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Posté Lun 26 Fév - 18:50
Ce sujet fait suite à celui-ci : Born in the Hunter's season

Alda s’était arrêtée, faisant volte-face pour planter son chercher le regard de son ami d’enfance. Un sourire espiègle dansait sur ses lèvres tandis qu’elle lui désignait de la main la direction des bains.

- Les cuisines c’est un point de repère essentiel, concéda-t-elle avec un haussement d’épaule. Laisse-moi maintenant te présenter l’autre lieu incontournable de ce fort !

A peine achevait-elle sa déclaration qu’elle reprenait la main de l’elfe et l’entraînait dans son sillage. La dalatienne se déplaçait sans un bruit, trahissant une habitude soigneusement ancrée. Il leur fallut traverser une partie de la petite cour, pousser quelques portes et descendre quelques volées de marches avant de parvenir au seuil de la porte qui menait aux bains. La dalatienne marqua alors un temps d'arrêt et jeta un dernier coup d’œil aux alentours. A cette heure-ci, nulle âme ne s’aventurait par ici. Comme elle poussait la porte qui se mut dans un chuintement discret, elle fut aussitôt submergée par de lourdes nappes de vapeur. D’un coup un peu sec et dans le même élan, elle tira sur la main de Siha puis referma la porte derrière elle. Se retrouvant tout près de lui, elle marqua un temps d’arrêt, le souffle momentanément suspendu. Elle recula ensuite d’un pas pour rétablir une distance raisonnable. Seule la lumière des foyers principaux éclairait le couloir qui menait vers les bains.

- En début ou en fin de journée, c’est une véritable galère pour espérer trouver un peu de place et de tranquillité ici, commença-t-elle à voix basse, ménageant son effet. Mais à cette heure-ci, on ne croise jamais personne et les feux sont encore assez actifs…

Avec un air mystérieux, elle conduisit l’archiviste jusqu’aux bains principaux. Les feux rougeoyants ne parvenaient pas à éclairer la totalité de la pièce dans les vapeurs opacifiaient l’air. Une chaleur étouffante envahissait les lieux, plaquant presque instantanément les cheveux des deux dalatiens à leur peau. Avec un soupir d’aise, Alda avait lâché la main de son ami et s’était dirigée vers le banc en pierre le plus proche. Elle y déposa la veste qu’elle avait enfilé un peu plus tôt avant de quitter ses quartiers, attacha en un tour de main ses cheveux en arrière puis se tourna vers Siha. D’un large geste de la main, elle lui présenta la fosse qui s’ouvrait devant eux.

- Les bains de Fort Céleste !

La précision était bien évidemment inutile. Un bassin d’où s’échappait des effluves aromatiques s’étendait à leurs pieds. L’eau n’était bien évidemment pas aussi chaude qu’aux heures de pointe mais elle avait l’avantage d’être à leur entière disposition. Sans plus de cérémonie, Alda défit la ceinture à laquelle pendait son éternel couteau ainsi qu’une petite bourse et la déposa à côté de sa veste. Elle s’assit ensuite sur le banc et entreprit de se débarrasser de ses chaussures. Comme elle ôtait la seconde avec un nouveau soupir d’aise, elle se laissa aller en arrière et jeta un coup d’œil à son ami qui n’avait pas encore esquissé le moindre geste.

- Crois-moi, si tu n’as jamais eu l’occasion d’essayer, c’est le moment. Personne ne viendra nous déranger à cette heure-ci.

Alors qu’elle s’apprêtait à se débarrasser de sa tunique, elle marqua une légère hésitation et décocha un regard en direction de Siha. Les sourcils légèrement froncés, elle considéra un instant son ami. S’il n’y avait eu aucune pudeur entre eux lorsqu’ils étaient enfant, elle pouvait concevoir que le temps ait changé son avis sur le sujet. Ainsi, sans chercher à dissimuler le sourire qui étirait ses lèvres, elle lui tourna le dos de manière à se dérober à son regard. La dalatienne ôta prestement tunique et pantalon puis, lorsqu’elle fut entièrement nue, s’avança vers les bains sans jeter un regard en arrière. Elle descendit lentement les marches, fendant l’eau sans un bruit puis lorsqu’elle fut immergée jusqu’aux hanches elle s’y plongea entièrement. En deux brassées, elle parvint au bord opposé et s’y accouda. De cette manière, elle tournait toujours le dos à Siha et ignorait où il se trouvait exactement.

- J’espère que ce n’est pas la vue de mes cicatrices qui te rebute, lança-t-elle avec un ton qui démentait la gravité de ses propos.

Alda pouvait s’estimer relativement chanceuse à ce sujet. Une vie de combats et d’errances marquait généralement sévèrement les corps. Pour sa part, elle ne présentait qu’un nombre restreint de cicatrices, discrètes pour la plupart si l’on omettait celle qui avait manqué de lui ôter la vie une dizaine d’années plus tôt. Le coup de poignard avait laissé un profond sillon entre ses côtes qui entachait la pâleur de sa peau à cet endroit. D’où il se trouvait, Alda doutait cependant que son ami ait pu la remarquer mais elle passa une main sur son flanc, caressant machinalement l’ancienne plaie. Elle n’en ressentait bien évidemment plus aucune douleur. Le souvenir en revanche était encore suffisamment cuisant pour lui donner envie de grimacer.
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Posté Mer 28 Fév - 18:27


L'art du bain

"Acte I"

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Aussitôt la porte ouverte, une étouffante chaleur lui fouetta le visage si fort qu'il sembla manquer d'air. D'autre part la soudaine proximité avec Liv ne l'aida aucunement à retrouver contenance ; leurs visages avaient été si proches pendant cette maigre seconde hors du temps que Siha cilla bêtement à plusieurs reprises pour reprendre pied. Les joues tout à coup brûlantes il ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte, comme s'il n'arrivait pas à se décider sur la réplique la plus sensée. Finalement le silence reprit ses droits, seulement rompu par la réconfortante conversation de la jeune femme. Sourire aux lèvres l'archiviste se surprit à savourer le côté anodin de l'instant, un vin vieux de vingt ans et beaucoup d'absence.

En tant que telle l'information mit une bonne paire de minutes avant de percuter son cerveau ramolli. Les bains, c'était... Retenant son souffle, il remarqua que son amie se dépouillait déjà d'une couche de vêtements et sentit une boule se nouer dans sa gorge. Le temps que lumière se fasse dans le vide entre ses deux oreilles, Liv avait déjà déposé sa veste et sa ceinture. Terriblement gêné pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, Siha se tourna sur le côté en feignant de s'intéresser aux installations. Craignant de passer pour un pervers il déposa son bâton sur un autre banc, prenant bien plus de temps que nécessaire. Enfin il s'assit sur la pierre, chaude elle aussi. Ses cheveux collés à sa nuque, il sentait sa tête lui tourner.

« Je n'ai jamais pris de bain chaud de ma vie. » Dit-il platement avant de hausser les épaules. « Mais il y a une première fois à tout, j'imagine. »

S'il ne lui venait pas à l'esprit de refuser par pudeur, il est vrai qu'un tas d'autres pensées se bousculaient sous son front moite. Bien des choses avaient changé depuis qu'ils étaient enfants, aussi il ne pouvait s'empêcher de se sentir gêné et vulnérable. Maintenant qu'ils étaient adultes, pouvait-ils vraiment porter le même regard innocent sur cette expérience ? Plonger dans ces eaux bouillantes avec Liv revenait à attaquer de front des sujets délicats et inévitables pour lesquels il n'avait pas d'explication claire.
Dans un soupir à peine audible Siha se fit violence et retira sa tunique en la faisant passer par-dessus ses épaules larges et émaciées par une vie frugale. Son corps agile n'avait rien de guerrier malgré son endurance, principalement entretenue par des années d'errance et de travaux lourds. Ses cheveux noirs coulèrent en un rideau noir le long de ses côtes, tandis que son pantalon et ses chausses tombèrent à leur tour. Sa voix résonna claire malgré ses mains tremblantes.

« Je doute que quoi que ce soit te concernant puisse me rebuter un jour, ma vhenan. » Son ton était bien sérieux en dépit de la claire plaisanterie de la maître d'armes.

Il siffla entre dents en testant la température du bout du pied, avant de se forcer à s'immerger jusqu'à la taille, grommelant entre dents comme pour exorciser son cœur battant comme un tambour. À défaut de lui donner l'air moins idiot, la chaleur faisait une belle excuse à sa nervosité. Expirant lentement, Siha percha ses cheveux en haut de son crâne afin de perdre quelques degrés et s'adossa contre l'entrée du bassin sans oser s'approcher. Son corps portait  plusieurs traces d'engelures suite au voyage jusqu'à Fort-Céleste mais aussi une profonde trace courant entre son épaule droite et son plexus. Néanmoins plus que cette blessure vieille de deux ans c'était le torse d'homme sur lequel elle s'étendait qui le rendait si appréhensif...

« Je ne suis pas sûr que tu puisses en dire autant. » Baissant le regard vers l'eau recouvrant le reste de son anatomie, il avait peur. Peur de la perdre à peine retrouvée, tout cela à cause de ce qu'il était devenu. Non, de ce qu'il était. Incapable de lui mentir pour autant, Siha se sentait prisonnier de son étrange condition et des événements encore frais des derniers jours. Ses yeux dorés brillaient dans cette faible luminosité, tel ceux d'un chat effrayé et fébrile.

« Ne dis pas de bêtises, je n'ai pas besoin de te voir nue pour savoir que tu es magnifique. Si quelqu'un ici est repoussant, clairement ce n'est pas toi. »

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Posté Jeu 1 Mar - 19:19
Aux légers bruits de remous, la jeune femme conclut que son ami venait de la rejoindre dans l’eau fumante. Elle ne se retourna pas de suite dans un excès de réserve pour l’Archiviste. La tête appuyée sur ses mains, elle poussa un soupir d’aise. Une once de bonheur la caressait à l’idée de partager un tel instant avec son ami d’enfance. Pas trop mal pour des retrouvailles non ? pensa-t-elle avec chaleur. En réponse au bien-être qui l’envahissait, le ton de Siha la fit frémir. En lançant sa boutade, elle ne s’était certainement pas attendue à une réponse du genre. Aucun besoin de se retourner pour deviner l’inquiétude et la réserve de l’elfe. Comme elle se redressait légèrement, Alda pivota lentement.

Ses sourcils froncés répondaient à l’appréhension de son ami. Elle croisa dans un premier temps son regard puis l’engloba, détaillant le corps qui se présentait devant elle. Ce ne fut pas réellement ce qui n'était pas présent qui accrocha dans un premier temps son regard mais plutôt la cicatrice qui filait sur une partie de son torse. Passant les premières interrogations qu'éveillait l'ancienne blessure, elle s'attarda sur le sujet des inquiétudes de l'Archiviste. Au fil de son examen, une multitude d’émotions se succédaient, emmêlant ses pensées. Le visage de la jeune femme trahissait probablement son propre trouble lorsqu’enfin, elle poussa un soupir en secouant lentement la tête. Un sourire à la fois triste et sarcastique étira ses lèvres avant qu’elle ne rouvre les yeux et les plonge dans ceux de l’Archiviste.

- J’ai plutôt l’impression que c’est toi qui dis des bêtises, lâcha-t-elle d’un ton grave.

Le pli entre ses sourcils ne s’était pas totalement effacé. Elle haussa les épaules et se rapprocha de son ami avec précaution. Elle évoluait de manière à provoquer le moins de remous. Ses yeux s’aventurèrent un moment sur son cou, ses épaules puis ses bras puis, inévitablement, s’attardèrent quelques secondes sur sa poitrine. Une pensée la traversa songeant qu'elle n'avait jusqu'ici pas cherché à dissimuler sa propre nudité aux yeux de son ami; l'eau lui parvenant tout juste sous les cotes. Aurait-il fallu qu'elle fasse preuve de plus de pudeur ? Alda finit par esquisser un demi-sourire avant de plonger une nouvelle fois son regard dans celui de Siha. Elle s’était arrêtée à moins d’un mètre et l’observait comme si elle la découvrait pour la première fois. Enfant déjà, le genre de Sihandel était une affaire de mystère. Si elle était née pour devenir femme, son esprit répondait alors à d’autres aspirations. En revanche, Alda n’avait jamais eu vent de tels changements. Une fois de plus, il lui fallait admettre son ignorance en matière de magie.

- Visiblement nous n’avons pas eu le même genre puberté toi et moi, lança-t-elle non sans maladresse.

Elle s’excusa d’un piètre sourire puis enchaîna avec sérieux.

- Tu as dû oublier de m’expliquer cela quand on échangeait nos passés respectifs. Je ne savais pas que la magie permettait d’opérer de tels changements honnêtement mais…

Marquant une légère hésitation, elle cherchait ses mots.

- Je ne suis finalement pas si surprise, c’est pas comme si tu t’étais toujours ouvertement revendiqué du genre dont on t’a attribué à la naissance.

Aussitôt, Alda fronça les sourcils. Clairement, la réponse n’était pas sortie comme elle l’avait formulée dans son esprit. Une moue dubitative interrompit le sourire qui dansait jusqu’alors sur ses lèvres. La dalatienne finit par hausser les épaules. Du regard, elle engloba son ami puis hocha lentement la tête.

- Puis c’est pas si mal honnêtement.

Le compliment lui parut bien maigre et pas vraiment à la hauteur de ce qu’elle pensait de l’Archiviste mais elle s’en contenta. Alda n’avait jamais été particulièrement talentueuse pour ce genre de badinage. Dans le monde où elle avait évolué, les compliments et les propos déguisés masquaient généralement plus d’un dessein. Envers Siha, et depuis leur plus tendre enfance, elle optait pour la franchise aussi brute et maladroite puisse-t-elle paraître. Afin d’éviter d’alourdir davantage l’atmosphère et parce que le naturel revenait toujours au galop, la jeune femme finit par reprendre le chemin de l’humour. Tout aussi gauche fut-il.

- Puis si tu veux qu’on parle de physiques franchement rebutants et repoussants, faudrait qu’on évoque le cas des engeances. Elles remportent de loin la palme !
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Posté Ven 2 Mar - 14:06


L'art du bain

"Acte II"

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Malgré l'anxiété qui couvait dans sa poitrine Siha se laissa observer sans bouger, sagement appuyé contre le rebord du bassin, ses bras ouverts sur la pierre il bascula timidement la tête en arrière dans une attitude en demi-teinte. Il ne souhaitait ni s'exposer davantage ni se cacher aux yeux de quelqu'un de cher, aussi le plus facile était encore de ne rien faire du tout. Sans doute n'était-ce finalement qu'une excuse pour éviter de voir l'imbroglio d'émotions défilant sur le visage de son amie. Quand Siha regagna enfin en courage et que son regard endurci retomba sur la guerrière figée dans sa glorieuse nudité, il fut happé par son mystérieux sourire.
La façon dont elle s'exprimait était aussi brutale de vérité que lorsqu'ils étaient enfants, pleine de cette franchise entière devenue aujourd'hui si rare. Sa gorge se noua d'émotion et de souvenirs. Pendant de longues secondes il se remémora les nombreuses heures passées à la bouder pour des raisons sans importance, avant de finalement revenir la trouver en se confondant en excuses. Enfant il avait toujours été très impulsif, une boule d'énergie et de sentiments à l'état brut... une personne aux antipodes de ce qu'il était aujourd'hui. Avec amertume il repensa aux derniers jours passés au fort. Peut-être n'avait-il pas tant changé, finalement.

« Tu es devenue encore plus ravissante. J'ai toujours eu un faible pour les cicatrices je crois. » Dit-il simplement en la zieutant en retour avec une infinie tendresse.

Ne pas se sentir jugé dans ces yeux couleur de ciel lui mettait du baume au cœur, bien plus qu'il ne pourrait jamais l'exprimer. Se redressant un peu il lui fit face, leurs corps blêmes à peine illuminés par la lueur des bougies. Cela avait quelque chose d'enchanteur et intimiste de se retrouver là au milieu de la nuit, coupés du monde pour retrouver cette bulle qui n'appartenait qu'à eux et leurs secrets. Petit à petit Siha retrouva un semblant de paix, immergé dans cette chaleur qui dépassait de loin la fournaise de ce bain. La peur était toujours ferrée dans un coin de sa tête, mais avec un certain effort il emboîta le ton humoristique de Liv. Il n'était pas sûr de ce qu'elle pouvait bien penser ou supposer à son sujet...

« C'est difficile de savoir ce que l'on est vraiment, quand la magie ouvre tant de portes... »

Lui-même n'avait plus qu'une seule certitude : celle de ne pas savoir. Siha sourit tristement les mains crispées sous l'eau, brûlant de se laisser aller à toucher Liv. Chercher son contact était si naturel que cela en devenait semblable à un instinct animal et primitif. Pourtant il ne voulait pas la submerger de ses besoin égoïstes de s'assurer qu'elle n'était pas le fruit d'un rêve, et encore moins lui faire peur. Son sourire se fit sarcastique et il ricana de sa propre sottise.

« Je ne me suis jamais revendiqué l'un ou l'autre après toutes ces années. La métamorphose a toujours été un parfait prétexte pour jouer des tours à tout le monde, ou simplement me faire passer pour Sehariel. »

Ne sachant quoi faire de ce compliment, il haussa les épaules pour tenter de le minimiser. Il n'était pas un adolescent prêt à rougir au moindre commentaire positif, néanmoins le fait que cela vienne de quelqu'un de si proche rendait les choses très différentes. Rinçant ses deux épaules avec l'eau propre il se délesta de la poussière du voyage, le front toujours bouillonnant de cette vapeur tournoyante.

« Ah les engeances... L'histoire de la laideur contagieuse. »

Il rit doucement, couvrant le maigre mètre qui les séparait. Désignant son torse à l'irrégularité rougeâtre sur sa peau blanche, il lui montra le fruit du combat d'il y a deux ans. Prenant une main de Liv entre les siennes, il la déposa gentiment sur sa blessure. Il n'avait pas la foi de lui poser des questions, mais il espérait partager confidence pour confidence.

« Une lame de hurlock mal aiguisée. Par manque de soins magiques j'ai mis des mois à retrouver l'usage de mon bras... Heureusement je suis gaucher... et minot j'ai appris à canaliser la magie avec mes mains. »

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Posté Sam 3 Mar - 0:17
Certaines femmes se pâmaient devant les compliments. Elles s’y complaisaient et y trouvaient à la fois plaisir et réconfort. D’autres encore se voilaient derrière la gêne et refusaient les mots qu’on leur offrait. Alda ne ressentit rien de tout à fait similaire sinon un mélange confus où se mêlait également l’amusement. Venant de son plus vieil ami, les louanges prenaient une saveur bien particulière. La dalatienne n’eut cependant pas le loisir de répliquer, Siha lui offrant quelques explications. Les yeux légèrement écarquillés, elle ne cherchait pas à dissimuler l’amusement et l’étonnement qu’éveillait le sujet. Soutenant aussi bien le regard de son ami que ses propres observations, elle ne se déparait pas d’un sourire à la fois amusé et sarcastique.

- Il doit y avoir moyen, en effet, de bien s’amuser…lâcha-t-elle lorsque l’Archiviste évoqua les possibilités qu’offraient de telles facultés. Réalisant aussitôt l’ambiguïté de sa remarque, Alda esquissa un nouveau sourire et enchaîna vivement, à tromper son entourage je veux dire.

Se maudissant intérieurement, elle cherchait déjà une autre tentative d’humour pour effacer sa précédente remarque. Siha ne lui en laissa guère l’occasion, revenant sur le sujet des engeances. Avant qu’elle n’ait pu réaliser quoi que ce soit, il s’était approché d’elle et avait pris sa main pour la poser au niveau de sa clavicule. La cicatrice qui avait accroché son regard un peu plus tôt se découpait nettement sur la peau d’albâtre. Confondue, la dalatienne se détendit avec une seconde de retard tandis que son ami lui fournissait quelques explications sur l’origine de la blessure. Comme elle suivait la cicatrice du regard, un pli soucieux s’était formé au coin de ses lèvres. Luttant contre son appréhension, autant pour dissimuler sa gêne que pour satisfaire sa curiosité, elle finit par laisser glisser ses doigts le long de celle-ci. Alda ne parvenait pas vraiment à expliquer l’origine de son trouble. Depuis leurs retrouvailles, ils n’avaient cessé de multiplier les contacts, anodins et familiers, renouant avec de vieilles habitudes. Etait-ce donc le fait de se retrouver si près de lui, sans aucun vêtement derrière lequel se dissimuler ? Ou était-ce alors l’aveu considérant l’ambiguïté de son genre ? Avec une moue qui relevait autant de la grimace que du sourire contraint, la jeune femme finit par retirer sa main. Dans le même mouvement, elle se redressa de manière à émerger légèrement de l’eau, ignorant superbement la nudité qu’elle offrait dans le même mouvement. Baissant le regard, elle passa la main près de la cicatrice qui couvrait son propre flanc. Plus large que longue, elle contrastait terriblement sur la peau diaphane. Le dessin était net et régulier.

- Un coup de poignard qui a bien manqué de signer mon arrêt. Le coup visait le cœur mais a ripé sur une cote. C’était une embuscade. Il y avait du sang partout, de mes adversaires, de la blessure…j’ai bien cru y passer. Je gisais dans une ruelle, laissée pour morte quand un soigneur m’a retrouvée.

Le récit était décousu, le ton légèrement distant. Alda évoquait là un souvenir qu’elle n’aimait pas particulièrement faire ressurgir. Elle caressa du bout des doigts la cicatrice puis s’ébroua légèrement. Comme elle relevait le regard, elle leva la main vers son visage et frôla le coin gauche de sa lèvre. Une estafilade discrète s’y dessinait, barrant le sourire espiègle qu’elle offrait à son ami.

- Et ça c’est une autre histoire, bien moins glorieuse : quelques pintes de trop, des mots de travers et coup de poignard esquivé un peu tardivement. J’étais tellement énervée que j’ai riposté d’un coup de tête. J’avais pas imaginé un instant l’assommer comme ça mais à croire que j’étais sacrément en rogne. Le lendemain, impossible de dire si la migraine venait du coup porté ou de l’alcool ingurgité !

Elle termina la tirade sur un éclat de rire. Les yeux plissés, elle se mit à secouer vivement la tête. Ces souvenirs-là n’avaient certes rien de glorieux mais ils relevaient d’un passé où elle avait été heureuse. Elle chérissait chaque année passée au sein de la Main Rouge, aussi rude avait pu être la vie de mercenaire.

- Bien évidemment, je suis maintenant un officier de l’Inquisition au comportement exemplaire et respectable, je compte sur toi pour ne pas divulguer les frasques de mon passé.

Mimant un air sérieux, elle avait caricaturé le ton grave et emprunté de son supérieur hiérarchique ; celui dont il se paraît dès qu’il se sentait en mesure de donner une leçon à quiconque croisant son chemin.
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Posté Lun 5 Mar - 0:24


L'art du bain

"Acte III"

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« Ah, j'étais sûr que derrière cette façade de femme endurcie se trouvait encore une âme aventurière... » Dit-il l’œil brillant de provocation, s'engouffrant dans la faille du sous-entendu qui était resté en suspens. « J'ai hâte de découvrir ce dont ces années de séparation m'ont privé, et tout ce que tu caches aux yeux des autres membres de l'Inquisition. »

Il aurait aimé pouvoir la regarder en face et affirmer qu'il saurait reconnaître la véritable femme qui se dissimulait sous l'armure, être certain de pouvoir discerner le vrai du faux, être capable de dissocier la jeune Liv de l'implacable Alda... mais les deux facettes formaient sans doute un tout indivisible désormais. Siha ne pourrait jamais tout savoir sur elle en dépit du lien très spécial qui les unissait, ce qui tout bien considéré était assez triste. Leurs chemins étaient différents et dans quelques jours ou semaines peut-être seraient-ils contraints de se séparer une nouvelle fois. Toutefois il ne voulait pas gâcher ce rêve éveillé par des sentiments pessimistes, aussi il se focalisa sur l'instant présent.

Frémissant au toucher de son amie, l'archiviste l'observait intensément les doigts fins de cette dernière défiler le long de sa balafre. Il appréciait la façon peu commune qu'ils avaient de se redécouvrir mutuellement et bénissait intérieurement l'ouverture d'esprit dont la guerrière faisait preuve. Un lourd poids quittait ses épaules à chaque nouveau pas franchi, lui permettant enfin de se libérer des chaînes invisibles qui l'empêchaient de se dévoiler sous son vrai jour. Dans tous les cas ils pourraient difficilement se mettre davantage à nu qu'ils ne l'étaient déjà tous les deux... Souriant félinement à cette pensée, il se décala sur le côté de façon à profiter de la lumière oscillante des bougies pour mieux regarder son interlocutrice, sa main effleurant son épaule dans le même mouvement.

Les flammes dansantes se découpaient sur sa peau profondément écorchée, une toile diaphane hélas marquée par des épisodes moins heureux. Ce genre de marques -honteuses pour certains- racontaient pourtant une histoire ; l'histoire d'une vie qui ne l'avait pas épargnée et pourtant avait échoué à avoir le dernier mot. Mythal sait comment, Liv trouvait encore la force de se tenir là devant lui, droite et fière comme au premier jour, lui faisant face sans trembler. Sans doute fantasmait-il d'un idéal fallacieux sous l'influence de son affection, mais... en cet instant il la vit sous un nouveau jour. Admiratif il n'avait osé piper mot ou l'approcher alors qu'elle paraissait si absente, cela dit lorsque la voix féminine charria un sourire mutin, Siha s'avança à son tour en perdant la couverture de l'eau.

« Dois-je commencer à m'inquiéter des conséquences de tes terribles foudres ? » Son ton signifiait la peur, mais dans son regard il n'y avait que du défi.

Le rire cristallin le fit glousser en retour, finalement peu surpris de cette anecdote. Liv avait tout comme lui toujours été une enfant assez turbulente, prête à se lancer la tête la première dans les ennuis. Sachant qu'elle avait aussi toujours été la plus courageuse, il n'était pas si étonnant de l'imaginer boire jusqu'à tomber, quitte à se retrouver prise au milieu d'une bagarre. Frôlant sa lèvre du bout du pouce il glissa un baiser fugace sur sa tempe.

« Je ne suis pas sûr de pouvoir garder le secret sur toutes ces histoires croustillantes. Je suis sûr que beaucoup de tes élèves seraient ravis d'en savoir plus sur toi. Tu vas devoir songer à un moyen d'acheter mon silence, mir falon. »

Il répliqua en retenant son hilarité, se retournant un instant pour fouiller dans un panier et saisir un savon. Ses cheveux étaient toujours perchés sur le haut de sa tête en une couronne épaisse et chaotique, agitée à la moindre secousse de son rire. Dévoilant un dos large et clairsemé de plusieurs coupures récentes, Siha avait toutes les peines du monde à rester sérieux suite à cette imitation caricaturale qui ne manqua pas de lui rappeler quelqu'un. Les yeux plissés de liesse, il mit quelques secondes avant de reconnaître la victime de la moquerie. Son sourire se figea de tension et lorsqu'il fit à nouveau face à Liv ses yeux avaient retrouvé une teinte de gravité.

« Alors comme ça le commandant Rutherford est ton souffre-douleur favori ? Hum je peux comprendre pourquoi...  » Une pulsion mesquine de médisance couvait juste sous la surface de sa tranquillité, mais en définitive ce fut une sourde colère qui zébra son regard ambré avant qu'il n'entreprenne de se savonner furieusement.

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Posté Jeu 15 Mar - 15:28
La jeune femme avait cillé. L’espace d’un instant, elle avait senti le masque plein d’aplomb et d’assurance se fissurer. Son sourire s’était un peu figé lorsque son ami s’était approché d’elle. Le geste comme la parole ne trahissaient rien d’autre que de la bienveillance, sinon de l’affection. Ce n’était pas tant la proximité qui l’avait ainsi déstabilisée mais plutôt la nature de la tension qui s’était immiscée dans le geste. La gorge légèrement serrée, Alda n’avait pas répondu tout de suite. Les yeux plissés, elle opta pour un demi-sourire derrière lequel dissimuler son trouble.

- Tu devrais demander aux combattants que j’entraîne, je déborde d’imagination quand il s’agit de faire tomber les sanctions, lâcha-t-elle avec morgue.

Elle la fixa avec un air torve pour appuyer la menace. L’éclat de rire de l’archiviste mit fin à l’effort et elle lui décocha un clin d’œil, souriant à son tour. Alda devait bien admettre qu’elle appréciait le sens de la répartie de son ami. Enfant, elle cherchait sans cesse à la provoquer et à lui faire perdre pied. Espiègle, la fille de l’archiviste prenait un malin plaisir à entendre l’un des deux jumeaux se confondre en explications après quelques piques bien senties. Alda n’eut guère le temps de se pencher plus longtemps sur ses souvenirs d’enfance. La remarque concernant ses relations avec son supérieur estompa rapidement l’éclat espiègle qui brillait un peu plus tôt dans son regard. La dalatienne grimaça, ne cherchant pas à dissimuler son agacement. D’un mouvement de la main, elle chassa l’eau autour d’elle et provoqua quelques légers remous. Elle finit par hausser les épaules et s’immergea un peu plus dans l’eau.

- C’est plutôt lui qui s’est mis en tête de faire de moi son souffre-douleur, elle marqua un légère hésita et soupira, levant les yeux au ciel, elle poursuivit avec cynisme, il ne doit pas beaucoup aimer les elfes sous ses ordres directs ou les femmes...ou un peu des deux peut-être.

Baissant son regard sur Siha, elle constata alors qu’il avait arrêté de se savonner et la fixait d’un air interdit. Alda poussa un soupir à mi-chemin entre la lassitude et l’amusement, elle secoua légèrement la tête puis reprit sur un ton plus sérieux.

- Il cherche tous les prétextes possibles pour me faire la leçon, même lorsque les remarques ne concernent pas directement ma façon de faire mais plutôt des problèmes d’organisation. Et impossible de se défendre ou de se justifier, à partir du moment où il a décidé de m’imputer un tort, je n’ai qu’à faire le dos rond et avaler la couleuvre. Je pense qu’on a juste deux visions très différentes sur la formation de combattants. C’est un ancien templier et moi disons un soldat forgé autant dans les batailles rangées que dans les combats de ruelle…

Alda laissa un moment sa phrase en suspens. Il était évidemment inutile de rappeler son passé d’assassin ni ses débuts dans la compagnie mercenaire. Siha représentait à l’heure actuelle la seule personne vivante qui en sache autant sur son propre passé. La pensée lui tira un sourire sarcastique et elle continua sur le même ton :

- J’aurais tendance à dire que j’offre une vision plus pragmatique et un peu moins protocolaire que lui.

Avec détachement, elle se rapprocha du rebord et saisit à son tour un savon avant de commencer à frictionner ses bras. Comme elle sortait un peu de l’eau pour mieux se savonner, le regard posé sur l’écume qu’elle créait autour d’elle, elle poursuivit  sur le ton de la conversation :

- Tu as déjà dû le rencontrer il me semble. Il met un point d’honneur à passer au crible tous les visiteurs du fort. Il se débrouille toujours pour faire son effet. Certains ressortent des entrevues blancs comme un linge, d’autres le regard noir et marmonnant dans leur barbe…Bref, pas le meilleur accueil que l’Inquisition puisse offrir…

Elle pouffa, repensant à la tête qu’avait faite un délégataire d’Antiva quelques semaines plus tôt. Elle l’avait croisé alors qu’elle gravissait l’escalier du rempart pour faire son rapport au commandant. L’homme l’avait salué froidement sans même marquer un temps d’arrêt, filant sans demander son reste et laissant derrière lui une aura de frustration. Immergeant le haut du corps qu’elle venait de savonner, elle se tourna vers son ami, haussant un sourcil avec curiosité.

- Comment ça s’est passé pour toi ? Je suis curieuse de savoir l’impression que t’a laissé notre cher commandant.
PROCHAIN NIV. :
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