Dragon Age : Les Légendes de Thédas

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Posté Lun 26 Juin - 23:55
Fort Celeste. Un bâtisse bien plus impressionnante qu’elle ne l’avait imaginé, et sa description lui avait pourtant été faite par un Antivan peu avare de détails. Sans doute avait-elle modéré ses propos, consciente de leur propensions aux grandiloquences mais en vérité c’était bien en deçà de la réalité. L’immense passerelle bordée d’un vide abyssal ne donnait que plus de majesté au châteaux lové dans la roche. Typiquement le genre d’endroit où l’on imaginait très bien le destin du monde être changé.

Frissonnant malgré son manteau doublé de fourrure et sa robe de velours bleuté qui lui avait valut quelques regards narquois depuis son arrivé – sa tenue était considérée comme sobre en Orlaïs mais ici elle faisait clairement tâche - Irisviel retira ses gants pour aplatir ses oreilles et les réchauffer quelques instants grâce à la chaleur de ses paumes. Malgré tous leurs masques extravagants et leurs chapeaux défiant les lois de la physique, aucun tailleur orlésien ne faisait de bonnet pour elfe. Une bien triste constatation qui l’obligeait à employer des stratagèmes douteux dans le but de les empêcher de geler. Heureusement que personne susceptible de la reconnaître ne voyageait avec eux, elle aurait eu quelques quolibets sur le dos autrement.

Heureusement, ils arrivaient à destination et après un contrôle de routine, elle fut déposée dans la cours, les hautes murailles formant un rempart bienvenu contre le vent glacé. Elle avait été invité ici par un érudit de l’inquisition, Karwin si sa mémoire était exacte. Il travaillait sur un antique manuscrit tévintide et il avait demandé son aide temporaire après quelques échanges de lettres. Un si vieille ouvrage – et monsieur - pouvait difficilement voyager jusqu’à orlaïs sans encombre et elle devenait las de ne recevoir que des petits morceaux recopiés d’une main tremblante.

A vrai dire, même si elle ne s’attendait pas à être accueillit avec un tapis rouge, Irisviel avait espéré un petit comité : il n’en fut rien. Les travaux du château étaient encore en cours, la tragédie vivace dans les esprits, tout le monde s’affairait dans un balais soigneusement huilé mais étrangement indifférent. Seule, avec une pile de dictionnaires et de notes personnelles, Irisviel trouva un homme assez aimable pour lui indiquer la direction de la bibliothèque et la jeune femme pris son courage – ou plutôt ses livres – à deux mains et entreprit de gravir les marches sans faire de catastrophe.

Un garde fut assez aimable pour l’accompagner jusqu’à l’intérieur du château après avoir contrôlé une nouvelle fois son identité, déchargeant une partie de son matériel le temps de son escorte. Il l’aiguilla à nouveau avant d’être rappelé par son devoirs, la jeune elfe se retrouvant à nouveau seul ensevelit sous son amas de bouquin.

Maudissant en Ciriane – parce que c’était plus classe – l’architecte qui avait eu la bonne idée de mettre les bibliothèques en haut d’interminables tours, la jeune femme s’engagea dans un couloir, avant de rester muette de stupéfaction.

« Oh c’est superbe », s’exclama-t-elle sans chercher à complimenter qui que ce soit, à vrai dire, elle n’avait pas encore remarqué qu’elle n’était pas seule.

Contrairement aux imposantes statues et aux fanions aux couleurs de l'inquisition qu’elle avait vu jusque là, le mur en face d’elle était orné d’une immense fresque qui allait du sol au plafond, représentant à première vu le Conclave, ou du moins l’explosion du Conclave. Un homme – enfin un elfe – était manifestement en train de peindre la suite, ayant à peine commencé son ouvrage.

« C’est une fresque ? », demanda-t-elle bien que sa question était purement rhétorique. Ce genre d’œuvre monumentale avait peu de chances d’être autre chose.

Malgré ses bras ankylosés, la jeune chercheuse resta un moment immobile, admirant l’oeuvre avec les yeux d’une érudite, cherchant les détails, les symboles, les significations. Elle appréciait le rendu artistique mais le but d’une telle fresque la passionnait bien davantage.

« Qu’elle merveilleuse idée ! Je ne suis pas spécialiste en sémiotique de l’image mais il est évident que les représentations picturales ont toujours été un atout majeur pour la compréhension de l’histoire ! Qui sait, dans quelques millénaires, peut-être que cette œuvre fera le bonheur d’un érudit ! Après tout, l’Inquisition est au coeur des bouleversements actuels... », commenta-t-elle d’une voix enjouée, rendant difficile de déterminer si elle se parlait à voix haute ou si elle s’adressait à l’elfe en train de peindre et qui ne pouvait plus ignorée sa venue, si ses halètements de fatigue ne l’avait pas déjà alerté de sa présence dès son arrivé.

« C’est l’inquisiteur qui a eu l’idée d’immortaliser ses exploits ? », demanda-t-elle enfin, s’adressant cette fois-ci bel et bien à son interlocuteur. Après tout, elle avait dû mal à imaginer que quelqu’un d’autre ait l’intérêt et l’autorité de faire une chose pareille. Habituée aux serviteurs elfe, elle n’envisageait pas le peintre comme autre chose qu’un maître d’œuvre. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne méritait pas le respect. Plus qu’une sympathie raciale, Irisviel avait compris depuis longtemps que l’amabilité avec les petites gens payait souvent.

Comme si le simple fait d’avoir communiqué lui rappelait soudainement sa situation, les livres s’alourdirent considérablement et elle se permit de déposer maladroitement la pile instable sur le bord d’une table proche tout en s’excusant : « Oh, pardonnez mon impolitesse, je ne me suis même pas présentée ! »

Une fois débarrassée de son fardeau tout en s’étant assurée qu’il n’allait pas s’écrouler, elle fit une légère et élégante révérence qui fit virevolter quelques flocons accrochés à ses vêtements et ses cheveux. Son visage rougit par le froid appuyant également le témoignage de son récent périple.

« Irisviel Mavias, enseignante chercheuse en langue ancienne à l’Académie d’Orlaïs et consultante en traduction un peu trop bavarde, enchantée », déclara-t-elle finalement avec un petit sourire moqueur consciente de ses propres défaut et du monologue qu’elle venait de faire, sans réellement laisser le temps à l’homme de répondre. Pourtant, elle était réellement curieuse d’en savoir plus, et rien ne l’obligeait à se hâter. En outre, ses bras refusaient de coopérer pour l’instant.
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Posté Mar 27 Juin - 9:05
Solas n'était pas du genre à se plaindre, qu'il s'agisse de considérations purement matérielles ou d'ordre plus spirituel ou philosophique. Au pire, face à une décision qui ne lui plaisait pas, il laissait échapper un soupir ennuyé, mais les éventuelles remarques qu'il pouvait faire, il les gardait dans un coin de son vaste esprit, afin de les cultiver et de les affiner pour qu'elles deviennent des réflexions et des critiques. En somme, il était quelqu'un qui acceptait les aléas du quotidien sans broncher, avant de s'y attaquer plus tard avec le regard d'un intellectuel.

Pourtant, tout cela ne l'empêcha pas de souffler quelques répliques agacées à l'encontre du froid qui sévissait à Fort Céleste, comme si cela pouvait influencer quoi que ce soit. Dans cette grande pièce qu'il avait décréter être la sienne, il ne faisait pas bien chaud, la faute au vent qui s'y engouffrait depuis le repaire de Leliana. Il n'était pas le plus à plaindre cela étant dit : Cullen avait un trou béant dans son plafond qui semblait ne jamais vouloir être réparé, mais au moins il n'avait aucun soucis quand il s'agissait de regarder les étoiles.

Il avait oublié qu'il faisait si froid ici. Ses souvenirs de ce lieu chargé de sens, de cette montagne où tout se décida étaient altérés par le temps et par le poids de ses erreurs. Encore que, c'était il y a si longtemps, peut-être le climat avait-il vraiment changé depuis lors.

Mais ce lourd passé était aussi la force de Fort Céleste, et il s'agissait tant de puissance magique que d'un poids émotionnel lourd. Ici, Solas se sentait chez lui, dans une maison qui n'était pourtant plus la sienne. L'histoire s'amusait à se répéter, et aujourd'hui, c'était un autre qui dirigeait une rébellion contre un mage qui se voulait être l'unique dieu. Ragnar était le nouveau maître de cette demeure où l'histoire du monde allait se jouer une fois de plus.

Et cette histoire, il avait choisi de la représenter, d'en marquer les grands moments, comme on l'avait fait pour lui à une époque lointaine. Il avait déjà terminé la première étape de sa fresque, qui représentait l'explosion au Conclave, et s'attelait maintenant à la création de l'Inquisition, emplissant l'image de son immense symbole, la lame acérée sous l’œil Omniscient du créateur.

Plus tard, il ajouterait des loups. Sans doute était-ce là la nostalgie qui parlait.

Un bruit de pas qu'il ne reconnut pas comme étant celui de l'Inquisiteur attira alors son attention, suivi d'une voix féminine toute aussi inconnue qui s'extasia sur la beauté de l’œuvre avant de se lancer dans une réflexion sur l'importance de l'art et de la peinture dans la pérennité de l'histoire, témoignant ainsi l'intérêt d'une érudite en lieu et place d'une simple curieuse, comme il aurait pu s'y attendre au premier abord.

Solas lui prêta une oreille attentive mais ne se retourna pas tout de suite pour lui faire face, concentré sur l'une des branches de l’œil dont il était en train de délimiter le contour, la voulant parfaitement symétrique avec celle qu'il avait déjà esquissée.

La jeune femme n'avait cependant toujours pas fini de parler lorsqu'il posa son pinceau et se retourna pour faire face, à sa grande surprise, à une elfe vêtue comme une orlésienne, occupée à poser une lourde pile de libre sur sa table avant de lui faire une petite révérence polie. Son étonnement ne fut qu'exacerbé lorsqu'elle lui annonça faire partie de l'Académie d'Orlaïs, et pas en tant que servante. Une elfe avec une telle situation, ce n'était pas banal, et il y avait bien là de quoi lui faire abandonner sa fresque quelques minutes.

Il descendit de son échafaudage et inclina brièvement la tête en guise de salut.

« Je suis Solas, se présenta-t-il sobrement. Mage de l'Inquisition. »

Il jeta un regard curieux vers ses livres avant de le tourner à nouveau vers elle.

« Je constate que mon œuvre vous intéresse. Vous avez raison, l'histoire est jalonnée de fresques de ce genre, mais vous vous trompez en supposant que c'est une demande de l'Inquisiteur. Il s'agit là de ma seule volonté, même s'il ne s'y oppose pas. Ce n'est pas un travail de commande, destiné à donner une image positive de l'Inquisition aux générations futures, mais une retranscription pure et simple des événements. Ici, lui dit-il en lui montrant la partie qu'il avait achevée, vous pouvez voir la Brèche propulsée dans le ciel par l'explosion du Conclave. A l'intérieur, on distingue l'Immatériel et en son cœur, la Cité Noire. »

Machinalement, il s'était saisi de son bâton pour lui indiquer les détails qui étaient trop hauts pour qu'il puisse les pointer précisément du bout du doigt.

« L'image, poursuivit-il, est un texte, et nécessite elle aussi ses traducteurs tant la façon de représenter les choses varie au cours du temps. Si vous avez quelques connaissances en la matière, vous reconnaîtrez quelques influences elfiques anciennes, de celles que l'on retrouve encore sur les mosaïques millénaires de notre peuple. »

Il tourna son regard vers elle, et sembla pour la première fois constater à quel point elle semblait être échevelée. Son lourd manteau était encore posé sur ses épaules et ses cheveux roux étaient nimbés du blanc de la neige. Si l'on ajoutait à cela la pile de livre qu'elle portait avec elle, la conclusion était évidente : elle venait à peine d'arriver.

« Mais j'imagine que vous n'êtes pas là pour un cours sur les elfes et leur peinture, glissa-t-il avec un léger sourire en coin. Que venez vous faire ici, Irisviel ? »
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Posté Mar 27 Juin - 17:36
Solas. Comme bien des siens il n’avait a priori pas de nom de famille. Un état de fait sans doute culturel mais qu’elle ne pouvait expliquer autrement que par une volonté des humains d’asseoir leurs dominations. En Orlaïs où les patronymes étaient sources de fierté, priver les elfes de cette continuité c’était les priver d’une lignée et des traditionnelles formules de politesses. Pas de Monsieur ou Madame pour les elfes, pas de nom prestigieux à transmettre… Si elle n’avait pas eu la chance d’en avoir un de naissance, elle s’en serait sans doute créé un de toute pièce pour échapper à cette condescendance ambiante.

Mais Solas n’était pas qu’un elfe, il était aussi un mage. Face à la crainte que ces derniers éveillaient, Irisviel ne pu s’empêcher d’avoir une pensée de sympathie à son égard. Se frayer un chemin jusqu’à l’inquisition n’avait pas dû être simple avec ses deux traits jugés sévèrement par la société. Surtout qu’il semblait bénéficiait d’une certaine marge de manœuvre étant donné qu’il affirmait être le seul instigateur de cette œuvre même si elle n’arrivait pas à croire qu’il n’y ait pas derrière un soupçon de propagande.

Cette liberté d’action était de bonne augure pour l’étudiante qui songea que les mœurs étaient belles et bien en train d’évoluer. Après la rébellion des mages, le chaos ambiant avait laissé beaucoup de place au doute et aux spéculations, mais manifestement, au sein de l’Inquisition, les mages pouvaient s’épanouir en toute liberté. En tout cas, elle ne voyait pas de gardes près à bondir au moindre signe suspicieux de possession. C’était la confiance qui régnait dans ses lieux, sans doute grâce aux origines de l’Inquisiteur lui même doté de magie.

Captivée, Irisviel délaissa ses livres pour s’avancer naturellement vers la fresque, se reculant parfois pour avoir une meilleure vu d’ensemble. Il y avait évidement beaucoup de détails qu’elle n’avait pas remarqué du premier coup d’oeil, elle laissait donc ses iris s’abreuver à nouveau des couleurs et des formes, bercée par ses explications.

C’était toujours fascinant d’avoir les commentaires de l’artiste en personne car on pouvait être certain que ses justifications étaient véridiques, là où les plus grands spécialistes ne pouvaient que spéculer.

Jouant machinalement avec une mèche de cheveux, elle tiqua en l’entendant mentionner les coutumes elfiques, cherchant sans succès à déceler les influences dont il parlait. A sa décharge, si les elfes avaient conservés beaucoup de statues et de gravures, il ne lui semblait pas avoir déjà vu une mosaïque, elle ne pouvait donc que le croire sur parole.

Elle allait l’interroger plus avant quand il s’excusa indirectement de son entrain en prétextant qu’elle n’était pas là pour cela.

« En effet, je ne suis pas là pour ça, je suis ici pour aider à traduire un manuscrit en ancien Tevene, mais je ne serais pas une universitaire si je n’aimais pas apprendre…  Faut-il une obligation pour faire preuve de curiosité et s’intéressait à des domaines qui nous dépasse ? N’est-ce pas nous condamner à ne jamais savoir que de se désintéressé sous prétexte que l’on ne sait pas ? », rétorqua-t-elle avec un petit sourire amusé, tombant volontiers dans la rhétorique philosophique vu le tempérament de son interlocuteur. C’était difficile à dire en à peine quelques phrases, mais l’enthousiasme qu’il avait mis dans ses commentaires lui donnait l’espoir qu’il soit un homme de réflexion. Même si elle profitait de la tranquillité d’être loin du noble Jeu, les joutes verbales allaient lui manquer un peu, peut-être de longues conversations philosophiques pourraient elle compenser. C’est tout du moins ce qu’elle espérait inconsciemment susciter chez son interlocuteur en l’interrogeant de la sorte.

« En outre, vous l’avez dit vous même, c’est une forme de texte, un domaine avec lequel je suis familière. Dans ma branche on a tendance à dire que repérer les figures de styles sans expliciter leur signification est vain, alors je m’interroge : pourquoi cette allusion aux mosaïques de notre peuple ? Est-ce votre héritage artistiques ou une volonté plus profonde d’ancrée les elfes dans ce tournant historique par exemple ? », répondit-elle, sa curiosité sincère doublée d’un semblant de facétie alors qu’elle le titillait volontairement, cherchant les limites de sa sagesse et de sa réflexion.
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Posté Mer 28 Juin - 10:09
Sa répartie l'amusa. À peine arrivée, encore échevelée par le voyage et malmenée par le froid qui semblait ne pas lui convenir le moins du monde, elle avait mis de côté le poids de ses responsabilité et de ses livres pour s'intéresser à un inconnu et à sa fresque – très jolie au demeurant – et se mettait désormais à lui philosopher au visage. Il n'avait pas rencontré beaucoup d'humains qui semblaient être animés d'une telle curiosité, et encore moins d'elfes.

Ce dernier point n'était guère surprenant cela dit : son peuple baignait dans une ignorance accablante avec d'un côté les dalatiens qui pensaient tout savoir et ne s'embarrassaient pas du poids de la réflexion, et de l'autre, les citadins qui étaient tout simplement tenus à l'écart du savoir. Encore fallait-il qu'ils s'y intéressent d'ailleurs, car quand on est constamment traités comme des citoyens de seconde zone, l'érudition est rarement le premier de nos désirs.

Ce n'était cependant pas le cas de la jeune elfe qu'il avait sous les yeux, mue par un désir d'érudition dont il ignorait l'origine et qui l'intriguait d'ailleurs. Si elle devait bel et bien rester quelque temps parmi eux, il aurait tout le temps d'en apprendre plus sur elle. Une érudite orlésienne aux longues oreilles, ce n'était pas définitivement pas commun.

« La curiosité est le devoir de tout être aspirant à accomplir quoi que ce soit, lui confirma Solas. Nous sommes déjà limités par notre perception, et il est irresponsable de se laisser aveugler par nos connaissances et notre jugement. De l'intérêt découle la découverte, de la découverte découle l'apprentissage, de l'apprentissage découle la compréhension. Le monde n'est que savoirs, et se lancer à leur poursuite est une noble quête. »

Une quête qui échappera à jamais à tous ceux qui la mènent, car c'est une course sans fin avec un concurrent plus rapide que nous et qui est parti avec une avance considérable. Plus on en apprend, et plus il nous reste à apprendre, même quand on était né il y a des millénaires.

« Et vous avez raison, reprit-il en désignant son œuvre, ce n'est pas sans raisons que la marque des elfes est présente ici, comme une toile de fond. Mais vous employez mal vos mots : je ne cherche pas à ancrer les elfes dans les événements récents, je cherche à le rappeler. Notre peuple, notre peuple immortel, fut le premier de Thédas, celui qui a découvert la magie et élevé les premières villes. On parle tout le temps d'Arlathan, mais elle ne fut ni la première, ni la plus grande, simplement la plus belle et la plus glorieuse. Nous étions là avant tous les autres, et le monde porte notre marque à tout jamais, quoi que peuvent en dire les shemlens. »

Ce mot avait tendance à être prononcé avec mépris par les dalatiens, mais ce n'était pas le cas chez Solas, d'autant qu'il avait perdu de son sens lorsque le Voile tomba sur son peuple. Il signifiait « enfants vifs », et désignait la faible longévité des jeunes peuples de Thédas, mais aujourd'hui, il mériterait d'englober les dalatiens eux même, et c'est en les incluant eux aussi qu'il prononça ce mot.

« Et au delà de cette volonté, il s'agit aussi d'un hommage à ce lieu. L'Immatériel me murmure qui Fort Céleste a été profondément marqué par les elfes, et qu'ils en furent même ses premiers occupants. Cette montagne est la leur. »

C'était tout de même bien pratique, « l'Immatériel ».

« Mais dites moi, que savez-vous de notre peuple ? Il y a bien peu de choses qui circulent sur notre histoire ancestrale en dehors des clans dalatiens, et vous ne me semblez pas en faire partie. »
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Posté Mer 28 Juin - 17:46
Elève studieuse, Irisviel se fit silencieuse et attentive, écoutant les propos de Solas avec respect mais pas vénération. Elle avait ses propres convictions, ses propres idées et son esprit critique s’était éveillé à l’évocation du peuple elfique.

Solas n’avait pas de vallaslin, elle doutait donc qu’il soit dalatien mais pourtant il partageait avec eux cette adoration pour les anciens elfes , cette mélancolie passéiste du temps de leur grandeur. Cet orgueil aussi d’être les descendants de ces créatures immortelles. L’emploi du terme Shemlen ne faisant que confirmer cette impression de ressemblance et l’interrogeait davantage sur son appartenance ou pas à ces elfes sauvages.

Toujours affable malgré la pointe d’agacement qui était née en elle, Irisviel se permit donc de le contredire, restant focalisée sur ses propos malgré ses commentaires sur l’Immatériel ou sa question sur l’étendu de son savoir. Il y avait fort à dire, mais pour l’instant, elle préférait le garder dans un coin de son esprit. De toute façon, elle s’emporta beaucoup trop pour garder un fils conducteur cohérent après avoir déroulé toute son argumentation.

« Notre peuple », répéta-t-elle en cherchant ses mots pour exprimer sa pensée sans se montrer offensante. « Honnêtement, je ne m’identifie pas vraiment aux elfes de jadis. Pour la simple et bonne raison que je n’ai rien en commun avec eux, si ce n’est des oreilles pointues. Un peuple, c’est une histoire commune, des traditions, une vie sociétale, des symboles, une langue… Il y a bien longtemps que « ce peuple » a été éclaté quand bien même les dalatiens conservent jalousement des vestiges tronqués. Car il y a si peu de textes et de ruines qui ont été retrouvés, la tradition orale qui les anime ne saurait avoir été préservé de la distorsion du temps et des interprétations. Le peu d’histoires qu’ils veulent bien partager me fascinent mais ce n'est pour moi qu'un folklore, je ne peux me résoudre à les considérer comme vrai en l’absence de preuves pour les étayer. Pour autant, cela ne veut pas dire que je ne serais pas ravie d'apporter ces preuves si je le pouvais car la vérité impartiale est ce qui motive les chercheurs », expliqua-t-elle, se permettant cette petite digression sur les dalatiens avant de secouer la tête pour remettre ses pensées en place et reprendre son propos initiale.

« Pour avoir voyagé, je sais que j’ai peu en commun avec les elfes tevintides, féreldiens ou dalatiens. Aussi pleins de défauts soit-il, mon pays est Orlaïs, « mon peuple », se trouve là-bas. Je suis une orlésienne avant d’être une elfe. C’est du moins ce que j’aimerais que les gens pensent, car ce n’est qu’ainsi que les choses pourront réellement évoluées dans notre société. Si nous arrêtions de nous distinguer par notre race pour reconnaître toutes les coutumes qui nous unissent alors peut-être que les elfes cesseraient d’être méprisés… ou de se croire supérieur. », déclara-t-elle finalement, enrobant légèrement son manque de solidarité derrière ses discours sur l’égalité, un petit sourire taquin ourlant le bord de sa lèvre alors qu’elle égrainait les derniers mots avec nonchalance.

Parfois, elle trouvait effectivement que se déclarer descendants d’elfes immortels était un peu condescendant et, elle qui n’avait d’orgueil que sur ses propres capacités et non pas d’augustes ancêtres, s’amusait de cette complaisance. Ses travaux n’avaient donc pas d’autre but que de montrer l’influence elfique en Orlaïs. Il ne s’agissait pas de prouver une quelconque supériorité de leur race, mais plutôt l’inextricable lien qui s’était créé au fils des années. Le rôle que les elfes avaient joués et qu’ils continuaient de jouer. De rétablir la vérité en sommes contre des fanatiques racistes et ethnocentrés.

L’Histoire commune qu’ils partageaient et qui avait été distordue par la Chantrie. Irisviel ne souhaitait pas être reconnue en tant qu’elfe, elle voulait être reconnue en tant qu’érudite. C’est parce que le monde entier était focalisé sur leur race, qu’elle devait prendre ce fait en considération, de la même manière qu’il était parfois difficile d’être une femme dans un monde d’homme, il était nécessaire de prouver que cela ne changerait rien à ses capacités d’être une elfe dans un monde d’humain.

« Ceci dit, je ne peux qu’approuver le fait que l’histoire du monde remonte sans doute aux peuples elfiques, bien qu’il n’y ait que peu d’information à ce sujet. Mais justement, si le temps Arlathan  constitue les racines de l’Histoire, elles appartiennent à tout le monde, pas seulement aux elfes. Leurs marques comme vous dites à sans doute imprégner le monde qui nous entoure mais elle n’est pas la seule influence qui constitue ce que nous sommes aujourd’hui. L’histoire des elfes et l’histoire des humains est un tout. Car les hommes ont sans aucun doute étaient influencés par la présence de ces elfes immortels, de la même manière que les elfes d’aujourd’hui ont été influencés par l’immense empire Tevintide, par la chantrie, les marches exaltés, les multitudes de guerres et de conflits qui ont sans cesse redéfinis les frontières et les règles », expliqua-t-elle d’une voix encore plus emphatique qui montrait toute la passion qu’elle accordait à l’Histoire et à ses influences aujourd’hui. Il faut comprendre le passé pour forger l’avenir… Cette réplique était son credo et elle était disposée à débattre toute la nuit s’il le fallait.
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Posté Jeu 29 Juin - 11:51
La petite elfe aux allures de noble avait la répartie féroce, il fallait le lui reconnaître. Il n'était pas nécessairement de son avis, mais la plupart de ses arguments se tenaient, et avaient bien plus de valeurs que ceux qu'il avait pu entendre à plusieurs occasions. Instinctivement, son esprit mentionna Sera, mais il se corrigea presque immédiatement en se rappelant qu'elle n'apportait jamais aucun argument, juste des vérités générales convenues et des opinions personnelles qui chez elle semblaient faire force de loi.

Ce n'était pas le cas avec Irisiviel qui, même si elle était ignorante de nombreux détails concernant les anciens elfes – et il ne pouvait pas lui en tenir rigueur – avait le mérite d'avoir réfléchi à la question, sans doute plus d'une fois par le passé. Ce n'était guère surprenant dans la mesure où l'on se plaisait constamment à rappeler aux elfes leur nature et leurs différences. De là, pour exister, il n'y avait que deux chemins possibles : soit l'on affirmait sa nature, comme les dalatiens, soit l'on décidait de s'intégrer à cette société qui ne veut pas de nous. Dans les deux cas, quelque chose d'important était perdu.

« L'histoire est un tout, je vous l'accorde, et l'influence d'un événement est toujours à lier avec celle de milliers d'autres. Si les elfes d'antan avaient survécu et étaient restés les êtres immortels qu'ils étaient, ils seraient radicalement différents aujourd'hui de ce qu'ils étaient à l'époque, et se jeter tête la première dans le passé comme le font les dalatiens est aussi irresponsable que de considérer qu'il n'a aucune importance. Comme les humains le disent, il faut vivre avec son temps, mais entre pleurer sur la gloire passé, et vouloir en tirer des leçons, il y a un gouffre que beaucoup ont tendance à ignorer.

Ainsi, vous êtes orlésienne avant d'être elfe, mais il ne faudrait pas oublier que vous êtes elfe, car si vous voulez que les choses évoluent pour eux, pour nous, c'est aussi en tant que tel que vous devez penser. Beaucoup voient leur intégration parmi les humains comme un but à atteindre, et c'est un sentiment que je comprends, mais ce faisant, il occulte tout ce que nous avons perdu en choisissant de l'ignorer. Là encore, il y a un juste milieu à trouver entre le futur et le passé, et la question que l'on veut se poser quand, comme vous, on veut que les choses changent, quand on veut que les elfes cessent d'être des citoyens de seconde zone, c'est celle-ci : que voulez-vous exactement ? Désirez-vous que les elfes deviennent des citoyens à part entière, ou désirez-vous qu'ils deviennent des humains comme les autres ?
 »

L'éternelle opposition entre l'intégration et l'assimilation. Beaucoup de dalatiens rejetteraient ces deux idées et désireraient obtenir à nouveau un territoire qui leur est propre et nieraient alors les autres races, comme ils l'avaient fait à l'époque de la Dalatie. C'est cet isolement et ce mépris qui avaient fini par leur attirer les foudres des hommes et qui finit par déclencher la Marche Exaltée.

« Un peuple, traductrice, va bien au delà des considérations matérielles ou même philosophiques, la corrigea-t-il paisiblement. Notre passé a marqué aussi la magie et l'Immatériel, et il se rappelle à vous durant chaque nuit, durant chaque rêve, même si vous ne le percevez pas. Beaucoup d'entre nous, par exemple, peuvent comprendre le sens d'une phrase elfique, quand bien même ils ne l'ont jamais parlé, car elle fait écho à cette nature profonde ancrée en eux. Que ressentez-vous quand je vous dis ir annala for ros ? »

Ces mots, désignant Fort Céleste, pouvaient être traduits par « cet endroit a été oublié durant des siècles ». Si elle se montrait sensible à ce lieu éthéré, peut-être ressentirait-elle une certaine mélancolie vis-à-vis de cette phrase, ou bien un sentiment de petitesse. Comme pour beaucoup de choses ayant trait à l'Immatériel, rien n'était figé et sa réaction serait entièrement personnelle, si elle ressentait quoi que ce soit.
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Posté Jeu 29 Juin - 14:50
Manifestement ils n’étaient pas tout à fait d’accord, mais son interlocuteur avait le mérite de savoir argumenter. Or, c’est ce que la jeune femme recherchait dans une conversation de ce genre : de l’émulation. Avoir un interlocuteur qui opinait à tout était d’un ennui… Elle préférait largement un désaccord cordial et justifié. En l’occurrence, Solas avait une certaine éloquence pour enrober ses propos et elle ne pu qu’acquiescer à une partie de ses remarques.

Elle se refusait encore à se considérer descendante illustre des anciens elfes mais elle comprenait la nuance qu’il mentionnait. Acceptation ou assimilation. A vrai dire, elle ne s’était jamais posée la question. Elle avait toujours perçu les elfes comme une entité à part qu’il fallait valoriser mais de là à considérer la façon dont ils devaient s’intégrer… Mais la solution qu’il proposait, être elfe et orlésienne, était-elle seulement possible ? La différence était souvent la plus belle excuse au conflit et à la ségrégation, pourquoi chercher l’ennemi parmi les siens plutôt que de pointer du doigt l’altérité ? N’était-ce pas un peu idyllique d’imaginer un monde où tout le monde serait sur un pied d’égalité malgré leurs races différentes, quand les humains peinaient déjà à considérait également leurs différents pays…

Restée silencieuse, le regard perdu dans les courbes de peintures, Irisviel finit par s’ébrouer, consciente que c’était impolie de méditer si longtemps.

« Cela mérite réflexion », concéda-t-elle en se disant qu’il y avait effectivement matière à cogiter pendant ses soirées d’insomnies. Peut-être pourrait-elle discuter à nouveau de la question pour se faire une idée.

Toutefois, leur joute verbale était loin d’être terminée car il renchérissait à propos de la notion de « peuple », prétendant que c’était bien plus qu’une affaire de culture. Encore une fois, il faisait référence à l’Immatériel, prétextant que ce dernier entretenait une sorte de lien. Pour quelqu’un d’aussi rationnel qu’elle, le concept lui paraissait bien étrange. Elle ne sous estimait pas le potentiel de la magie mais tout cela semblait tout de même farfelu. Ainsi donc les elfes comprenaient « naturellement » le sens des mots elfiques ? Ce n’était pas son cas. Elle reconnaissait la beauté des mots, l’élégance liquide de cette langue qui coulait comme une source pure mais le sens lui échappait au-delà de ses connaissances intérieurs.

« Ir annala for ros », répéta-t-elle avec perfection en fermant quelques instants les yeux, imitant le ton qu’il avait employé, les légères variations de sonorité et d’insistance pour recréer la languissante mélodie de la phrase. Dépouillé de contexte, on aurait pu croire qu’elle le maîtrisait complètement alors qu’elle ne faisait que jouer les perroquets, gravant les mots dans sa mémoire. C’était si rare de pouvoir apprendre quelque chose de nouveau qu’elle ne laissait jamais passer une occasion.

Peut-être au fond d’elle y avait-il en effet un échos, un léger courant qui remua alors que les sons s’échappaient de ses lèvres mais elle était bien trop focalisée sur le fait de comprendre pour s’intéresser à ce qu’elle pouvait ressentir. Quelque part, elle s’en sentait un peu contrarié, même si elle balayait ça sous une couche de rationalisme pur. C’était trop contradictoire avec les efforts qu’elle fournissait. Peut-être que si elle avait su lâcher prise, elle aurait effectivement était plus réceptive.

« Vous savez je suis linguiste. Ce que je ressens par rapport à cette phrase n’a rien d’un appel mystique. Honnêtement, j’adorerais que vous ayez raison et que je puisse comprendre instinctivement ces mots, cela m’aurait épargné six ans de tentatives désespérées de convaincre un clan de me l’enseigner. Mais je ne peux m'empêcher de porter sur cette langue le même regard que sur les autres, de tenter de décortiquer, de voir les racines et les constructions...», s’excusa-t-elle avant de se reprendre, désireuse malgré tout, d’apporté une réponse face au défi qu’il lui lançait. Après tout, il titillait son orgueil en la mettant à l’épreuve sur le langage.

« Ceci dit, je ne connais que peu de mot mais je sais que ir signifie « très ». En outre je sais aussi que cette langue est tranquille comme une rivière, elle est peu expressive, donc comme vous mettez une certaine emphase dans les sons, je pense que cela traduit une idée de grandeur, de respect. Une pointe de regret peut-être ou de nostalgie... », expliqua-t-elle en le regardant, comme si elle pouvait lire sur ses traits la réponse à cette énigme.

« Malgré tout, je dois reconnaître que… l’elfique est la langue que je trouve la plus belle, la plus mélodieuse, rythmiquement et sonorement parlant », ajouta-t-elle d'une voix calme, le laissant tirer les conclusions qu'il souhaitait. Etait-ce une simple coïncidence, une valeur objectif de cette langue fait de sonorités délicates ou un échos d'un passé lointain qui lui donnait un brin de chauvinisme, elle même n'en savait rien.
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Posté Ven 30 Juin - 14:24
En la voyant ainsi décortiquer la phrase qu'il avait prononcé, Solas sourit plus franchement, à la fois amusé et intrigué par la façon dont son esprit fonctionnait. Il sentait – et elle le disait elle même – qu'une partie d'elle avait envie d'y croire, mais qu'elle ne parvenait pas à faire acte de foi. Cela n'avait rien de surprenant, et la foi est quelque chose qu'il est impossible de se dicter. Certains l'ont, certains ne l'ont pas, et on ne peut lutter contre ses propres convictions. On peut choisir de ne pas se laisser guider par elle, mais les tréfonds de notre âme, eux, sont animés d'une volonté propre.

Et malgré tout, malgré cette inertie, elle n'était pas tombée très loin de la vérité, ou tout du moins, d'une de ses interprétations. S'agissait-il d'un coup de chance ? Du fruit d'un raisonnement logique et froid ? Ou bien d'autre chose, de plus lointain ? Pour Solas, ces trois considérations ne s'opposaient pas vraiment.

« La magie et l'esprit sont inextricablement liés, et aucun d'eux n'est une science exacte. En vérité, ils diffèrent tellement selon les individus que pour certains, ils s'apparentent à une science exacte. N'avez vous jamais croisé d'être qui vivaient sans passion, agissant comme s'il s'agissait d'un mécanisme nain, alors qu'il existe dans le même temps des esprits libres de toute attache, parfois même de ce que nous appellerions logique ? Si ces deux êtres étaient mages, ils pratiqueraient leur art de façon diamétralement opposée. Ainsi, la vieille magie contenue dans ces mots vous parle, et vous l'entendez à votre façon.

Et j'ajouterai que vous l'entendez raisonnablement bien pour quelqu'un n'ayant presque aucune notion. Ces mots désignent ce lieu
, expliqua-t-il en étendant les bras pour embrasser Fort Céleste tout entier, et signifient plus ou moins « cet endroit a été oublié durant des siècles ». Ce regret et cette nostalgie que vous m'avez soufflée hante les murs et les mots qui s'y réfèrent. Je vous dirais bien qu'il s'agit du regret de tout ce qui a été perdu, et de la nostalgie de tout ce qui était passé, mais je pense que vous vous montrerez sceptique. »

Il laissa échappa un léger rire aux échos de sarcasme bienveillant.

« Et vous n'êtes pas la seule à trouver la langue belle, même certains humains le pensent. Dans l'Immatériel, j'ai marché parmi les souvenirs d'un prêtre qui a passé sa vie à tenter de traduire les chants d'Andrasté en elfique. Il ne parvint à en traduire que peu, et qui furent oubliés depuis, mais lorsqu'il les entendit pour la première fois, toute la peine et toute la lassitude de son existence s'envolèrent. Lorsqu'il s'éteignit des années plus tard, c'est en chantant en elfique les quelques vers du Cantique de la Lumière dont son vieil esprit parvenait à se souvenir, et son âme fut l'une des plus paisibles qu'il me fut donné de côtoyer. »

Le souvenir, quoi que lointain, restait encore vivace en lui, comme beaucoup d'autres avaient pu l'être. Ce bonheur, cette simplicité et cette douce foi étaient des sentiments qu'on ne croisait pas souvent, même en arpentant les siècles.

« L'elfique, poursuivit-il, est la langue des premiers mages et par là même, la langue de la magie, et celle des rêves. Tous, hormis les nains et les apaisés, ressentent quelque chose en l'entendant, car elle ne s'adresse pas qu'à leurs oreilles, qu'elles soient arrondies ou pointues. »

Il se rappela alors seulement de ce qu'elle lui avait dit à propos des dalatiens avant de lui répondre. Ce protectionnisme effronté finirait par causer la perte de leur savoir ancestral, pensa-t-il en soupirant.

« Et concernant les elfes nomades, je vous plains. Il est difficile d'entrer dans leurs bonnes grâces, même lorsque l'on fait partie d'un autre clan. Plus vous ressemblez aux hommes, moins ils vous font confiance. Mais si vous restez ici suffisamment longtemps, je serai ravi de pouvoir vous en apprendre un peu plus, si l'Inquisiteur n'a pas besoin de moi ailleurs bien sûr. »
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Posté Ven 30 Juin - 20:38
Irisviel avait rencontré bon nombre de mages passionnés mais Solas entrait facilement dans le panthéon des plus intéressés et intéressant. Le regard qu’il portait à l’Immatériel était fascinant et assez inédit là où la plupart s’intéressait à son expression physique. Cependant, malgré toute sa bienveillance envers la magie elle n’en était pas dotée, aussi ces considérations glissaient souvent sur elle avec une certaine mélancolie. Un désir de comprendre refréné par sa propre condition. Comme une sourde qui souhaiterait comprendre une chanson. Une partie lui échapperait toujours peu importe ses désirs.

En revanche, une fierté puérile s’empara d’elle d’avoir à peu près deviné juste. Aussitôt un sourire, un peu indécent vu la mélancolie qui empreignait les explications, fleurit sur ses lèvres. Elle aurait sans doute pu le refréner si son esprit lui n’était pas accaparé à retenir les mots et la signification. Et à se poser tout un tas de considération linguistique sur ce nom.

« Il faut que je le note », souffla-t-elle plus pour elle que pour Solas, bien que cela expliquait pourquoi elle se retournait soudainement. Avec un mélange de fébrilité et d’extrême précaution, elle fouilla la pile d’ouvrage qu’elle avait posé sur le bureau pour en tirer un carnet de note malmené par le temps et surtout un usage excessif dans des conditions folkloriques. Toujours aussi empressée, elle tâta son corps à la recherche d’un crayon de bois – l’encre nécessitant une longue préparation – mais manifestement celui-ci était tombé sur le trajet.

Murmurant entre ses dents la phrase en elfique comme une invocation pour ne pas l’oublier, elle jeta un regard circulaire dans la salle à la recherche d’un substitut. Ses prunelles se posèrent rapidement sur la peinture soigneusement entreposée dans un coin de la pièce et elle jeta à l’elfe un regard malicieux et implorant comme une petite fille s’apprêtant à faire une bêtise.

« Je peux ? », demanda-t-elle n’étant pas dénué de la politesse la plus élémentaire. Attendant sagement sa permission, elle finit par s’en emparer et plongea le bout d’un ses doigt fin dans le liquide rouge vif avant de commencer à écrire en phonétique la phrase elfique qu’il lui avait murmuré. Sans doute aurait-il pu la lui répéter mais il y avait d’autres considérations qu’elle avait comprise qu’elle ne souhaitait pas oublier. Ces éclairs de compréhension faisait parti de son talent et de sa méthode d’apprentissage, un réflexe. Surtout qu’elle préférait ne pas compter sur la bonne volonté de ses interlocuteurs qui généralement regrettaient d’avoir laissé échapper quelques mots devant elle. D’ailleurs, au vu des pages colorés et gondolés de son cahiers de notes, ce n’était clairement pas la première fois qu’elle utilisait ce qui lui passait sous la main – littéralement – pour écrire des choses.

Concentrée dans sa tâche, elle relevait néanmoins régulièrement la tête vers l’elfe pour écouter ses histoires à propos d’un prêtre chantriste fasciné par l’elfique. Une histoire bien étonnante qu’elle avait du mal à croire, mais justement, c’était trop… étrange pour être inventé. En tout cas, il avait de quoi concurrencer le célèbre écrivain Tethras avec des histoires aussi farfelues et édifiantes. Il manquait juste de détail : quand, qui exactement, comment… Elle brûlait de l’interroger sur tout mais se contenta d’un léger rire amusé. Elle qui ne croyait pas au Créateur s’amusait volontiers des blasphème et autant dire que les actes de ce prêtre aurait sans doute donné un infarctus à feu la divine Justinia. Au moins la situation n’aurait pas été si chaotique…

Alors qu’elle achevait ses gribouillis à la peinture – totalement lisible pour elle – il proposa de lui servir de professeur pour en apprendre plus. Manifestement incapable de résister à son enthousiasme débordant et sa motivation excessive. A moins qu’il ne le propose à tout le monde par principe. Dans tous les cas, c’était inespéré au point qu’elle en resta figée quelques instants, méfiante.

« Effectivement, les dalatiens gardent leur secrets très précieusement… Par conséquent, je me demande où vous l’avez appris si ce n’est pas indiscret... », l’interrogea-t-elle avec affabilité, désireuse de s’assurer de la fiabilité de son potentiel enseignement mais n’ayant pas envie de contrarier son interlocuteur pour autant.

« Et j’aimerai aussi savoir ce que vous exigeriez en échange... », ajouta-t-elle sans chercher à dissimuler la suspicion dans sa voix. Rien n’était gratuit en ce monde, elle voulait donc qu’il énumère sans tarder ses conditions et contreparties, elle n’avait pas la patience de les lui soutirer à demi-mot comme il était coutume dans le noble jeu. Après tout, elle n’était pas à Orlaïs.

Presque machinalement, elle glissa son regard sur elle même, sa robe froissée à cause du voyage, ses cheveux emmêlés, ses doigts pleins de peintures. Elle avait déjà obtenu quelques faveurs en battant des cils, mais là, c’était peu probable que cela soit une stratégie pour la mettre dans son lit.

Attrapant un petit mouchoir brodé pour retirer le rouge de sa peau et de ses ongles, elle attendit donc son verdict toujours aussi suspicieuse vis à vis de ce trop beau cadeau mais terriblement excitée à l’idée de pouvoir enfin apprendre cette langue qui lui échappait depuis tant de temps.
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Posté Ven 30 Juin - 23:39
Impassible, Solas la regarda prendre frénétiquement des notes, bien décidée à ne pas oublier un seul mot de ce qu'il avait pu lui dire. Plus qu'une avidité de connaissance, cet entrain confinait presque à l'adoration, à moins qu'il ne s'agisse de désespoir. Oui, pensa-t-il en considérant ses déboires face au silence des dalatiens, sans doute s'agissait-il plus d'une espèce de désespoir enfiévré d'apprendre enfin quelques mots supplémentaires après des années de jachère.

C'est à un épais carnet qu'elle confia ainsi ses souvenirs et ses réflexions, plongeant directement son doigt dans la peinture, à défaut d'avoir une plume en bon état sur elle. La petite orlésienne était désormais remplacée par une femme différente, appliquée et savante, de celles qui regardent avant de savoir si elles sont regardées – tout l'opposé de la noblesse en somme.

C'est cette même femme, toute aussi réelle que celle qu'elle avait pu être auparavant, qui lui jeta un regard empli de méfiance lorsqu'il lui proposa son aide, ce qui le surprit un court instant, avant qu'il ne se rappelle comment les choses se passaient dans ce genre d'endroits. De tous temps il avait fallu se méfier de son prochain, surtout lorsque l'on n'est pas là où les autres jugent que l'on devait être. Solas ne savait pas grand chose de l'Université d'Orlaïs – il faut dire qu'il n'y était pas forcément le bienvenu – mais il n'avait pas besoin d'y avoir mis les pieds pour se douter que ce ne devait pas être un endroit réputé pour sa haute concentration d'elfes savants. Si elle avait réussi à se hisser aussi haut, ce n'était sans doute pas sans luttes, et sans défaites aussi.

Pourtant, elle n'avait aucune raison de s'inquiéter de ses motivations. Ni de ses compétences d'ailleurs.

« Je ne suis effectivement pas dalatien, lui confirma-t-il comme il avait dû le dire à des centaines de personnes depuis son réveil. Je ne suis pas un citadin non plus, je suis – j'étais – juste un vagabond, tant dans ce monde que dans l'Au delà. Nombre de mes savoirs me viennent des souvenirs qui s'y trouvent et des esprits assez généreux pour bien vouloir s'entretenir avec moi. »

C'était une réponse assez cryptique, mais c'était là le maximum de ses capacités en terme d'honnêteté. Sans doute devrait-il faire un effort pour parler plus clairement, et laisser les énigmes et propos sibyllins de côté, tant que cela ne mettait pas son secret en danger. Beaucoup apprécieraient ce changement d'attitude – sauf peut-être Varric, qui était bien heureux de pouvoir glisser de telles répliques dans ses romans. Mais il ne comptait pas le faire. Parce que ce n'était pas qu'une vieille habitude qui refusait de s'en aller. C'était aussi quelque chose qu'il aimait beaucoup, et qu'il assumait totalement.

« Du reste, rebondit-il, je vous répondrai la transmission du savoir est sa seule récompense. En gardant leurs coutumes figées dans le temps et connues d'eux seuls, les dalatiens tuent lentement ces traditions en lesquelles ils croient si fermement qu'ils ont fini par oublier ce qu'elles signifiaient. Sans curiosité, la tradition n'est que la cadavre de la sagesse, et chaque jour où ces connaissances ne sont pas partagées, elles se fanent un peu plus, comme lorsque l'on décide de garder une fleur à l'ombre pour la protéger du monde extérieur.

Aussi, je n'exige rien, et n'ai qu'un seul désir : que vous ne laissiez pas ce savoir mourir. Que les humains tombent dessus n'est pas un sacrilège, loin de là, car comment pouvons nous espérer être compris si nous gardons chaque parcelle de notre histoire secrète ?
 »

Encore que les dalatiens ne souhaitaient pas être compris. Ils voulaient juste... Ils ne voulaient rien. Ils se contentaient de vivre comme on le leur avait enseigné, esclaves de leurs traditions. Esclaves du souvenir des anciens dieux, comme leurs marques si fièrement portées le prouvaient encore. Esclaves malgré tout...

« Voilà ce que je désire, termina-t-il en secouant ces sombres pensées. Apprenez, traduisez, découvrez, et enseignez à votre tour. Cela ne devrait pas être trop difficile pour une universitaire pleine d'entrain comme vous, non ? »
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Posté Sam 1 Juil - 1:50
Sans doute parce qu’elle passait ses journées entourée d’universitaires pédants qui prenaient grand soin d’alambiquer leur phrases jusqu’à les rendre incompréhensibles juste pour se donner l’air intelligent, Irisviel ne trouvait pas les explications de Solas si nébuleuses que ça.

En soit, c’était incroyable mais assez logique – elle en venait même à se demander pourquoi les autres mages ne cherchaient pas à s’emparer de cette même connaissance - mais linguistiquement parlant c’était tout à fait compréhensible. L’Immatériel. Il l’avait mentionné à de si nombreuses reprises que son attachement pour ce lieu d’outre-tombe était évident. D’ailleurs, il ne cessait d’en parler comme source de connaissance et d’inspiration, ce qui la rendait encore plus frustrée de ne pas être mage, de ne pas y avoir accès. Savoir qu’il y avait là, un royaume entier propice à l’apprentissage, laissé en jachère par la majorité des rares élus capable d’en croquer les fruits, cela avait de quoi la navrer.

Sinon, malgré leur premier désaccord sur l’importance de la culture elfique, il était satisfaisant de voir qu’il partageait son avis sur l’enclosure des savoirs, car il s’insurgea une nouvelle fois contre l’embargo que les dalatiens posait sur les connaissances, émettant comme seul condition à son enseignement qu’elle le partage.

Toujours méfiante, car définitivement l’offre lui paraissait trop belle pour être vraie, Irisviel acquiesça néanmoins.

« J’admets qu’être la première professeur en elfique de l’Université d’Orlais ne me déplaît pas », avoua-t-elle avec un petit sourire enjoué, comme acceptation et garanti que sa condition serait respectée. Bon, une elfe enseignant l’elfique c’était un peu cliché, cela aurait été plus drôle si ça avait été un qunari, mais cela aurait le mérite d’être une discipline inédite. De quoi satisfaire ses ambitions et son désir d’être remarqué. Sans parler de la valorisation des elfes qu’elle était de facto obligée d’accomplir. Non, elle avait tout à gagner à le transmettre à son tour, à qui voudrait bien l’apprendre. Ils n’étaient pas nombreux, mais cela pouvait changer…

« Et je suis d’accord avec vous. Le savoir est depuis toujours le théâtre de batailles d’influences et de pouvoir. Je suis toujours navrée de le voir si jalousement conservé, alors que c’est une des rares choses dans notre monde qui s’enrichit en étant partagé au lieu de se diviser. Les dalatiens sont l’incarnation de ce problème, mais ils ne sont pas les seuls malheureusement, les pays étrangers se montrent très frileux à partager leurs travaux, les Cercles aussi parfois... », constata-t-elle avec un regard légèrement attristé preuve de sa sincérité. A nouveau, elle voulait le rassurer sur sa bonne foi mais au-delà, il était toujours agréable de partager une pensée qui l’avait hanté à de maintes occasions, cela avait un effet indéniablement cathartique.

Ceci dit, même si elle était assez fine pour se montrer convaincue quand à sa requête, elle ne l’était en réalité pas vraiment. Tout était trop parfait pour que sa méfiance ne soit pas aux aguets, prête à déceler la moindre contradiction dans son discours. Elle ne voyait pas trop quel piège il pouvait lui tendre mais elle préférait être parée, juste au cas-où... Tout cela, la poussait à vouloir mieux le connaître, le comprendre pour chercher la faille, les faiblesses, les désirs…

Imperceptiblement, ses yeux glissèrent sur la fresque, sur le trou béant de l’Immatériel qui dévoilait l’imposante citée noir. Cette fascination pour l’au-delà était un bon point de départ à son subtile interrogatoire….

« J’ai passé beaucoup de temps dans les Cercles – ils ont, enfin avaient, des bibliothèques remarquables – mais je n’avais jamais réalisé que l’Immatériel renfermait tant de secrets et d’histoires », déclara-t-elle donc avec un enthousiasme indéniable pour engager à nouveau la conversation et l’entraîner avec elle sur ce terrain.


« Néanmoins, l’aisance avec laquelle vous semblez l’arpenter me rend curieuse, seriez-vous à tout hasard un somniari ? », lui demanda-t-elle, utilisant le terme tevene à défaut de connaître l’équivalent en Universel. Après tout, il n’y avait que dans l’Empire qui lui avait été donné de rencontrer un jour un de ses êtres au pouvoir démesuré et fascinant. On les disait capable d’assassiner quelqu’un dans leurs rêves, de rendre les gens fous… Des alliés puissants mais dangereux, car plus facilement sujet au possession.

La question lui brûlait la langue depuis qu’il avait mentionné l’Immatériel pour la première fois, mais elle s’était fait plus vivace quand il avait comparé ses séjours là-bas aux vagabondages… En tout cas, cette rencontre lui semblait de plus en plus incroyable et prometteuse. Si ses soupçons s’avéraient exacte elle avait vraiment en face d’elle un être d’exception, même s’il ne payait pas mine dans sa tenue bien plus sobre et triste que le plus quelconque des pyjama orlésien.


Tout de même qui aurait pu prévoir qu’à peine arrivé à fort Celeste elle trouverait un elfe aux connaissances si vastes et désireux de transmettre son savoir… Finalement, peut-être qu’après toutes ses déconvenues, tous ses récents déboires, la chance lui souriait enfin.
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Posté Sam 1 Juil - 15:14
Elle semblait de bonne foi, et faisait visiblement beaucoup d'efforts pour la convaincre que c'était le cas. En effet, elle semblait avoir un peu trop les pieds sur terre pour pouvoir se contenter d'accepter si joyeusement son offre, et sans doute gardait-elle encore beaucoup de secrets et de réserves derrières son aimable sourire. Cela ne le dérangeait cependant pas le moins du monde : s'il y avait bien quelque chose qu'il pouvait comprendre, c'était les secrets.

En outre, il était lui même plutôt enjoué à l'idée de pouvoir jouer les professeurs. Il s'amusait régulièrement à le faire auprès de quiconque voulait bien l'écouter au sein de Fort Céleste – l'Inquisiteur en premier – mais il y avait une grande différence entre dispenser de petites perles de sagesse çà et là, et enseigner rigoureusement à quelqu'un. Elle n'aurait sans doute pas le temps d'en apprendre beaucoup, mais les bases consistaient un travail bien assez conséquent pour qu'ils ne s'ennuient pas. Et puis, si elle tenait tant que cela à apprendre l'elfique, elle reviendrait sans doute.

Il se prit ainsi à rêver d'un Thédas où le langage du peuple n'aurait pas sombré dans l'oubli, et se demanda ce qui aurait alors changé. Leur condition serait-elle meilleure maintenant ? Peut-être. Beaucoup d'étapes de leur histoire, dispersée à travers le monde entier, avaient été ignorées, car étant intraduisibles, et la communication avec la Dalatie d'antan n'avait jamais été très aisée. Avec ces quelques savoirs en plus, la place des siens aurait pu être moins précaire.

Irisviel le surprit alors à nouveau en lui parlant de l'Immatériel, et en employant un mot que lui même n'avait que rarement entendu. « Somniari ». Un nom Tévintide pour ce que les humains appelaient les Rêveurs, les mages pouvant arpenter l'Immatériel avec tant d'aisance qu'il leur était possible de voyager dans les rêves des autres et de les affecter en ces lieux. Bien entendu, les histoires les plus connues étaient celles de meurtre, comme souvent lorsqu'il s'agissait de pouvoir, et la plupart ne sont d'ailleurs pas erronées. Du temps d'Arlathan, les Rêveurs faisaient partie des membres les plus haut placé de la société elfique, et cela avait conduit à son lot d'intrigues et de trahisons à l'époque. Aujourd'hui, on entendait volontiers qu'ils avaient disparu ou qu'ils existaient encore dans l'empire Tévintide. La vérité, comme toujours, était un peu plus complexe que cela.

Brièvement, ses pensées se tournèrent vers son vieil ami Felassan, lorsqu'il l'avait croisé pour la dernier fois dans l'Immatériel, porté par son rêve. Une partie de lui regrettait toujours ce qu'il avait dû faire ce jour là...

« Je le suis bel et bien, répondit-il sans se cacher, même si, avec un peu d'entraînement, n'importe quel mage peut percevoir l'Immatériel autour de lui au cours de ses rêves. Peu s'y risquent cependant, par peur et par ignorance de ce qui se trouve là bas, considérant chaque esprit comme un démon potentiel prêt à s'emparer de leur âme. Leur prudence excessive et leur crainte les privent de tout ce que celui-ci a à leur offrir, et les conforte dans leurs opinions, car l'Immatériel est tout sauf immuable. Il est forgé par la perception que l'on a de lui, et si l'on s'y aventure avec la peur au ventre, celui-ci en suintera.

C'est aussi pour cela qu'il faut être prudent avec ce que l'on y apprend. Le monde des rêves est affaire de subjectivité et de ressentis, mais avant que vous ne mettiez en doute mes capacités, je vous demanderai de réfléchir à ceci : n'est pas aussi le cas de vos livres d'histoire ?
 »

Combien d'anciens textes étaient aujourd'hui moqués pour leur imprécision alors qu'ils étaient considérés comme d'irréfutables vérités alors ? Et combien de ceux d'aujourd'hui subiraient le même sort demain ? Sans parler de tous les écrits nimbés de propagande, quand ils ne sont tout simplement pas inventés de toute pièce pour satisfaire une idéologie, pour conforter une conception du monde et de ses valeurs ? L'histoire appartient aux vainqueurs, comme le disait le vieux proverbe, et les mensonges aussi.

« Mais oui, répéta-t-il, pour répondre clairement à votre question, je suis un Rêveur. Mais je n'entre généralement que dans les souvenirs des morts, dans ceux des champs de bataille ou des lieux chargés d'histoire, là où mes erreurs ne peuvent blesser que moi. Je ne vois pas cela comme une arme, mais comme un don. »
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Posté Sam 1 Juil - 16:29
Ainsi donc elle avait vu juste, son interlocuteur était bel et bien un somniari, un rêveur selon la traduction qu’il proposait – et qui était tout à fait légitime.

Toujours délicatement affable, Irisviel se contenta d’opiner lorsqu’il parlait des dangers souvent associés à ce terme. Il prétendait ne jamais se servir de son don pour tuer, mais ces paroles rassurantes n’avaient que peu d’échos en Irisviel, elle qui était envahie d’histoires sordides à leurs sujet et habituée aux langues de vipères de la cours impériale.

Toutefois, si elle ne le croyait pas sur parole, Solas avait l’air d’être une personne sage et réfléchi, certainement pas le genre d’individu qui s’amuserait à torturer gratuitement les esprits de pauvres âmes égarées. C’est en tout cas ce qu’elle voulait croire, et, s’il y avait fort à parier qu’elle peine à dormir sur ses deux oreilles tant qu’elle ne lui ferait pas plus confiance, elle n’allait probablement pas devenir insomniaque pour autant.

Dissimulant habilement ses sombres suspicions, Irisviel s’inclina poliment.

« Ne vous inquiétez pas, je me doute que l’Inquisiteur ne s’entoure pas de personnes malfaisantes », répondit-elle, exprimant la vérité avec une subtilité toute orlésienne, puisque si elle doutait de ses propos, elle ne pensait effectivement pas qu’il était animé de mauvaises intentions.

Par ailleurs, sa remarque sur la relativité du savoir lui procura un nouveau sourire chaleureux alors qu’elle ne pouvait qu’approuver pleinement.

« En effet, tout le paradoxe du monde des chercheurs repose dans cette dichotomie entre objectivité et subjectivité. Nous recherchons la Vérité, et pourtant pour la trouver, nous ne pouvons que nous appuyer sur des vestiges et témoignages du passé, sujet aux interprétations de leurs créateurs et des historiens. Tellement de filtres parfois influencer par les puissants de ce monde… Et c’est bien pour ça que, travaillant sur l’influence des elfes lors de la période pré-andrastienne, mon directeur de thèse et moi même avant encore tant à faire. Multiplier les sources, toujours creuser davantage, voilà bien la seule méthode que nous avons pour tenter de légitimer nos assertions mais j’imagine que c’est aussi ce que vous faites : vous tentez de voir les rêves des différents parti pour approcher de la réalité des faits », explicita-t-elle, retrouvant son enthousiasme flamboyant, cette passion qui irradiait de ses lèvres et de ses yeux chaque fois qu’elle parlait de son travail.

En ton coeur brûlera, une flamme inextinguible. Irisviel n’était pas croyante, mais ce verset s’appliquait si bien à elle lorsqu’il s’agissait de linguistique. Sa curiosité était sans doute aussi insatiable que son ambition.

Un léger silence s’installa entre eux, surprenant vu les longues tirades qu’ils avaient pris le temps de s’échanger jusque là, mais pas désagréable pour autant. Sans doute étaient-ils suffisamment habitués à la solitude pour savoir apprécier le calme qui procure de la vivacités aux esprits. Il faut dire qu’elle avait beaucoup d’informations à digérer. Un connaisseur de l’elfique, un rêveur, un peintre de fresque historique… Elle avait vraiment à faire à une personne singulière qu’elle n’allait pas se priver de l’interroger, encore et encore. Surtout qu’il était plutôt entériné qu’il lui servirait de professeur.

C’est à ce moment précis qu’elle se souvint pourquoi elle était venu dans cette pièce initialement. Certes, elle n’était pas pressé mais elle s’était tant laissé emporté que son retard en devenait impoli.

« Je pense que je devrais retourner à mes devoirs avant qu’on m’accuse de faire du tourisme », plaisanta-t-elle en se dirigeant vers la table, jaugeant la pile instable pour savoir comment elle allait la reprendre dans ses bras.

Tout en tentant maladroitement de trouver une posture stable malgré la hauteur vertigineuse et le poids de ce savoir, Irisviel jeta un regard à Solas.

« Au fait, quand seriez-vous disponible pour une première leçon d’elfique ? », demanda-t-elle, loin d’avoir oublié ses priorités. Quitte à sacrifier la visite de Fort Celeste, elle ne laisserait pas passer la moindre occasion.
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Posté Sam 1 Juil - 19:13
Elle lui offrit en guise de réponse une circonvolution toute orlésienne, accompagnée d'une petite révérence polie. C'était bien plus qu'il n'avait eu l'habitude d'en obtenir quand il révélait qu'il était mage, sans parler de sa petite spécificité. Il comprenait ainsi à quel point elle pouvait être mal à l'aise en apprenant que même ses rêves n'étaient potentiellement pas en sécurité, mais pourtant, elle parvint à museler sa méfiance. Peut-être était-ce dû à sa volonté d'en apprendre plus, ou bien peut-être ses craintes étaient-elles calmées par ce qu'elle savait des mages qu'elle avait apparemment déjà côtoyés dans le passé, au cœur de leurs Cercles. Quoi qu'il en fut, elle ne le rejeta pas, et ne le jugea pas non plus, et ce simple respect serait essentiel dans son futur enseignement.

Il resta ainsi silencieux, écoutant d'abord son petit discours enflammé sur la science de l'histoire, ainsi que le silence pensif qui suivit. Ce soudain changement entre l'inextinguible entrain et la calme académique le surprit, mais il s'en accommoda avec plaisir, savourant les sons lointains qui résonnaient dans Fort Céleste, agrémentés du bruit du vent glacial des montagnes qui se faufilait à l'intérieur des murs.

Irisviel sembla finalement se rappeler qu'elle était attendue ailleurs, et brisa ces courtes secondes de paix en lui annonçant son départ, avant de se saisir maladroitement de sa pile de livre que personne ne semblait avoir désigner porter pour elle.

« Je suis disponible à n'importe quel moment de la journée, pourvu que l'Inquisiteur n'ait pas besoin de moi ailleurs. Je ne travaille cependant pas la nuit, c'est un temps que je réserve à mes rêves, mais sinon, vous pourrez me trouver ici, ou dans les environs. »

Il avança vers elle et, pris de compassion face à l'ampleur de son fardeau, posa un doigt sur ses livres avant de faire appel aux forces de l'Immatériel. Il n'avait pas son bâton, mais pour un sort aussi simple, il n'était pas nécessaire, pas plus qu'une grande concentration. Une légère vague d'énergie traversa son corps et infusa la pile de livre, les faisant momentanément briller d'une fine lumière verdâtre, tandis qu'ils devinrent instantanément plus légers, déséquilibrant au passage l'elfe qui ne s'y attendait probablement pas.

« Cela devrait vous simplifier la tâche, souffla-t-il d'un ton neutre. Ils retrouveront progressivement leur poids normal, ne vous en faîtes pas, d'ici une bonne dizaine de minutes. Je pense qu'il ne vous en faudra pas plus pour trouver un endroit où vous installer. Si jamais vous ne trouvez pas, allez voir dame Montyliet, à gauche de la salle du trône, elle saura vous aiguiller. En attendant, je vous souhaite officiellement la bienvenue à Fort Céleste. »

Il retourna alors à sa fresque, grimpant à l'échafaudage qu'il avait quitté quelques minutes plus tôt, et salua sa nouvelle élève d'un signe de tête avant de retourner à son œuvre.

« Dareth shiral. »
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Posté Sam 1 Juil - 19:57
Irisviel nota soigneusement ses horaires de disponibilité, son commentaire lui tirant néanmoins un sourire amusé. Un rêveur qui prenait le temps de rêver… Cela faisait sens, mais elle ne pu s’empêcher de commenter malgré tout.

« Oh pourtant, je sais inspirer de très beaux rêves...», glissa-t-elle avec une ostensible innocence feinte, contredite par son sourire teinté de malice et son léger mouvement d’épaule emprunt de sensualité. A son regard pétillant, il était cependant évident qu’il s’agissait d’une simple taquinerie sans réelle arrières pensées. Irisviel était une orlésienne et une grande bavarde. Les conversations philosophiques étaient plaisantes mais il fallait savoir varier les plaisirs, trop d’ambiance studieuse devenait lassante, un peu de piment de temps en temps ne faisait jamais de mal. Et puis, il fallait bien marquer les esprits, elle n’avait pas un CV aussi incroyable que lui pour s’assurer de sa singularité.

Alors qu’elle ployait sous le poids de ses livres, Solas s’approcha et elle lui sourit en songeant qu’il allait l’aider à porter son fardeau mais il se contenta d’un tour de magie. Un tour de magie fort utile  au demeurant puisque le poids de la pile fut diminué au moins par deux et qu’elle chancela surprise par cette soudaine légèreté.

« J’aurais dû être mage », soupira-t-elle non sans lui avoir lancer un regard reconnaissant alors qu’elle montait précautionneusement la première marche. « Merci pour votre aide et les conseils, mais je sais où c’est. Enfin en théorie », conclu-t-elle d’une voix incertaine avant de s’élancer pleinement dans l’escalier tandis que lui même retournait à ses occupations initiales.

Les adieux en elfique lui tirèrent un sourire et elle joua le jeu en parfaite élève studieuse.

« Dareth Shiral, Solas », déclara-t-elle donc en prenant grand soin de prononcer ces mots à la perfection avant de disparaître dans l’entournure des marches en colimaçon.

Cette entrevue avait été agréable, mais désormais elle devait reprendre ses occupations et Irisviel savait très bien faire la part des choses. Sans doute ne réalisait-elle encore pas tout à fait la chance qu’elle venait d’avoir, le fait qu’elle avait enfin une opportunité d’apprendre l’elfique. Elle aurait tout le temps d’être folle excitée et heureuse lorsqu’elle aurait eu sa première leçon.

Fin
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