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Posté Lun 18 Déc - 18:27

Shampooing, tisane et homicide
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9:42 + Ghislain Leevan était assis dans l'herbe et aiguisait nerveusement la lame de sa dague. À ses côtés, Aëlys s'était posée en tailleur et, les yeux fermés, tentait de trouver un semblant de concentration. Ils n'avaient pas installé leur campement, juste posé leurs affaires sur le côté alors qu'ils s'assuraient que la route jusqu'à la villa de Lord Guerlain de Arbois, leur cible, était dégagée. Au bout d'un moment, Leevan brisa le silence :
– Vous ne sentez pas comme une odeur bizarre ?
– C'est Ered, répondit Aëlys du tac au tac, sans même ouvrir les yeux.
– Je me suis lavé ce matin ! protesta la voix du concerné, quelque part au-dessus d'eux.
– Je ne parle pas de tes effluves corporels, Felassan.
Une branche craqua et Ered sauta au sol. Il dégagea quelques brindilles de ses épaules et fusilla la mage de son seul œil valide.
– Mêles-toi de tes fesses.
Il n'était pas d'humeur à plaisanter, encore que "plaisanter" soit mal choisi venant d'Aëlys. Elle avait un humour particulier, même pour Ered. En fait il n'était même pas certain qu'elle ait réellement de l'humour. Cela restait un mystère. Mais les accusations de sa collègue étaient fondées, une odeur étrange flottant effectivement autour de l'archer Dalatien depuis qu'ils avaient quitté la capitale orlésienne. Ce n'était pas désagréable au nez, juste... inattendu ? C'était un parfum subtil, comme un mélange floral. Et Ered avait raison de se sentir vexé puisqu'habituellement il ne sentait pas spécialement la rose, comme on dit. Il s'écarta de son perchoir et fit signe aux autres de se rassembler autour de lui.
– Ça m'a l'air assez calme. Vous voulez tenter une approche ? demanda-t-il en s'adressant à Leevan et Ethel. Le plus jeune hocha la tête et se tourna vers leur nouvelle alliée :
– Je vais te raconter une histoire, dit-il avec un petit sourire. C'est l'histoire de deux elfes, un gamin du bas-cloître de Val Chevin et une Dalatienne qui arpentent la campagne de Ghislain mais vont se faire surprendre avant la nuit. Heureusement pour eux, le bon Lord Guerlain de Arbois habite tout près et leur ouvrira ses portes pour la nuit. Lord Guerlain apprécie les elfes, vois-tu. Il les apprécie tellement qu'il permet à tous les rejetés, tous les égarés de travailler dans ses vignes. C'est un homme généreux, ce Lord Guerlain. Tous les elfes sont si heureux et si honorés de travailler pour lui. Tellement heureux qu'ils le font gratuitement.
Le petit sourire de Leevan disparut et il se leva en enfilant sa dague à sa ceinture, qu'il dissimula ensuite sous sa cape de voyage.
– Aëlys et moi on attendra la nuit pour vous rejoindre.
– Contentez-vous de nous trouver une porte de service et on se débrouillera, renchérit la mage. Ered hocha la tête :
– Ouais. D'ici là, essayez de parler aux elfes qui le voudront bien, voyez s'il y a des gardes à l'intérieur... Guerlain ne met pas d'hommes à la surveillance des vignes donc j'imagine que les elfes font ça eux-mêmes, ou alors il ne le juge pas utile. Ça semble presque trop facile. Restez sur vos gardes. Ne tentez rien jusqu'à ce qu'on arrive et ne prenez pas de risque inutile. Si vous sentez que Guerlain est trop agressif, vous nous préviendrez. Leevan sait quoi faire.
Le plus jeune des elfes hocha la tête. Aëlys se redressa en gratifiant Ered d'une petite tape sur l'épaule.
– T'en fais pas, ça va pas puer comme tu dis vu la tonne de savons que tu te trimballes.
Delltash, mage, fiche-moi la paix avec ça !
Leevan haussa un sourcil interloqué mais Aëlys se contenta d'un petit ricanement.
– Soyez prudents, grommela Ered. Dareth shiral.
Dareth shiral, répétèrent ses deux amis en chœur.

✶✶✶

– Est-ce que tu as un surnom dans ton métier ? demanda Leevan une fois qu'Ethel et lui furent en route pour la villa de Guerlain. Un nom de code ou quelque chose comme ça ?
Le chemin serpentait dans la forêt en pente douce. D'ici, on voyait briller le toit de tuiles rouges d'une grande propriété. Les vignes s'étendaient dans les collines à l'arrière de la villa, comme des petits patchworks colorés dans le soleil couchant. Leevan s'assura un nombre incalculable de fois que sa dague était bien ancrée à sa ceinture et pas trop visible. Il était nerveux à l'idée de se lancer en éclaireur, habituellement il laissait le rôle à Ered ou Aëlys, mais ces deux-là auraient l'air complètement suspects s'ils venaient frapper à la porte du seigneur orlésien. Tandis que lui, qui ne portait pas encore de vallaslin et était trop maigrichon pour effrayer qui que ce soit, pouvait facilement passer inaperçu. Il avait remarqué que l'assassin des Corbeaux d'Antiva dégageait une innocence similaire et c'était tout naturellement qu'il avait proposé à Ered d'ouvrir le bal avec elle. Maintenant il le regrettait un peu. Il faisait la conversation pour se rassurer :
– Bormir, c'est le chef de notre clan, les Seralwyn, dit qu'il est préférable de ne pas utiliser son véritable nom en mission, juste au cas où. Ered s'appelle Felassan et Aëlys Ten'adahlen, à cause de la vivacité avec laquelle elle dégaine son bâton, sourit-il. Mais moi je n'ai pas encore trouvé de surnom adéquat.
Ils quittèrent la sécurité toute relative des bois et s'avancèrent à découvert sur la route qui menait à la propriété du seigneur orlésien. Leevan se retint de ne pas jeter un regard en arrière, il savait qu'Ered et Aëlys gardaient un œil sur eux, de loin, et continua de marcher à une allure tranquille, sans se cacher. Il ne distinguait plus personne dans les vignes, la journée de travail semblait terminée. Une fois en vue de la villa, cependant, il vit que plusieurs elfes rentraient les bras chargés de paniers. Jusque là, aucun shemlen à l'horizon. C'était très étrange. Leevan jeta un regard interrogateur à Ethel.
Aneth ara, salua-t-il en arrivant à la hauteur de l'entrée de la propriété, où deux très jeunes elfes galéraient pour porter un seul panier. Votre maître est-il ici ?
Les deux gamins lui jetèrent un regard effrayé, au point que Leevan crut qu'il avait mal prononcé les mots en elfique. Après tout, c'était là presque toute l'étendue de son vocabulaire... Les enfants détalèrent sans rien dire et cette fois le jeune homme se tourna vers Ethel avec un air réellement inquiet. Qu'est-ce qu'on fait ?
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Posté Jeu 21 Déc - 21:43
Ethel avait à peine parlé depuis leur départ de Val Royeaux, principalement parce que les chamailleries incessantes de ses nouveaux compagnons de route occupaient bien assez l'espace sonore. Elle était souvent silencieuse en présence de personnes qu'elle connaissait mal, partant du principe qu'il valait mieux ne rien dire plutôt que de se ridiculiser complètement aux yeux de ses peut-être futurs employeurs.
Pour le bien de leur infiltration, l'assassin avait pris soin d'avoir l'air le plus lambda possible. Un foulard froissé recouvrait son crâne et battait dans la brise ; une large cape de voyage recouvrait ses épaules.
Le jeune elfe décida de meubler le silence anxieux en lui demandant si elle possédait un surnom, avant de lui révéler ceux qu'utilisaient ses deux compagnons. Habituée à travailler seule, elle n'avait jamais pris cette habitude. D'ailleurs, elle avait du mal avec les surnoms en général. Pour une raison toute simple : elle détestait les gens qui s’enorgueillissaient de noms acquis sur le champ de bataille. Certains avaient bien essayé de lui en donner, allant du surnom flattant son agilité au plus sobre mais percutant "connasse". De nombreux coups de pieds avaient été donnés pour arrêter ça.

- Qu'est-ce que tu dirais de... Eolas ? Ça veut dire "connaissance", proposa Ethel.
Leevan acquiesca.
- J'aime bien ce surnom.
- Quand à moi..., fit-elle en levant le regard pour réfléchir, voyons voir... on pourrait m'appeler Ghi'myelan ? Chasseuse, précisa-t-elle, moyennement satisfaite. Les surnoms, ce n'est pas mon fort.

Leevan opina du chef, quelque peu silencieux. Elle le sentait nerveux depuis qu'ils étaient partis, et à raison. C'était le plus vulnérable du groupe, il ne savait pas se battre et serait donc sans défense si quelque chose tournait au vinaigre. Mais il ne voyageait pas avec Aëlys et Ered pour rien, et s'ils l'amenaient avec eux en mission, c'était qu'il était capable de se maîtriser.
Elle, ce qui la rendait nerveuse, c'était leur absence quasi totale de préparation. Peut-être était-ce une des habitudes du groupe de décider sur le tas, mais ça la faisait tiquer, elle qui aimait les plans bien huilés. Enfin, elle n'allait pas commencer à ouvrir sa bouche sur tout et n'importe quoi, ce n'était pas sa place... Elle ne faisait que les accompagner après tout. Mais un peu de repérage n'aurait pas été de refus, pensait-elle alors qu'ils s'approchaient de la vaste propriété.

Leur premier contact ne fut pas aussi efficace que ce à quoi elle s'attendait. Les deux elfes échangèrent un regard mi-perplexe mi-paniqué en regardant les gamins détaler, avant de reporter leur attention vers les portes entrouvertes de l'immense propriété.

- Tu crois qu'on peut entrer ? hasarda Leevan.
- On ne va pas rester plantés là de toutes façons.

Elle haussa les épaules et pénétra à dans l'enceinte d'un pas hésitant. Un étrange parfum flottait dans l'air, beaucoup plus artificiel que le... truc étrange... qui se trouvait dans le sac d'Ered (elle avait bien essayé de jeter un oeil pour en savoir plus, mais un simple regard de l'elfe borgne avait suffi à l'en dissuader). L'immense propriété formait un rectangle à trois étages et colonnades. Elle était précédée d'une cour mignonnette, couverte de graviers d'une blancheur éclatante. Des domestiques trottinaient dans la cour tandis que d'autres arrosaient les plate-bandes foisonnantes qui ceignaient la bâtisse.
Un bruit de bottes retentit non loin d'eux. Un elfe roux et au teint bruni par le soleil, vêtu d'habits de fonction, venait à leur rencontre. Ses manches étaient relevées sur ses avant-bras, et il avait la musculature sèche de quelqu'un qui travaillait dans les champs. Sûrement le père des gamins de tout à l'heure, qui, d'ailleurs, se tenaient quelques pas derrière lui en les regardant d'un air ahuri. Elle attribua cela aux vallaslin sur son visage ainsi qu'à l'étrange paire qu'elle formait avec Leevan. Une Dalatienne au teint mat accompagnée d'un elfe de ville maigrichon, ça ne courait pas les rues. Mais avec des années de pratique, elle avait appris que plus c'était gros, plus ça passait.

- Monsieur, l'interpella Ethel d'une voix misérable, pouvez-vous nous aider ?

Elle avait adopté une démarche peu sûre d'elle pour se calquer sur l'attitude intimidée de Leevan, qui ne simulait qu'à moitié. Elle prit un air implorant, avec les yeux de halla innocent qu'il fallait pour obtenir la confiance de parfaits inconnus ; il n'était plus temps de rigoler.

- Nous sommes perdus sur les routes en voulant rejoindre Ghislain, et nous cherchons asile pour la nuit. Sauriez-vous nous mener jusqu'à votre maître ? Elle posa une main protectrice sur l'épaule de Leevan alors qu'elle parlait, une légère ride préoccupée apparaissant sur son front. Celui-ci n'avait pas prêté à l'assassin de si bonnes qualités de comédienne, mais il allait rapidement comprendre qu'Ethel était la reine des bonimenteuses.

- Bien sûr, nous n'allons pas vous laisser dans la campagne, répondit l'elfe, un peu décontenancé mais prenant rapidement pitié de l'expression penaude de Leevan. Des mercenaires traînent sur les routes la nuit, c'est dangereux.
- Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?

Le petit groupe tourna la tête et l'elfe au teint bronzé rentrant légèrement la tête dans ses épaules par réflexe. Une odeur étrange, encore plus que le mélange floral de tout à l'heure, frappa les narines d'Ethel et de Leevan avec la violence d'un tsunami et elle réalisa qu'elle émanait de l'homme qui se tenait en face d'eux.
Lord Guerlain était un homme irradiant de parfum à la tête ronde, de taille et d'âge moyens. Ses cheveux coupés ras avaient le blond caractéristique de nombreuses familles nobles vivant en Orlaïs. Seuls son maintien et ses habits étaient d'une excellente qualité : très très bien coupés, sur mesure et ornés d'une flamboyante opulence. Derrière les lunettes qu'il portait, il avait le regard d'un archer à l'affût. L'Elfe roux s'inclina profondément, aussitôt imité par Leevan et Ethel.
Il était flanqué d'une femme d'une quarantaine d'années à la peau très sombre, probablement Rivainienne au vu des épaisses boucles noir fumée qui descendaient le long de son dos. Elle était vêtue beaucoup d'habits en cuir élégants et sa présence aux côtés du Lord était évidente. Ethel grinça intérieurement des dents. Ces connards de Bardes orlésiens étaient partout.

- Ser Guerlain. Ces deux personnes souhaitaient vous rencontrer.
- C'est un honneur de faire votre rencontre, Ser, dit Ethel en baissant légèrement la tête. Moi et mon protégé nous sommes égarés sur la route, et nous cherchons le gîte et le couvert pour la nuit.
- Nous repaierons votre hospitalité comme il se doit, ajouta Leevan.

Guerlain échangea un regard complètement dénué d'expression avec la barde, puis ses lèvres s'étirèrent en un sourire mielleux caractéristique de cette petite condescendance maligne si commune chez les gens de la haute.

- N'importe qui est le bienvenu dans ma demeure, répondit-il en écartant légèrement les bras en signe d'hospitalité. Quel est votre nom ?
- Merci infiniment, Ser, répondit Ethel. Je me nomme Ghi'myelan, et voici Eolas. Quand aux raisons de notre passage ici, nous nous rendions à Ghislain pour chercher du travail.
- Eh bien, nous serions mal avisés de vous laisser à la porte dans de telles circonstances. Les routes sont horriblement dangereuses, n'est-ce pas, Drynne ?
- En effet, répondit la barde avec un sourire charmant.
- Vous et votre compagnon pouvez rester ici autant que vous le souhaitez. En échange, bien sûr, de menus services. Aurin, montre-leur.

De la main d'oeuvre premier choix. Evidemment qu'ils pouvaient rester autant qu'ils voulaient. Ethel et Leevan s'inclinèrent de nouveau, puis emboîtèrent le pas de l'elfe roux.

***

Après que l'elfe nommé Aurin les ait menés jusqu'aux baraquements que le noble, dans sa grande mansuétude, accordait aux personnes venant se réfugier sur ses terres, il les amena jusqu'à l'intérieur de la maison, où il descendit immédiatement dans l'étage inférieur dédié aux servants.

- L'heure du repas est à vingt-et-une heures, avait dit l'elfe laconique. Si vous restez ici, vous avez interêt à vous rendre utiles.

Aurin s'en était retourné à ses occupations, probablement agacé de s'être fait interrompre dans sa journée de travail. Leevan et elle l'avaient suivi en faisant "oui" de la tête pendant la visite plus que sommaire qu'il leur avait fait du manoir, puis une fois laissés à eux-mêmes, étaient redevenus aussi transparents que prévu.
Maintenant, il était temps de faire un peu de repérage et de trouver un accès pour Ered et Aëlys. Le rez-de-chaussée abritait des salons de thé, une chambre, une salle à manger ainsi qu'une salle de réception, visiblement rarement utilisée. Quelques gardes patrouillaient dans les couloirs. D'autres étaient postés devant le large hangar où Guerlain stockait ses caves de vieillissement. Aucun d'entre eux n'était ne serait-ce qu'à moitié aussi dangereux que la barde. Là se situait la partie du plan qu'ils n'étaient pas capables de prévoir avec précision : il fallait localiser la barde et la neutraliser avant de s'occuper de Guerlain lui-même. Sinon, elle pourrait devenir une sérieuse épine dans le pied.

Au premier étage, Leevan faisait semblant d'épousseter le même vase depuis cinq minutes lorsqu'il entendit : "Pssst !". Le jeune elfe tourna les talons et rejoint Ethel dans une des chambres d'amis qui s'alignaient le long du couloir. Il passa la tête par la fenêtre du balcon couvert qu'elle venait d'ouvrir.
Le balcon donnait sur la façade Sud de la bâtisse et sur une vue imprenable des vigneraies baignées dans le soleil couchant, où des elfes charriaient les dernières hottes de raisin de la journée. Mais la particularité de cette facade n'était pas la magnifique vue mais le fait qu'il n'y avait personne pour la garder.
Des intrus, mettons par exemple un ou deux Mien'harel facétieux, pouvaient facilement se dissimuler dans les vignes et sauter le mur d'enceinte. Le mur sous le balcon comportait quelques prises et imperfections qui rendraient son ascension aussi facile qu'une balade dans le parc.

- Eh bien, on dirait que monsieur Guerlain de Arbois fait immodérément confiance à la hauteur de ses murs.

Les deux Elfes échangèrent un sourire.
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