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Posté Sam 13 Jan - 17:30
L'hiver s'attardait dans le fond pur de l'air, y laissant l'odeur âcre des frimas qui aiment envelopper les montagnes du monde. Ses yeux noirs perdus dans la ligne de l'horizon dont la blancheur à peine maculée unissait les cols des Dorsales de Givre au ciel de Thédas, Tyreas resserra les pans de la lourde cape de fourrure sombre qui lui couvrait les épaulières. C'était un homme d'apparence distant sinon taciturne, fraîchement arrivé au fort en compagnie de Tullia Raijer, déjà connue des gens de l'Inquisition. Les deux gardes s'étaient avérés à peu près aussi dissemblables qu'il était humainement possible de l'être - certains, d'ailleurs, en étaient venus à s'interroger sur l'humanité des intéressés, l'une un monstre de pagaille et de désinvolture et l'autre un puits sans fond de fermeté inflexible - et on ne s'étonnait guère qu'ils ne traînent pas ensemble.

Le Féreldien avait pris ses ordres de Weisshaupt voilà des mois de ça, et ceux-ci avaient été pour le moins laconiques. Observer. Voir de quel bois l'Inquisition était faite. Féru d'histoire, il savait que par le passé nombre de factions avaient pu effectuer d'impressionnantes montées en puissance pour s'effondrer peu de temps après, emportant malheureusement d'autres peuples dans leur chute. D'un point de vue purement personnel, il n'avait guère de chaleur pour cette résurgence de la toute première autorité à l'origine de la force templière : l'Inquisition originale avait disparu, et pour de bonnes raisons. Pourquoi la ressusciter ?
La réponse à cette question, il l'avait. C'était à cause de la Messagère.

Tyreas était un fervent Andrastien. Sa foi l'avait toujours gardé des dangers qui avaient accompagné ses offices guerriers : non pas des lames ou des flèches, mais du doute, de l'hésitation, du remord. N'importe quel matamore pouvait agiter une épée et tuer au nom d'un idéal, mais il fallait croire pour faire couler le sang autant qu'il l'avait fait, et continuer d'avancer la tête haute. Croire à ce qui était juste, croire à la bonne raison de sa marche violente sur le chemin de l'existence. Et cette croyance se heurtait de plein fouet à la possibilité qu'il existât une chose, une personne, telle que la Messagère d'Andrasté.

Ses dents grincèrent, la ligne rasée de la veille de sa mâchoire, déjà dure, s'acéra encore. Sous sa pelisse, épaisse et rugueuse, il portait une cuirasse parfaitement fonctionnelle estampillée de gravures en bronze qui marquaient son appartenance à la Garde des Ombres. Se tenant ainsi sous les assauts vicieux du vent de cette fin d'après-midi, on aurait pu le confondre avec une statue menaçante qu'un farceur aurait drapée s'il n'avait eu ces mèches de jais agitées par les éléments.
Au fil des secondes s'égrenant, son masque d'inflexibilité se craquelait ; ses traits, jeunes et rudes à la fois, laissaient transparaître une sorte de sourde colère dont l'origine ancrait profondément ses racines dans son cœur. Le cuir de ses gants crépita au moment où il les serra une unique fois, lèvres pincées, avant d'inspirer pleinement l'air glacé et ses échardes de givre.

« Enfin, à quoi bon... »

Il avait parlé d'une voix rauque, mais avec une fugace trace d'amusement, comme s'il venait seulement de balayer sa mauvaise humeur ou de retenir ses soucis ainsi qu'un homme retiendrait son chien par le col.
Ses mains se rejoignirent dans son dos et, adoptant la posture roide des commandants, l'ancien templier commença à déambuler sur le chemin de ronde.

Il saluait les gardes qu'il croisait d'un bref hochement du chef, se voyant renvoyé le même genre de stricte concession à la politesse. On ne pouvait pas dire qu'il prêtait beaucoup attention à ce qui se passait dans la cour en contrebas, son regard revenant souvent à la vallée que gardait Fort Céleste. Parfois, ses iris perçants revenaient sur l'architecture de la citadelle, ses édifices qu'il scrutait alors avec un pli perplexe sur le front, l'amenant régulièrement à secouer la tête en signe d'incompréhension avant qu'il ne reprenne son chemin.

Il savait qu'il était ici pour rendre compte des agissements de l'Inquisition. C'était ce qu'on attendait vraisemblablement de lui, à Weisshaupt - quoique la chose eût pu changer, ses consignes remontant à la saison passée. Mais Tyreas n'avait jamais eu l'âme à piocher des renseignements. Il consignait dans sa mémoire ce qu'il découvrait ici, cependant il s'en tenait à la stricte limite de son domaine de connaissance : les forces en présence, le matériel, la hiérarchie. Toutes les subtilités qui régissaient le fonctionnement d'une telle organisation lui échappaient et il ne s'y intéressait pas, sentant au fond de lui et malgré sa méfiance naturelle que les fidèles de la Messagère n'étaient pas ses ennemis. Et pas ceux de la Garde non plus.
Marquant une énième halte entre deux dents des créneaux, le guerrier porta la main à son buste ; sur le massif plastron de son armure reposait un pendentif d'argent aux maillons d'acier. Il ne s'agissait que d'un petit disque, vraisemblablement gravé à l'acide, mais les motifs en étaient trop fins et discrets pour qu'on puisse les distinguer sans un examen de près.

« Puisse-t-elle tous nous sauver » marmonna-t-il alors, le coin de la bouche ourlé sur un sourire plein de cynisme.
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Posté Sam 13 Jan - 20:04
Alda avait refermé la porte derrière-elle, fait quelque pas puis était restée un moment le dos tourné au bureau du Commandant, le regard dérivant sur les créneaux des remparts. Elle s’était alors avancée puis abimée dans la contemplation des montagnes qui crevaient le ciel. Avant de rejoindre le Conclave, elle n’avait jamais côtoyé de tels sommets. Fort-Céleste était sans doute le point le plus haut qu’elle n’ait jamais gravi et, vu d’ici, le paysage était écrasant. Il y avait quelque chose d’oppressant dans ces sommets s’élevaient à l’encontre des cieux, interdisant tout horizon. C’était du moins le sentiment qu’avait eu la Dalatienne jusqu’ici. Elle s’était rarement aventurée sur les remparts, toujours trop occupée pour s’y attarder. Pourtant, en cette fin de journée, elle ressentait au contraire un élan de liberté à l’égard de ces montagnes. Elle fit quelques pas et s’appuya contre les moellons du rempart. Elle appréciait la fine porosité de la pierre, s’ancrait dans la fraîcheur qu’elle dégageait.

Les yeux perdus vers l’horizon que les montagnes lui interdisaient, elle semblait perplexe. Au moment même où elle avait refermé la porte derrière elle, Alda avait écarté de ses pensées son différend avec le Commandant. Elle ne comprenait donc pas tout à fait la nature de son trouble. Comme elle soupirait, laissant une partie de la tension relâcher ses épaules, elle baissa inévitablement le regard qui se perdit aussitôt dans le précipice qui s’ouvrait sous la forteresse. La jeune femme inspira longuement, réfrénant les battements de son cœur. Chaque fois qu’elle contemplait pareil vide, elle se sentait tirée vers celui-ci. C’était un sentiment relativement désagréable. Pour dire vrai, Alda ne s’était jamais réellement plainte d’un quelconque vertige, elle gardait cependant une mauvaise impression de toutes les hauteurs qui pouvaient s’avérer mortelle. Un vieux souvenir qu’elle tirait d’une chute sur les toits d’Orlaïs. A l’évocation du souvenir, elle frissonna.

Rompant alors son immobilité, elle se redressa et effectua un quart de tour. Le rempart qui encerclait la forteresse s’ouvrait devant elle comme une invitation. Elle vacilla d’un pied sur l’autre, la main négligemment portée à la poignée de son sabre puis inclina la tête et avança. Depuis la première fois qu’elle était arrivée à Fort-Céleste, elle décidait de faire le tour complet des remparts. Son regard ne se perdit pas de nouveau en direction du vide et des montagnes cependant. Il dérivait sur les cours intérieures du fort. Vue de là-haut, la perspective était bien différente. Alda se surprit donc à découvrir une infinité de détails qu’elle n’avait jamais vraiment remarqué jusqu’ici. Resserrant les pans de son lourd manteau d’officier tandis qu’une bourrasque venait figer le sang de son visage, elle marqua un léger arrêt. Elle releva le col de son manteau pour se protéger du vent glacial et souffla dans ses mains avant de les enfoncer dans ses poches puis reprit ses déambulations. Malgré le froid et le vent, sa démarche restaient toujours aussi souple et déliée. Elle trahissait une habitude consommée et un entraînement régulier et, pour un œil attentif, quelques facultés qui ne seyaient pas forcément à un maître d’armes.

Comme elle parvenait à la tour la plus proche de son point de départ, elle ralentit légèrement l’allure. En chemin, elle avait croisé quelques soldats de service et avait rendu leur salut dans les formes. Alda connaissait la plupart d’entre eux et, à leur simple façon de se déplacer, pouvait généralement les identifier. Ainsi, son attention n’eut aucun mal à accrocher une silhouette étrangère. Et bien qu’elle ne parcourait jamais les remparts d’ordinaire, elle sut immédiatement qu’il en était de même pour le guerrier qui avançait dans sa direction. A sa démarche et à sa mise, elle concluait qu’il était versé au métier des armes. En revanche, il lui fallut quelques pas supplémentaires pour distinguer les attributs de la Garde des Ombres.

Les sourcils qu’elle haussait alors ne cachaient rien de sa surprise. Elle avait bien entendu parler de l’arrivée récente de deux gardes de Fort Bastel mais n’avait rencontré jusqu’ici que la première. C’était un personnage qui passait difficilement inaperçu, tant par son allure que par son tempérament pour ce qu’avait pu en juger la Dalatienne. De l’autre recrue des ombres, elle n’avait cependant rien entendu et ne l’avait pas encore croisé. Comme elle parvenait à sa hauteur, elle ralentit sensiblement et le salua avec courtoisie. L’homme s’était arrêté en même temps qu’elle, maintenant une distance raisonnable entre eux mais suffisante pour qu’ils puissent se dévisager. Alda s’attarda un instant sur les traits taillés à la serpe puis plongea dans le regard d’une profondeur abyssale. Un noir absolu. Un fin sourire étirait les lèvres de la jeune femme tandis qu’elle ôtait les mains des poches de son manteau et optait pour une attitude plus stricte. Cependant malgré son maintien martial résidait toujours dans son attitude un détail désinvolte, trahissant plus qu'elle ne le souhaitait le profond cynisme qui l’accompagnait sans cesse.

- Bonsoir. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous rencontrer. Alda Ar Var, maître d’armes de Fort-Céleste.

Le ton était courtois, l’expression avenante pourtant dans son regard brillait cette étincelle de défi qu’elle réservait à tout nouveau combattant digne d’intérêt.
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Posté Dim 21 Jan - 9:43
Tyras avait une forme de curiosité pour les cultures étrangères - en particulier celle des elfes et des nains - qui confinaient à la fascination. Combien de soirées avait-il ainsi passées dans les bibliothèques de l'Ordre, penché par-dessus les quelques ouvrages traitant de ces sujets, éclusant bougies et chandelles sans compter ? En sus de ses talents pour combattre les mages, l'ancien Templier s'était toujours senti à son aise parmi les livres. Sans doute dans une autre vie aurait-il pu être homme de l'être, s'il n'était né fils de forgeron, et s'il n'avait été jeté dans les bras des serviteurs armés du Créateur.

« Tyreas Marelion, de la Garde des Ombres. »

Ce dernier ajout n'était évidemment pas nécessaire - c'était compter sans la nouvelle de son arrivée aux côtés de Tullia, ni les armoiries de griffons gravées sur son armure - mais il avait le sens du protocole.
Ses yeux sombres étudièrent l'elfe avec la force tranquille des âmes en paix. Comme souvent pour ceux de sa race, il la trouvait étonnamment belle : déliée comme les branches souples d'un saule, avec ce mélange de gracilité et de légèreté qui caractérisait la résistance discrète des roseaux. Elle avait le teint pâle ; ce qui ne manquait pas de le surprendre, car il l'aurait pensée encore moins sédentaire que lui, et sa propre carnation plutôt blanche à la naissance s'était vue irrégulièrement tannée par le soleil et l'errance. Il lui trouvait un visage aux traits expressifs voire sauvages, bien que sa peau vierge des tatouages faciaux qu'affectionnaient les Dalatiens la désignait comme une citadine, originaire de quelque bas-cloître de Férelden ou d'Orlaïs.

« Vous avez bien dit maître d'armes ? » Il poursuivait de sa voix rauque et posée, l'ombre d'un sourire finaud sur les lèvres. « J'en ai connu mon lot. Vous devez être détestée par la plupart des guerriers d'ici. »

C'était là une demie-vérité. Aussi bien chez les Templiers que chez les Gardes, Tyreas s'était frotté au même genre d'instructeurs, et il doutait que le moule de l'Inquisition soit foncièrement différent. Il fallait en faire baver aux recrues, séparer le bon grain de l'ivraie et jeter dehors ceux qui n'étaient pas capables de prendre sur eux malgré le froid, la faim et la fatigue. Ceux qui restaient faisaient de bons soldats, fiables et disciplinés, et qu'importait leur talent pour les armes ; ils finissaient toujours par apprendre.

L'homme resta face à la vallée que surveillait Fort Céleste, observant son interlocutrice d'un regard en biais que certains auraient pu trouver impoli. D'autres auraient fait le rapprochement avec la façon qu'avaient certains animaux de garder un œil sur leurs voisins ; mais ceux qui le connaissaient vraiment, ceux-là auraient su que Tyreas avait le goût simple des amoureux de la nature, et qu'il rechignait à abandonner tout à fait le spectacle des flancs de la montagne balayés par la neige et le soleil.
Plusieurs instants s'écoulèrent, dans le silence mitigé d'un vent glacé qui leur gifla les joues. Il ne donnait pas l'impression d'y être très sensible, les cheveux de sa nuque se confondant avec la pelisse noire qui lui drapait les épaules.

« Je me demande ce qui peut conduire une enfant des bas-cloîtres à tenir un rôle tel que le vôtre pour l'Inquisition. Je n'ai pas côtoyé les elfes autant que je l'aurais souhaité, mais de manière générale ils ne me semblaient pas tenir beaucoup d'humains dans leur cœur. » Ses yeux se reportèrent vers l'horizon et s'y durcirent un moment, comme s'il avait été capable d'en franchir la distance pour témoigner d'une scène en particulier. « Non pas que les horreurs de l'Immatériel fassent une bien grande différence entre nous tous. »

Il se retourna alors, s'adossant à la dent épaisse des créneaux pour croiser les bras sur son plastron. Un léger tintement de métal accompagna le geste, ainsi qu'un sourire qui n'était pas tout à fait dépourvu de cynisme.

« Alors dites-moi, Alda Ar Var, maître d'armes de Fort Céleste. Seriez-vous à ce point croyante, que vous suiviez celle qui se dit la messagère d'Andrasté ? »

Quelque chose dans la façon dont Tyreas la scrutait en soulevant cette interrogation pouvait donner l'impression qu'il la mettait au défi - qu'il répondait à ce soupçon de désinvolture qu'avait adopté sa vis-à-vis. Pourtant, s'il était bien une chose qui en ce monde semait le doute dans le secret de son cœur, c'était bien la renaissance de l'Inquisition.
C'est juste qu'il refusait encore de l'admettre.
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Posté Lun 22 Jan - 11:17
Alda n’avait pu s’empêcher d’hausser les sourcils tout en considérant son interlocuteur avec un sourire narquois. C’était généralement l’attitude qu’elle optait lorsqu’on la prenait au dépourvu. Les poings sur les hanches, la tête légèrement penchée de côté, elle resta un moment immobile tout en dévisageant Tyreas sans aucune gêne. Au bout d’un moment, elle finit par s’esclaffer et fit un geste large de la main comme pour chasser quelques parasites. La jeune femme ne s’était certainement pas attendue à une entrée en matière aussi directe et, passée la première surprise, devait avouer qu’elle aimait bien la franchise avec laquelle le guerrier avait entamé la conversation. Visiblement très confiant dans ses observations, il lui rappelait d’une certaine manière le Commandant.

Plein de morgue et d’assurance, certain de détenir la vérité qui éclaire un monde à la mécanique soigneusement huilée. La pensée ne fit que renforcer le défi qui brillait dans les yeux de la Dalatienne. Si seulement ce genre d’hommes pouvaient plonger un peu dans la crasse et la misère de certains bas-cloîtres – comme l’avait si bien fait remarquer le Garde des Ombres. Qu’ils puissent réviser un peu leurs jugements si bien rôdés. Mais au-delà de l’agacement qu’évoquait ce genre de comportement, Alda devinait des racines beaucoup moins nobles et autrement plus humaines : ces hommes s’accrochaient coûte que coûte à leurs certitudes pour affronter un monde hostile dans laquelle ils peinaient à trouver leur place. C’était leur façon de s’accrocher au destin et d’affronter l’avenir.

- Vous avez connu votre lot de maître d’armes répéta-t-elle avec sarcasme, mais étaient-ils aussi séduisants que moi ?

Elle le considéra un instant sans vraiment prendre au sérieux sa question. Aucun doute à avoir sur le sujet, Tyreas n’avait certainement jamais rencontré d’instructeurs de sa trempe. La plupart du temps, il s’agissait de vétérans acariâtres et agressifs ou de vieux sages pompeux et flegmatiques. Et, grand bien lui fasse, Alda ne s’identifiait dans aucun de ces deux clichés. Le Garde des Ombres s’était légèrement tourné, les épaules tournées vers les montagnes qui crevaient la couverture nuageuse. La jeune femme s’attarda davantage sur l’étude du demi-profil qu’il lui offrait. Les traits étaient racés, en accord avec la carrure qui se devinait sous la lourde armure de plate. Quant au sourire qui étirait ses lèvres, il était à mi-chemin entre la morgue et l’amusement ; un rictus plein de nuances qui trahissait une multitude d’émotions et de pensées. Si la jeune femme n’avait pas spécialement apprécié la façon dont il l’avait abordée, elle devait reconnaître que ce sourire-là lui plaisait. Elle finit par acquiescer légèrement avant de s’attaquer aux questions qui nécessitaient de véritables réponses.

- Enfant des bas-cloîtres, reprit-elle en citant les propos du Garde des Ombres, serait-ce l’absence de Vallaslin qui vous ait conduit à cette déduction ?

Un sourire féroce étirait ses lèvres tandis qu’elle ménageait son effet. Au bout d’une seconde elle secoua la tête puis reprit avec gravité.

- J’ai été malheureusement arrachée à mon Aravel avant de pouvoir être marquée selon la tradition des miens. Cela ne fait pas de moi pour autant un elfe citadin.

Habituellement, Alda se plaisait à mentir sur ses origines. Elle n’avait jamais eu de remord à s’inventer un passé de rejeton des cités. C’était même devenu une justification relativement convaincante de ses capacités en crochetage ou encore en vol à la tire. Cependant, de la même manière que le Commandant s’était adressée à elle sur le même sujet, son orgueil avait été aiguillé. Et si auprès du premier elle n’avait osé revendiquer ses véritables origines, cette fois-ci elle ressentait une pointe de fierté à clamer son attachement aux anciennes traditions. La jeune femme ne s’attarda pas davantage sur le sujet. La dernière question du Garde des Ombres, aussi directe fut-elle, avait eu le véritable mérite de la dérouter. Le reste n’avait été jusqu’ici qu’une entrée en matière, une façon de se jauger l’un l’autre tout en marquant ses positions.

- S’il s’agit de croire aux miracles que j’ai vu accompli, alors il se pourrait bien qu’on parle le même langage. J’ai vu le Conclave emporté dans un éclair aveuglant de magie, j’ai affronté démons et engeances lorsque nous avons décidé de le reprendre. J’ai vu l’Inquisitrice refermer la brèche puis tenir tête à l’Archidémon à Darse. De tout cela j’en suis le témoin et c’est bien ce qui me pousse à suivre la messagère d’Andrasté.

Elle énoncé les faits d’une traite, l’air grave bien qu’elle ait ajouté une note d’ironie dans ses derniers mots. Alda n’avait jamais cherché à dissimuler son scepticisme quant à l’existence d’un dieu unique et de sa divine épouse. La foi n’avait clairement pas été le moteur de son engagement auprès de l’Inquisition. Tous les délires chantristes ne changeraient rien à son avis. La jeune femme ne souffrait pas cependant qu’on puisse remettre en question sa loyauté envers l’Inquisitrice. Et si elle devait bien croire en quelqu’un pour mettre fin au nouvel Enclin, c’était bien en l’ancienne templière choisie par Andrasté.

- Ceci dit, j'imagine que l’appui de la Garde de l’Ombre ne serait certainement pas de refus dans ce conflit, concéda-t-elle avec un léger sourire, pensez-vous qu’unir vos forces à l’Inquisition serait envisageable ?
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Posté Sam 27 Jan - 11:46
« Non. »

La réponse était partie de façon si spontanée qu'elle en serait parue machinale.

« Je ne suis pas dans les secrets de Weisshaupt, mais ce serait contraire à tous les agissements de la Garde jusqu'à maintenant que d'aider l'Inquisition. Ce combat n'est pas le sien. »

Il s'expliquait de cette voix un peu cassée en s'efforçant visiblement de ne pas montrer l'agacement que son propre propos lui inspirait. Tyreas ne semblait pas être d'accord avec les intentions qu'il prêtait à son ordre.

« Des brèches dans la réalité, le monde en péril... Et alors ? D'autres se dressent déjà face à la menace. Votre Messagère est un symbole d'espoir pour certains, le signe d'Andrasté pour dire à tout Thédas que le Créateur ne nous a pas abandonnés. Or la Garde ne mène que les combats sans espoir : ceux face à l'Enclin. Je crois que vous ne comprenez pas tout à fait ce dont il s'agit. »

Une hanche appuyée contre la dentelle de pierre, il ramena encore son regard sur l'extérieur. L'ancien templier l'avait contredite sans aucune trace de morgue ou de condescendance ; il exprimait une vérité nue, et se donnait le temps de trouver les justes mots pour la transmettre. Ses yeux ne perdirent pas de leur acuité et pourtant, en balayant les neiges, c'était comme s'ils ne s'arrêtaient pas à son blanc manteau : ils allaient au-delà, se portaient vers les profondeurs.

« L'Histoire a retenu un premier, un second, un troisième Enclin, et ainsi de suite... Mais le fait est qu'il n'y en a qu'un seul, aujourd'hui et à jamais. Il n'a pas de fin et revient toujours, pareil aux cycles de la marée, car la souillure des engeances infeste le cœur de cette terre depuis que le Créateur a fermé les portes de la cité d'Or. C'est une lutte qu'il nous faudra mener jusqu'aux derniers instants  du monde. »

La fraîcheur de l'air le fit renifler tandis qu'il jetait un bref regard à l'elfe.

« Et ce quel qu'en soit le prix. Connaissez-vous l'adage ? » Il leva un doigt ganté à chaque énoncé. « Préserve la paix. Gagne la guerre. Ne recule devant aucun sacrifice. Ferelden, et Orlaïs, et les autres contrées ne sont pas aussi importantes que le combat face à l'Enclin. C'est là le serment de la Garde des Ombres. Et c'est pourquoi également il ne s'agit pas d'un Archidémon que vous avez vu à Darse, ou bien les Dorsales auraient été envahies d'engeances. »

Le sourire qu'il lui dédia portait une forme de regret. Presque d'excuse.

Combien de fois lui avait-on offert le même...? Il ferma les yeux à cette pensée, chassant de désagréables souvenirs.

« Mais qui sait de quoi l'avenir sera fait ? Je ne suis qu'un garde. Parlons plutôt de cette absence... » Il hésita un instant, ses iris sombres portés sur le côté pendant une seconde avant de revenir à la maître d'armes : « ...de Vallaslin ? »

Le rude parler de Ferelden tranchait abominablement dans le mot dalatien.

« C'est la première fois que j'entends parler d'une des vôtres qui ne porterait pas de tels tatouages. La bibliothèque de l'Ordre » - il parlait là de l'ordre templier, bien qu'il ne le précisât pas - « n'est pas aussi fournie sur les Elvhenan que je l'aurais souhaité à l'époque. »

En réalité, Tyreas était bien plus informé de la culture elfique que la très grande majorité des humains, remerciant en cela son intérêt passionné des autres cultures et les manuscrits de la Chantrie sur le sujet. Néanmoins il avait là l'occasion d'en apprendre plus et parallèlement, il n'était pas du genre à en révéler sur lui-même plus que nécessaire ; supporter l'air glacé et les assauts du vent n'était qu'un bien maigre prix à payer pour assouvir sa curiosité.
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Posté Mer 31 Jan - 17:08
Alda avait marqué un léger mouvement de recul tout en fronçant les sourcils devant la réponse du garde des Ombres. Un sourire était venu aussitôt détendre ses traits tandis que le Fereldien s’expliquait, visiblement lui aussi surprit par la rudesse de sa réaction. La Dalatienne avait alors croisé les bras sur sa poitrine sans se départir de son sourire. A plusieurs reprises, elle avait haussé un sourcil comme pour relever les propos du guerrier mais sans chercher à l’interrompre. L’homme semblait connaître son sujet et possédait, sans aucun doute, bien plus de connaissances concernant les engeances et les Enclins qu’elle n’avait pu en amasser depuis son entrée dans l’Inquisition. Que Corypheus et son dragon de compagnie ne soient pas des Archidémons ne changeait finalement rien à ses propres convictions. Les créatures devaient être arrêtées et toutes les possibilités envisagées. La Garde de l’Ombre trouverait sans aucun doute un rôle à jouer dans ce combat, quoique puisse en dire son représentant actuel.

Comme le dénommé Tyreas manœuvrait plus ou moins habilement pour changer le sujet, elle finit par se fendre d’un nouveau sourire et décroisa les bras. D’un mouvement sec, elle remonta le col de son manteau pour se protéger le bas du visage. Le froid était parvenu à apporter de légères couleurs sur sa peau ordinairement pâle.

- Entre deux Enclins, vous avez même le temps d’étudier d’autres peuples ? A croire qu’on ne vous donne pas assez de travail avec les engeances. Je remarque également que vous n'avez pas relevé ma question concernant votre expérience des maîtres d'armes.

La jeune femme s’était légèrement approchée de manière à pouvoir se protéger derrière un moellon du rempart. Comme elle relevait la tête pour retrouver le regard du Féreldien, elle fut une nouvelle fois frappée par la profondeur de ses iris. Dans la pâleur du ciel d’hiver, le soldat tranchait par ses yeux et ses cheveux d’un noir absolu. Par son teint, également, il se différenciait de la jeune femme. Comme elle poursuivait son étude, elle dût reconnaître qu’elle appréciait les traits secs et durs qu’offraient son visage. Les expressions s’y succédaient non sans grâce lorsqu’il parlait. Et comme elle réalisait alors son silence, elle finit par secouer légèrement la tête avec un sourire.

- Je m’excuse, c’est devenu un réflexe de répondre par l’ironie quand on s’intéresse d’un peu trop près à mes origines, lâcha-t-elle en haussant les épaules bien qu’elle n’eût pas vraiment l’air désolée.

Il était inutile de préciser la méfiance qu’évoquaient des oreilles pointues, une silhouette déliée et un accent trop prononcé. Si l’homme se trouvait présentement curieux sur le sujet, ce n’était pas le cas de la majorité de ses pairs. L’Inquisition, à l’instar de la Garde l’Ombre, pouvait au moins se targuer de ne faire aucune différence à ce sujet. Elle porta alors une main à son propre visage et, du bout des doigts, suivit le contour de ce qui aurait pu être son tatouage de sang.

- Disons que j’ai été contrainte de quitter mon clan avant de pouvoir être marquée. Cela veut sans doute dire que je ne suis pas vraiment une Elvhen même si je suis née dans une Aravel.

Elle avait prononcé les faits avec détachement, veillant à n’y ajouter aucune trace d’amertume. C’était une partie de son passé qu’elle avait dû laisser derrière elle. Réalisant alors la pente sur laquelle elle glissait dangereusement et ne souhaitant clairement pas s’étendre sur la suite de son histoire, elle releva la tête et planta son regard dans celui du Garde des Ombres.

- Mais je ne suis pas non plus un elfe citadin, « issu des bas cloîtres » pour citer vos propres mots, rajouta-t-elle avec un sourire désabusé.

Chassant ses propos d’un geste de la main, elle poursuivit sur un ton plus léger :

- Je n’ai rien d’une experte en la matière mais, à en juger par votre accent, je miserais sur Ferelden. J’ai vu juste ?
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