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Posté Dim 31 Déc - 17:13
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au NévarraFt. Soren Adrastus

Ce que la mort n'a pas emporté


La route fut longue et laborieuse ; le vent soufflait. Difficile à dire encore si c’était une bonne idée ou non, ou s’il savait ce qu’il était en train de faire, mais Dorian était bel et bien hors de l’Empire pour la première fois de son existence. Chose curieuse, que de quitter ses racines malades, dans l’espoir d’y revenir et de les voir guérir ne serait-ce qu’un peu. Mais penser cela était bien trop utopique, son état allait sans doute continuer de se dégrader. Enfin, pour l’heure, son attention se focalisait sur l’inconnu qui lui faisait face. Le sud. On racontait qu’ils n’aimaient pas trop les mages, et encore moins les Tévintides. Il en serait presque à se demander pourquoi, d’ailleurs. Les Tévintides, c’était une chose, mais les mages…

Son périple le conduisit au Névarra, la première étape de son long voyage. Il ne savait pas trop ce qui l’y attendait, surtout avec autant de messes-basses sur sa nation. Mais il connaissait l’Histoire avec un grand H, et se doutait que déjà là-bas, ce serait dur pour lui de convenablement se faire respecter. Jadis, le Névarra faisait partie de l’Empire, mais ils se joignirent à Andrasté pour lutter contre Tevinter. Et il était le mieux placé pour savoir que les mentalités changeaient difficilement, alors espérer quelques bontés hors de l’Empire… Cela aussi serait utopique.

Le fait était qu’il arrivait à Névarra, la capitale de toutes ces provinces. Et il allait devoir se préparer au pire, certes, mais surtout à ce qui l’attendait bien plus bas. Il ne connaissait nullement Férelden à proprement parlé, seulement au travers de vagues histoires, mais sans plus. Ce dont aurait besoin d’abord Dorian serait donc d’une carte détaillée, mais aussi de lecture pour se reposer les nerfs. Et il ne mit pas longtemps à trouver la bibliothèque de la cité. Un des seuls inconvénients était peut-être que la nuit tombait quand il arriva à destination.

Bien rapidement, alors qu’il réfléchissait déjà à une manière illégale d’entrer en observant les fenêtres de l’imposant bâtiment, il croisa la route de trois hommes à capuche. Sentant les ennuis arriver, seul dans une grande rue tout de même face à ces trois personnes, le thaumaturge s’empara de son sceptre d’une main habile, sans le pointer dans leur direction. Les trois autres s’arrêtèrent à une distance respectable, et un symbole attira l’œil du Tévintide, ce qui était loin de le rassurer : un crâne, orné d’une couronne et surplombé d’une étoile à cinq branches, était cousu sur l’une des capes. Des Mortalitasi. On racontait qu’ils avaient énormément de poids politiquement parlant, mais surtout qu’ils affairaient avec la mort bien souvent. Curieux venant d’un nécromancien de craindre d’autres nécromanciens, mais les rumeurs avaient le magique don d’influencer grandement.

Je tiens à le préciser, je ne cherche pas les ennuis.

Je t’ai vu arriver. Range ton arme, tu n’en auras pas besoin.

Plissant des yeux, il remarqua un léger détail : seul celui du milieu arborait ce blason, les autres pas. D’autant plus que ceux-ci ne semblaient pas si présents que cela. Intrigué, Dorian rangea tout de même son sceptre, sans pour autant ne rien faire. Une légère flamme violacée flirtait avec ses doigts. Là, il comprit. Evidemment. Ils étaient nécromanciens, après tout. Les deux autres « personnes » s’effritèrent soudainement, comme du sable emporté par le vent, les laissant seuls. Le Mortalitasi retira sa capuche et, constatant la non-surprise du thaumaturge, laissa un léger rire franchir ses lèvres.

Un nécromancien aussi, à ce que je vois. Mais tu es bien loin de chez toi, Tévintide.

J’ai des choses importantes à faire, mais surtout, j’aurais besoin de renseignements. Hum .. La bibliothèque est encore ouverte ?

Tiens, cela tombe bien que tu me le demandes, je suis justement le bibliothécaire de cet endroit. Enfin, un des bibliothécaires, mais je suis le seul qui travaille de nuit.

C’était curieux, le thaumaturge n’avait absolument pas pressenti de méfiance provenant du bibliothécaire, et cela était étrange pour lui. Il fallait rester aux aguets, si cela se trouvait, il n’était absolument pas heureux de le voir. Mais le Mortalitasi lui fit signe de le suivre, avec un sourire en coin non dissimulé. Le thaumaturge savait de moins en moins à quoi s’attendre une fois à l’intérieur.

Le bâtiment était immense. Mais alors, I-MMENSE. L’architecture était encore celle utilisée à Tevinter, signe que c’était une très vieille construction. Les structures s’élevaient considérablement, des voûtes serpentant dans chaque recoin. Et des livres à perte de vue. Le nez en l’air, Dorian s’était sans doute perdu au paradis.

Vishante kaffas …

Alors dis-moi, qu’est-ce que tu cherches précisément ?

Son regard clair se posa à nouveau sur son interlocuteur, qui lui riait au nez mais sans réelle méchanceté. Oh oui, elle était impressionnante, cette bibliothèque. Et pour ce qu’il cherchait… Avec autant de livres, il allait devoir rester ici des années pour tout lire. Ses yeux repartirent sur les étagères, soupirant par le nez.

Difficile à dire, maintenant que j’y suis ..

C’est une beauté cette bibliothèque, n’est-ce pas ?

C’est .. très impressionnant, en tout cas. Un chef d’œuvre .. … Enfin. Je me demandais s’il y avait des livres sur Férelden, des cartes ou quelque chose.

Férelden ? C’est loin tout ça.

Je vous l’accorde ..

C’était à l’autre bout du monde, mais il aurait besoin de s’y rendre pour retrouver Alexius et comprendre ce que diable voulait-il lui demander. Il avait encore la lettre sur lui, comme ça au moins il n’oublierait pas le nom exact du lieu. Le bibliothécaire lui fit signe de le suivre, sachant peut-être où fouiller. Ils montèrent des escaliers, longèrent une barrière finement sculptée pour rejoindre un premier étage. Puis il bifurqua sur la droite et prit d’autres escaliers, cette fois-ci en colimaçon et plus grossièrement taillées. Une fois en haut, le Névarran s’empara d’une clé pour ouvrir la porte qui se dressait devant eux. A croire qu’ils n’allaient jamais tellement de ce côté-ci de la bibliothèque. La porte en bois s’ouvrit dans un grincement pénible, et la poussière les accueillit en premier.

Ne fais pas attention aux apparences, le moindre morceau de papier ici possède une considérable valeur. C’est juste que les gens vont moins ici.

C’était une sorte de petite salle, comme une ancienne chapelle. Des vitraux vides, avec seulement le squelette, étaient présents sur la droite. Entre chaque espace, une rangée d’étagères. Sur la gauche, une barrière, entrecoupée de piliers circulaires simples. On pouvait deviner la trace de serpents sur les colonnes, s’enroulant autour de celles-ci. Et face à eux, deux colonnes d’étagères, répandues sur plusieurs lignes, et pleines à craquer de livres ou de parchemins. Au fond de la salle, il semblait qu’il y avait la place pour une statue, mais que celle-ci n’était plus là. Dorian regarda d’abord les étagères, puis se pencha vers la barrière pour regarder en bas, et constater toutes les autres étagères de ces lieux.

C’est vraiment impressionnant ..

Tu pourras rester ici pour tes recherches, je crois que l’essentiel se trouve ici. Des cartes, des livres sur leur Histoire, c’est à peu près tout ici. Allez, courage à toi. Mais n’oublie pas une chose : je suis encore en ces lieux, alors n’espère même pas tenter de dérober quoi que ce soit ici, parce que je le saurai, comme je t’ai vu arriver tout à l’heure.

J’ai énormément de respect pour ces maisons du savoir ; l’idée ne me viendrait même pas à l’esprit.

Tu fais bien. Allez, bonne fouille.

A ces mots, il referma la porte. On pouvait l’entendre descendre les escaliers. Dorian bailla soudainement, tout en allumant une flammèche d’une main pour y voir plus clair ; il y avait moins de lumière, ici. Puis il se rapprocha des étagères et y jeta un œil attentif. Les prochaines heures allaient être passionnantes. Il resta surtout vers toute cette accumulation de parchemins enroulés, qu’il serait bien curieux de voir. Regardant derrière lui, il aperçut une torche éteinte, chose bien utile quand on voulait manipuler du papier tout en y voyant quelque chose. Il s’en approcha et y glissa sa magie, avant de reprendre ses fouilles avec deux mains disponibles.

Dorian trouva une carte assez vague de Thedas, mais qui au moins situait les nations. A moitié abîmée, les coins avaient pâti avec le temps et l’humidité. Il trouva également une autre, simplement avec Férelden dessus. Alors pour être au sud, c’était vraiment au sud… Superposant toujours plus de cartes, il arrivait à voir un peu où il en était, et là, il sortit son fidèle Cognitio et un crayon, pour commencer à dessiner tout ce dont il aurait besoin. Il commença donc une longue série de croquis, d’abord plus global, puis de Férelden tout seul. Ayant ouvert son ouvrage, il put en sortir également cette lettre de son ancien mentor, sur laquelle il s’attarda quelque peu. Golefalois. Il l’avait située sur les cartes qu’il avait sous la main. Mais pourquoi aussi loin ? Et pourquoi maintenant ? Tant de questions, et qui n’auraient sans doute jamais de réponses, d’ailleurs.

Après plusieurs heures à trifouiller comme il pouvait dans ce petit espace, à lire et à se renseigner, un bruit attira son attention, en bas. Un bruit sourd, comme de livre qui tombe. Curieux et tiré de ses réflexions, Dorian se releva et s’approcha de la barrière. A première vue, il ne voyait pas grand-chose. Bricolant une petite lumière avec sa magie de feu, il put y voir plus clair. Quoique, pas tant que ça.

Mais il vit surtout une silhouette bouger en contrebas, trop petite et trop frêle pour que ce fût le bibliothécaire. Tiens, quelqu’un d’autre était présent en ces lieux ?

Intrigué, Dorian quitta son petit sanctuaire pour faire un tour à l’étage inférieur. Il descendit les marches après avoir refermé la porte derrière lui, et arriva dans ce fameux étage où il entendit du bruit. Le bibliothécaire ne semblait pas présent, pourtant .. Alors qui était là ? Mais bien vite, il retrouva sa trace, une vague ombre projetée contre une étagère en bois. Eteignant sa magie pour se faire plus discret, le thaumaturge approcha à pas de loup. Il y avait effectivement quelqu’un d’autre en ces lieux.

Il l’aperçut de loin. Une jeune personne aux cheveux blancs maculés et courts, se mouvant lentement au fil des étagères, un cierge dans la main, l’autres effleurant les livres de manière distraite. Et un bandeau, scindant sa claire chevelure en deux parts quasi exactes. L’espace d’un instant, Dorian se figea. Cette simple vision lui rappelait quelque chose, quelqu’un plutôt, mais pas n’importe qui. Tout s’arrêta subitement, sa respiration, les battements de son cœur. Non, ça ne pouvait pas être lui. Et au Névarra en plus, c’était encore plus improbable. C’était complètement fou, oui. Mais pourtant, il avait cette sensation de déjà-vu, et son intuition lui faisait rarement défaut. Mais surtout, s’il ne faisait rien, cette personne allait sans doute s’en aller, et il ne cesserait d’y repenser en regrettant de ne pas avoir commis l’erreur d’aller le voir. Retrouvant un semblant de souffle, tremblant tout de même, il finit par se résoudre à l’appeler de loin.

Hey ! Toi, là-bas, t .. Attends.

Presque instinctivement, ses doigts s’étaient refermés sur ce collier aux multiples pendentifs. Totalement perturbé, il sentit par cette même occasion son cœur lui exploser la poitrine de stresse. Faire face à quelque chose que l’on croyait perdue à jamais était toujours compliqué à gérer, et surtout effrayant. Parce que le cerveau jouait bien souvent de vils tours avec tout ça. Mais Dorian voulait en être certain.

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Posté Dim 31 Déc - 19:00




ce que la mort n'a pas emporté
dorian & soren

Il n'était pas rare que tu te faufiles en ville ces derniers temps. Tu trouvais un certain attrait pour la populace. Agile et la plupart du temps à l'écart de la foule, tu te fondais parfaitement avec le décor. Tu ne te faisais pas remarquer. Pour être discret, on t'avait bien dressé, ou éduqué disons. Tu avais encore du mal avec le mot "liberté" et son champs lexical. Tu ne pouvais te permettre de te reposer sur tes lauriers pour autant, même si tes esclavagistes étaient morts, pris dans le flot de ta rage contenue pendant plus de dix ans. Tu avais du sang sur tes mains, bien trop pour que tu puisses véritablement purger ta peine, mais maintenant que les choses s'étaient calmées, tu prenais le temps de vivre. Et pour cela, l'exploration était de mise. Tu voulais toucher tout ce que tu n'avais pas été capable de ressentir sous tes doigts avant. Tu voulais renifler toutes les odeurs dont tu avais été privées tant d'années. Et parfois, lorsque tu te rendais compte que tu n'étais plus que l'esclave de toi-même, tu retirais ce bandeau sur tes yeux sanguins, te permettant ainsi de contempler l'univers autour de toi, celui que tu n'avais jamais vu sous son vrai jour. Tu voyais, certes, mais différemment. Tu ne cessais de t'émerveiller pour un coup de peinture ou des vitraux rayonnant avec la lune, mais tu gardais dans un coin de ta tête qu'il n'y a rien de pire que l'innocence.

Celle-ci, tu l'as perdue, il y a longtemps, tu étais trop jeune pour comprendre ce qu'elle était vraiment. Ce qu'elle aurait du être, tu ne te berçais plus d'illusions, la vie était dure, surtout pour ceux qui ne plaçaient pas les choses dans leur contexte. Les faibles payent toujours, et tu t'étais pris à arrêter d'en être un. Oui, ce jour-là, où tes yeux si fragiles furent confrontés à ceux bruns de ta soeur, qui mourait lentement par ta lame, tu pris conscience de ce qu'était la vie et la mort. Parce que tu venais d'affronter cette dernière avec cruauté et lâcheté, en te privant de ta vue, on t'avait aussi inculqué des valeurs qui n'existaient pas. Il était difficile pour toi de l'expliquer avec des mots, tu avais ressenti tous tes pêchés en une seule fraction de seconde.

Cela faisait donc plusieurs jours que tu vagabondais çà et là dans la capitale du Névarra. Celle-ci portant d'ailleurs le même nom que sa nation, tu ne savais pas s'il s'agissait là d'un élan de narcissisme qui priva à toutes les autres villes le privilège de réellement exister à côté de la capitale, ou simplement par absence d'imagination, qui avait conduit les dirigeants à balancer cette inscription sur des papiers, les uns après les autres, pour finalement, ne jamais changer. Tu avais tant de choses à apprendre, oui, tellement, et tu te languissais de connaître davantage sur le monde que tu foulais chaque jour, sur ce qu'on t'avait interdit d'apprendre. Tu ne comprenais pas tout ce que tu lisais, parce qu'il y avait tant de mots que tu ne connaissais pas, tant de phrases encore inconnues et de tournures différentes. Après tout, tu avais été retiré de l'éducation très jeune, les lacunes étaient belles et bien présentes, plus que jamais, et tu te forçais à tout refaire, ton apprentissage de la langue, de l'écriture. Tu préférais les livres remplis de dessins, te permettant ainsi de comprendre plus aisément, mais tu pliais jamais devant un défi. Tu t'arrangeais pour savoir, pour agrandir cette soif que tu avais d'explorer chaque recoin d'un livre, d'un parchemin ou plus vaste encore, d'un lieu.

Cela faisait quelques mois maintenant que tu étais libre, libéré de tes chaînes, et quelques jours que tu sillonnais la bibliothèque de la ville, à la recherche d'ouvrages sur les différentes cultures. Tu n'aimais pas lire la poésie, tu n'en saisissais sans doute pas le sens pour les apprécier, les phrases ne te semblaient jamais correctes, et tu finissais toujours par froncer les sourcils et te demander ce qui était passé par la tête de ces auteurs. Ce fut sans étonnement que tu te dirigeas vers la bibliothèque, tardivement comme à ton habitude. Tu n'avais pas manqué cette occasion de pouvoir te glisser dans ce lieu que tu considérais comme sacré, lorsque tu appris qu'elle était également ouverte durant le tour de garde de la lune. L'homme qui s'occupait de l'endroit te reconnut, puisqu'il s'immobilisa quelques secondes à ton entrée dans le sanctuaire, mais tu ne pris pas la peine de le saluer. Trop sauvage, peut-être impoli et timide, tu ne savais rien des coutumes. Tu avais tant à apprendre.

Tes pas ralentirent un peu, prenant le temps de renifler l'air ambiant, l'atmosphère qui t'entourait, les délices de la sensation d'entendre ces écrivains franchirent les quelques millimètres entre leurs plumes et le papier. Tu sursautas presque lorsqu'un bruit vint perturber cette quiétude, tu devinais facilement que des livres étaient tombés, dans le plus grand vacarme qui soit, mais tu te contentas d'oublier. De poursuivre ton exploration. Tes doigts suivant les courbes si délicates et fragiles des libres, tu gardais dans ton autre main, un cierge. Tu n'avais pas encore retiré ce qui te barrait la vue, mais tu le ferais pour prétendre pouvoir lire. Sur le moment, tu te contentais de retracer les reliures des bouquins que tu effleurais lentement, te déplaçant tout aussi rapidement le long de la rangée. Tu ne te contentais pas de toucher. Tu t'évadais, loin de cette réalité, loin de ce que tu avais pu et pouvais vivre, tout était oublié, laissé derrière. Tu captais jusqu'à la moindre petite caresse sur le cuir et le papier sous ton épiderme, tu n'entendais pas le reste. Concentré sur tes sens endoloris par l'endroit calme et serein, tu te surpris à reconnaître un cliquetis parmi tout cela. Un doux son que tu avais déjà écouté auparavant, que tu avais pris la peine de reconnaître parmi tout autre écho. C'était comme s'il se détachait du reste, comme s'il t'appelait. Et puis, il y eut, cette voix. Ces mots.

Hey ! Toi, là-bas, t .. Attends.

Cette sensation dans ton âme qui brûla. Tu restas paralysé. Tu étais pleinement conscient de la présence dans ton dos, alors que tu ne daignais pas bouger. Tu agissais avec la plus grande prudence, alors qu'il n'était rien d'un ennemi. Un léger parfum te parvint, et ce nouveau petit bruit. Deux univers distincts s'entrechoquaient juste avant que cette personne emprisonne le tout au creux de sa main. Tu n'avais pas besoin de voir ce genre de choses pour le deviner, il y avait eu des sons, un, plus violent, et puis, maintenant, les échos du passé qui revenaient te hanter. Tu étais devant une impasse, tu n'étais pas certain de savoir comment réagir, de pouvoir parler, d'avoir même le droit de le retrouver. Il avait grandi lui aussi, vieilli, plus que toi. Sa voix était celle d'un homme, sa carrure aussi, contrairement à ce que tu pouvais bien laisser entrevoir de ta personne. Tu entendis ensuite des paroles plus loin, mais tu n'y pris guère attention. Parce que tout ce qui comptait pour toi, c'était lui.

Bizarrement, malgré les années, il avait gardé cette odeur si familière, si rassurante. Tu t'étonnais à la distinguer encore des autres parfums, mais après tout, tes sens avaient véritablement une signification pour toi, ils n'étaient pas juste là pour faire jolis. Ils te rappelaient des choses, faisaient remonter des souvenirs vieux de plus dix ans, et tu te permis de penser que ta mémoire était donc mise en marche lorsque tu prenais le temps de ressentir toutes tes actions, tout ton environnement. Il était inutile de te retourner, et pourtant, posant la cierge allumée sur un petit bougeoir prévu à cet effet, pour les pressés qui devaient se servir de leur deux mains pour prendre et regarder les ouvrages fragiles, tu lui fis face. Comme s'il était impératif que tu oublies, que tu tentes de te convaincre qu'il n'était pas là, qu'il n'était que le fruit de ton imagination. Et pourtant, celle-ci ne semblait généralement pas aller aussi loin. Tu ne pouvais faire ça, malgré tes efforts, tu étais incapable d'inventer cette voix, ces mots, cette présence. Tu n'étais pas doué pour les échanges d'ordre oral, tu n'entendais que très rarement le timbre qui faisait vibrer tes cordes vocales, et pour la première fois depuis longtemps, tu avais peur. Finalement, lui faire face n'était pas une bonne chose, et l'un de tes pieds recula avec hésitation. Représentait-il une menace ? Tu étais incapable de le savoir.
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Posté Dim 31 Déc - 20:33
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au NévarraFt. Soren Adrastus

Ce que la mort n'a pas emporté


Ce qui était encore plus mystique dans cette étrange histoire, était cette sensation que rien n’avait changé, qu’ils n’avaient pas grandi. L’espace d’un instant, il aurait juré qu’il était resté enfant, comme la dernière fois qu’il l’aperçut. Les souvenirs continuaient de toujours plus embrumer ce qu’il voyait vraiment, mais dans tous les cas, Dorian s’était figé devant ce qu’il voyait, autant que la personne qu’il appela. Rien. Il ne répondit rien. Cela dit, il se tourna vers lui, ce qui amplifia davantage sa nervosité. Le souffle court, le thaumaturge s’approcha lentement. Ses yeux étaient bandés, mais il pouvait enfin voir son visage, et c’était le même à certains traits près. Mais c’était le même. La seule différence se trouvait dans ce qui le distinguait d’un enfant, mais sinon, ce n’était pas grand-chose.

Mais il lut de la peur sur son visage blême. Chose compréhensible, lui aussi était méfiant, apeuré .. peut-être pas jusque là, ou alors, il refusait de l’admettre correctement. Et quand il eut le réflexe de reculer, le thaumaturge eut un réflexe aux racines démesurées, mais quelque chose entra en ébullition en lui, lui brûlant le corps de l’intérieur. Ça, c’était de la peur. Mais pourquoi ? De quoi avait-il peur, exactement ? Sans doute de le voir s’en aller et de ne plus réussir à le trouver, ce devait être ça que craignait Dorian en cet instant.

S’approchant lentement de lui, il s’arrêta subitement, les mains tendues devant lui, comme pour tenter de le rassurer. Même si bon, il ne pourrait pas concrètement le voir…

Non, Attends ! ... Je ne suis pas une menace pour toi, et tu le sais.

Même s’il parlait doucement, sa voix qu’il surprit tremblante portait avec la réverbération des lieux. Maintenant, même de parler devenait difficile. Il avait pris son temps pour articuler chaque mot sans marmonner, et ce, avant que sa gorge ne se serre. Il avait cette impression, celle de se faire compresser la cage thoracique d’une tension dont la provenance lui était inconnue. Et il se maudissait de ne pas le savoir. Était-ce l’angoisse de retrouver un mort, ou de finalement le voir partir ? Question cornélienne.

Malgré tout, Dorian reprit son souffle et s’avança à nouveau vers lui, lentement, mais sûrement. Il ne voulait pas l’effrayer, ni même le laisser partir, maintenant qu’il était certain de qui il avait en face de lui. Pour ne pas le brusquer, il conserva une certaine distance, mais était désormais bien plus proche de lui qu’avant. Il souffla un coup, toujours autant tendu, toujours autant mal à l’aise. D’une main encore tremblante, il sortit son pendentif, qu’il regarda un instant avant de reporter son attention sur celui qui le lui avait donné. Sachant par avance que de le lui montrer ne servirait à rien – ses yeux étaient après tout bandés –, il s’amusa cependant à prudemment et à lentement le secouer, laissant les deux pendentifs se heurter dans ce son simple, relativement aigu et reconnaissable entre tous, ou en tout cas d'eux deux.

C’est moi, .. c’est Dorian. Je sais que ça fait longtemps, mais je ne pense pas que tu m’aies oublié.  

Il arrêta son petit manège, reportant son regard clair sur ce fameux collier, songeur. Il parlait peut-être un peu vite, mais il ne l’avait pas oublié, lui, pourtant. Alors pourquoi ne serait-ce pas son cas, après tout ? Sachant qu’il n’aurait pas de réponse, Dorian se risqua malgré tout à avancer encore de quelques lents pas. Ses mains tremblaient à leur tour. Mais son regard restait perdu sur ce simple objet qui pourtant avait tant de valeurs. Il ne put que vaguement marmonner, comme s’il se parlait à lui-même.

Tout comme je ne t’ai pas oublié, moi ..

Puis il leva la tête à nouveau vers lui. Un autre détail le chiffonna. Une drôle de couleur peignait ses mots depuis qu’il l’aperçut, depuis qu’il lui parlait. Un mélange de rassurance et d’inquiétude, de bonheur et de souffrance, c’était .. compliqué à expliquer. Autant que compliqué à comprendre, déjà. Mais il était certain d’une chose : ça faisait mal, ça piquait. Ça brûlait les poumons et ça serrait la gorge. Cela faisait tellement de temps qu’il ne l’avait plus revu… plus d’une décennie en tout cas.

Et même après tout ce temps, un vent d’hésitation l’étreignait, ou l’étouffait. Dorian ne savait pas vraiment quoi faire, et cela devait se ressentir fortement. Cela l’énervait d’une part. Il restait donc là, à bêtement le regarder sans oser faire davantage, de peur de le faire fuir à nouveau, mais aussi parce qu’il ne savait pas trop comment réagir, ou ce qui serait plus adéquat à faire.

Ce collier .. tu me l’avais offert il y a longtemps. Et pourtant, je l’ai encore, il est même resté intact. Je t’avais aussi offert un petit quelque chose. Pour pas qu’on s’oublie.  

Il s’exprimait avec une mélancolie puissante et non dissimulée, ce qui laissait paraître certaines peines, certains regrets aussi sans doute. Son regard clair s’était à son tour attristé, malgré cette boule au niveau des tripes. Il avala sa salive, se rendant compte finalement qu’un seul élément le dérangeait dans cette histoire. Il avait mille questions en tête à lui poser. Comment il allait, ce qu’il devenait, ce qui s’était passé, où il était, s’il savait pour sa sœur invivable,… Pourtant, avec autant d’interrogations, une seule phrase avait eu le mérite de franchir ses lèvres et de résonner dans ce vaste édifice.  

Et s’il te plaît, regarde-moi .. parle-moi .. Soren…

Soren. Rien que d’avoir prononcé enfin son nom, cela faisait drôle au thaumaturge. Il avait réellement l’impression de parler d’un mort, ou d’un fantôme de son passé. Pourtant, il était bel et bien en face de lui, et c’était vraiment lui. C’était vraiment étrange. Mais d’avoir prononcé son nom le laissait finalement sans voix, sans possibilité de continuer à lui parler. Son pouls s’accéléra, alors que le stresse revint à la charge. Et s’il allait simplement disparaître parce qu’il a été trop loin ? Aurait-il dû finalement autant s’avancer près de lui, malgré la distance encore présente ? Trop de questions sans réponses, pour l’heure.

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Posté Dim 31 Déc - 21:58




ce que la mort n'a pas emporté
dorian & soren

Ton visage pourtant inexpressif d'ordinaire se plia quelque peu avant que tu ne te retournes pour lui faire face. Tu avais mordu ta lèvre, pour te préparer à ce que tu allais faire, pour te donner du courage. Et maintenant que tu lui faisais face, tu te demandais si c'était une bonne idée. Si tes décisions si sagement réfléchies en temps normal étaient toujours là quelque part, dans ta tête. Tu venais de faire une erreur, sans doute aurais-tu du prétendre à ne pas le connaître, mais rien que de sentir cette odeur, tu te sentais différent. Cela remontait à cette époque où tu n'étais encore qu'un enfant, dans les jupes de ses parents, qui courait timidement vers cet ami si précieux à tes yeux. Oui, tu avais été ainsi un jour, à lâcher quiconque pour aller le retrouver, et lui sourire. Bien loin d'être heureux durant ton enfance, tu avais su faire fi de tout cela en sa présence, parce qu'il était comme un grand frère, celui que tu n'aurais jamais. Celui qui te parlait bien, qui t'encourageait sur ta magie inexistante, qui te faisait des compliments, auxquels tu ne répondais que par des petites bouilles mignonnes d'enfant. Aujourd'hui, ce n'était plus la même chose, pourtant, le sentiment familier était là, présent entre vous, tu pouvais le ressentir dans tout ton corps. Tu le regardais d'une bien autre façon que la normale, tu analysais ses gestes, leur poids, et la conséquence de sa voix, bien que discrète, chaleureuse et douce. Il était grand, bien plus que toi, tu en étais certain. Tu tentais de refaire les traits de son visage lorsqu'il avait une quinzaine d'années, lorsque tu le voyais de moins en moins à cause de ses cours au Cercle de Tevinter, mais tu visualisais une version plus mature de lui.

Ton imagination avait ses propres limites, tu le savais. Tout ce que tu pouvais bien tenter de concevoir te faisait peur. Savoir que Dorian se trouvait dans la même pièce que toi soulevait de nouvelles sensations et ton cœur accélérait à mesure que les secondes passaient. Pourtant, tu les comptais. Toujours, comme un décompte à ta propre vie. Comme pour connaître l'heure exacte, les minutes avec précision d'un élément de ton existence. Tu savais que ce n'était pas bien, que cela te détruirait avec le temps, parce que ce dernier était devenu une obsession et que tu ne passais pas une seule seconde à ne pas compter. Peut-être qu'il y a longtemps, tu t'étais mis à compter pour passer le temps, savoir combien de temps il te restait à vivre, combien de temps tu tiendrais le coup, mais était-ce important aujourd'hui ? Cette foutue mémoire ne pouvait pas te laisser tranquille, s'en aller, te faire oublier. Tu aurais du oublier. Tu n'aurais pas du reconnaître ce cliquetis, ni cette odeur, ni la douceur et l'accent de sa voix. Pourquoi ?

Ton cœur fit un bon dans ta poitrine, surpris qu'il essaie encore de s'approcher de toi. Il ne savait pas ce que tu avais fait, non, il ne devait pas savoir. Où était Soren, l'enfant si innocent, si gentil ? Parti, abandonné dans le fond de sa cellule, laissé derrière après avoir tué son propre maître d'armes, puis ses maîtres. Ton corps entier se paralysa, tes deux pieds ne voulaient pas bouger, et pourtant, s'il s'approchait encore, tu ne savais pas comment ces retrouvailles involontaires tourneraient. Entendant ses gestes, le froissement de ses vêtements et les échos qui te revenaient, tu devinas qu'il essayait de te rassurer, de ne pas te faire fuir. Lui-même ne savait pas comment t'aborder visiblement, et bien que ton visage soit aussi inexpressif et stoïque qu'une statue elfique, ton teint palissait à vue d’œil. Tes réactions, tu les trouvais exagérées, et pourtant, tu étais incapable de contrôler quoi que ce soit. Perdu, tu l'étais plus que tu ne voulais bien te l'avouer.

Tu serras les poings pour contrôler tes émotions, ton corps qui semblait vouloir céder à la panique et ton cœur qui se liquéfiait à mesure que Dorian venait vers toi. Tu voulais bouger, oui, faire un geste, reculer, fuir, courir, mais plus aucune commande sur ton organisme ne répondait. Ton organe vital ne cessait de pomper ton sang à une vitesse folle. Bizarrement, tu te sentais vivant. Une sensation que tu avais sans doute oubliée aussi, en même temps que celle d'être libre. Le parfum de plus en plus présent de Dorian ne te laissait pas de marbre malheureusement, et lorsqu'il confirma son identité, la jointure de tes doigts devint blanche, si blanche, que tes phalanges auraient pu exploser. Tes yeux fermés parvenaient à voir la distance qui s'émiettait lorsque Dorian faisait un pas, puis un autre. Il venait, pourquoi ? Non, stop. Tu voulait hurler qu'il s'arrête, qu'il ne vienne pas, qu'il reste loin, mais malgré tout ce que tu avais envie de faire, une partie de ta tête n'était pas du même avis.

Le cliquetis de ces pendentifs sonnaient une mélodie bien étrange aujourd'hui. Tu pouvais encore voir avec exactitude les traits fins sur le squelette du collier. Tu savais à quoi il ressemblait, la lune et le soleil, conjointement assemblés. Ces deux rois dans le ciel, qui peuplaient chacun à leur tour la terre des Hommes. Le jour et la nuit. Voilà ce que vous aviez toujours été Dorian et toi, mais la signification avait bien plus de valeur à présent. Il était un mage, un Tevintide jusqu'au rouge de son sang dans ses veines, alors que toi, tu n'étais que l'ombre disgracieuse de ta famille, la lune, se cachant des rayons trop brutes et lumineux du soleil. De Dorian. Ton visage se baissa légèrement vers le sol, comme un enfant qui serait pris sur le fait d'une faute grave, comme honteux d'être ce que tu étais. Non, tu n'avais pas oublié. En même temps que ces pensées, la voix du mage confirma la même chose.

Tu peinais à mettre de l'ordre dans tes pensées, tout était trouble, tout arrivait en même temps. Ta confusion te faisait peur, les battements de ton cœur trahissaient des sentiments encore inconnus et bien que tu aimais l'aventure et explorer des endroits dangereux, là, ce n'était pas pareil. Parce qu'il s'agissait de ton passé à toi, pas celui des elfes, pas celui de quelqu'un d'autre. Il te concernait toi, et cela t'effrayait au point de ne plus pouvoir agir. Devant la voix tremblante et émotive de Dorian, étrangement, tu ne te sentis pas rassuré. Comme un mort revenu à la vie, ton ami d'enfance te parlait comme à une marionnette, comme à une chose fragile prête à se briser à la moindre parole, et tu n'aimais pas ça. Tu n'étais pas un enfant, tu n'étais pas faible, non, tu avais enduré assez de choses pour te dire que tu n'étais plus comme ça. Plus jamais tu ne le serais.

Et s’il te plaît, regarde-moi .. parle-moi .. Soren…

Entendre cette supplique te fit battre en retraite. Tes épaules s'affaissèrent sur le coup, tu te détendis un instant, perdant le combat. Tes émotions passaient au-dessus de tout ce que tu avais forgé, tout ce que tu avais construit. Il te demandait de le regarder. Ce bandeau. Il était la seule barrière à vos retrouvailles, et tu n'étais pas certain de pouvoir accuser le coup si tu décidais de le retirer. Serais-tu capable de passer à autre chose ensuite, d'oublier votre amitié, pour te délivrer de sentiments que tu ne comprenais pas. Telles étaient les questions qui te tourmentaient, tu laissais Dorian t'attendrir, baisser ta garde, tu laissais quelqu'un que tu ne connaissais plus, t'atteindre. Dans un geste lent, mais contrôlé, tu desserras l'un de tes poings pour venir tirer sur la chaîne autour de ton cou, cachée par tes vêtements. Tu gardais cette chose si près de ton cœur, si précieusement, que tu avais presque failli oublier d'où elle venait. Ce pendentif que tu avais serré si fort qu'il t'avait autrefois coupé les doigts, celui sur lequel tu avais prié n'importe quel Dieu de te venir en aide, d'accorder au moins un millième de ce que tu demandais. Tu voulais qu'on te retrouve, qu'on te ramène à la maison, même si tu subissais le courroux de ta sœur et le regard indifférent de tes parents. Tu étais dans le confort, et cela t'avait toujours paru naturel, avant que tu ne sois enchaîné, dans une cage minuscule. Dorian n'avait pas conscience de tout cela. Ou peut-être savait-il ce qu'il s'était passé, mais tu doutais vraiment. Tu tiras un peu plus sur cette chaîne, avant qu'un pendentif argenté ne soit découvert de ton col.

Je n'ai pas oublié.

Ta voix n'était pas aussi claire que tu l'avais imaginée dans ta tête. Elle n'était pas non plus aussi grave que celle de ton ami, parce que quelque chose avait retenu ton corps de changer, que tu avais eu une vie telle que ta croissance s'était arrêtée à un moment donné. Bien loin d'avoir le timbre puéril que l'on pourrait te donner, tu n'avais pas non plus la prestance d'un véritable homme. Tu eus besoin de reprendre ta respiration plusieurs fois, discrètement, pour éviter de sombrer, d'exploser. Tu pinças tes lèvres, inconsciemment, comme si tu parvenais à avoir des réactions naturelles et humaines en présence de Dorian. Tu ne t'en rendis même pas compte. Ce qui t'obnubilait à présent était de savoir si tu enlèverais ton masque ou si tu le garderais sur ton visage. Tu avais peur de ce que cela pourrait déclencher. La dernière fois que tu avais regardé quelqu'un dans les yeux ... Que tu avais vu son regard brun s'éteindre et tout ce qui pouvait s'y lire aussi, ça t'avait changé. Complètement. Tu n'étais pas certain de pouvoir assumer. Sous ton bandeau, tes sourcils formèrent des virgules perplexes, alors que tu tenais avec fermeté ce collier entre tes doigts, celui-là même que tu venais de lui exposer. Une partie de toi, de ton passé, de ton existence. Un morceau que tu ne pourrais jamais retirer, jamais perdre. Tu avais remué ciel et terre pour le garder, il signifiait tout et rien pour toi, mais la liberté était le mot que tu avais toujours associé à ce vol d'oiseaux métallisé.

Je ne peux pas ... Je ne dois pas te regarder Dorian.

Parce que cela deviendrait compliqué. Tu avais peur de ce que tu pouvais comprendre rien qu'en respirant son odeur et en écoutant ses gestes, analysant par la même occasion le timbre de sa voix, les échos qui semblaient se répercuter sur les murs pour te frapper avec plus de force à chaque fois. Tes traits se déformèrent légèrement, un tic nerveux que tu découvris en même temps qu'il apparut, caressant de ton pouce la surface lisse de ton collier. Et s'il voyait, juste en un regard, ce qu'il s'était passé ? Et si tu découvrais ce qu'il ressentait en te revoyant maintenant, une bonne dizaine d'années plus tard ? Une boule se forma dans ta gorge, tu tentas de déglutir, mais elle refusait de partir. Pourquoi. Pourquoi tu te sentais ainsi, tu ne comprenais pas.
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Posté Lun 1 Jan - 20:40
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au NévarraFt. Soren Adrastus

Ce que la mort n'a pas emporté


A vrai dire, Dorian commençait à perdre foi. Si cela se trouvait, il avait eu une autre vie totalement ailleurs, et il l’avait oublié avec le temps qui s’écoulait. Pourtant, une infime part de lui-même continuait de croire que ce n’était pas fini, qu’il y avait encore quelques miettes de leur amitié rongée par le passé. Le temps les avait éloignés sans doute trop longtemps, ou alors pas assez pour passer à autre chose. Il restait une minuscule petite miette de rien du tout, mais au moins, il restait quelque chose.

Et s’il avait fini par oublier tout ça ?

Partagé entre ces deux opinions, indécis sur ce qu’il devait penser ou croire, il ne bougeait plus. Son regard se baissa, puis se ferma l’espace d’un instant. Il souffla du nez. Tout s’était envolé, il fallait croire. Sans doute s’était-il fait de faux espoirs, en pensant que Soren, qu’il avait de nombreuses fois protégé de sa sœur ou d’autres abrutis belliqueux, cet ami d’enfance, son ami d’enfance, aurait tout balayé d’une main sans vraiment s’en soucier davantage que cela. Oublier le passé pour mieux avancer. Cela aidait toujours, et sans doute que le thaumaturge aurait dû faire de même. Mais dès à présent, les chaînes du passé contre sa peau serraient toujours plus. Frottaient. Eraflaient. Mais ses cliquetis en épousèrent d’autres, qui à l’inverse sonnaient doux à ses oreilles. Dorian leva la tête, le regard égaré, et aperçut ce qui lui semblait soudainement comme un mirage, une illusion de l’esprit pour bêtement se rassurer.

Non, il l’avait vraiment dans la paume de sa main.

Cela faisait moins mal, tout à coup. Tout le poids de ses interrogations précédentes s’envola subitement. Dorian respirait plus fortement, sans doute pour cacher quelque émoi. Après tant d’années, de revoir ce pendentif ne laissait pas indifférent. Mais le nécromancien se força au calme, serrant maintenant les dents et croisant les bras sur sa poitrine, comme pour empêcher son cœur d’exploser sa cage thoracique.

Je n'ai pas oublié.

Sa voix était encore reconnaissable entre mille, même aujourd’hui. Elle n’était pas bien grave, mais cela s’entendait qu’il n’était plus un enfant. Il n’avait pas oublié. Cette simple phrase le heurta avec force et sembla raffermir Dorian sur ses appuis. Il se redressa un peu mieux, serrant toujours plus ses bras contre sa poitrine comme pour contrer une douleur. Des mots voulaient franchir ses lèvres, mais il ne savait pas lesquels. Un silence balaya la salle, entre eux deux. Les émotions l’étranglaient depuis un bon moment, mais maintenant, les sentiments s’en mêlaient. Ceux qui persistaient malgré le temps qui s’en allât à jamais, ce temps qui oubliait bien facilement les émotions, mais pas les sentiments.

Tous deux s’opposaient pourtant ; les émotions, la nostalgie de le revoir, l’incitaient au silence, à une souffrance qui paralysait la gorge et serrait le cœur. Mais les sentiments rêvaient d’exploser, de jaillir hors de lui rien que pour lui dire à quel point il était heureux de le revoir, en tout cas en un seul morceau – à première vue. Il voulait l’exprimer avec des mots, cette euphorie encore enfouie en lui. Mais à la place, déchiré entre ces deux ressentis, entre le feu et la glace, le thaumaturge ne disait rien, ne montrait rien. D’ordinaire, il était bien facile pour lui de dire ce qu’il pensait, de faire ce qu’il avait envie de faire, mais face à ce seul être, cela devenait la plus pesante des épreuves. Pourquoi.

Il n’avait pas oublié. Dorian se souvenait, emprisonné dans sa mélancolie, de ces instants qu’il avait passés avec lui. Quand il avait besoin qu’on le rassure, qu’on le protège des maux de ce monde. Et c’était ce qu’il faisait, il le rassurait, le protégeait. Il se souvenait de ces petits sourires qu’il n’adressait qu’à lui, de ce bonheur quand il le retrouvait. De tout un tas de choses qui semblaient avoir disparu désormais. Il semblait tellement plus froid, plus distant. Mais le thaumaturge était certain d’une chose : que rien de tout ça n’avait complètement disparu. En y repensant avec plus d’attention qu’avant, un léger rictus apparut sur son visage mate, un sourire qui s’effrita presqu’aussitôt.

Je ne peux pas ... Je ne dois pas te regarder Dorian.

Et pourquoi pas ?

Ce n’était pas de la colère qui faisait de l’ombre à ces mots, mais une forme de frustration, de confusion, de tout un tas de choses qui maintenant ne venait pas que des émotions. Cet étrange mélange entre les deux répondaient à de la révolte, à de l’incompréhension. Mais d’une part, il sentit que sa réaction était bien trop brusque, que ses mots l’avaient piqué comme les siens juste avant. Dorian se pinça l’arête du nez en soufflant ce qu’il essayait de ravaler, et retrouva un semblant de calme. C’était bien trop agité pour lui. Mais il savait qu’il s’était emporté plus qu’il n’aurait dû.

Excuse-moi ..  

Dans le fond, il ne savait pas tout l’impact que pourrait avoir cette unique phrase. De quoi s’excusait-il, de ne pas comprendre ce refus ? De ne pas l’avoir retrouvé plus tôt qu’en ce jour ? Ou de simplement être là, malgré lui, alors que, si cela se trouvait, Soren cherchait à tourner la page, à tout oublier. A tout reprendre depuis le début. S’excusait-il d’être ainsi précipitamment réapparu dans son existence alors que, maintenant, il semblait la reprendre en main ? Peut-être. Dans tous les cas, et telle était la nature d’un thaumaturge, Dorian voulait comprendre ; et il serait bien loin de lâcher l’affaire. Car disparaître aussi jeune, retrouver la trace de sa famille mais sans Soren parmi eux, il y avait anguille sous roche. On lui avait dit qu’il était mort. Ses propres parents le lui avaient dit. Connaissant la face cachée de cette lune malade qu’était Tevinter, il redoutait de plus en plus le sort funèbre qui frappa le petit jeune homme pâle qui se tenait devant lui. Soren qui cachait bien évidemment, et il n’en doutait nullement. Car c’était une des premières choses que l’on apprenait aux enfants de l’empire, on leur apprenait à cacher, à faire semblant. Et certains faisaient par la suite bien pire que cela.

Soren .. que t’est-il arrivé ?


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Posté Mer 3 Jan - 13:44




ce que la mort n'a pas emporté
dorian & soren

Avec une hésitation à peine dissimulée, tu tiras sur la chaîne autour de ton cou, afin de faire pendre le pendentif. Il bougeait comme un pendule avant de se stabiliser. Tu ne savais pas quoi faire ni quoi dire, tu restas là quelques secondes avant de prononcer l'évidence même de ce geste. Tu n'avais pas oublié. Non, tu n'avais rien oublié de ce que vous aviez vécu et là était le problème. Tout ce qui concernait ta vie passée était compliqué, tu préférais fuir qu'affronter ton ancienne vie. C'était fini, et tout ce qui comptait aujourd'hui était de rattraper tout ce temps perdu. Tout l'apprentissage dont tu avais été privé, tu devais tout refaire, depuis le début, en commençant par apprendre à vivre à nouveau. La chaîne continua d'émettre de légers sons, les nombreux maillons du métal se frottant les uns aux autres, créant ces bruits. Tu ne les entendais pas si souvent, ne te permettant pas d'y toucher aussi souvent que tu en aurais besoin, le cachant de la vue de tous, comme un précieux butin que tu gardais jalousement uniquement pour toi. Ton visage se tourna légèrement pour que ton oreille capte le changement de respiration de Dorian, tu ne savais pas comment interpréter cela. Tu n'avais pas l'habitude de ce genre de situations, les seuls sentiments que tu repérais facilement étaient ceux de la peur, du tourment, de la peine et de l'isolement. Dans le néant total, tu continuas d'analyser ces gestes, et d'essayer d'en trouver la signification. C'était certainement la chose la plus difficile à faire.

En entendant le tissu se froisser entre les doigts de Dorian, ayant préalablement croisé les bras juste avant, tu te demandas s'il n'était pas temps pour toi de prendre congé, d'arrêter cette comédie, cette fiction qui ne semblait toujours pas réelle pour toi. Pourtant, tu savais que tu ne rêvais pas, que tu étais bien debout, et que tes sens étaient plus en alerte que jamais. Il produisait un effet monstre sur toi, si bien que lorsque tu lui confias avec hésitation que tu ne pouvais pas le regarder, sa réponse te poussa à serrer les poings à nouveau. Ton corps tout entier se tendit d'un seul coup, comme la corde bandée d'un arc prêt à lancer sa dernière flèche, prêt à céder sous le poids de simples mots. Tu restas crispé quelques instants, fronçant les sourcils sans que Dorian ne puisse voir quoi que ce soit. Ton bandeau et la longueur négligée de tes cheveux aussi, empêchaient les gens de voir quoi que ce soit. L'inexpression de ton visage était marqué par une bouche constamment identique, jamais de sourire, de grimaces peu importait lesquelles, tu restais stoïque, fidèle à toi-même, ressentant tout mais multiplié par dix à chaque fois, à l'intérieur. Tu eus le réflexe de faire un pas en arrière, renforçant ce fossé que tu laissais entre vous, que tu ne voulais pas qu'il comble.

Tu expiras un grand coup pour retenir l'émotion qui se manifestait en toi lorsqu'il s'excusa. Depuis combien de temps n'avais-tu pas entendu ces mots. Depuis combien de temps plus personne ne faisait attention à ce que tu ressentais. Depuis tes onze ans environ. Depuis que Dorian ne faisait plus partie intégrente de ta vie. Oui, depuis tout ce temps, personne n'avait veillé sur toi. Forcé de prendre des décisions que tu ne pouvais prendre toi-même, on t'avait poussé à devenir un monstre. Ce même monstre aux cheveux blancs, tout frêle, tout petit, avec ses yeux effrayants, semblables au lyrium rouge. Tu avais peur. Terriblement peur. Et tu ne savais pas comment gérer tout ce qui cherchait à te submerger. Quelques secondes en présence d'une personne de ton passé, et voilà, que tu finissais par te démonter complètement.

S'il t'en avait été possible, tu aurais fermé les yeux, tu aurais montré la difficulté à parler de ce qu'il t'était arrivé, de raconter les événements que tu avais été forcé de regarder, de faire, la férocité de tes actes tels qu'on te les avait imprimé dans le crâne. Mais tu ne pouvais pas lui dire tout cela, c'était compliqué, beaucoup trop, et tu en souffrais encore, malgré le fait que tu tentes toujours d'oublier. Sans doute que le problème était ici, tu évitais plutôt que d'affronter, tu fuyais tes émotions et tout ce qui pouvait t'être négatif pour un confort illusoire, temporaire. Tu laissas retomber quelques instants ta tête en arrière, tu avais besoin de reprendre tes esprits, pourquoi cette boule dans ta gorge devenait de plus en plus grosse, de plus en plus difficile à contenir. Il y avait aussi ces picotements dans ton nez, ceux qui annonçaient le début de tes faiblesses. Tu ne pouvais pas lui dire, tu devais rester fort. Tu n'étais qu'un monstre sanguinaire, et à une époque, on avait été fier de te nommer ainsi, aujourd'hui, malgré qu'il fasse une part de ta fierté, tu le trouvais détestable, Dorian ne devait rien savoir.

Il était hors de question que tu commences à parler de toi, de ce qu'il était advenu du petit Soren innocent qu'il avait connu. Et pourtant ... Dans un geste agacé que tu ne cherchas pas à cacher, tu retiras d'un seul coup ton bandeau, offrant alors à Dorian cette couleur que tu détestais tant. La prunelle de tes yeux, aujourd'hui remplie d'une tristesse et d'une rancune que tu peinais à contenir au fond de toi.

Vois par toi-même. Que s'est-il passé ? Que m'est-il arrivé ? Que vois-tu Dorian ?

Tes mots étaient durs, tu le fixais de cet éclat capricieux. Tu étais en colère, oui, parce qu'il essayait de creuser en toi, de savoir ce qu'il s'était passé. Tu aurais voulu fuir avant, tu aurais du le faire. Seulement, ce simple parfum, ce doux cliquetis familier, toutes ces sensations t'avaient maintenu sur place, il n'y avait plus rien à faire. Sans le vouloir, tu offrais à Dorian un puzzle qu'il devait lui-même faire, sans avoir un seul indice, ou même un seul point où commencer.

Ton apparence était celle d'un adolescent, tu n'avais pas grandi comme il le fallait. Ta voix, aussi, n'avait pas subi autant de changements que Dorian. A quelques différences près, tu avais l'impression d'avoir dix ans, et de tourner autour d'un mage accompli. Tu n'avais pas ta place à ses côtés, ni même dans un tout petit bout de sa vie. Son charisme était davantage décuplé, et tu te sentais pitoyable. Tes paupières se plissèrent un peu, l'observant avec insistance, tu détaillais et imprimais chaque détail, chaque contour, chaque couleur de son visage, de ses vêtements, de ses gestes. Tu ne devais pas faire cela. Tu te détruisais, mais ton coeur qui battait à cent à l'heure semblait passer au dessus de ta volonté. Incapable de soutenir son regard plus longtemps, accablé par les marques du passé, par cette différence physique notable, tu laissas ton regard glisser sur le sol, retenant toujours cette énorme boule sentimentale dans ta gorge. Tu n'avais pas envie de rester là, parce que tu finirais par craquer, par ouvrir une porte fermée depuis trop longtemps.

Lâche. Voilà ce que tu étais devenu.
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Posté Mer 3 Jan - 23:46
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au NévarraFt. Soren Adrastus

Ce que la mort n'a pas emporté


L’atmosphère continuait de s’alourdir. Mais pourquoi. Soren semblait de moins en moins à l’aise, de moins en moins apte à cacher ce qu’il ne voulait pas montrer, mais il n’était pas le seul. Le regard de Dorian dessinait le contour des pavés du sol sur lequel il tenait encore debout miraculeusement. Il souffla encore une fois du nez. Encore une question à laquelle Soren ne répondrait pas. Sans aucun doute parce que le sujet était sensible et douloureux, très douloureux, même. Un vent de culpabilité s’empara du thaumaturge. Ce n’était pas évident pour lui, et il le poussait dans le champ d’orties quand même. D’un côté, il le connaissait bien : il fallait toujours le pousser un peu pour qu’il dise vraiment les choses. Alors ce fut ce qu’il fit, mais rien ne vint. Du moins, pas tout de suite.

Vois par toi-même. Que s'est-il passé ? Que m'est-il arrivé ? Que vois-tu Dorian ?

Soudainement, puis avec plus de lenteur, Dorian releva la tête vers cette voix qui venait à nouveau de trancher le silence en deux. Mais cette fois-ci, il y avait davantage de colère qui s’y trouvait. Surpris, le thaumaturge resta d’abord sans voix pour deux raisons. La première était évidemment le soudain changement de ton de la part de Soren. La seconde était simplement la contemplation de son regard qui le cloua sur place.

Tant de choses se lisaient au fin fond des prunelles. Et même si certains trouvaient leur couleur étrange, Dorian ne le voyait pas de cet œil ; il avait toujours adoré le regarder dans les yeux quand il lui parlait, car aucun millimètre de couleur ne cachait ce qu’il ressentait, et le thaumaturge les trouvait fascinants. Dans ses souvenirs, ils étaient tellement plus joviaux, tellement plus rieurs ; il y avait une étincelle qui avait disparue, sans doute depuis longtemps. Le temps l’avait éteinte, les sombres desseins de salauds aussi, sans doute. Comment réellement le savoir. Passant de déduction en déduction, deux étranges et opposés sentiments grandissaient en lui, de la colère contre ceux qui lui firent subir tout ça, mais aussi des remords, ceux de ne pas avoir pu être là pour le sortir de là, et de le protéger. Comme il l’avait toujours fait.

Ce que je vois ..

Il n’avait pas répondu à sa question. En vérité, il y avait bien trop à dire. Bien rapidement, Soren baissa la tête, ce qui sortit davantage Dorian de ses réflexions, qui tourna la tête dans le sens opposé, fixant les livres de l’étagère. De temps à autre, il lui lança quelques regards furtifs, pour retrouver presqu’aussitôt les livres sur le côté. Puis il ferma les yeux, agacé de se laisser distraire sans arrêt par ce qu’il voyait.

Je vois surtout qu’au moment où tu avais le plus besoin d’aide, personne n’était là pour toi .. je n’étais pas là pour toi…

Et il s’en voulait maintenant. Pourquoi n’avait-il pas cherché plus loin encore ? Pourquoi avait-il bêtement cru ses parents quand ils lui annoncèrent cela sans même une pointe de regret dans le timbre de leur voix ? Quelque chose se tramait et il aurait dû le voir. Il aurait dû le savoir. Il aurait dû le comprendre. Tout ça pouvait très clairement se lire dans ses prunelles qui à nouveau fixaient les livres. Dorian glissa une main dans ses cheveux, avant d’agripper sa nuque.

Mais finalement, pourquoi garder cette distance, pourquoi ne pas tenter de rattraper ce retard, même après tant d’années. Pourquoi se contenter de baisser la tête, de dire au revoir et de s’en aller, chacun de son côté. D’un pas décidé, Dorian se remit à avancer vers lui, lentement, mais sûrement.

Mais tout ça peut changer. On peut reprendre les choses comme on avait dû les laisser. Soren, on est toujours ami, rien n’a bougé de ce côté-là ..

Il savait que s’il s’approchait trop, Soren finirait par fuir. Mais déterminé, Dorian ne comptait pas en rester là. Sans souhaiter qu’il fuie jusqu’à l’autre bout du monde, le thaumaturge lui attrapa le bras, sans violence particulière. De son autre main, il effleura les contours de sa mâchoire pour redresser son regard dans le sien. Chaque geste qu’il faisait était réfléchi sans doute un milliard de fois avant d’être fait, mais ils étaient faits. Dorian se perdit alors une fois de plus dans son regard rubis, y cherchant des réponses qu’il aurait préféré entendre de lui-même.

Cela lui faisait drôle, cette différence de taille. Bon, elle avait toujours plus ou moins existé, mais pas autant. A croire que Soren était resté un ado, ça avait son petit charme. Il souffla du nez, ne pouvant que parler à voix-basse, comme distrait, perdu à nouveau entre ses pensées et ses souvenirs.

On m’avait dit que tu étais mort. Et là, je te revois dans un sale état. Je n’ose même pas imaginer toutes les choses horribles qu’on aurait pu te faire .. Et pourtant, tu es là, devant moi. Tu as survécu à tout ça, et je suis même certain que tu as surpassé tout ça, sinon tu ne serais pas ici.

S’il n’avait pas réussi à surmonter ces épreuves, Soren serait mort, oui. Ou alors coincé là où il était tout ce temps, encore maintenant. Dorian avait gardé ses doigts le long de sa mâchoire, avant de laisser la main glisser progressivement pour atteindre sa joue, caressant celle-ci lentement avec le pouce. Et malgré la tension, le choc de le revoir, cette inquiétude pour lui, cette rage contre ceux qui s’en prirent à lui, à ces remords contre lui-même, le thaumaturge lui adressa un sourire qui s’en distinguait totalement. Tout semblait s’être envolé l’espace d’un rictus, comme si tout ça n'était jamais entré en ces lieux. Comme s'il n'y avait qu'eux deux, et que les problèmes ne parvenaient pas à franchir cette barrière de protection soudainement mise en place par pure magie.

Et .. à vrai dire, je suis content que tu sois là, Soren.


Dorian Pavus Theme song
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Posté Dim 7 Jan - 1:27




ce que la mort n'a pas emporté
dorian & soren

Le peu de lumière présente dans l'immense pièce t'aida à ne pas avoir les yeux encore plus fragiles que d'ordinaires. Avant, ils pleuraient beaucoup, à peine osais-tu jeter un œil par la fenêtre en plein jour, que tu avais déjà les larmes tombant sur tes joues pâles. Maintenant, tu étais capable de regarder, de voir par toi-même le nouveau Dorian devant toi. Celui qui était grand, comme tu l'avais deviné. Qui était vêtu d'une manière tévintide, mais qui lui ressemblait bien. Des vêtements délicats pour une personne avec autant de charme. Tu restais là, à le regarder, à détailler chaque élément qui pouvait le caractériser, formant le schéma d'une nouvelle personne, remplaçant celle de ton souvenir. Il n'était plus Dorian Pavus, ton ami, mais bel et bien un inconnu. Quel était le lien que vous partagiez à ce moment-là ? Il n'y en avait pas, voilà pourquoi tu ne parvenais pas à mettre de nom dessus. Parce que le fossé qui vous séparait était plus grand que ce que vous aviez connu il y a de cela des années. Cette fatalité te brisa, te déchira en petits morceaux de papier, et ton regard hésita entre rester sur lui ou baisser les armes. Ce fut donc lentement que tes yeux redescendirent de plusieurs étages, se confrontant à la dure réalité de la vie, le sol semblait passionnant et pourtant, tes pupilles étaient fixés dans le vide, tu n'étais figé sur rien en particulier. Tu t'en voulus d'avoir ce ton envers une de tes anciennes connaissances. Il y avait toujours ce respect qu'il t'inspirait naturellement, et tu venais de briser cela aussi. Tu ravalas cette boule nerveuse dans ta gorge, qui ne cessait de t'embêter à chaque fois que tu tentais de rester neutre face à la situation. Et le silence t'achevait totalement. Tu avais envie de partir, de courir, de remettre ce bandeau sur tes yeux et de reprendre cette vie que l'on t'avait apprise.

Tu sursautas presque lorsque sa voix retentit par échos entre les énormes étagères de livres qui encadraient vos retrouvailles. Quoi de plus beau qu'un roman pour se rappeler de ces détails, de vos paroles. Ton cœur fit un saut lui aussi, surpris de l'entendre, tu pensais qu'il allait garder la bouche fermée, choqué par ce que tu venais de dire, la question compliquée que tu avais posée et tout ce qui faisait de toi, Soren Adrastus aujourd'hui. Tu n'osas pas relever les yeux, comme un petit garçon en faute, tu te sentais honteux d'avoir ce genre de culpabilité en toi. Il n'y avait pas à culpabiliser, il n'y avait rien entre vous, rien, pas de raisons de ressentir cette ... Chose innommable. Tu tentais de te convaincre de tout ça, alors que sa voix reprit, sur un ton plus doux, plus coupable à son tour. Pourquoi. Il ne devait pas porter ton sort sur ses épaules, il n'y pouvait rien. Tu mordis ta lèvre si fort que tu crus un instant qu'elle allait saigner, ta respiration devenait difficile à mesure que ses mots s'entrechoquaient dans ta tête. Il n'était pas là pour toi. Personne ne l'avait été, il avait raison, mais comment aurait-on pu sans savoir où tu te trouvais ?

Après quelques secondes, les pieds de Dorian entrèrent dans ton champs de vision, et presque automatiquement, les tiens glissèrent sur le sol poussiérieux, bien que tu ne pus aller très loin. Tu étais bloqué et paralysé par tout ce qui se bousculait en toi, jusqu'à l'arrêt total de tout ce qui pouvait bien exister. Le temps, la bibliothèque, ton cœur même cessa de battre, comme une distorsion de l'espace. Dorian te tenait le bras, sans violence, mais cela suffit à te faire relever les yeux sur cette main emprisonnant ta peau recouverte de vêtements. Tu te forças à ne pas réagir, réprimant cette envie de le repousser, de fuir, comme tu l'avais fait tant de fois. Oui, il y eut beaucoup de fois où tu avais envie de prendre tes jambes à ton cou, tant de fois où l'on t'avait touché sans ta permission, te débattant comme un animal qu'on étrangle, avant de finalement, laisser faire, évitant ainsi quelques bleus, quelques blessures supplémentaires. Tu essayas de freiner ces images, mais c'était trop tard elles étaient là. Pourtant, d'un simple geste, lorsque ses doigts effleurèrent avec légèreté ta mâchoire, c'était comme s'il essuyait tout ce que tu avais vécu. Comme s'il était naturel de tout réapprendre, de tout appréhender différemment.

Tu fermas les yeux quelques secondes, et serras les dents. Pour éviter de laisser rouler ces perles salées qui se bousculaient aux portes de tes paupières. Pleurer. C'était une chose que tu n'avais pas fait depuis longtemps, un acte que tu ne t'étais plus permis pour retirer les faiblesses qui faisaient de toi un être humain, un être vivant ressentant des émotions. Comme tout le monde.

Les faits étaient là. Dorian, on lui avait dit que tu étais mort, pour effacer simplement ton existence de la famille Adrastus. Pour supprimer cet élément de déshonneur dans la famille de mages de Tevinter. Qu'entendait-il par sale état ? Tu te forças à ne pas le regarder, à garder tes iris rouges braqués sur son torse, plutôt que sur son visage. Tu ne pouvais lui faire face, parce qu'il énumérait des choses trop vraies, que tu tentais d'oublier chaque jour. Des choses horribles. Oui, tu t'en étais rendu compte, être esclave n'était pas normal, il y avait une vie en dehors de ces murs tristes de ta cellule. Parfois, tu avais encore l'impression d'y être, ce sentiment d'inconfort sans arrêt persistant continuait de te hanter, même dans tes rêves.

Ce doigt sur ta joue te rendait faible. Il cassait avec férocité le peu de fierté qu'il te restait. Tu sentis que sur cette simple caresse, quelques larmes se frayaient un chemin pour être effacées en cours de route. Tu ne pouvais tout simplement pas accepter de rester ainsi, à pouvoir relâcher ce qui t'avait oppressé tout ce temps. C'était trop douloureux, trop difficile, trop tôt. Et Dorian remuait tout cela, alors que tu commençais seulement à apprécier ta liberté, ton sentiment de véritablement vivre. Ces perles salées glissant avec toujours un peu plus de facilité de tes yeux, tu attrapas le poignet de Dorian entre tes doigts fins, et sans en avoir vraiment le courage et l'envie, tu écartas ce qui pouvait vous unir physiquement.

Je suis désolé ...

Ta voix était brisée par tant de choses. Sans prendre la peine de remettre ton masque sur ton visage, tu reculas de quelques pas, le regardant une dernière fois avant de t'enfuir. Tu n'aurais jamais du faire ça, baisser ta garde, le laisser te toucher. Son odeur était à présent gravée dans ta mémoire, ses nouveaux gestes, et sa voix. Toutes ces petites choses qui constituaient son être, tu avais tout enregistré. Un frisson parcourut ta colonne lorsque tu sortis de la bibliothèque, ne t'arrêtant pas une seule seconde. Tu ne devais pas faire marche arrière, c'était trop tard. Tu avais pris une décision, tu devais t'y tenir.
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Posté Dim 7 Jan - 21:53
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au NévarraFt. Soren Adrastus

Ce que la mort n'a pas emporté


Soren l’évitait du regard, chose qui ne signalait rien de bon. Pourtant, il était encore présent, il n’avait – presque – pas bougé de sa position initiale. Mais ses yeux évitaient les siens, tantôt dans le vague, tantôt clos. Ce simple détail serrait toujours plus la gorge, mais surtout le cœur de Dorian, qui se demandait de plus en plus ce qui avait bien pu lui arriver durant ces dernières années. Quand le thaumaturge l’avait attrapé au bras, il sentit chez son blême ami qu’il s’était quelque peu refermé, en tout cas sur le moment.

Et malgré sa petite tentative de recroiser ce regard de sang qu’il n’avait plus inlassablement observé depuis trop longtemps, Soren gardait le sien ailleurs. N’arrivait-il plus à soutenir ses claires prunelles en silence, comme avant ? Sans doute. Pour le nécromancien aussi, cela devenait compliqué ; pourtant, il ne quitta nullement Soren des yeux, attendant peut-être quelconque explication, quelconque mot. Son sourire de jadis s’effritait petit à petit.

Plus que jamais, Soren avait besoin de soutien, d’aide. Et maintenant qu’il avait retrouvé sa trace, autant hasardeux cela fût-il, Dorian ne le lâcherait pour rien au monde. Soupirant pour la énième fois du nez, le thaumaturge allait lentement mais sûrement franchir un autre mur, et fit une première erreur, celle de lâcher son bras pour tenter de la glisser derrière lui. Opération qui s’arrêta en cours de route, car il sentit la main du jeune pâle saisir son poignet, et ce geste le figea. Le regard clair du noiraud se posa alors sur Soren, attendant ce qu’il avait prévu de faire. Ses doigts étaient si froids sur le moment ..

…Soren ?

Je suis désolé ...

Et il n’ajoutait mot, bien que ceux-ci furent amplement suffisants pour comprendre ce qu’il allait faire. Soren avait retiré la main de Dorian de sa joue. Il l’avait retirée, et était en train de reculer. Mais que pouvait bien faire l’Altus ? Il était sur le point de s’en aller, de disparaître à nouveau. Et même s’il voulait le retenir, un mauvais sort semblait l’étreindre au point de totalement l’immobiliser. La seule chose qui pouvait encore l’effleurer était son confus regard qui attendait toujours une quelconque explication. Mais Soren n’allait rien dire, et Dorian le savait déjà. Et pourtant, il espérait encore. Une dernière phrase, un dernier petit quelque chose de sa part, mais ..

Mais rien. Soren prit la fuite en courant.

Dans un premier temps, la réaction de Dorian fut de se lancer à sa poursuite : il ne supporterait pas la simple idée de savoir que son ami d’enfance, qu’il avait complètement perdu de vue et qu’il croyait mort même, s’évanouisse une fois de plus dans l’inconnu, loin de tout ce qu’il pourrait espérer atteindre.

Soren, attends !

Mais il était trop tard : le bâtiment était immense et bien vite, il perdait du terrain sur son ami. Dorian s’arrêta, reprenant son souffle, le regard droit devant lui. Trop tard. Il avait hésité, et maintenant c’était trop tard. Le silence retombait dans la bibliothèque. Le thaumaturge se redressa, détaillant une fois de plus les pavés avant de se pincer l’arête du nez et de soupirer.

Quel bien étrange poids lui serrait la cage thoracique.

Il restait ainsi, perdu au milieu de tous ces livres, sans prendre la peine de bouger ou de faire quoi que ce soit d’utile .. Jusqu’à ce qu’une main se pose sur son épaule ; Dorian sursauta, alors perdu dans ses pensées.


Tout va bien ? J’ai entendu un cri.

Je .. J’imagine que oui.

Lentement, le thaumaturge se tourna vers son interlocuteur, le fameux Mortalitasi de tout à l’heure. Celui-ci lui souriait avec arrogance et compassion à la fois, gardant toujours sa main là où elle était.

C’est amusant, on dirait que tu viens tout juste de parler à un mort. Tu as l’air bien pâle.

Parler à un mort .. C’était à peu près ça. C’était à peu près ce qui venait de se passer. Encore ébranlé par tous ces récents événements, Dorian restait bien silencieux, la mine grave, les sourcils légèrement froncés, la lèvre mordue de nervosité. Le bibliothécaire continuait de l’observer, son sourire diminuant au fil des secondes, sans forcément complètement s’en aller. Il lâcha son épaule pour glisser ses mains dans son dos.

Cela fait un petit moment qu’il vient à la bibliothèque, ce petit .. Qui aurait cru que le monde serait petit au point que vous puissiez vous –

Fasta vass, que voulez-vous ?!

Dorian avait répondu sur le ton de l’agacement, de la colère, de la frustration aussi peut-être. Mais bien rapidement, cette ombre disparaissait de son visage, pour laisser place à une autre, plus mélancolique, qui fixait les étagères sans réelle conviction. Mais en effet, le bibliothécaire avait encore quelque chose à faire, lui qui aurait tout bêtement pu retourner à ses activités sans le déranger. Il s’approcha de Dorian et glissa quelque chose dans sa main, qu’il referma aussitôt.

Le petit a perdu ça. Je voulais l’appeler pour le lui rendre, mais il court vite ! A mon avis tu auras plus de chances que moi.

Quand le thaumaturge rouvrit sa main, il écarquilla les yeux sur ce qui s’y trouvait. C’était le collier qu’il lui avait offert, ces deux fameux oiseaux d’argent prenant leur envol. Mais comment avait-il pu l’égarer ? Sans doute durant sa course, mais .. Quelque chose lui échappait encore, mais Dorian comptait bien le lui rendre. Mais le monde était vaste .. le retrouver ne serait clairement pas aisé.

Sa main se referma, tandis que le nécromancien reporta son attention sur son confrère relatif, qui l’observait de la tête aux pieds avec ses bras croisés sur la poitrine.

D’ailleurs, tu as réussi à trouver ce dont tu avais besoin ?

Ah oui, il y a ça aussi .. ça va, j’ai des pistes.

Hahaha, tant mieux.

Soudainement, alors que le Mortalitasi se glissa à la hauteur du Tévintide, il laissa son sceptre cerner le creux du dos de Dorian, puis il avança, ce qui donnait que le pauvre était malgré lui entraîné.

Cela te dérange si je reste un peu avec toi ? Je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de parler avec un nécromancien autre que mes confrères, et encore moins avec quelqu’un provenant de Tevinter. Je suis tout bêtement curieux.

Libre à vous de rester dans la poussière avec moi.

Avoir un peu de compagnie pendant qu’il recherchait toutes les petites infos utiles sur sa destination ne serait pas de refus. Ainsi donc, ils regagnèrent ce petit recoin, et reprirent tout cela où Dorian s’était arrêté. Il avait encore pas mal de travail, et comptait profiter de pareil endroit quelques heures encore. Ses doigts se serrèrent sur ce pendentif qu’il tenait toujours, et sans doute il espérait, il priait même de pouvoir le retrouver pour le lui rendre, à ce fantôme du passé qui foulait encore le sol poussiéreux de ce monde.

Dorian Pavus Theme song
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Posté Mer 10 Jan - 22:33




ce que la mort n'a pas emporté
dorian & soren

En reculant de Dorian, tu faillis hésiter. Ton coeur pencha pour rester là, auprès de lui, à lui expliquer ce qu'il t'était arrivé et ce que tu avais fait par la suite, mais tu n'en étais pas encore capable. Le remord était présent dans ta voix, tu ne voulais pas partir comme un vulgaire voleur, comme un mercenaire après sa mission, comme tu avais l'habitude de le faire. Non, tu ne voulais pas ça. Et pourtant, tes pieds qui reculaient sur le sol poussiérieux de l'endroit, prouvaient que tu voulais fuir, que tu avais peur des représailles. Sur l'instant, tu ne voulais pas penser à toi, tu te concentrais sur ta rencontre avec Dorian, ce sentiment que tu voyais dans ses yeux : de l'inquiétude. Tu souhaitais lui épargner, et fuir était la seule issue possible à cette entrevue. Tu ne sentais pas bien la suite des événements, si tu parlais trop, si tu continuais de te laisser attendrir par ses gestes et son parfum. Cette odeur particulière que tu avais su reconnaître immédiatement, et ce tintement métallique si reconnaissable entre mille. Alors résigné à partir, à mettre un terme à ces retrouvailles, tu te mis à fuir, à courir aussi loin que tu le pouvais. Tes pieds avançaient rapidement l'un devant l'autre, dans des gestes naturels mais discrets. Tu avais été éduqué de cette façon, et c'était instinctif pour toi que de te faufiler ainsi dans le noir. Tu entendis les pas de Dorian te poursuivre, et au lieu de te ruer à l'extérieur comme tu l'avais prévu, tu t'arrêtas quelques instants, regardant autour de toi afin de chercher une issue. Dans ta course, tu te rendis bien vite compte que ton collier était tombé, il s'était détaché de ton cou, et à présent aussi vide qu'une coquille, tu voulais la récupérer.

Pourtant, caché dans une allée non éclairée de la bibliothèque, tu écoutas les paroles de Dorian qui se répercutaient comme des coups de couteau sur toi. Il parlait avec quelqu'un, et cet homme, tu avais déjà eu affaire à lui, il t'avait accueilli dans la bibliothèque alors que tu n'avais pas daigné lui parler. La conversation était si facile avec Dorian, et il semblait si gentil avec tout le monde. Finalement, tu pensas que son comportement envers toi n'avait été que de la pitié, ou bien une réaction tout à fait normale. Tu ne savais pas si tu pouvais réellement interpréter correctement ce qu'il s'était passé entre vous, mais tu ne te sentais pas très bien. De la pitié. C'était tout ce que tu pouvais récolter après ce que tu avais vécu. Tu serras tes poings à nouveau. La proximité que tu pouvais sentir et voir à travers les fentes de livres qui se trouvaient devant toi te laissaient une belle scène à regarder. Tu fermas les yeux un instant pour te remettre dans le contexte. Tu voulais partir. Aussi loin que possible, et cette fois, tu ne te retournerais pas. Tu ne devais pas le faire. Tu descendrais plus dans le sud pour explorer d'autres horizons, t'éloigner encore plus de Tevinter pour arpenter de nouvelles forêts et des villes plus colorés, comme Val Royeaux ou même Halamshiral. Oui, tu avais quelques projets en tête, mais tu devais absolument fuir tout ceci, t'en aller, laisser ton passé où il était, pour ne plus jamais le rencontrer. Voilà une idée qui te plaisait.

Malgré le fait que de laisser ton collier derrière toi ne te laissait pas indifférent, comme une partie de toi que tu laissais à des inconnus, que tu vendais gratuitement, tu préféras ne plus regarder, ne plus te retourner. Te faufilant donc dans les ombres dansantes des bougies éclairant l'endroit, tu pris le temps de te glisser à l'extérieur. N'écoutant pas davantage de conversations. Tu sentais que ton coeur ne pourrait le supporter. Une proximité aussi étrange entre deux hommes, entre deux supposés inconnus, qui ne l'étaient certainement pas tant que ça, tu ne pouvais juste pas regarder sans rien faire. Sans comprendre, cela t'agaçait. En sortant de cet endroit, dans lequel tu ne remettrais certainement jamais les pieds, tu ressentis comme un vide en toi. Perdre ce collier, le faire tomber, t'en rendre compte trop tard, et qu'un autre l'ait dans les mains ... Cela te rendait relativement irritable. Sans doute que la signification et la valeur sentimentale de cet objet montraient que tu n'avais pas complètement oublié ton humanité, mais ne plus l'avoir te rendait fragile, tu le ressentais. Un frisson courut dans ton dos, tel un serpent vicieux qui propageait son venin dans ton corps, tu continuas ta route d'un pas déterminé. Tu replaças ton bandeau auparavant serré au creux de ta main pour quitter Névarra. Cette ville aussi, serait remplie de souvenirs, dont tu ne voulais plus.
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