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Posté Dim 11 Fév - 14:37



sans visage
karlan & ethel

Quatre silhouettes progressaient lentement dans la forêt. Agiles et silencieux, ils effleuraient les brindilles sans les faire bouger.
L'homme qui semblait être le meneur portait une cape de toile cirée rouge brunâtre dont le capuchon était baissé, révélant de longs cheveux noirs très fins. Il portait une arbalète de la main droite, presque nonchalamment. C'était l'équipier d'Ethel, et son meilleur mentor à ce jour. Ils avaient choisi d'éviter les villes et de ne pas s'attarder dans les villages. Leurs visages basanés passaient difficilement inaperçus et éveillaient les questions. Ils étaient venus de loin pour ce contrat, après tout.
C'était l'une de ses premières missions en tant que chuchillo de la maison Belloza des Corbeaux, et en tant que telle, Ethel souhaitait ne pas faire d'erreur. Sur le bateau menant à Tantervale, Bran l'avait mise au courant du type de cible qu'ils allaient attaquer, et ce qu'elle devrait faire en tant qu'appui.

- Si notre ami est bien un Garde des Ombres comme mon informateur l'a dit, alors c'est notre jour de chance. La plupart du temps, ils ne sont pas formés à faire face à de vrais assassins.
- On a le droit de s'attaquer à des Gardes ? s'enquit Ethel, perplexe.
- Ces hommes-là ont eu une vie auparavant, répondit Bran en haussant les épaules. Ils ne sont pas tout blancs. Et un contrat reste un contrat.

Cela lui paraissait étrange. Pas qu'elle avait un sens de l'honneur particulièrement développé, mais elle aurait pensé que même les Corbeaux respectaient assez le devoir sacré qu'était celui des Gardes pour ne pas diminuer davantage leurs effectifs. Mais Bran avait raison : un contrat restait un contrat. Et une rancune restait une rancune. Apparemment, leur cible était un ancien membre de la Carta qui avait tenté de fuir son ancienne organisation.

Ils progressèrent ensemble dans la brume. Plus ils attaquaient tôt, plus ils pourraient profiter du couvert que leur offrait le temps maussade ainsi que la nature environnante. Le petit groupe de Gardes qu'ils cherchaient était en mission pas loin, et ils avaient pu localiser leur campement la veille grâce aux compétences de pistage d'Ethel. Leur camp venait juste de se réveiller. Son mentor saisit son arbalète en silence alors que deux autres Corbeaux se déplaçaient de façon à les entourer. Tapie en silence dans la brume, Ethel attendit le signal. Ils étaient à peu près aussi nombreux qu'eux, et elle pensait déjà avoir repéré la cible. Bran ajusta, visa et tira un carreau dans la direction du Nain. La flèche d'arbalète qui aurait dû se planter entre ses yeux rata sa cible et vint se briser contre un rocher.

- Merde, marmonna-t-il.

Pour l'assassinat propre et discret, c'était raté... Tout ça parce que Bran avait voulu l'abattre en un coup - elle pesta intérieurement contre l'éternel sens du spectacle de son mentor. Par Mythal, ça finirait par être sa perte. Puis elle sortit de sa cachette avec les autres assassins, lames tirées au clair et prête à en découdre avec les Gardes se dressant entre eux et leur cible.
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Posté Dim 11 Fév - 16:30
Rares étaient ceux qui faisaient le choix de devenir Gardes des Ombres. Plus rares encore ceux qui décidaient de renoncer à une vie de privilèges pour les rejoindre délibérément. De ses années passées sous l'uniforme bleu et gris, c'était la première fois que Karlan rencontrait un tel cas. Alarell avait reçu quelques jours plus tôt une demande d'un noble de la cité libre de Kirkwall, lui demandant de faire évaluer son fils aîné, doué dans les armes et avide de les rejoindre. La Garde Recruteuse n'étant pas là, mission oblige, le Commandeur-Garde décida d'y envoyer deux Gardes, pour plus d'impartialité, Karlan et Yorën, un Garde vétéran d'une quarantaine d'années. Ils n'avaient pas souvent affaire à ce genre de cas, et c'était une occasion comme une autre de se changer les idées, et ils acceptèrent avec enthousiasme. Karlan aimait bien cet homme balafré, véritable montagne de muscles, un guerrier sans égal, même au sein de ses camarades. Yorën ne prenait jamais de pincettes, n'aimait pas le protocole, mais il était profondément bon et dévoué. Une bonne compagnie, donc.
Leur entrevue dans la Haute-Ville de Kirkwall se passa mal. Le gamin était doué pour les armes, il n'y avait en cela pas de conteste possible, mais il était aussi très imbu de sa personne, et méprisant envers ses serviteurs, elfes pour la plupart. Karlan estimait qu'ils ne devaient recruter que des personnes exemplaires, sur le plan moral et physique, mais Yorën n'était pas de cet avis, estimant que l'Union changeait souvent les pires crapules en guerriers raisonnables. Ils débâtèrent longtemps, et finirent par emmener le garçon, contre l'avis du nain, qui était une recrue plus fraîche que son camarade. Le voyage du retour fut maussade, et le temps humide n'améliora en rien l'humeur des deux compères, tant les plaintes d'Aramas étaient pénibles. Le sentier initial était impraticable, et ils durent emprunter les hauteurs pour éviter le trop plein de boue.
C'était un matin brumeux quand ils se préparèrent à leur dernière journée de route avant de rejoindre la civilisation. Assis en silence autour d'un feu crépitant, les trois hommes mangèrent en silence les restes de leur chasse de la veille, les yeux encore douloureux d'une nuit pénible. Karlan espérait du fond de son cœur qu'Aramas parvienne à devenir l'un des leurs, car s'il survivait au rituel, ils devraient compter sur lui autant que lui sur eux. Un Garde seul ne survit pas souvent en territoire hostile, quand plusieurs d'entre eux deviennent une force redoutable. Finalement, le nain se releva le premier pour aller assouvir ses besoins naturels, quand un projectile jaillit des fourrés et lui frôla la tête, pour aller s'écraser dans une détonation sonore contre un rocher à une dizaine de pas de là. Son sang ne fit qu'un tour, quand il vit, en se retournant, quatre silhouettes encapuchonnées sortir de l'ombre, lames scintillant sous la première lueur du jour. Il eut une certitude étrange : ils venaient pour lui. Le Carta ? Il pensait qu'ils avaient oublié, ils devaient le prendre pour mort. Mais ce n'étaient pas des nains. En une fraction de seconde, Yorën et Aramas s'étaient levés, et s’appétaient à en découdre. Karlan empoigna son épée, d'un geste lent, résigné, et se prépara lui aussi à faire face.
Yorên se rua en premier sur leurs agresseurs, décrivant de grands cercles de son épée à deux mains. L'acier commença à chanter. Karlan esquiva l'attaque timide d'un assaillant solitaire, et frappa aux jambes, avant de feinter sur la gauche. Son coup manqua sa cible de peu. L'individu recula, et il put lire dans ses yeux une détermination froide et mortelle. Des assassins alors. C'était logique, d'un coté. Qui s'en prendrait à un groupe de Gardes, dans une si légère supériorité numérique ? Ils devaient avoir du poison sur leurs lames, c'était souvent leur manière de faire. Karlan esquiva un second coup, d'estoc cette fois-ci, et bloqua d'un geste assuré la main de l'homme. Il le frappa d'un coup sec au visage de sa main de libre, et le voyant tituber, en profita pour le désarmer. Puis, dans un cri rocailleux, le transperça de son épée. La lame se colora aussitôt de rouge, et il la retira d'un geste vif pour se replonger dans la mêlée.
Il réalisa avec stupeur que Yorên était tombé, qu'il gisait inerte au sol, à coté du corps d'une autre silhouette. Aramas faisait face aux deux derniers, les repoussant avec une certaine habileté, mais il pouvait sentir la fatigue dans ses gestes, moins précis. Ses muscles s'engourdissaient. Karlan se rua sur l'agresseur le plus proche, et l'emporta avec lui dans son élan, pour l'éloigner le plus loin possible de la nouvelle recrue. L'homme semblait surpris, ses muscles se crispèrent, mais il ne parvint pas s'ancrer au sol suffisamment, et ils volèrent tous les deux dans la pente glissante.
Karlan atterrit avec lourdeur sur une plate-forme rocheuse, quelques mètres en dessous du campement. L'assassin était entraîné, et il se releva avec une souplesse remarquable, prêt à le percer de sa dague. Le nain leva son épée dans une posture défensive et grogna. « C'est moi que tu cherches, hein ? Allez, j'suis là, fais toi plaisir. T'auras qu'une chance. » La menace plana dans l'air un instant, et ses yeux se posèrent plus avant sur son assaillant. Celui-là n'était pas un homme, mais une femme. Et de par sa carrure, fine et musclée, il doutait qu'il s'agisse d'une humaine. Une elfe. « Bien loin de la Dalatie, petite. »
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Posté Dim 11 Fév - 19:12
Elle était face à une jeune recrue : elle pouvait le dire grâce à la maladresse de ses gestes, grâce à la légère hésitation qui ponctuait beaucoup de ses coups. Elle-même avait fait beaucoup de ce genre d'erreurs avant de devenir un Corbeau. Ses supérieurs avaient fait en sorte qu'elle ait trop peur pour oser les répéter. Elle se dirigea vers lui d'un pas résolu, lorsqu'une masse lui fondit dessus et lui fit perdre l'équilibre. Ils dévalèrent le long de la pente et atterrirent lourdement sur une plateforme rocailleuse.
Ethel se rétablit prestement, les Soeurs Vicieuses en main, dans une position clairement agressive. Elle ne répondait pas aux provocations, d'habitude, mais... Qu'est-ce que c'était que cette manie des Nains de croire que tous les Elfes venaient de la Dalatie ?

- Petite ? Marrant, dans la mesure où tu es plus large que haut, railla-t-elle en faisant valser ses lames.

Ethel ayant fait sa spécialité des poisons et autres herbes toxiques, ses lames étaient enduites d'une fine couche de liquide - la Lente Torpeur. Quelques gouttes de ce poison dans les veines et vous étiez sûr d'agoniser sur un matelas pendant des semaines, à moins de trouver le remède adéquat. Sa lame avait effleuré l'épaule de la jeune recrue plus tôt - une mince satisfaction.

Malgré ses bravades, elle se trouvait face à un adversaire de talent. Elle grimaça intérieurement. Elle n'était pas habituée à combattre en face-à-face avec des armures lourdes, elle fonctionnait bien mieux en équipe... Mais Bran tardait à arriver.
Elle le chargea à nouveau, tentant de feinter pour distraire l'attention du Garde. Agile et rapide, elle parait, esquivait, attaquait puis parait encore, essayant d'émousser la patience de son adversaire pour l'amener à faire une erreur fatale.
Elle fondit sur lui de nouveau, mais son adversaire sut esquiver sa botte assez bien pour qu'elle perde l'équilibre l'espace d'un instant. Ces quelques secondes suffirent pour qu'elle se retrouve acculée au bord de la paroi.

Elle leva le regard et constata que seul Bran était encore debout, aux prises avec deux Gardes. Elle aurait voulu l'aider, mais tourner le dos à son adversaire en l'état était impossible. En tout cas pas sans se vautrer plusieurs mètres plus bas.
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Posté Lun 12 Fév - 9:30
Dans un autre contexte, Karlan aurait pu sourire devant la pique que lui adressa l'elfe avant de ruer sur lui. S'il n'avait pas vu Yorën au sol, inerte, s'il n'avait pas de sérieux doutes quant à la survie de leur recrue face à un assassin expérimenté, alors oui, une telle répartie l'aurait presque mit de bonne humeur. Il dévia le premier coup avec son bouclier, et pivota sur la côté pour éviter les deux qui suivirent, sifflement aigu dans l'air. Karlan n'était pas un nain stupide, et pour avoir grandi dans le Carta, il connaissait ce genre de techniques de combat. Frapper rapidement, chercher une faille, apposer son poison, et user de la supériorité numérique à outrance. Dans un cas comme celui-ci, son adversaire n'était pas à même de le tuer rapidement, ils le savaient pertinemment. Mais s'il baissait sa garde, un instant, alors elle pouvait fuir avec son compère, et dans quelques heures, ou jours, leur mission serait remplie. Le nain voulait des réponses à ses questions, et il ne pouvait pas vraiment prendre le risque de la tuer non plus. Tout naturellement, il se concentra sur une posture défensive, faisant bloc avec son bouclier et sa lame, tel un rocher rompt le fracas des vagues, et il attendit. Un faux-pas, une erreur. C'était un jeu qu'ils jouaient à deux, et qui allait se jouer sur la durée.
Finalement, ce fut elle qui trébucha la première, et il se saisit aussitôt de sa maladresse. Un pivot, et elle se retrouva privée de mouvements, bloquée contre la paroi de pierre s’effritant sous la mousse et les racines. Ne pas la laisser armée, c'était l'essentiel maintenant. Il ne faisait pas confiance à ce genre d'individus, et ne baisserait pas se garde face à un adversaire potentiellement mortel. Il la voulait vivante, pas forcément en bon état. Son bouclier s'abattit brutalement sur son torse, l'écrasant contre la paroi, et sa main droite décrivit un arc de cercle de sa main à l'autre. Timide mais suffisant pour la faire lâcher prise, et faire tomber ses lames. D'un coup de pied, il les envoya au loin. Elle était peut-être encore armée, mais bien plus vulnérable. Karlan la libéra de son emprise, et la tint en respect avec la pointe de sa lame sur son cou.
Au dessus d'eux, le combat s'était tu. « Yorën, Aramas, vous êtes là ? » Silence pesant. « J'suis là, mais Yorën va pas s'en sortir, trop de blessures. Le dernier assassin a prit la fuite. » Nouveau silence. De ses yeux durs, Karlan continuait de fixer l'elfe immobile, mais il les aurait volontiers fermé devant une telle annonce. Ils partaient à deux chercher une recrue, et il allait revenir seul, un frère d'arme froid à cause de lui. « Je descends ? » Karlan répondit d'une voix sèche, plus qu'il ne l'aurait souhaité : « Non, reste là haut. Cherche des indices dans les corps. Je veux savoir qui les envoie. » Sa lame appuya un peu plus sur la gorge de la femme silencieuse. Il approcha le visage du sien, la hargne perçant son regard. « J'ai encore un certain honneur, elfe, et je connais ta situation, j'ai fait partie d'un groupe dans ton genre. Parle, dis moi tout, et je te laisserai rejoindre ton ami. Si tu refuses, tu iras avec nous à Ansburg, pour répondre sous d'autres moyens. Qui sait, on pourrait même te recruter avec le nouveau là haut, que tu as essayé de tuer ? Une belle histoire de camaraderie, je suis sûr que vous vous entendrez bien. »
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Posté Lun 12 Fév - 10:40

Un bouclier s'écrasa brutalement contre son buste et lui fit faire la connaissance de la paroi de pierre, la privant définitivement de toute issue. Elle se retrouva délestée de ses armes. Vaincue. Le Nain la tenait en respect de la pointe de son épée, elle se contenta de ne rien dire, attendant qu'il se décide à la tuer. C'était le sort qui attendait la plupart des assassins ayant échoué, et elle s'y était préparée. Mais le plus souvent, ils en gardaient un ou deux en vie pour savoir qui les envoyait - peut-être allait-elle être l'heureuse élue ?

La cible échangea des paroles avec ses compagnons. Elle ne pouvait tourner la tête dans la position inconfortable où elle était, mais elle devinait déjà l'issue de la bataille.
Bran avait pris la fuite. Elle sentit une rage sourde monter en elle, un peu comme de la trahison, mais pas tout à fait - après tout, son mentor ne lui devait rien. Et puis, c'était plus le fait d'être la seule survivante de cette débâcle qui l'enrageait... à sa place, elle aurait fui aussi. Mais s'il avait été un peu plus malin, ça ne serait pas arrivé. Maintenant quoi ?
Un Corbeau ne parlait pas... En théorie. Quand il s'agissait de préserver sa propre vie, tout ce qu'on avait auparavant établi devenait rapidement obsolète. Car Ethel était d’une lâcheté sans égale. Elle avait peur de se confronter à la mort ; elle en était proprement terrifiée. Et il était hors de question qu'elle rejoigne ces types-là dans les Tréfonds, à combattre les Engeances.

- Oh, je sais de quel groupe tu as fait partie. Le ton était enjôleur, presque moqueur, alors que le regard de l'assassin croisait les yeux clairs du Nain. Tu n'as pas besoin de me torturer.

Alors qu'elle parlait, son cerveau imaginait mille et uns plans pour s'en sortir vivante, et pour s'assurer un alibi en béton auprès des Corbeaux. Elle ne serait pas leur cible pour avoir échoué : Bran le serait. Il devait courir aussi vite que possible maintenant... La pensée lui arrachait presque un sourire.

- C'est un certain Ibûn, de la Carta, qui nous envoie. Ça te dit quelque chose, sûrement. Il a envoyé une lettre directement à Antiva pour le contrat, mais nous l'avons rencontré à Jader.

Elle disait la vérité, pour une fois ; mais elle ne l'avait pas rencontré directement, Bran s'en était occupé. Les Nains d'Orzammar étant plutôt... frileux vis-à-vis des étrangers, l'entrevue avait dû se dérouler ailleurs. Elle laissa échapper un soupir, bloquée entre une paroi rocheuse et un Garde furieux. Cette journée commençait bien.
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Posté Lun 12 Fév - 11:08
L'elfe était acculée, elle n'avait pas de porte de sortie. Parler ou mourir, c'était le choix qu'il lui laissait, et il estimait faire preuve d'une grande bonté en lui offrant cette possibilité. Ils avaient tué un de leurs meilleurs éléments, un Garde qu'on ne remplacerait pas de si tôt, tant si le plan physique qu'humain. Dans un autre contexte, il aurait appuyé sur la lame sans même un regard ou un remord, mais il devait savoir, maintenant. S'il était la cible, alors il mettait les autres en danger aussi longtemps qu'une prime trônerait sur sa tête, et ce débâcle ne pouvait pas se reproduire. Par contre, l'elfe était loquace, ce qui n'était pas le cas de la plupart des assassins. Elle pouvait mentir, cependant, possibilité qu'il garda en tête jusqu'à ce qu'un nom tombe tel un couperet. Ibûn. Karlan faillit baisser sa garde sous le choc. Il connaissait Ibûn oui, mais il était au sol quand il avait fui à Dénérim, il devait être mort, comme les autres. Sa survie tiendrait du miracle, le nain devait posséder des talents qu'il n'avait même pas soupçonné pendant ses trois années passées à son service. Il ne répondit pas tout de suite. Il lui fallait quelques minutes pour encaisser la nouvelle. Lui dire qu'elle mentait était inutile : il voyait dans la jubilation de son regard qu'elle disait vrai. Puis, lentement, les mots se détachèrent de ses lèvres.

« Tu fais donc partie des Corbeaux. Comme je l'ai promis, je n'ai qu'une parole, et tu peux partir si tu le veux, aller leur trouver une jolie excuse pour tes deux copains morts et un traître en fuite. A mon avis, ils vont pas aimer. » Sa voix était plus basse à présent, fin murmure, à peine assez sonore pour qu'elle l'entende. « Le Carta ne pardonnerait pas un échec dans ce genre, en tout cas. » Une mine de dégoût sur le visage, le nain se recula d'un pas, libérant sa prisonnière de son étreinte, et il rengaina son épée. Il manquait d'air. Un rocher se tenait à quelques pas, et il s'y assit avec nonchalance, le regard tourné vers les étendues rocheuses devant eux. Un filet de vent vint lui caresser le visage, et sans même regarder si elle était encore derrière lui, comme s'il parlait à lui même, dans une confusion certaine, le nain continua à parler. « Si c'est Ibûn qui est allé vous chercher pour ce contrat, c'est qu'il n'est pas soutenu pleinement par le Carta, il doit y avoir un désaccord dans leurs rangs. S'il y avait un moyen pour y mettre fin... Non, les Corbeaux ne sont pas du genre à faire faux pas à leur clients... » Bientôt, il lui faudrait rassembler leurs affaires et reprendre la route. Ils ne seraient en sécurité qu'à Ansburg. Là bas seulement, Karlan s'en remettrait au Commandeur-Garde pour avoir une marche à suivre. Il ne voulait juste plus que quiconque meurt à cause de lui, son sillon avait été assez sanglant comme ça, et un cadavre venait de s'ajouter à sa liste.
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Posté Lun 12 Fév - 13:50


Les mots du nain frappaient juste, même si elle détestait l'admettre. Elle sentait l'angoisse poindre à cette idée - dire qu'elle n'était pas pressée de rapporter son échec à son supérieur était un euphémisme. Pourtant, il le fallait, si elle voulait garder sa place en tant qu'assassin.

- Le Carta ne pardonnerait pas un échec dans ce genre, en tout cas.
- Je n'en doute pas, vu notre présence ici, le tien devait être assez conséquent.

Elle n'avait rien de personnel contre ce type. Elle aurait pu continuer à répondre et à lancer des piques, mais à quoi bon ?
Il venait de lui laisser la vie sauve, et même si le sens de l'honneur de la Dalatienne était enterré loin, très loin sous la croûte terrestre, c'était dans le fond une personne décente. Elle était habituée aux couteaux dans le dos, pas aux gestes de merci. Le fait qu'il ne lui ait pas tranché la gorge voulait dire beaucoup.

Elle regarda le dos du Nain assis sur le rocher, et la pensée lui vint qu'elle pouvait terminer la mission ici et maintenant. Il restait la lame cachée dans sa botte, de piètre qualité mais destinée aux situations dans lesquelles elle se retrouverait désarmée... Elle chercha les Soeurs Vicieuses du regard. Elles devaient être quelque part dans l'herbe. Il faudrait les retrouver. Donner un coup de pied dans des lames si précieuses... Certains s'étaient retrouvés en prison pour moins que ça.
Pourtant, elle ne bougea pas. Mieux valait ne pas faire de mouvement trop brusque, l'un des deux derrière pourrait se décider à l'abattre pour protéger la vie de son chef. Elle se rapprocha simplement pour qu'il l'entende, restant à une distance respectable.

- Je ne pense pas que tu puisses annuler ce contrat, non. Les assassins continueront de venir.  Elle leva un regard las vers le campement, où gisaient deux de ses camarades. Martius et Ignazio. Elle ne les connaissait que très brièvement, mais elle prierait pour leurs âmes auprès de Falon'Din. Si elle s'en sortait vivante. Puis elle croisa les bras, et son regard se baissa de nouveau pour s'adresser au Garde. Ton nouveau, là. Je l'ai touché avec mes lames ; il y avait du poison dessus. Il ne lui reste pas longtemps à vivre, une semaine tout au plus. Si tu le désires, et pour te remercier de m'avoir laissé la vie sauve, je peux préparer un antidote pour le guérir.

Les Corbeaux qui utilisaient du poison ne se déplaçait pas sans antidote : un accident était vite arrivé, et quelle mort plus ridicule que celle-là ? Ethel ne tenait pas à faire partie de ces assassins qui meurent avant leur mission parce qu'ils se sont piqués avec la pointe de leur propre dague, et à ce titre, elle connaissait sur le bout des doigts l'antidote à chacun des poisons qu'elle utilisait.

- Comme ça, nous serons quittes. Qu'en dis-tu ?

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Posté Lun 12 Fév - 18:34
Karlan était comme sous un soleil de plomb, assommé par le doute et la résignation. Si un de ses hommes avait survécu, alors il n'aurait pas du fuir, même à l'époque. Combien d'autres avait-il abandonné à leur sort, combien aurait-il pu sauver ? Pour les Corbeaux, un contrat était sacré, et il n'aurait jamais de répit jusqu'à sa mort. Ses compagnons de route seraient toujours en danger. Et dans toute cette histoire, il manquait au nain des fils pour retracer l'histoire, et comprendre pourquoi cela lui tombait dessus des années après avoir quitté le Carta. Ibûn était encore le seul à pouvoir lui donner une réponse, et au final c'était aussi le seul à pouvoir lever la prime au dessus de sa tête, si il n'agissait pas comme intermédiaire du Carta, chose dont il doutait. Avant de se payer des assassins de luxe pour abattre un traître, ils auraient probablement envoyé leurs propres hommes. Ils étaient présents dans les Marches Libres, connaissaient la position de la Garde, ce n'était pas une tâche difficile. Dans un sens, il pouvait être reconnaissant qu'on ne lui envoie que quatre personnes, pas les plus entraînées qui plus est.
L'elfe ne tenta pas de l'attaquer à nouveau. Elle devait savoir qu'elle ne s'en tirerait probablement pas vivante, ses chances s'étant nettement amoindries. Elle lui annonça qu'elle avait blessé Aramas, et qu'il ne survivrait pas, victime de poison, sans remède pour le moins. Karlan hocha la tête en silence et se leva à nouveau, las mais vivant, et il écouta avec la même attention l'antivanne lui proposer son aide pour concocter un remède. Une vie contre une vie, en sorte. Il hésita un instant, troublé. En l'autorisant, il prenait le risque qu'elle l'empoisonne vraiment, ou qu'elle accélère le processus de ce qu'elle avait commencé. Il lui donnait aussi une chance de prouver une bonne foi, et cela comptait pour quelqu'un qui avait évolué dans les mêmes genres de sphères, des années plus tôt, et qui tenait à prouver que le sens de l'honneur n'était pas forcément inexistant dans le milieu du crime. Ses yeux se posèrent sur la nouvelle recrue, affairé à nettoyer son épée. Le jeune homme avait une plaie au bras, superficielle, mais elle disait vrai.
« Bien, j'apprécie. Fais de ton possible, mais ne traînons pas. J'ai de la route, et je dois fabriquer de quoi transporter le corps de Yorën à Ansburg. On ne le laissera pas ici. Avec un peu de chances, tu devrais pouvoir pister le dernier Corbeau, et c'est ta seule chance, à mon avis, de t'en sortir si tu veux rester avec eux. Sinon, ce sera ta parole contre la sienne, et en général, on se fie d'avantage à ceux qui ont de l'expérience. » Non qu'elle se battait mal, c'était une adversaire redoutable, elle était juste encore mal préparée à faire face à tout type d'adversaire. Il en déduisait qu'elle n'était pas encore à la hauteur de sa guilde, et qu'il devait par conséquent s'agir d'une recrue relativement fraîche. « Aramas, reste assit, d'accord ? Et calme toi, que ton sang batte moins vite, ça nous facilitera la tâche. » Pour la première fois, son ton s'était adouci envers la jeune recrue, il s'en rendait compte. Le nain fit un signe à l'assassin pour lui dire qu'elle pouvait faire ce qu'elle avait à faire, et s'écarta de quelques pas pour lui laisser de l'espace. « Dans tous les cas, si tu survis assez longtemps, et que cette vie se met à ne plus être vraiment la tienne, sache qu'il y aura toujours une place à la Garde pour des personnes de ton envergure. On a besoin d'honnêtes gredins, de temps en temps. Je sais que ce n'est pas ton souhait, mais sache-le, simplement. »
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Posté Lun 12 Fév - 21:56

- Tu ne le regretteras pas, Durgen'len. Ethel hocha la tête aux paroles du garde. Elle resta silencieuse un instant, les paroles de l'homme faisant chemin dans son esprit. Bran l'avait mise dans une sacrée merde. Elle ne savait pas s'il allait revenir, et quel genre de conte il allait raconter s'il revenait. Bon sang, ce Nain n'avait pas tort. Ce serait facile pour son mentor de mettre son échec sur le dos de la recrue qu'elle était, les maîtres assassins le faisaient tout le temps. Après tout, elle ne le côtoyait que depuis quelques mois, et ses années d'apprentissage lui avaient appris qu'on ne connaissait jamais réellement quelqu'un.
Elle eut un léger rire en entendant la suite des paroles du Nain. Avec l'arrogance caractéristique de la jeunesse, Ethel pensait sans l'ombre d'un doute que son train de vie actuel lui conviendrait encore longtemps.

- Je garde l'idée en tête, mais je ne sais pas... C'est une existence qui me semble encore plus ingrate que la nôtre. Sans vouloir t'offenser.

Elle porta la main à l'une des sacoches de cuir qui ceignaient sa ceinture. Elle était elle-même composée d'une multitude de minuscules poches, chacune contenant une petite quantité d'herbes séchées. Ses réserves s'étaient amaigries durant son voyage. Plus de fardotie, et il lui manquait aussi quelques graines de lotus pour l'antidote...

- Je reviens dans un instant, il faut que j'aille récolter, dit Ethel vers le Garde assis. Ha, si tu veux être sûr que je revienne, ajouta-t-elle alors qu'elle s'éloignait déjà, tu peux aller ramasser mes dagues et les garder avec toi le temps que j'arrive ; je ne m'en irai jamais quelque part sans elles !

Au bout d'une demi-heure, quarante minutes, Ethel reparut près du campement avec les herbes nécessaires. Elle se mit au travail immédiatement, évitant soigneusement de parler avec les deux autres Gardes, qui avaient l'air moyennement ravis de la voir ici de toutes façons. Hautement compréhensible : tendre une embuscade à quelqu'un et essayer de tuer son groupe avait tendance à vous rendre légèrement antipathique aux yeux d'autrui. Mais Ethel considérait qu'elle faisait juste son travail, comme n'importe quel autre travailleur de Thédas... Le sien impliquait juste un peu plus de sang que les autres.
Elle prépara les ingrédients avec un soin méthodique et les mit dans un petit récipient avec des gestes machinaux qui trahissaient l'habitude. Une fois cette étape finie, elle alluma un petit feu pour laisser l'ensemble distiller.

- Il va falloir patienter une à deux heures, dit-elle à Karlan en désignant le mélange du menton.
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Posté Mar 13 Fév - 11:02
L'elfe sembla apprécier qu'il lui fasse confiance sur ce coup là, et elle s'empressa de se mettre à la tâche. Puis annonça qu'elle allait devoir se procurer quelques herbes pour son antidote, et avant qu'un des deux ne puisse l’interrompre, lui dit qu'il pouvait lui confisquer ses dagues en attendant. Karlan ricana doucement. Il avait décidé de lui faire confiance, et deux dagues n'y changeraient rien. Il avait passé assez de temps au Carta pour savoir qu'elles pouvaient également n'avoir aucune valeur, et qu'il puisse s'agir là encore d'un piège facile. Malgré cela, il avait remarqué que les personnes qui vivaient de leurs armes, quels qu'ils soient, avaient tendance à s'attacher à leur équipement.
Il décida de mettre ce temps à profil, pour finaliser son départ imminent. Le nain commença par fouiller les corps des assassins, et tira rapidement de ses fouilles une poignée de pièces d'argent, qu'il répartit en deux tas. Ensuite, il alla chercher du bois. Les Marches Libres n'en manquaient pas, et il trouva rapidement de quoi commencer la confection d'un chariot de fortune. A défaut de roues, ils pourraient le traîner à tour de rôle. Yorën était corpulent, et cela allait définitivement les ralentir, mais en partant dans l'heure, ils pouvaient espérer rejoindre un coin civilisé non loin d'Ansburg   à la nuit tombée. L'argent leur payerait une nuit dans une petite auberge, et peut-être même la location d'une vraie charrette pour l'acheminer jusqu'à la forteresse, où les derniers hommages lui seraient rendus. Aramas s'était tu, résigné, le visage imperturbable, assis sur la souche qui leur avait servi de banc le matin même, juste avant l'attaque.
L'elfe revint un peu plus tard, et se mit aussitôt à confectionner sa potion, silencieuse. Il pouvait sentir la concentration dans chacun de ses gestes, et un étrange sentiment s'empara de lui. Elle n'était pas ce qu'il aurait été en mesure d'attendre d'un Corbeau, non. D'un côté, il la détestait, parce qu'elle avait participé à occire son ami, son frère, mais il ressentait aussi une compassion sans borne à son égard. Une âme égarée, c'est ce qu'elle était, mais il y avait encore de la lumière en elle. Peut-être que les Corbeaux ne lui prendrait pas cela, pas entièrement.
« Il va falloir patienter une à deux heures », annonça-t-elle avec un calme déconcertant. Le nain poussa un grognement, et il s'éloigna pour aller marcher un peu. Deux heures, c'était beaucoup trop, mais il ne pouvait pas revenir en arrière. S'ils partaient à midi, ils n'auraient pas la moindre chance d'être à Ansburg au lever du jour, à moins de voyager de nuit, ce qui n'était pas négociable. Peu de personnes s'en prenaient aux Gardes de jour, mais la nuit c'était différent. Hors de question de courir le risque. Ils allaient donc devoir rester ici et y camper à nouveau, ou au mieux avancer de quelques miles au Nord avant de trouver un autre endroit adapté. Mais, encore une fois, il n'avait pas le choix, et il allait falloir faire avec. Karlan revint vers les deux silhouettes quelques minutes plus tard, renfrogné.
« Bien, dans ce cas, nous attendrons. » Il s'assit autour du feu, et y remit quelques rares morceaux de bois sec qu'ils avaient trouvé. Les flammes crépitèrent, et la chaleur revint, plus vivace. « J'imagine que tu es aussi coincée avec nous, dans ce cas. Il y a deux piles de pièces là-bas, une te revient. C'étaient tes camardes après tout, pas les nôtres. Maintenant, puisqu'on a de toute évidence du temps à tuer, j'aimerais bien entendre ton histoire. D'où viens-tu ? As-tu grandi au sein des Dalatiens, ou tes parents étaient-ils de la ville ? Et qu'est ce qui t'as amené à... disons, faire ce travail ? C'est quand même un des plus contraignants, pour quelqu'un qui sait manier les armes et les mots, non ? » Bon, la Garde était à part, ils les devançaient tous dans cette catégorie. Au moins, elle pouvait espérer avoir une chance d'atteindre un grand âge, contrairement aux guerriers de bleu et de gris.
PROCHAIN NIV. :
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