisté à quelques autres cérémonies avant celle d'Ailis, mais il se souvenait du moindre de ses détails, comme les précédentes et toutes celles qui avaient suivies. Et maintenant, il était appelé à en conduire.
« Elle était intenable, ce jour-là. Heureusement que tu étais là, tu imagines si j'avais dû moi-même la rassurer ? C'était tout de même ma vie, qui était en jeu ! Et pourtant, c'est elle qui angoissait pour nous deux. Sans elle, je ne sais pas où je serais aujourd'hui... » Karlan sourit et finit son verre d'une traite. Le second passait toujours mieux. Voleuse sans doute, une paria dans son propre peuple, comme il le serait resté s'il n'avait pas ressenti une main le guider vers l'Ordre. « Tu serais sans aucun doute entourée d'une flopée de marmots dégoulinants de morve, avec un mari hautain et exécrable et un domaine à administrer, non ? T'as gagné au change. » Mieux valait en rire. Ils étaient destinés à une vie morne et pleine d’embûches. Il y avait pire, il y avait mieux. « Et est-ce que tu te souviens de cette expédition il y a quatre ans dans les montagnes, où des engeances avaient été repérées ? J'avais été assez idiote pour te lancer ce défi qui a failli nous tuer. Si Cainwen n'avait pas été là, on serait encore ensevelis sous la neige ! Je crois qu'elle s'était sérieusement inquiétée de ne pas nous voir revenir. J'entends encore ses remontrances ! » Karlan rit doucement, et son rire se mêla à celui de son amie quelques instants. Il s'en souvenait bien oui. Ailis avait parié qu'il n'aurait pas le cran de l'accompagner au milieu de la nuit pour attirer un groupe d'engeances dans une zone de la montagne où ils savaient que les chutes de neige avait des chances de les ensevelir. Elle lui avait probablement lancé ce défi en raison de sa petite taille, sachant très bien que s'ils provoquaient des petites avalanches, il serait le premier enseveli. Déjà à cette époque, il détestait la neige, mais il ne fallait pas faire de paris stupides avec lui, encore moins quand son identité de nain était en jeu. Alors oui, heureusement pour eux que leur Mentor les avait retrouvés peu après et sorti de là, sans quoi leurs corps seraient encore figés sous la neige dans une attente inexplicable, non loin d'un groupe stupide de leurs ennemis mortels.
La Féreldienne se leva, et déposa doucement une dague sur le bureau, qui cliqueta doucement d'un son métallique. Karlan l'effleura du bout des doigts, pensif. Elle était partie sans, alors. Ça faisait sens, une lame avec une telle histoire continuerait de suivre et de servir dans les mains de son élève. Il préférait cela à l'imaginer errer dans les Tréfonds pour finir dans les poches d'un aventurier peu scrupuleux. Cependant, il ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur en se disant qu'à ses derniers instants, Cainwen s'en était trouvée dépourvue. Elle n'avait pas du tuer moins d'engeances sans, non, mais elle n'avait pas son histoire avec elle, elle y était allée à nu, et cet acte était d'une grande beauté et d'une grande tristesse. Il se demanda un instant s'il aurait le courage de faire de même, si un jour le Chant l'appelait à lui.
« Elle a été un véritable modèle... Et je pense qu'elle garde encore un œil sur nous, aux côtés du Créateur. » Le Garde des Ombres se retourna pour constater qu'Ailis s'était déplacée et qu'elle se tenait désormais derrière lui, accoudée à une fenêtre trop haute pour lui. Déjà, la pénombre s'était installée dans la salle circulaire, et il ne distinguait clairement que ses contours. Il n'avait pourtant pas envie d'allumer la lumière, préférant que la Lune soit seule témoin de la cuite qu'ils prendraient ce soir. Le Créateur à vrai dire, il le laissait à sa place, dans le cœur de ceux qui cherchaient sa Lumière. « Même si tu es un nain ! » Il ne distinguait pas les traits fins de son visage, et il voyait pourtant un sourire se dessiner sur ses lèvres. C'était de bonne guerre : il se moquait de ses origines sociales, elle se moquait de son peuple. Ce n'était pas la première, rares étaient les représentants des nains dans la Garde, aussi étrange que cela puisse paraître d'un œil extérieur. « Quelle tristesse de ne pas avoir jamais entendu la Pierre chanter, princesse, et de ne pas pouvoir espérer l'entendre à nouveau ! Tu ne sais pas ce que tu rates ! » Oui, il croyait à la Pierre, il n'y avait jamais autant cru, des années après être devenu un vulgaire surfacien. Il n'en parlait pas beaucoup cependant, car les surfaciens ne pouvaient pas comprendre, ils n'avaient pas idée d'à quel point une Foi pouvait être si palpable et abstraite en même temps.
Il prit la bouteille, les verres, et se leva pour les placer sur la bordure de la fenêtre de pierres taillées. L'ouverture était assez grande pour deux, même si Ailis s'y accoudait facilement quand seule sa tête et ses épaules atteignaient l'ouverture. Le premier jour, on lui avait proposé, le plus sérieusement du monde, un marche-pieds. Il avait rit, et congédié aussitôt le Garde insolent. Les Gardes avaient toujours été égaux, traités de la même manière pour accomplir la même mission, et il ne voulait pas qu'on pense qu'il ait besoin de ce genre d'aides pour être à la hauteur de sa fonction. Si elfes et humains avaient gouverné la Garde dans ce bureau, alors il était à sa taille, c'était aussi simple que ça. Les premiers éclats de la Lune illuminaient le ciel à travers les épais nuages qui maculaient le ciel. Pas d'étoiles ce soir. « J'imagine que tu restes ce soir. Je demanderai à ce que tu ais une chambre, on en a beaucoup, ça ne devrait pas poser de problèmes. Demain cependant, je vais faire du recrutement. Si la pêche est fructueuse, tu pourras en ramener un ou deux à Fort-Bastel, je sais que vous n'êtes pas aussi nombreux que dans l'idéal. » Il voulait surtout montrer à Reyner qu'il était prêt à coopérer avec Férelden en faisant un premier pas vers lui. Il voulait pouvoir compter sur les Gardes voisines en cas de coup dur. C'était un calcul plus qu'un cri du cœur, il ne s'en cachait pas, mais sa fonction le lui imposait, avec l'état dans lequel se trouvait sa Garde. Sa Garde, étrange. « Tu peux venir bien sûr. » Il servit deux verres, et descendit le sien d'une traite, une fois de plus. Quinte de toux. « Bon assez parlé de sujets sérieux. Ça fait un bail que tu n'es pas venue par ici, j'suis bien content de te voir. Tu verras, on a quelques nouveaux, et quelques couples naissants aussi ! Faut croire qu'on aime bien le drame pour le partager à deux comme ça, dans la Garde. Des bonnes nouvelles de Fort-Bastel ? Comment se porte le vieux Bran ? »
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Posté Dim 18 Mar - 12:28

Sa dernière remarque n'était pas forcément très fine, mais elle avait besoin de détendre l'atmosphère. Elle ne serait pas permise de dire une telle chose face à des nains plus susceptibles, bien qu'elle ait souvent tendance à parler avant de réfléchir, mais elle savait bien que Karlan ne s'en offusquerait pas. Et puis, c'était un strict retour pour toutes les remarques qu'il faisait à propos de ses origines sociales, surtout vu l'image que le nain avait de la noblesse ! Mais quoi qu'elle fasse, son enfance au bannorn était visible dans ses gestes, dans ses paroles, dans son comportement tout entier. Elle n'avait jamais pu la dissimuler à qui que ce soit. Être fille unique n'avait pas arrangé les choses. Elle connaissait ses défauts, mais elle vivait en paix avec eux.

- Quelle tristesse de ne pas avoir jamais entendu la Pierre chanter, princesse, et de ne pas pouvoir espérer l'entendre à nouveau ! Tu ne sais pas ce que tu rates !

Ces mots firent lever les sourcils de la jeune femme, qui détailla le nain devant elle. Il ne parlait que très peu de la Pierre et de sa foi. Elle resta silencieuse, n'osant poser de question. Elle-même n'aurait pas pu expliquer pourquoi elle croyait en le Créateur et en Andraste. Les croyances étaient des choses bien étranges, trop abstraites et indicibles pour qu'elle soit à l'aise sur ce sujet. Le nain la rejoint à la fenêtre, avec la bouteille de Brandy et leurs verres. Il semblait si petit, debout dans cette pièce conçue pour un Commandeur humain ou elfe. Pourtant, sa prestance emplissait la pièce, et il y semblait parfaitement à sa place. Ailis était impressionnée.

- J'imagine que tu restes ce soir. Je demanderai à ce que tu ais une chambre, on en a beaucoup, ça ne devrait pas poser de problèmes. Demain cependant, je vais faire du recrutement. Si la pêche est fructueuse, tu pourras en ramener un ou deux à Fort Bastel, je sais que vous n'êtes pas aussi nombreux que dans l'idéal. Tu peux venir bien sûr.

Elle avait toujours partagé une chambre avec Cainwen, quand elle était en visite à Ansburg. Dormir seule serait étrange, presque effrayant. Mais c'était son lot à présent que sa mentor était partie.

- Ce serait parfait, merci. Quant au recrutement, à vrai dire, je n'en ai jamais fait... Je ne sais même pas comment un vrai recrutement se passe. J'étais la dernière recrue de Cainwen, et tu sais aussi bien que moi que les circonstances étaient particulières.

A vrai dire, elle avait été la seule recrue de la Garde durant ces dix dernières années. En tant que vétéran, elle avait fait le choix de partir dans des missions plus périlleuses ou diplomatiques, plutôt que sillonner les routes à la recherche de nouvelles recrues en sachant qu'une partie d'entre elles périrait durant leur Union. Ailis n'avait donc jamais assisté au moindre recrutement, et puisque le sien ressemblait davantage à une conscription forcée qu'à autre chose...

- Je serais cependant ravie de t'accompagner. Il faut bien apprendre, un jour. D'autant que, comme tu l'as dit, nous manquons aussi d'effectifs à Fort Bastel.

Elle trouvait étrange que le Commandeur de la Garde des Marches Libres veuille envoyer une partie de ses éventuelles recrues dans un autre pays. D'après ce qu'elle avait vu ces six dernières années, les relations n'étaient pas très bonnes entre les différentes Gardes. Cette offre ressemblait plus à une manœuvre politique qu'à de la courtoisie. C'est exactement le genre de choses qu'aurait pu faire son père pour se rapprocher d'un bannorn voisin, s'il était menacé par une tierce personne. Que pouvait encourager une telle manœuvre ? Ailis soupira légèrement. Ses idées étaient embrumées par l'alcool, et elle n'arrivait pas à reconstituer l'ensemble du tableau. Karlan les resservit, et elle vida une fois de plus son verre d'une traite, pendant que le nain toussait.

- Bon assez parlé de sujets sérieux. Ça fait un bail que tu n'es pas venue par ici, j'suis bien content de te voir. Tu verras, on a quelques nouveaux, et quelques couples naissants aussi ! Faut croire qu'on aime bien le drame pour le partager à deux comme ça, dans la Garde. Des bonnes nouvelles de Fort Bastel ? Comment se porte le vieux Bran ?

Le sourire d'Ailis s'élargit en entendant les paroles de son ami. C'était exactement le genre de discussion dont elle avait besoin pour oublier, avancer. Elle resservit encore leurs verres, mais cette fois elle dégusta le sien plus lentement. Elle aussi était heureuse de le voir.

- Des couples ? Dans la Garde ? Sérieusement, quelle idée !

Si l'idée de se mettre en couple lui semblait déjà aberrante dans sa situation, le faire avec un ou une Garde était encore plus incohérent. Si c'était pour s'inquiéter à tout instant d'apprendre la mort de sa moitié, ou de la retrouver dans un piteux état, non merci. Une personne extérieure, pourquoi pas. Et encore, ce serait infliger ce fardeau à quelqu'un... On ne pouvait pas selon Ailis aimer quelqu'un et lui faire autant de mal. Elle avait, pour cette raison, décidé de s'empêcher de s'attacher à qui que ce soit, ce qui ne l'empêchait pas de parfois s'amuser.

- Fort Bastel... Et bien, pas grand chose de nouveau. Des nouvelles recrues, des départs. Tullia, toujours aussi bruyante les rares fois où elle nous fait l'honneur de sa présence. Le vieux Bran se porte bien, toujours à râler dès qu'on ramène nos chevaux un peu trop fatigués. Bref, la routine.

Elle passa sous silence les tensions, les rumeurs et les bruits de couloir. Elle tût également son mal-être profond entre les murs de Fort-Bastel, maintenant que Cainwen n'était plus là. Elle termina son verre.

- Et comment va le très fameux Commandeur de la Garde des Marches Libres ? Est-ce que ton nouveau titre t'a attiré les faveurs de quelconques jouvencelles ? Ne dis rien ne dis rien... La nouvelle recrue ! La jeune naine, qui m'a accueillie. Je suis sûre qu'elle craque pour toi !

Ailis rit à ses propos, de plus en plus décousus. L'alcool montait bien plus rapidement que prévu, puisqu'elle n'avait rien mangé depuis de longues heures. De plus, avec toutes les laines qu'elle portait sous son armure, elle commençait à mourir de chaud. Elle s'éloigna de la fenêtre pour retourner vers son siège, de l'autre côté du bureau.

- Si ça ne te dérange pas, je vais me mettre un peu plus à l'aise... Ne t'en fais pas, rien d'indécent, j'ai juste bien trop d'habits sous mon armure !

Sans attendre de réponse, elle commença à retirer une à une les parties de son armure de Garde, ainsi que les multiples tissus chauds qui la recouvrait, jusqu'à se retrouver en simples vêtements de tissu et de cuir noir.
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Posté Dim 18 Mar - 16:44
Ils savaient tous deux qu’échanger de sujet après de telles nouvelles ne serait pas chose aisée, et même en faisant bonne figure et en évoquant les changements dans leurs Gardes respectives, l'ombre de Cainwen planait dans la salle, attentive. Elle était là à sa manière, dans leurs gestes et leurs regards, et elle vivait désormais à travers eux. La Garde aux cheveux sombres n'apporta pas de grandes nouvelles de Fort-Bastel, mais il se doutait bien qu'une certaine routine y était installée, comme dans chacun de leurs bastions. Cela lui faisait du bien cependant de savoir que tout ne changeait pas partout, et qu'il y avait encore des repères auxquels se raccrocher.
« Et comment va le très fameux Commandeur de la Garde des Marches Libres ? Est-ce que ton nouveau titre t'a attiré les faveurs de quelconques jouvencelles ? Ne dis rien ne dis rien... La nouvelle recrue ! La jeune naine, qui m'a accueillie. Je suis sûre qu'elle craque pour toi ! » Karlan eut un petit sourire forcé, et les lèvres tremblantes, préféra reporter son attention sur son verre. L'alcool commençait à délier les langues et engourdir ses sens, mais la question le mettait mal à l'aise sans qu'il puisse vraiment en définir la raison. Ailis profita du silence qui s'était installé pour se mettre plus à l'aise, le laissant pensif à la fenêtre. Il la regarda poser son armure sur la chaise et compléter le bordel ambiant. Cela ne le gênait pas franchement, en réalité, mais il n'avait pas encore assez bu pour se défaire de la sienne. Les années l'avaient rendue plus confortable qu'elle ne le suggérait en apparence, et il se sentait souvent bien nu sans elle. Hors de question de se dénuder d'avantage devant une sœur d'armes. « Malheureusement, je ne suis pas en poste depuis assez longtemps pour en profiter. Et puis tu sais, les Gardes attirent beaucoup pour une nuit, mais rien de plus. Pas mon truc. Keira est gentille, mais c'est une gamine ! Et puis non, je ne cherche pas une relation avec quelqu'un sous ma responsabilité. Ni avec un frère ou une sœur d'armes en réalité. Question de principe. » Pas toujours facile à tenir, mais les principes étaient tout ce qu'il avait aujourd'hui. « En fait, je comprends pourquoi des Gardes compétents comme Cainwen n'ont jamais lorgné sur un poste de Commandeur. Tu n'as pas idée des charges que nous portons, ni de la pression. Un mauvais ordre, et c'est des amis qu'on envoie à la mort. Je sais que c'est notre lot à tous, mais... En dehors de toute cette merde qu'on doit subir au quotidien, on est encore vivants, et on peut encore profiter de plaisirs simples. »
Ouais bah voilà, il en était revenu à un sujet sordide. Karlan resservit des verres et enchaîna sur d'autres histoires, anecdotes guillerettes qui le devinrent de plus en plus alors que la soirée avançait. Peu à peu, dans l'obscurité saisissante de la salle et sous la lumière timide d'une étoile lumineuse, deux âmes égarées retrouvèrent le chemin de la vie.

Karlan se fit réveiller au matin par le brouhaha de la cour. Visiblement, il avait réussit à rejoindre sa chambre, c'était une bonne nouvelle. Du pain et du jambon froid l'attendaient sur sa table, attention dévouée d'un Garde qui avait du ne pas le voir au repas et penser à lui. Le nain les engloutit rapidement, louant ce moment. Il n'avait rien mangé depuis la veille, et chacun de ses gestes était embrumé d'alcool et de sommeil. Il faudrait se ressaisir vite cependant, car une grosse journée allait commencer. L'avantage, c'est que son armure était toujours sur lui, et qu'il n'avait pas grand chose à faire pour être prêt. Un coup de peigne, un arrangement à sa barbe, et il se retrouvait quelques minutes plus tard dans la cour, les yeux plissés pour faire face à la lumière éblouissante qui se reflétait dans la neige épaisse. Une poignée de Gardes était là, et apprêtait déjà les chevaux pour le départ. Karlan demanda à ce qu'on en prépare un de plus pour Ailis, qu'il ne voyait pas encore. Il envoya Keira la chercher, et cette dernière s’exécuta avec un dévouement sans pareil. L'avantage des jeunes recrues qui n'avaient pas connues Alarell. Elles arrivèrent peu de temps après, et il la salua de la tête. Il ne se sentait pas en état de faire grand chose d'autre, et c'était le temps du briefing de toutes façons. « Bien. On va avancer rapidement, en rangs serrés. Yvon, tu fermes la marche avec Garell. » Les deux jeunes Gardes échangèrent un regard complice. Frères d'Union, ils avaient un lien qu'il était difficile de ne pas prendre en compte. « On est invités à midi par le prince de Wycome, donc on arrive à l'heure et on fait attention aux manières. » Regard appuyé sur chacun des Gardes présents. « Après le banquet, le prince a organisé une joute, et on y assiste, encore une fois poliment, et on cherche des recrues potentielles. Ensuite on recrute, on va voir les donjons et on rentre. C'est bien clair pour tous ? » Il avait la gorge sèche, c'était une horreur. « Bien. Alors en scelle, les amis. »
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Posté Dim 18 Mar - 19:23

Ailis, soulagée d'être enfin débarrassée de toutes ces couches de vêtements et de son armure, rejoignit de nouveau Karlan à la fenêtre, tout en l'écoutant parler de ses non-aventures avec des femmes. Elle se doutait plus ou moins de sa réponse avant même de poser ses questions, mais l'alcool et le besoin de divertissement avaient été plus forts. Elle le laissa évoquer la difficulté de la tâche de Commandeur sans l'interrompre. Il avait sûrement besoin d'évacuer, lui qui devait être si seul, avec tous ses frères et sœurs d'armes à présent sous sa responsabilité. Elle ne répondit pas, car il n'y avait rien à dire qui puisse le soulager, ou l'aider. Elle ne pouvait que lui prêter une oreille attentive, et éventuellement une épaule sur laquelle souffler. Après des nouveaux verres vidés, la discussion s'allégea. Les sujets étaient de plus en plus joyeux et improbables au fil de la soirée, durant laquelle la bouteille entière de Brandy fut vidée. Elle se sentit renaître, laissant ses fardeaux derrière elle pour n'être simplement qu'elle. Enterrer le passé dans l'alcool n'aurait pas pu mieux fonctionner. Quand ils trouvèrent le chemin de leurs chambres respectives, elle le remercia, d'un sourire qu'elle ne laissait que peu voir, même s'il ne s'en souviendrait peut-être pas.

Elle se réveilla à l'aube, le soleil pénétrant dans sa petite chambre. Tout était encore embrouillé dans son esprit, et ses yeux avaient du mal à rester ouverts. Après de longues minutes allongées à lutter contre le sommeil, elle réussit à se lever et elle ouvrit en grand les fenêtres. Le froid vivifiant vint baigner son visage et sa peau à peine couverte, dont les poils se hérissèrent. Elle laissa la pièce s'aérer, tandis qu'elle enfilait ses multiples couches de vêtements et son armure de Garde. Une fois prête, elle s'attacha les cheveux, ferma les fenêtres et sortit de sa chambre, y laissant ses affaires pour la journée. Elle se dirigea vers les cuisines, croisant quelques Gardes qui la reconnurent. Elle leur dit bonjour rapidement, pas encore assez réveillée pour tenir une conversation. Elle trouva de quoi s'hydrater et manger, son ventre criant famine en souvenir de son dernier repas la veille, en fin de matinée. Elle se dirigeait vers la cour quand elle croisa la jeune recrue qu'elle avait croisé à son arrivée. Elle lui annonça que Karlan l'attendait pour le départ, et cela la fit sourire. Son esprit commençait enfin à s'éclaircir. Elle suivit la naine jusque l'attroupement de Gardes et de chevaux qui se préparaient à partir. Elle salua Karlan silencieusement, se fondant parmi les autres Gardes qui la reconnurent et lui adressèrent des signes de tête respectueux. Elle approcha le cheval qu'on lui désigna, sans cacher la grimace qu'elle faisait à l'idée de monter cette créature qui ne voulait probablement pas d'elle.

- Bien. On va avancer rapidement, en rangs serrés. Yvon, tu fermes la marche avec Garell. On est invités à midi par le prince de Wycome, donc on arrive à l'heure et on fait attention aux manières. Après le banquet, le prince a organisé une joute, et on y assiste, encore une fois poliment, et on cherche des recrues potentielles. Ensuite on recrute, on va voir les donjons et on rentre. C'est bien clair pour tous ? Bien. Alors en scelle, les amis.

Elle écouta en silence le briefing de Karlan, amusée de le voir dans cette position. Elle devrait, devant les autres, garder ses distances, le Commandeur ayant un grade supérieur au sien, même s'ils n'appartenaient pas à la même Garde. Elle ne savait pas si elle réussirait, et à quel point cela serait problématique, si elle respectait quoi qu'il arrive ses ordres. Les restes d'alcool de la veille ne l'aidaient toujours pas à réfléchir. Donc au programme il y avait un prince des Marches Libres, un banquet, une joute, un recrutement et des donjons ? Sympathique. Et des trajets à cheval, bien sûr, sinon ce ne serait pas amusant... Elle regarda sa monture. Ses yeux étaient perdus dans le vide. Elle soupira et se mit en scelle. Tu vas devoir me supporter pour la journée... Et réciproquement. Alors pas de crasse, ok ? Elle espérait que le cheval entendrait ses pensées et accepteraient le pacte.

Les Gardes d'Ansburg se mirent naturellement en formation, Yvon et Garell fermant la marche. Tous semblaient parfaitement à leur place, y compris Karlan, seul devant. Elle hésita un instant, puis talonna sa monture pour rejoindre l'avant et se positionner à côté du Commandeur. Elle le regarda, un léger sourire sur les lèvres.

- Cela ne te dérange pas, si je chevauche à tes côtés ?
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Posté Mar 20 Mar - 15:12
Les six Gardes des Ombres se mirent en marche dans la matinée fraîche. Les chevaux avançaient joyeusement, à une allure raisonnable, et leur souffle se mêlait à celui des cavaliers dans une buée épaisse. Karlan avait appris à monter à cheval à son arrivée dans la Garde, mais il n'avait jamais trop aimé cette sensation. Il préférait le contact de ses pieds sur le sol. Et puis, il avait fallu apprivoiser des bêtes trop hautes pour lui, car il n'avait jamais voulu une petite monture, trop lente, trop prompte à retarder un groupe. Alors, en bidouillant scelle et étriers, il avait fini par arriver à un résultat acceptable, mais la plupart de ses camarades étaient plus à l'aise que lui. Ce qui n'était pas le cas d'AIlis, de toute évidence, à en juger par l'expression qui se dessinait sur son visage. Étrange, pour une noble de naissance, de ne pas être à l'aise dans ces conditions. L'armure jouait, peut-être, bien qu'elle n'en porte pas une lourde.
Le Commandeur-Garde avança un moment seul en tête du convoi, attentif. Il connaissait bien la route de Wycome, mais l'étendue blanche rendait tout plus compliqué. L'alcool aussi. Les premiers rayons de soleil commencèrent à percer les nuages, caressant leurs visages. 'Une des seules bonnes inventions de la surface' pensa-t-il en souriant. Finalement, la jeune Ailis poussa sa monture à sa hauteur, et lui demanda joyeusement si cela ne le gênait pas qu'elle agisse de la sorte. Il se tourna vers elle, la barbe volant légèrement dans le vent. « Tu n'es pas sous ma juridiction Ailis, tu peux te comporter comme bon te semble ici. » Bien formel. Il ajouta, d'un ton plus léger : « En fait ça m'arrangerait que tu ne me vois pas tout à fait comme un Commandeur. On est Gardes avant tout. J'ai déjà trente Gardes à gérer, alors si en plus je dois me coltiner une noble à temps partiel, merci bien du cadeau. » Il rit doucement, et redevint silencieux.
Ils ne tardèrent pas à s'approcher de Wycome. Karlan décida d'emprunter un petit sentier par les bois – un raccourci – plutôt que la route traditionnelle, ce qui signifiait qu'ils seraient au palais en une trentaine de minutes. Trop peu. Ils ne devaient pas arriver en avance. Peu de temps après, le Commandeur leva le bras pour demander un arrêt. L'endroit était calme, et une petite rivière bruissait doucement dans un creux, vagabondant au milieu de l'herbe encore blanchie du matin. Le groupe sembla soulagé par la perspective d'un petit repos avant d'aller affronter la politique. Karlan descendit de sa monture d'un ample mouvement qui lui arracha un grognement. Il retrouva avec une satisfaction prononcée le crissement du sol, et s'étira nonchalamment. « Bon, on repart dans vingt minutes. Ne vous égarez pas trop. »
Ailis n'était pas loin – au moins n'aurait-il pas à la chercher – et il ne tarda pas à arriver à sa hauteur. D'un geste amical, il posa sa main rugueuse sur son bras pour l’amener un peu à l'écart. « A vrai dire, j'ai une idée. Tu as grandi chez les nobles féreldiens, non ? Tu as donc plus de bonne manières et d’étiquette que la plupart d'entre nous. La noblesse marchéenne a des codes assez similaires je crois. En tout cas, ils ne connaissent rien à nos grades, dans la Garde. Du coup, je voudrais que tu te fasses passer pour mon bras droit. Tu leur fait plaisir, avec des bonnes manière et tout ça, et ça m'évitera de faire une bourde. » Silence. « S'il te plaît. Je te revaudrai ça. »
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