PROCHAIN NIV. :
Invité
Invité
Posté Sam 22 Juil - 15:09
Winds turn the inconstant pathSolas & EstridTavern song ( The III Project →   Kopanitsa   ) Tevinter, berceau de vie, asile pour la magie; prison pour les sang mêlés. Elle revoit les rues où fusaient les rires et quelques enfants mages manier avec innocence quelques petits tours, en attendant le grand jour. Elle se souvient aussi de ces esclaves parfois faméliques qui couraient dans la demeure d'Angelin, cette demeure reconvertie en école. Les paroles de Solas lui rappellent cette époque à la tangente même de la folie des guerres et de la paix des amoureux. Et de ce mur couvert des façades de chacun. Ses yeux s'écarquillent, et les mots lui manquent soudainement quand Solas,  intriguant Solas se met à parler de la compassion. Estrid aurait pu pleurer; aurait dû. Elle aurait même dû crier sa douleur. Peut-être bien s'agenouiller sur ces pierres quelque peu poussiéreuses et chercher un endroit calme, pour apaiser ses tourments et faire ce que l'on appelle le vide de soi. Un vide factice, mais ô combien nécessaire quand le coeur manque de chavirer sous un trop plein d'émotions. Mais malgré cette sensation de flottement qui s'empare de ses épaules, de sa nuque et de ses lèvres, l'elfe survole avec admiration les traits du mage de l'Immatériel. Sans doute l'est-il un peu; immatériel. Presque irréel. Presque lyrique dans sa sagesse.
"C'est l'un des plus beaux compliments que l'on m'a un jour fait."
Dit-elle en expirant de soulagement. Elle aurait dû pleurer. Et pourtant, elle reste là, fusant entre sa mélancolie et son espoir formé de sons cristallins et apaisants.
"Même si je dois vous avouer être triste. Triste parce que ... connaissez-vous le conte des deux oiseaux ?"
La ménestrel est comme aveuglée par son soudain engouement, comme si ... comme si elle était coincée ailleurs, dans un autre monde. Un monde où maintenant, elle marchait vers son instrument, montait la marche pour ensuite s'installer sur le rebord de l'estrade. Cette estrade qui en réalité sont les rebords des remparts de Fort Céleste.
"Il était une fois, un oiseau enfermé dans une cage. Sa vie était monotone, vaquant entre entretiens de sa maison de métal, les gens passant ça et là dans la demeure couverte de pierres d'aurore et de précieux rubis, ainsi que ses repas quotidien. Un le matin, un le midi, et un le soir. Mais l'oiseau ne mangeait pas,
ou très peu, se contentant de regarder le monde par delà la fenêtre quand celle-ci s'ouvrait. Quand soudain, lors d'une de ces matinées couvertes par l'odeur douce de la rosée, un oiseau se posa sur le rebord. Il chantait si fort, si bien, et pouvait bouger ses ailes là où il le voulait.
Et l'oiseau dans la cage voulut en faire de même ... jusqu'à ce que son aile tape l'un des barreaux de fer. Tandis qu'il rétractait ses ailes, abattu, l'oiseau vint se poser près de la cage, penchant la tête lentement.
"

Estrid penche alors la tête vers son seul public, tendant sa main d'une manière aussi délicate que celle d'un oiseau tendant son aile.

"-Tu me sembles bien triste mon ami. Ne veux-tu pas voler toi aussi ?- demanda-t-il. -Je n'ai malheureusement pas le choix. Crois-tu seulement qu'il m'est possible de vivre, alors que j'ai vécu toutes mes années dans cette structure ?- L'oiseau libre resta un moment silencieux. Puis, il partit, laissant le prisonnier seul. Ce n'est que le lendemain, après une nuit de sommeil emplie de souffrances que l'oiseau de la cage revit son compagnon d'hier. Celui-ci tenait en son bec la clé de la cage. -Comment peux-tu savoir sans avoir essayé ?- lâche alors le libre et sauvage oiseau. La porte de la cage s'ouvrit, le captif en sortit lentement, hésitant mais toujours attiré par cette aile tendue vers lui. Lui qui était si seul. Ils entendirent soudain les hurlements de la maisonnée, voyant fort bien que leur oiseau était libre. Ils essayèrent de le retenir, de fermer les fenêtres. Vite, vite, l'oiseau s'enfuit ! ne le laissez point sortir ! il est à nous ! rien qu'à nous ! mais malgré les supplications de l'assemblée, les mains tendues vers le plafond comme pour posséder ce qui vit hors de son propre coeur, à tire d'ailes et baigné par une soudaine envie de vivre, il s'envola avec son ami, trouvant une ouverture dans le beau palais de rubis et de pierres d'aurore."
Elle croise ses bras un instant, laissant planer un léger silence, pause douce après tant de gesticulations pour imiter l'oiseau et les propriétaires sur son promontoire de pierre.
"Ils volèrent loin, si loin de la demeure et l'oiseau commença à apprécier la liberté ... sa liberté. Il avait envie de se poser ? Il se posait sur une branche. Il voulait boire ? Il pouvait goûter la pluie ou la source. Ensemble, les deux oiseaux vivaient, volaient, chantaient, volaient à nouveau si haut qu'ils pouvaient sentir certains nuages caresser leur plumage. Puis un jour, l'un des hiver leur fut fatal. Affaiblis par les vents, l'ancien captif tomba le premier, suivi de son compagnon qui plongea pour le sauver. Le choc fut dur pour les deux amis qui, ne pouvaient plus s'envoler. Et, enfoncés dans la neige glacée, la neige qui lentement brûle la peau cachée sous leurs plumes, ils regardent la neige tomber qui peu à peu les enterre -Regrettes-tu ton choix ?-  L'oiseau en cage siffle faiblement - Non. J'ai vécu les plus belles choses, comme les plus mauvaises à tes côtés. Cela peut paraître insouciant, mais même si mon temps a été écourté, j'ai pu vivre. C'est tout ce qu'il m'importe - Alors les deux oiseaux chantèrent une dernière fois, jusqu'à ce que la neige étouffe à jamais leur mélodie."
Estrid referme lentement ses poings pour mimer cette neige qui lentement, avait eu raison de l'innocence.
"J'ai peur, Solas. Mais est-ce pour autant que je dois renier ce qui me fait vivre ? Faut-il vivre longtemps et dans les regrets, ou bien mourir sous l'épée d'un templier en sachant pertinemment que ce que nous avons fait était pour la bonne cause ? On raconte que depuis, là où les deux oiseaux ont été ensevelis, un arbre fruitier a poussé et que tout ceux qui ont pu y goûter, ont pu sentir dans leurs entrailles qu'ils sont encore vivants. Il est sans doute présomptueux de ma part de me comparer comme tel mais ... vous avez raison. Un jour, nous finirons tous brisés. Que le choix soit bon, ou bien ignoble. La preuve en est avec Corypheus, Loghain Mac Tir .... Anders.
Anders ... un pincement au coeur vient arracher un léger hoquet, en repensant à cet homme qu'elle a rencontré à Lothering. Prévenant, doux, mais brisé par son envie de rendre libre les mages. Cet homme qui lui avait d'ailleurs inspiré ce conte.
"Tout trois ont fait leurs choix et ont dû en subir les conséquences. Tout ne peut demeurer solide, même pour celui qui prend se précautions. Moi, je ne veux pas simplement vivre, Solas. Je veux vivre en étant ce que je suis."
La mage ferme finalement les yeux, ses deux poings contre son coeur et le visage fouetté par les vents. Elle sent sa magie bouillir dans ses veines sous l'embardée de ces émotions, souvenirs et de cette histoire qu'elle a tant conté. Elle s'incline finalement vers Solas, l'altruiste et mystérieux mage avant de sauter de sa pierre dans une envolée de cheveux émeraudes.
"Je pense vous laisser. Je n'ai pas envie de gâcher plus que cela votre nuit, comme j'ai pu le faire dans le passé. Et même si nos opinions divergent, Era, cela me rassure de connaître quelqu'un tel que vous. L'Inquisiteur Warvick a bien de la chance. Et  un jour, celui ou celle à qui vous prendrez l'aile, le sera d'autant plus."

© 2981 12289 0
PROCHAIN NIV. :
Invité
Invité
Posté Dim 23 Juil - 21:12
Les adultes de tous temps avaient une nette tendance à penser que les contes tels que ceux que venait de raconter Estrid ne s'appliquaient pas à eux. C'était en quelque sorte le fardeau des mortels : plus ils vieillissaient, plus ils se rapprochaient de leur fin, plus ils était convaincus d'avoir compris comment le monde fonctionnait. Peut-être était-ce une façon pour eux de rationaliser leur faible espérance de vie, et d'y trouver une conclusion : tout ce temps, qui semblait parfois bien long, passé en Thédas devait bien signifier quelque chose, non ?

Alors les histoires typiquement associées à l'enfance, on avait tendance à les y laisser. Les leçons de morales simplistes de contes ne seyaient pas à ceux qui les avaient déjà comprises depuis bien longtemps, et aux yeux d'un nombre affolant d'entre eux, il n'y avait plus rien à y apprendre. Bien au contraire, on avait parfois tendance à les regarder avec mépris, se moquant de leur manque de nuance apparent.

Solas, bien évidemment, n'était pas de ceux là, et pensait – pour ne pas dire « savait » – que la quête de la sagesse et du sens était une chose sans fin. Il n'y avait nulle conclusion que l'on puisse s'inventer ni aucune leçon finale qui pouvait résumer toutes les autres. Les vieilles histoires pouvaient parfois prendre un tout autre sens lorsqu'on posait sur elle un regard différent, et beaucoup d'entre elles souffraient du temps qui passe, leur souvenir se tordant dans l'esprit de celui qui ne l'avait entendu qu'une fois.

Ce court conte, ode à la liberté, brillait de multiples lumières. Il pouvait désigner Estrid elle même, dans un concert de métaphores plus ou moins alambiquées : lequel des deux oiseaux était-elle ? Instinctivement, il aurait dit qu'elle était le premier, celui qui fut prisonnier de sa cage, mais il n'en avait aucune certitude. Et cette cage, si c'était bien la sienne, que représentait-elle ? L'aura écrasante d'un professeur, d'un clan, d'un parent, ou bien les lois d'un pays ou d'un groupe de nomade ? Peut-être s'agissait-il d'un Cercle, et ainsi, l'histoire pouvait se comprendre comme une apologie faite aux mages rebelles.

Cette histoire, il ne l'avait jamais entendue telle quelle, et il la nota dans un coin de son esprit, jusqu'à ce qu'il parvienne à la comprendre sous suffisamment de ses aspects pour pouvoir la raconter à son tour. Il la remercia ainsi en s'inclinant vers elle silencieusement, afin de ne pas interrompre son bref discours, qui se tourna brièvement vers trois noms que beaucoup prononçaient avec haine et peur. Quant à savoir s'ils étaient brisés... Là encore, ce n'était qu'une interprétation.

« Nous somme tous les héros de nos propres histoires », souffla-t-il simplement, énigmatique.

Corypheus était un être qui désirait rendre à Tevinter sa gloire d'antan justement méritée et à remettre le monde entre les mains de dieux, de vrais dieux tels que Dumat et les anciens, ceux qui n'étaient pas des inventions comme le Créateur et son « trône vide ». En cela, il était son propre héros.

Loghain Mac Tir, lui, avait trahi un jeune prince dont l'inconsciente fougue aurait condamné Ferelden toute entière. Puisqu'il n'était pas possible de lui faire entendre raison, il l'avait sacrifié et s'était arrogé son trône, bien décidé à faire front à sa place, car il était un bien meilleur souverain et chef militaire que ce bel âne de Cailan. Il avait osé prendre des décisions difficiles là où d'autres auraient préféré ne rien faire, et en cela, il était son propre héros.

Anders, le mage qui s'était lié d'amitié avec un esprit de Justice, n'avait fait qu'accomplir son devoir le plus nécessaire. Kirkwall était l'un des pires endroits du monde pour les mages, et les autres Cercles, plus commodes en apparence, ne valaient guère mieux. Mais comment lancer cette révolution si nécessaire avec de simples mots, alors que parmi les mages eux même il n'y avait pas de consensus. Certains devenaient exactement ce qu'on leur reprochait de devenir, se tournant vers la magie du sang et donnant plus de raisons que jamais aux templiers de les enfermer, tandis que d'autres se complaisaient dans cet emprisonnement qu'ils estimaient justifié, se craignant eux même. Anders, lui, avait trouvé un moyen de briser tous ces carcans. En cela, il était son propre héros.

Fen'Harel en son temps avait été lui aussi un apôtre de la liberté, se dressant face aux faux dieux et luttant contre eux de toute ses forces, de toute sa ruse, de toute sa colère. Il n'y avait pas de combat plus juste que le sien, et lorsqu'il décida d'enfermer les Evanuri, il avait profondément blessé, handicapé le monde qu'il connaissait alors, mais il le sauva dans le même temps. En cela, il avait été son propre héros.

Il soupira profondément.

« Vivez donc, Estrid, souffla-t-il, vivez et rendez le monde un peu plus comme vous. Et si un jour vous regardez en arrière et réalisez que vous avez fait erreur... Puissiez-vous avoir la force de poursuivre votre chemin, même s'il vous invite à faire demi-tour. »

Il se demanda l'espace d'un instant si c'est à elle ou bien à lui même qu'il s'était véritablement adressé à cet instant.

L'elfe à la peau rose s'inclina alors face à lui et lui fit ses adieux – au moins pour ce soir – se permettant même un encouragement qui plut à Solas autant qu'il l'accabla. Ragnar avait-il véritablement de la chance de l'avoir à ses côtés ? Il voulait y croire, mais rien n'était moins sûr.

Il s'inclina à son tour face à elle.

« Dareth shiral. »
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum