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Posté Jeu 3 Aoû - 0:18
« Un assassinat. » souffla Morrigan en réponse aux confidences de Isriviel, sa langue faisant rouler le mot avec le contentement d'un chat repu. C'était du Orlaïs tout craché ça – du poison dans les bagues, des dagues dissimulées dans des manches, et la suave sensation du meurtre bien établi dans le couvert d'une alcôve. En s'établissant dans cette contrée, la sorcière avait du accepter cette tradition séculaire ; au risque d'y entraîner son propre fils.

« Il est tout de même dommage que l'affaire n'est pas été élucidée. Il n'est jamais rassurant de savoir que des gens puissent vous égorger simplement pour quelques idées. »

C'en était même risible. C'était là un comportement humain qui échappait encore Morrigan malgré que cela faisait, désormais, des années qu'elle vivait parmi eux et avait abandonné ses terres sauvages. Le temps avait beau passer résiderait toujours en elle la sauvageonne dont l'âme était plus proche de la bête que de l'humain. La petite fille qui avait bravé la colère maternelle pour détenir un miroir de poche. Elle le gardait pour elle mais, en arrivant à Orlaïs, Morrigan avait été subjuguée par l'architecture et l'atmosphère de la région. Elle avait eu l'impression de réaliser un rêve de gosse, tout en se sentant l'âme d'une pièce rapportée dont la place n'était pas ici.

Jusqu'à Celene de Valmont dont Isriviel tentait d'obtenir quelques informations. Morrigan accueillit l'interrogation avec un visage presque rayonnant comme si elle n'avait entendu cela que depuis des lustres. Il faut dire qu'un mystère palpable entourait cette rencontre, ce rapprochement entre deux femmes que seul l'intérêt pour la magie réunissait.

« J'étais en voyage. Je ne savais pas quoi faire encore de mon avenir. » commença à se confier Morrigan cachant que, la seule idée qu'elle avait eu à l'époque, était de fuir Férelden pour répéter le schéma opéré par sa mère sur elle ; vivre loin des êtres humains, au sein d'une nature qui protégerait elle et son enfant, mieux que n'importe quels murs. « J'ai eu... des difficultés à m'acclimater à la région. Disons que... J'avais beaucoup de mal à me plier à de nouvelles habitudes. Je m'étais trouvée une masure qui tenait, à peu près, et, ma magie ayant attiré l'attention des badauds du hameau, je me suis retrouvée ensevelie sous des demandes invraisemblables. » Morrigan eut un soupir presque théâtral que rehaussa la main qui vint à son front. « Imaginez des vieilles rombières qui viennent vous quémander que leurs vaches donnent plus de lait, des épouses qui demandent à ce que leurs maris cessent d'aller dépenser dans les maisons closes, ou les vierges en quête d'amants. Alors j'ai craqué. »

La sorcière vida son verre et s'en resservit un autre, tendant la bouteille à Isriviel si jamais elle voulait opérer de même. Il était évident que se rappeler de tout ceci lui mettait les nerfs en pelote comme si elle revivait chaque scène.

« Je suis allée leur faire une petite frayeur au village. Ils n'ont jamais du voir ourse aussi gigantesque et aussi énervée. Quand quelques-uns ont tenté de s'en prendre à moins pour jouer les braves, je me suis glissée dans la peau d'une araignée. Ils ont détalé. Il faut dire qu'ils sont habitués à écraser des faucheuses pas plus grosses que l'index. Alors une araignée aussi grande qu'une chaumière... »

Morrigan en riait presque, le rire coincé au coin des lèvres, prêt à exploser comme un fruit trop mûr.

« J'ai été convoqué à un procès. Je me suis dit que le spectacle en valait la peine alors, je m'y suis rendue. On m'a demandé mes raisons, une preuve de mes compétences aussi. Je leur ai montré ce que je pouvais accomplir – du moins une partie, précisant que ce n'était là qu'une parcelle de mes compétences. Celene de Valmont assistait, ce jour-là, au procès. Une habitude chez elle. Elle a demandé à ce qu'on lève les accusations à mon encontre et qu'on m'amena auprès d'elle. Ce fut un échange très instructif et que je ne peux dévoiler ici, où il y a bien trop d'oreilles vagabondes. Mais cette rencontre scella notre... collaboration. »

Morrigan ne trouvait guère terme plus approprié pour définir ce qui la liait à l'impératrice. Chacune trouvait, en l'autre, de quoi satisfaire ses ambitions – c'était là le principal. La sorcière se renfonça dans le recoin de son bas, le bras posé sur l'accoudoir. Ses doigts maintenaient le verre en un équilibre instable.

« Voyons que puis-je vous demander en échange ? Mh... Votre pire expérience en tant qu'elfe ? L'Impératrice Celene a beau avoir ouvert l'Université à vous et vos pairs, vous avez du essuyer plus d'un quolibet. »
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Posté Sam 5 Aoû - 13:44
Un air faussement attristé se peignit sur le visage de la jeune elfe quand Morrigan se lamenta que le meurtrier court toujours. Évidemment, elle ne pouvait pas s’empêcher de trouver la situation très ironique dans la mesure où si cela n’avait pas été le cas, elle n’aurait pas été là pour en parler.

Leur petit jeu reprenant, elle écouta donc fascinée les péripéties de Morrigan qui entreprit de lui apprendre ses difficultés d’acclimatation. Il fallait bien reconnaître que la sorcière était particulièrement bonne oratrice et Irisviel se laissa porté par le récit. Il faut dire qu’il était amusant de voir la crédulité des villageois et l’exaspération palpable de la conseillère qui la traduisait très bien. Un sourire sincère aux lèvres alors qu’elle imaginait le cortège de requêtes invraisemblables, la jeune femme songea néanmoins qu’elle avait eu de la chance d’être si bien accueilli.

La magie était très mal vu dans Thédas – mis à part dans l’Empire – et les choses auraient pu être bien plus tragique si elle n’avait pas été si aisément accepté. Si la crainte avait poussé ses gens simples à prendre les armes contre elle. Bon, à en croire ses dire dame Morrigan était amplement capable de se défendre par elle même, mais son fils n’aurait peut-être pas eu cette chance.

La métamorphie était une science fascinante et la jeune elfe avait presque l’impression d’être face à un conte en visualisant la terreur des villageois submergée par une araignée géantes. Captivée, elle conserva son souffle alors que le procès était décrit jusqu’à l’arrivée grandiloquente de l’Impératrice.

Applaudissant très légèrement à la fin du récit, amusée autant qu’impressionnée par cette rencontre rocambolesque Irisviel remerciait à sa façon la belle sorcière. Le moins qu’on puisse dire c’est que sa vie semblait bien épique, et que leur rencontre était effectivement loin des mondanités traditionnelles.

Toutefois, sa bonne humeur s’estompa alors que Morrigan posait sa propre question. Évidemment, sa curiosité ramenait de bien mauvais souvenirs qu’elle n’avait guère envie d’évoquer. Et puis, cela revenait à se rabaisser devant cet éminent personnage – même si elle ne semblait pas partager le racisme de ses compatriotes il n’était jamais sain de dévoiler les situations embarrassantes qui nous avaient marqués.

Un épisode particulièrement sombre de son enfance où un petit fils de baron avait essayé de lui couper les oreilles après les avoir tordu dans tous les sens dansa dans son esprit quelques instants, et elle n’essaya pas d’afficher un faux sourire.

La réalité de leur condition devait être connue. Mais pas ainsi. Pas ce soir. Silencieuse, la rousse se rappela des règles.

« Avec tout mon respect, ce ne sont pas des souvenirs que j’ai envie d’évoquer », déclara-t-elle sobrement avant de se plier au jeu et de boire tout le contenu de son verre. L’opération lui prit un certain temps car elle l’avalait par petite gorgée, mais même ainsi, elle se sentait légèrement aérienne une fois que sa coupe fut vide.

Ce n’était manifestement pas aujourd’hui qu’elle allait se mettre à bien supporter l’alcool. Pas encore tout à fait ivre, mais quelque peu embrumée, Irisviel s’inclina en veillant à être bien droite.

« Cette conversation fut fort intéressante, je vous en remercie mais je crains de devoir m'éclipser pour quelque temps », déclara-t-elle, ayant décidé de s’enfuir avant de commettre un impair vu qu’elle n’avait plus tout à fait tous ses esprits. « J’espère que nous aurons l’occasion de nous recroiser », conclu-t-elle avant de faire une seconde révérence et de s’éloigna d’un pas tranquille.

Elle avait une allocution prévu dans une bonne demi heure, il ne lui restait plus qu’à se passer un peu d’eau sur le visage pour être plus clairvoyante.
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