Dragon Age : Les Légendes de Thédas

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Posté Mer 6 Sep - 14:34
Fort-Céleste, chapitre 6Post unique
Cognitio
Il y avait encore tant à faire, et il n’allait pas gentiment attendre cloîtré dans un lit que le temps passe. Chaque seconde était désormais précieuse, autant qu’elle rendait le Tévintide nerveux. Par où commencer. Il n’avait quasiment aucune piste, à part que l’on le lui déroba entre l’attaque et sa convalescence. Commençons les suppositions.

Dans un premier temps, le baron ne fut pas clair dans ses actes. La seule chose de certaine à son sujet était qu’il en voulait à sa famille pour certaines raisons que son père connaissait sans doute mieux que lui. Et lui-même était bien placé pour savoir que mage du sang ne voulait pas forcément dire Venatori. Mais avec une telle étrange et précipitée manière de lui barrer la route, avoir un complice aurait paru farfelu. Un prétexte ? Ou une simple occasion à saisir… Mais qui aurait pu à ce point anticiper le tout ? Cela pouvait être n’importe qui.

Bon, une seule chose à la fois. En premier lieu, la priorité de signaler un haut placé de l’Inquisition restait importante malgré tout. Ce fut donc d’un pas moins rapide que d’habitude, mais toujours aussi rythmé, que le mage Altus se dirigea vers les quartiers du commandant. Qu’il retrouva fermés. Un sourcil perplexe s’arqua. Depuis quand les quartiers du commandant Rutherford étaient ainsi inaccessibles ? Un sifflotement joyeux s’envola de derrière lui. Lentement, Dorian se retourna pour trouver un elfe de bonne humeur avec une épée dans les mains... Attendez, cette lame était familière.
...D'accord. Pourrais-je savoir ce qui se passe par ici ?

C’était bel et bien l’arme du commandant. Et sa salle était fermée. L’avait-on finalement viré, ce pauvre homme ? Son interlocuteur le regarda un bref instant avant de sortir une clé pour ouvrir la fameuse porte.
Ce n'est pas compliqué le commandant est en congé.
Tiens tiens tiens, j'ignorais que le commandant connaissait ce mot.

Voyez-vous cela. Le commandant, désarmé et hors de Fort-Céleste. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond dans les parages ces derniers temps. Pensif, le mage Altus regardait l’agent pousser la porte avec son pied. Quel soin avec les portes du fort, tout de même. Cette simple pensée lui arracha un soupir discret.
Hmm non je ne crois pas qu'il connaisse ce mot. Disons que dame Joséphine le lui a obligé.

Là, il pivota légèrement vers Dorian qui continuait de le regarder avec un étrange sérieux. Puis un léger rictus pointa le bout de son nez.
Ainsi donc, dame Montiley dut prendre certaines radicales mesures pour le forcer au repos. Amusant.
... Et comme il a décidé d'aller faire un tour avec Mellissandre je peux tranquillement remettre ses affaires en ordre. ~

Mellissandre. Pourquoi ce nom sonnait soudainement lourd à ses oreilles ? Très bonne question. Ses sourcils se froncèrent légèrement. Pourquoi cette hypothèse ne l’avait pas traversé ? Mais qu’en ferait-elle, concrètement. A part le donner à sa famille tellement parfaite, il ne voyait pas tellement. Cela dit, le doute restait bien là : il connaissait la fourberie des Alirius pour attirer l’attention et le pouvoir dans leur poche. Même tiré par les cheveux, c’était la seule piste qu’il avait pour le moment, donc autant vérifier son cas. Elle n’était pas là, c’était une parfaite occasion. Au pire, il la saurait innocente, et puis basta.
Tiens, moi qui ne croyais que ce n'étaient que des rumeurs. Eh bien, je repasserai. S'il survit. ~
Non et ils passent beaucoup de temps ensemble mine de rien. J'en serais presque jaloux haha ! À mon avis ils en auront pour la journée ils sont partis hors du fort.

Hors du Fort pour la journée. Cela lui laissait bien le temps de fouiner lâchement dans ses affaires. Les mains liées dans son dos, Dorian tourna lentement les talons tout en prenant grand soin de saluer son interlocuteur d’un hochement de tête. Décidément, quand il restait aussi calme et sérieux, cela lui rappelait son paternel. Brrr.
Je vous remercie pour ces renseignements, et bon rangement, messerah.
Bonne journée.

Peut-être s’en faisait-il trop. Mais il ne pouvait pas l’avoir égaré. Pas un tel ouvrage. Et à constater le désordre évident de son plan de travail, il ne pouvait qu’en être convaincu. Il se mit donc en route pour ses quartiers, cette fois-ci, le temps devint davantage précieux. Le nécromancien ne savait quand elle rentrerait, tout en sachant qu’il aurait plusieurs heures devant lui au cas où. Il fallait jouer de prudence avec pareille femme. Mais Dorian s’arrêta dans les escaliers.

Pourquoi Mellissandre aurait son Cognitio ? Et puis même si elle en avait l’intention, avec tout ce qui lui arrivait et les ragots qui la martelaient, cela n’avait pas de sens. Quel en était l’intérêt ? Même avec ces questions en tête, le mage Altus continua sa progression. Il ne devait pas oublier que les Alirius pourraient profiter de n’importe quel prétexte pour se mettre en avant. Acquérir des connaissances aussi dangereuses et puissantes saurait aisément les avantager et gagner en influence. Dans tous les cas, il supposait. Tout était possible dans ce fort. Le thaumaturge ouvrit la porte.

Oh la la. Elle n’y était pas allée mollo avec la décoration, en tout cas. Bien que son regard s’attelât bien plus longtemps qu’imaginé sur l’immense baignoire qui prenait une bonne partie de sa chambre, il fallait se mettre à chercher. Ou alors rester méthodique. Si on restait sur l’hypothèse familiale qui serait fort probable, elle devait très certainement leur en parler, leur écrire.

Serait-il assez incorrect pour fouiner dans ses lettres ? En fait, oui. Parfaitement. Elle le truciderait, mais qu’importait. Il n’allait pas s’attarder trop en ces lieux. Et le hasard semblait bien trop grand, soudainement, quand son regard clair se posa sur son bureau. En fouillant avec astuce, il trouva une série de lettres dans un coin du meuble en bois. Il n’allait pas toutes les regarder, mais une seule attira son attention : une lettre encore fermée et avec le cachet arborant les armoiries Alirius. Voyez-vous cela.

Après quelques instants d’hésitation, la lettre était finalement dans ses mains. Pensif, une soudaine nervosité frappait dans sa cage thoracique. Son regard se perdait sur le papier encore plié, envisageant le pire dans son esprit. Une chose était sûre, il y serait forcément mentionné d’une manière ou d’une autre, et ce, pas forcément en bien et pour ses innombrables vertus. Soudainement anxieux, Dorian inspira longuement avant de la déplier. Là maintenant, il ne pouvait plus reculer et faire comme si de rien n’était.

A peine aux premières lignes, une lueur de surprise traversa son regard. Inviter l’Inquisition ? Décidément, prendre des risques pour gagner en influence leur ressemblait bien. Mais il fallait admettre que ce scénario était bien loin de ce qu’il imaginait y trouver. Et bien sûr, on prôna la merveille de sa personne. Attendez… Ses sourcils se froncèrent. Elle demanda auprès de ses parents de l’y convier ? Se rendait-elle compte du nid de vipères dans lequel il entrerait, s’il avait l’audace d’accepter ? Car c’était bien connu, les alliés des Alirius étaient pour la grande plupart des rivaux des Pavus. Il était un homme mort s’il s’y rendait avec l’Inquisition.

Un autre mineur problème guetta son attention : évidemment, toute la problématique de son paternel. Avec pareil événement, il saurait fort à l’avance que Dorian y serait. Donc, une autre tentative d’enlèvement était à prévoir. Ils avaient raison dans la missive : jamais le magister ne laisserait son fils approcher ses ennemis les plus redoutables. Là n’était pas le pire, mais comment le prévoir.

Son regard clair s’arrêta sur deux mots. Vulgati Abrexis. Un nom qu’il n’avait plus entendu depuis un petit moment, déjà. Et non sans raison, apparemment. … Ses mains se mirent à trembler, animées par on ne savait quelle émotion précisément. Abrexis les avait … aidés ?

…Quoi ?

Dorian resta figé, la lettre toujours entre ses doigts. Une soudaine migraine due à son rétablissement approximatif lui arracha du fond de la gorge un grognement. Il ne se massa guère la tempe comme à ses habitudes. A vrai dire, cette douleur lui apportait du contrepoids à celle qui étreignait sa poitrine. Plus rien n’avait de sens. La désillusion était trop grande pour lui. Le mage Altus prit lourdement appui sur le bureau, la lettre posée devant lui.

Donc. Toute cette histoire était planifiée du début à la fin. Tout ça pour traîner son père dans la boue. Cette « fouine » qui les « horripilait ». Evidemment. Les Alirius. Pourquoi cela ne lui était jamais venu à l’esprit ? Evidemment que le complot se sentait à plein nez, il y avait beaucoup trop de coïncidences ce jour-là pour ne pas y avoir pensé en premier. Alors, par tous les dieux qui foulèrent ce sol poussiéreux, pourquoi. Pourquoi n’en revenait-il pas ?

Peut-être parce qu’il eut l’audace de croire en Abrexis.

De croire en ses paroles. De croire en son sourire. De croire en ses gestes, en ses promesses. Que même malgré ce qui s’était passé, jamais, de toute son existence, il aurait pensé, ni même envisagé de penser, qu’il en serait complice. Il n’avait jamais pensé que ce serait de sa faute. Mais … Non. Peut-être était-ce son père. Qu’il n’y était pour rien. …

C’était pourtant écrit noir sur blanc, alors pourquoi continuer de lui trouver des excuses ? C’était à cause de lui que tout cela était arrivé. Les faits comme les conséquences. Tout. Était là. Devant lui. Sous son nez.

Une larme tomba sur la lettre.

Il lui fallut un petit temps avant de s’en apercevoir. Distraitement mais sans pour autant la tacher, Dorian appuya avec un pan de son blanc tissu dessus pour éponger la goutte qui déborda du vase au sens littéral. Pas de tache d’encre, même si un petit cercle légèrement gondolé s’y percevait. Dans un calme étrangement oppressant, Dorian referma la lettre, davantage confus qu’il n’osait espérer. Il la laissa bien en évidence, au centre du bureau, soigneusement pliée, puis saisit un morceau de parchemin et une plume. Une discussion avec la jeune femme s’imposait. Le billet fut déposé sur la lettre ouverte, évidemment signée de manière à savoir que c’était lui, l’écriture malgré tout légèrement tremblante. Il rangea le tout et quitta la pièce. Il ne pouvait pas rester une seconde de plus entre ces quatre murs.

De ne pas y trouver la moindre mention de ses recherches ne le surprit qu’à moitié : c’était bien trop facile, après tout. Quand bien même, il aurait pu s’en douter. Enfin. A son retour de vacances avec le commandant, elle allait l’étriper. Et alors. Plus rien n’avait de réelle importance. Là. Maintenant. Et cependant rien ne l’arrangeait non plus : son Cognitio était introuvable, sa seule piste, tirée par les cheveux, vola en éclat, et maintenant ça. La porte de ses quartiers se referma avec fracas derrière lui. La sœur qui était assise sur son lit sursauta, puis se redressa et le salua, les mains jointes.
Avez-vous trouvé quelque chose, Messerah ?
Ai-je l’air de l’avoir en mains ?!

Un silence parcourut la pièce. Dorian ferma temporairement les yeux et se pinça l’arête du nez, le tout en soupirant longuement. Décidément…
Pardonnez-moi, ma sœur.
Je comprends, Messerah.
Non, vous ne pouvez pas comprendre.

Le ton était grave, mais encore relativement maîtrisé. Le regard par la fenêtre, les mains dans son dos, il lui fallait encore digérer tout ça. Son inquiétude loin d’être éteinte, la guérisseuse s’approcha d’un Dorian distant, très distant.
Tout va bien, ser Pavus ?

Pavus. Généralement, mais surtout à Tévinter, quand on l’appelait Pavus, les gens s’adressaient davantage à son père qu’à lui-même. Dans le sud, Dorian s’en serait voulu de chipoter sur cet infime point de détail, mais encore troublé, cela avait désormais toute son importance. On s’en était pris à Pavus. Par le biais de son impulsif de fils.
Ma soeur,...

Une langue nerveuse glissa sur ses lèvres. Sa phrase resta en suspens, incapable de lui trouver une fin adéquate. La jeune guérisseuse se courba légèrement, puis tapota son épaule en signe de réconfort.
Je repasserai vous voir. Reposez-vous surtout, Messerah.
Je… Merci.

La porte se referma doucement. Dorian se laissa tomber sur le côté pour prendre appui sur le mur qui bordait la fenêtre. Que venait-il de se passer ? Rapidement indécis, le mage Altus se déplaça aussitôt vers le lit et s’y assit, accoudés à ses genoux, les mains jointes, la tête inclinée vers le sol.

Abrexis, bordel de dieu.

Comment se faire à une telle idée ? A vrai dire, c’était cruellement difficile. Lui qui avait accepté d’arrêter de lui écrire à cette époque pour lui éviter des ennuis. Mais finalement, ce n’était qu’un prétexte, encore… Bon, son père l’ayant complètement isolé du reste de l’empire pendant plusieurs mois, aucun miracle ne lui aurait permis de l’écrire pour prendre de ses nouvelles, en vérité. Ah, lui qui osa penser qu’il était différent de ces autres chacals. Tous assoiffés de privilèges et de pouvoir. Prêts à faire n’importe quoi pour y gagner quelque chose.

On frappa à la porte.
Quoi… ?
Dorian ? C’est Rosalyne. Puis-je entrer ?

L’interpelé soupira, puis se leva lentement, se dirigea vers la porte et l’entrouvrit. Son morne regard s’illumina de surprise quand il constata que l’Orlésienne ne portait pas son masque habituel. Après un léger temps à se dévisager, Dorian ouvrit pleinement.
Bon, il serait impoli de vous laisser dehors.
Je vous remercie.

Une fois la porte refermée, dame Rosalyne s’assit sur le lit, regardant le Tévintide avec empathie. Celui-ci resta debout, les mains dans le dos, mais se résolut tout de même à s’appuyer sur son bureau de travail.
Je ne vais pas prendre des nouvelles de votre santé, je décèle clairement que quelque chose ne va pas.

Dorian ravala son soupir, les yeux fixant le sol avec lassitude. Il ne pouvait pas lui parler de cette lettre. Il força donc l’irritation et la frustration dans ses traits, humeur pas tant factice que cela.
Aucune trace du Cognitio. Rien. Je tourne en rond.

Et en effet, cela aussi était agaçant. Il y avait des priorités, son ouvrage était toujours entre des mains incertaines. Rosalyne se leva, face à lui, et lui sourit brièvement avant de retrouver tout son sérieux.
Il vous reste une possibilité, Dorian : le baron.
Avec son étrange manière d’agir, s’il avait un complice, cela se saurait.
Peut-être, mais ça vaut le coup d’essayer, non ?

Quand l’œil perplexe du nécromancien transperça la noble dame, il décela en elle un immense malaise. Comme quoi, il n’était pas le seul à avoir quelques tourmentes. Se voulant adouci, il croisa les bras.
Tout va bien, Rosalyne ?

Mais un silence l’accueillit. Prévisible. La jeune Orlésienne inclina la tête à son tour, les mains jointes.
Si j’avais su que tout cela vous arriverait, je ne vous aurais pas prévenu à propos du baron.
Vous auriez préféré qu’il arrive quelque chose à Ach…

Se rendant compte de sa maladresse de langage, Dorian s’arrêta brusquement. Il s’était peut-être un peu trop enflammé. Mais un autre doute traversa son esprit à l’évocation de sa personne. Achilles. Et si cette histoire allait se répéter ? Et s’il allait aussi se servir de lui en le noyant sous les mots qui ne fâchaient pas ? Non, s’il était hypocrite, cela se verrait. Ou alors, son jeu était plus … Mais Fasta vass ! A quoi était-il en train de penser ?! Se raclant la gorge, le mage Altus se reprit.
Donc ma santé vaudrait plus que la vie d’un chevalier enchanteur.
Ce… n’est pas ce que j’ai voulu dire.
Et pourtant, c’est ce que j’ai compris.

La voix était tranchante. Calme, mais autoritaire d’un côté. Son regard ne laissait place à aucune excuse. Il n’était plus d’humeur à pouvoir en supporter encore et encore. Et ça, Rosalyne s’en aperçut : confuse, elle tomba à genoux devant lui, comme si une simple femme avait commis un terrible affront contre le Créateur lui-même. Troublant. Mais Dorian ne le réalisa pas tout de suite. Cela n’empêcha pas ses sourcils de s’arquer.
Pardonnez-moi, Dorian. Regardez donc dans quel lamentable état vous êtes par ma faute…
Quoi ? Mais non, mais non. Diable, relevez-vous.

Le regard implorant de l’Orlésienne le sortit du peu d’aise qui lui restait après une journée aussi éprouvante. C’était embarrassant de se dire qu’il la mettait dans cet état. Dans une noble souplesse, Dorian lui tendit la main pour l’aider à se lever. Mais sans réelle anticipation, la noble dame aussitôt sur ses deux pieds se jeta dans ses bras pour l’enlacer. Dorian recula par réflexe, mais… Comment lui en vouloir. Après quelques instants aussi tendu qu’une arbalète prête à tirer, le thaumaturge se détendit en soufflant du nez, puis encadra à son tour de ses bras le creux de son dos pour la garder contre lui. La pauvre sanglotait. Mais quelle journée.
Vous n’y êtes pour rien, Rosalyne. Allons.
J’y suis quand même pour beaucoup, Dorian.
Même si c’était le cas, je ne vous en veux pas.

A vrai dire, il avait tellement d’autres choses à penser en ce moment qu’il ne pourrait lui en vouloir de l’avoir prévenu au sujet du baron, pour se retrouver alité pendant plusieurs jours, le tout sous des tremblements et des maux de tête presque constants. Son corps n’avait pas encore totalement récupéré de cette attaque. Mais il devait essayer sa proposition – qu’avait-il à y perdre, après tout ?
Je vais quand même lui faire une petite visite, vous pouvez rester là en attendant, ou aller à la bibliothèque, pourquoi pas.
Oui… Allez-y. Faites attention à vous, Dorian.

Elle desserra l’étreinte avec lenteur, comme si elle profitait de cette chaleur échangée. …Bon, sans doute qu’elle en profitait. Son jeu n’était pas aussi fin qu’elle voulait bien le prétendre, après tout. Eh bien, Dorian en connaissait une qui serait grandement déçue. Son ton monotone en disait long, en tout cas. Alors qu’il lui adressa une sorte de sourire pour la rassurer sur son état, il se dirigea vers la porte.
Attendez un instant, je vous prie.

La main déjà sur la poignée, il inclina la tête dans sa direction pour lui montrer qu’il l’écoutait.  Alors, le ton hésitant, Rosalyne tenta d’éclaircir ce soudain arrêt ainsi demandé à la va-vite.
Que se passe-t-il exactement avec le… chevalier enchanteur Blakemore, Dorian ?

Celui-ci se tourna légèrement, les sourcils froncés. Pourquoi ajouter ce dossier sur la table à ce moment précis ? Ce n’était pas comme s’il avait besoin d’y penser maintenant. Quoique. Un semblant de calme sembla passer sur ses traits de fatigue à l’évocation d’Achilles. Ah. Pour une fois que quelque chose de bien lui arrivait dans ce fort… Ou peut-être était-ce ce qu’il pensait. Si cela se déroulerait comme avec Abrexis,…

Son visage s’assombrit subitement.
Je ne vois pas pourquoi vous posez la question, Rosalyne. Me trouvez-vous concupiscent au point d’égarer de sa voie un homme d’armes et de foi ?
Oh bien sûr, le modèle parfait de l’homme chaste qui prie matins et soirs…
Si vous saviez…
Je veux la vérité, Dorian. Vous me devez au moins cela, non ?
Et c’est la vérité, Rosalyne. Il n’y a absolument rien entre le chevalier enchanteur Blakemore et ma personne. Il s’amuse à sans cesse rabaisser mes principes tévintides tout comme je m’amuse à rabaisser ceux de sa Chantrie d’amour. C’est tout.

Ah, si elle savait. Si elle savait ce qu’il pouvait lire dans son regard. Dans ses gestes. Dans ses paroles. Cette ivresse quand son parfum l’envahissait. Ce mélange saugrenu de puissance et de douceur. Cette chaleur que lui procuraient son toucher, ses caresses, ses lèvres,…

Dorian reporta son attention sur la porte qu’il ouvrit aussitôt. Rosalyne n’ajouta mot, silencieuse au milieu de la chambre. Il fallait faire vite. Le baron devait se trouver dans les cachots du fort. Cela allait le mener à rien, mais il n’avait plus que cette option.

Un autre détail dans la lettre lui revint à l’esprit. Sa relation avec ses parents était très bonne. Ils s’inquiétaient pour elle. La jeune fille leur manquait. Ce n’était pas avec les siens que le mage Altus aurait droit à de telles lettres. S’il s’avérait que, premièrement, le père daigne lui écrire et que, deuxièmement, le fils daigne la lire, ce serait pour se noyer dans les reproches et les erreurs commises. Les choix douteux et désapprouvés. Tout le temps. Car il n’était pas assez parfait pour lui, après tout. Dorian poussa une lourde porte et, après l’avoir refermée derrière lui, entreprit de descendre les escaliers. L’étroit passage très mal, voire pas du tout éclairé, le Tévintide se servit de sa magie pour y voir quelque chose. Une petite flamme se baladait entre ses doigts fins, sa lueur dansant sur les pierres qui l’encadraient. Mieux.

Il ne lui fallut que peu de temps pour atteindre la bonne cellule, non sans croiser quelques gardes qui posèrent toujours la même question, et à qui le nécromancien répondait toujours la même chose d’un air faussement amusé.
Je pars simplement comploter comme le Tévintide que je suis.

Evidemment que sa présence en ces lieux était suspecte. Lui-même en était conscient. Mais il n’avait pas le temps pour le moindre détour, donc autant paraître louche. De toute manière, il l’était au quotidien. Un grognement d’agacement lui signala qu’il était au bon endroit.
Encore vous… !!
Baron, je constate que tout se passe bien pour vous en ces lieux char-mants.

Son masque lui fut retiré. Son regard acéré le poignardait. Dorian conserva un calme qui en disait long, mais il comptait bien avoir des réponses à ses questions.
Je ne ferai pas long, mais cela dépend de vous.

Pour ne pas trop l’offusquer, le mage Altus prit bien soin de conserver une distance raisonnable – très raisonnable – entre eux. Le baron serra les dents, ne détournant nullement son dur œil de son interlocuteur. Tiens, il ne s’était pas encore manifesté.
Pendant votre somptueux tour de passe-passe et la convalescence qui suivit, quelqu’un s’est emparé de mes recherches. Cela vous parle ?
Oh, quel dommage, Pavus. J’espère que vous m’avez apporté un mouchoir en soie, pour essuyer ces larmes d’empathie qui cascadent de mes yeux !

Un rire sec franchit les lèvres du jeune homme, emplissant tout le couloir avant de progressivement s’effacer. Même enchaîné, il voulait jouer. Eh bien, autant jouer, alors.
J’y penserai la prochaine fois que je vous ferai une visite surprise.
Vous perdez votre temps, je ne vois pas de quoi vous parlez.
Ne vous en faites pas pour moi, j’ai toute la journée.

Le prisonnier grommela, détournant la tête pour se perdre en la contemplation d’une paroi vide. Le mage Altus cessa de le fixer : il savait qu’il ne tirerait rien de cette discussion. Et puis, son petit ricanement virevolta dans la salle. Calme, discret, absolument pas provocant de prime à bord.
Finalement, elle s’est décidée ?

L’ignorance complète de sa remarque avait toute sa signification. D’un côté, ainsi en ces lieux, Dorian s’était fait à l’horrible idée qu’il le reverrait, croupissant dans ces cages. Il reprit malgré tout.
Ignorez-moi ou non, Dorian, mais je suis en mesure de vous—
Je me moque de savoir que votre magie du sang vous raconte ce que je ne sais pas, …

…Venatori. Il allait conclure ainsi sa phrase, mais le mage Altus se remémora au même moment cette irritable discussion avec Achilles. Il vaudrait mieux la laisser en suspens. Bon, puisqu’il n’y avait plus rien d’intéressant en ces lieux, autant s’en aller.
Une jeune elfe vint me voir, récemment. Elle semblait confuse et voulait mon opinion à propos de quelque chose de très important.

Dorian s’arrêta. Le doute l’arrêta. De quoi parlait-il ? Et voilà, sa curiosité malgré tout ressortit, même si la dernière chose qu’il voulait réellement était de ne pas lui adresser la parole. Le baron souffla du nez, puis s’exclama avec lassitude.
Ah, la rouquine ?
De qui parlez-vous exactement ?.

Attendez. Une jeune elfe et rousse… Non. L’agacement s’était fort bien perçue dans le timbre de sa voix, mais désormais le voilà indécis. Peut-être que cela allait le mener à quelque chose, finalement. De toute façon, il ne lui restait plus que cette option. Cependant, le nécromancien resta dos aux prisonniers.
Donc ma petite histoire vous intéresse, maintenant ?
Arrêtez de baratiner et venez-en aux faits.
Soit.

Regardant sans voir, le thaumaturge se risqua toute fois à se tourner vers la cellule qu’il écoutait désormais. Elle était bien plus loin, mais la direction était plus ou moins sue.
Une jeune fille me parla de vos travaux, il y a quelques jours peut-être. Elle portait –
Kaffas, ne venez pas me dire qu’elle portait deux longues et fines tresses.

Le silence cette fois-ci imposée par le captif lui suffit amplement comme réponse. Quelqu’un lui avait complètement échappé. Une personne très discrète, qui était bien souvent là, à observer en silence… Une jeune elfe rousse portant deux tresses, il n’y en avait pas mille dans ce fort. En y repensant, depuis cette histoire avec le baron, Dorian ne l’avait pas revue une seule fois. Mais… Non. Elle ne pouvait pas.

Mireï ne pouvait pas lui avoir fait ça.
Elle paraissait cruellement indécise, elle sait vos recherches dangereuses entre de mauvaises mains,…
Mireï a pris mon Cognitio.

Même en le disant à haute voix, cette seule pensée lui sembla irréelle. Mais c’était sans doute vrai. C’était toujours terrifiant quand toutes les pièces du puzzle s’assemblaient enfin. Mais quel. Demeuré. Décidément, aujourd’hui était la journée des couteaux dans le dos. Sympathique. Cela voulait donc dire qu’elle avait quitté le fort ? Depuis combien de temps ? Avec un peu de chance, il pourrait peut-être encore la…
Soufflez, Dorian. Vous allez retrouver vos écrits.
Je me passerais bien de votre inutile et encombrante glose orale.

Le mage Altus se détourna de ce sombre endroit et rejoignit les escaliers. Tout était officiellement clair dans sa tête. Mireï avait profité de son pitoyable état pour dérober le Cognitio. Mais alors, cette autre fois… N’était-ce pas elle plutôt qui le volait ? Mais dans quel but faisait-elle tout ça ? Pour servir quels intérêts ? Et voilà, le brouillard revenait. Dorian regagna ses quartiers.

A sa grande surprise, personne ne s’y trouvait. La porte refermée derrière lui, il se laissa choir dans son lit. Il n’en pouvait plus. Se massant machinalement la tempe, le nez fixant le plafond, les yeux se fermant petit à petit dans l’espoir d’y trouver un minimum de tranquillité, Dorian se laissa complètement aller… Il était fatigué, épuisé, exténué. Sa tête lui faisait mal à force de trop réfléchir. Le cœur était toujours serré dans sa poitrine qui se mouvait lentement et régulièrement. Même si elles avaient presque totalement disparu, Dorian pouvait encore sentir ses plaies lui trancher les avant-bras. Ah.

Enfin un peu de calme.
Dorian Pavus Theme song
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